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Accueil du site > Tribune Libre > Le totalitarisme libertarien

Le totalitarisme libertarien

 Les libertariens affirment que nul ne peut prendre l'initiative de la force physique contre un individu, sa liberté ou sa propriété. Ils sont favorables à une quasi-disparition de l'État au profit d'une coopération volontaire entre individus : aucun impôt n'est dû sauf pour la police et la justice. Le libre échange doit être la règle et aucune législation antitrust ne doit l’entraver. La doctrine libertarienne est permissive concernant le blasphème, les discriminations, la consommation de drogue, les pratiques sexuelles, la pornographie… La liberté individuelle inclut assurément celle de s’enrichir, l’État égalitaire donc coercitif étant marginalisé, pouvoir et richesse vont de pair. Le pacifisme affiché n’interdit pas une défense préventive, le pays où les libertariens prospèrent a pratiqué massivement cette doctrine partout dans le monde (Chine, Philippines, Grèce, Corée, Iran, Guatemala, Indonésie, Cuba, Viêt Nam -3,8 millions de morts -, Brésil, Congo, Indonésie, Afghanistan, Salvador, Nicaragua, Liban, Somalie, Macédoine, Haïti, Irak, Pakistan, Libye, Syrie…).

 Le néo-totalitarisme n'admet aucune opposition organisée collectivement qui viendrait enfreindre non pas ses valeurs mais ses intérêts. Les marchés financiers doivent confisquer tous les leviers de direction de la société et les Hommes politiques ne peuvent plus que s’agiter en une sorte de démocratie à parti unique. Un des moyens utilisés pour discipliner les « masses » consiste à donner des coups de coude (nudges) psychologiques aux choix individuels pour conduire les troupeaux à l’abreuvoir que l’on souhaite.

 Un raisonnement rationnel conduit à se poser à chaque étape de celui-ci les questions : cette proposition est-elle vraie, est-elle fausse ? Cette démarche doit être faite autant que possible sans biais affectifs ou idéologiques. L’« Homo Economicus », à la base de la plupart des modèles économiques, est conçu ainsi comme un individu fictif ultra-rationnel. Le commun des mortels n’a guère le temps de se comporter de cette façon dans son quotidien. Il confie alors son choix à un ensemble de doctes personnes ou un parti qui auront fait une analyse détaillée pour lui et dans laquelle il aura confiance.

 Il existe un second processus de décision qui lui est intuitif : il est rapide, immédiat, global, inconscient et spontané. Il existe encore une rationalité à la prise de décision, mais elle est inapparente et constituée d’une réflexion ou d’un apprentissage antérieurs.

 Il peut donc être défini deux types de propagande, l’une idéologique : un individu se fie à un cadre de pensée défini par un groupe important voire majoritaire d’une société et une autre moins apparente qui essaie d’influer les réactions instinctives de chacun des individus.

 « La grande masse du peuple n’est pas composée de philosophes », ses choix reposent sur l’émoi, l’affect, seule une minorité d’instruits se forge une structure mentale personnelle, une idéologie qu’ils s’efforcent de communiquer aux autres. Pour lutter contre cette minorité intellectuelle, le totalitarisme libertarien n’oppose pas une idéologie alternative mais s’efforce de faire en sorte que toute idée de transcendance unificatrice, religieuse, patriotique, républicaine, idéologique, soit synonyme de passé maléfique. La voie ? L’individualisme et le communautarisme entre semblables : les cathos avec les cathos, les noirs avec les noirs, les politiques avec les politiques, les homos avec les homos, chaque communauté se battant pour ses intérêts propres. La méthode ? Les micro-conditionnements individuels qui finissent par diriger obrepticement la collectivité toute entière : « Il ne serait pas impossible de prouver, en le répétant suffisamment et en maîtrisant la psychologie des personnes concernées, qu’un carré est en fait un cercle. »

 Les outils récents de modélisation, qui allient mathématiques, algorithmes et analyse du réel, fournissent aux cercles d’influence d’innombrables possibilités d’imbiber un citoyen d’idées vantant l’intérêt des micro-communautés. Il est tout d’abord nécessaire d’augmenter le caractère vibrionnaire des comportements grâce aux nouvelles technologies. Chaque seconde environ 6 000 tweets sont expédiés sur le site de micro-blogging correspondant. Cette façon de communiquer est adoptée massivement par les jeunes. Ils sont utilisés aussi par des vétérans pour déterminer d’une façon moderne les destinées d’un pays. Le tweet sera en fait chargé de garder chacun et chacune dans l’émoi, l’affectif, l’instinctif, la frénésie, pour que rien d’organisé puisse contrer les décisions réelles qui toutes vont dans le sens d’une ploutocratie.

 Les réseaux sociaux génèrent des quantités massives de données qui sont stockées dans d’immenses ordinateurs constituant ainsi le « big data ». Les données personnelles de milliards d’individus sont ainsi engrangées. Il n’est pas possible de se cacher parmi la multitude, des algorithmes adaptés peuvent tout retrouver au milieu des plus immenses multitudes. Ils réalisent des classements, sélectionnent des informations, et en déduisent un profil de consommateur-citoyen. L’analyse big data a ainsi joué un rôle important dans la campagne de réélection de Barack Obama en analysant les opinions politiques de la population.

 Mais il est possible d’aller plus loin en récompensant ou en punissant un consommateur citoyen en fonction de sa conformité ou non au modèle imposé. Le caractère léger et impalpable de la punition ou de la récompense fait que pour être efficace elle doit être répétée des dizaines, des centaines, des milliers, des millions de fois. Cette technique de micro-conditionnement au « national-libéralisme » a le mérite de ne pas utiliser de pratiques sanguinaires. Ces micro-incitations à la normalité peuvent être appelées nudges lorsqu’on a le sens des formules. Le « qu’en dira-t-on » est la forme primitive et traditionnelle du nudge comportemental, les ordinateurs permettent de changer d’échelle : du voisin à la planète entière. Le renforcement des micro-incitations s’opère par des phénomènes de rétroaction : si le sujet réagit d’une façon inadaptée au stimulus, les prochaines incitations seront plus importantes jusqu’à ce que l’individu soit sur le bon chemin. 

 Prenons un exemple. Vous êtes en train de payer en ligne un achat quelconque lorsqu’un bandeau barre votre écran vous demandant 3 euros pour l’association « Le Refuge » afin d’aider les jeunes gays victimes d'homophobie. Vous n’acceptez pas, pour des raisons qui vous sont propres. Le net va vous classer sur une échelle qui va de « homophobe forcené » à « indifférent à la cause ». Nulle intervention humaine n’est nécessaire, un algorithme vous prend en charge. Des logiciels permettent de déterminer combien de temps vous passez sur un article donné, d’autres permettent une reconnaissance faciale et surtout une analyse des expressions, d’autres encore permettent de vous localiser et de déterminer l’identité de vos proches… Vos lectures vont être épluchées, vos réactions vont être disséquées, vos réflexes vont être scrutés. Votre sensibilité au sexe sera analysée avec une précision qui ira bien au-delà de votre propre conscience. La partie la plus impénétrable de votre personnalité étant circonscrite, il faut vous corriger. Le micro-conditionnement positif (qui comporte une récompense) est bien plus efficace que son contraire (punitif), le premier sera donc préféré. Les corrections seront mises en œuvre à chacune de vos connexions. La punition ultime sera la propagation parmi votre entourage de soupçons d’attouchement sur un mineur ou d’utiliser des emplois fictifs. La récompense : devenir un incontournable du net par votre nombre de followers. La réalité, la vérité, la morale n’existent plus : seule compte la perception qu’en a le plus grand monde. Le lynchage médiatique (déjà expérimenté par beaucoup) remplace la lapidation, le caractère bestial de l’Homme, qu’on avait tenté de masquer sous la Raison, peut réapparaître.

 


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21 réactions à cet article    


  • pallas 16 octobre 16:30

    Bonjour Jacques-Robert SIMON

    La totalité de la classe élite, qui comprend le divertissement (cinéma, acteurs), politiques, ainsi que financières se décomposent, montrant scandale après scandales, tout est devenu un livre ouvert, s’entretuent ou s’entre déchire.

    Le CNRS n’est pas épargné à vrai dire, des conflits entre salariés et harcèlements morales, ainsi que beaucoup de gens payer pour rien faire, etc etc.

    La tête pourrie toujours par le haut, cette fois et uniquement, c’est par le cœurs que ça commence et la totalité de l’organisme se meurt.

    Ah oui j’oubliai, il fait une chaleur quelque peut anormal non en cette saison ?, je dit sa comme ça.

    Il n’y aura pas de multiculturalisme, pas de transhumanisme, il n’y aura absolument rien, juste le vide et le néant.

    Bienvenu dans la meilleure et pire dystopie smiley, merveilleux spectacle.

    Salut


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 16 octobre 17:24

      @pallas

      Le bonheur pour tous serait possible techniquement, il faudrait cependant que l’esprit de domination s’amenuise. Certaines femmes prétendent pouvoir faire une telle société.

    • pallas 16 octobre 17:52

      @Jacques-Robert SIMON

      Le bonheur ?, ben voyons que de mot dont nul ne comprend le sens et encore moins le précepte.

      Il n’y a pas de futur possible, n’y celui du contrôle de tous par des lentilles connectés ou autre fadaise électroniques, de toute manière, le corps rejette toutes formes d’implants et impossible à contre carrer smiley.

      Mais ça n’est pas tout, le bonheur dites vous ?, je ne comprend pas bien ce mot là.

      L’Espèce humaine est condamnée à disparaitre, cela à déjà commencée, les chercheurs et scientifiques le savent très bien, il n’y a nul échappatoire possible.

      Un peut d’honneté intellectuel serait déjà le premier pas vers sa propre rédemption personnel.

      Le sort en est scellé, c’est la fin de la partie, pas de deuxième revanche.

      Salut


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 16 octobre 18:25

      @pallas
      Les défis sont énormes mais c’est la lâcheté des politiques qui est le plus grave.


    • pallas 16 octobre 18:44

      @Jacques-Robert SIMON

      Vous avez lu ce que j’ai écris ?, non n’est ce pas.

      Sinon vous aurez eu réponse différente que celle ci, qui n’est autre que mécanique.

      Êtes vous une machine ?. 1 + 1 = 3 ou 2, voir 4 ?

      C’est un test pour savoir machine ou humain, répondre à moi.

      Je sens que je vais bien m’amuser

      Salut


    • francois 16 octobre 17:35

      art. 1 du credo libertarien : le pauvre spolie le riche.


      • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 16 octobre 18:28

        @francois

        Le  libertarianisme date des années 70 et c’est une façon chic de justifier que les riches doivent diriger. 

      • francois 17 octobre 11:34

        @Jacques-Robert SIMON
        Ayn Rand n’était pas né en 1905  ?

        La Grève de 1957 ?


      • leypanou 16 octobre 20:02

        une défense préventive : jamais entendu parler.
        Attaque préventive, oui et GW Bush entre autres qui en a été l’un des plus grand promoteurs.


        • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 16 octobre 20:21

          @leypanou

          J’ai inventé le terme pas le concept : il est utilisé constamment par les Etats-Unis.

        • Je n’ai jamais vu un jardin être entretenu par lui-même. Cela vaut aussi pour les êtres diti humains.


          • francois 17 octobre 13:56

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.
            J’ai un jardin entretenu par lui même, ça s’appelle un jardin naturel. Ca demande un peu de planification mais après il vit sa vire tout seul.


            Comparaison foireuse.


          • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 17 octobre 20:03

            @Mélusine ou la Robe de Saphir.

            Eduquer certes mais pour quoi ?

          • @Jacques-Robert SIMON


            Relisez : Malaise dans la civilisation de Freud. Aucun espoir, l’inconscient dirige le monde : SEX and WAR.

          • lire : dits et pas diti.


            • Zolko Zolko 17 octobre 16:51

              totalitarisme libertarien ... pffff, n’importe-quoi. c’est pas que l’article soit mauvais, mais il mélange tout :
               
              Les libertariens [...] sont favorables à une quasi-disparition de l’État au profit d’une coopération volontaire entre individus : aucun impôt n’est dû sauf pour la police et la justice.
               
              oui, et c’est plutôt bien, non ? D’ailleurs, vous n’expliquez pas comment les libertariens pourraient être favorable à une police et refuser la violence contre les individus. On peut y ajouter d’autres services, mais l’idée est que l’état a certains rôles à assurer, mais pas tous les rôles. Il ne doit pas micromanager des entreprises par exemple. Et surtout, ce n’est pas à l’état de s’accaparer de nouvelles prérogatives, comme sauver le système bancaire.
               
              "Le libre échange doit être la règle et aucune législation antitrust ne doit l’entraver. « 
               
              ça c’est faux : le libre-échange et le trusts monopolistiques sont 2 choses totalement différentes : les libertariens sont effectivement pour le libre-échange, mais ils sont aussi très favorables aux règles antitrust, puisque, par définition, un trust monopolistique dicte ses propres règles et étouffe la concurrence, et la concurrence est une doctrine des libertariens
               
               »La doctrine libertarienne est permissive concernant le blasphème, les discriminations, la consommation de drogue, les pratiques sexuelles, la pornographie… "
               
              oui, certainement, et c’est très bien ainsi.
               


              • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 17 octobre 20:05

                @Zolko

                Je n’ai pas écrit que j’aimais ou que je détestais, j’ai donné une analyse que je reconnais être très rudimentaire. 

              • Zolko Zolko 18 octobre 15:13

                @Jacques-Robert SIMON : « j’ai donné une analyse que je reconnais être très rudimentaire. »
                 
                voire carrément fausse : vous semblez suggérer que les USA ont un régime libertarien quand vous dites que malgré leur pacifisme affiché (ce qui est vrai) un pays libertarien a attaqué l’Irak... ce qui correspond aux USA.


              • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 21 octobre 14:17

                @Zolko

                Les USA n’utilisent aucune théorie sauf celles qui peuvent servir leurs intérêts. Il n’y a aucun régime libertarien, seulement des méthodes relevant du paternalisme libertarien. 

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