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Accueil du site > Tribune Libre > Les chirurgiens esthétiques seraient promis au chômage, selon les collants (...)

Les chirurgiens esthétiques seraient promis au chômage, selon les collants Well. C’est à voir !

Un désir se fait de plus en plus insistant. Si impossible soit-il, il aimerait même se faire passer pour un droit dans le sillage du mouvement en faveur des droits de l’Homme : c’est l’aspiration à la beauté. Mais si une société peut organiser par des lois et des sanctions le respect de la vie ou de la dignité humaine, le droit à la beauté peut-il se défendre ? Il se heurte à un tirage au sort génétique où, si « tous ceux qui gagnent ont tenté leur chance », selon le slogan tautologique de la Française des jeux, beaucoup sont perdants.

 
Une spécialité chirurgicale s’est certes développée pour tenter de réparer les erreurs de la nature, après les ravages de la guerre. Mais la chirurgie esthétique ne peut pas toujours faire des miracles. Elle est néanmoins en plein essor puisque « l’information par l’image » dominante fait souvent que « le médium est le message » : la grâce de ceux qui parlent fait oublier ce qu’ils disent. Comment ne pas les envier ?

Deux paradoxes

Le slogan de la nouvelle publicité des collants Well, écrit blanc sur noir, vise donc à surprendre : « Chirurgiens esthétiques, leur intime-t-il, changez de métier  ». Les deux paradoxes imbriqués dans l’injonction intriguent en effet : l’un a trait à la légitimité du bonnetier pour dicter sa loi au chirurgien. L’autre pose le problème du rapport entre collants et chirurgie esthétique. On reste perplexe jusqu’à ce que la solution saute aux yeux grâce à la métonymie d’un ravissant leurre d’appel sexuel, présentant l’effet pour la cause, qui stimule à son tour le réflexe de voyeurisme.

Des volumes par contrastes

Dans une mise hors-contexte par fond noir pour focaliser le regard sur lui, un corps de jeune femme est offert allongé sur une surface que l’intericonicité dictée par le slogan rapproche d’une table d’opération. Mais ne montrant que la partie pour le tout, une autre métonymie ne livre en plan moyen, chaussées d’escarpins vernis, que deux jambes découvertes sous une robe retroussée jusqu’aux hanches. Par un contraste saisissant, elles seules captent dans le noir profond où elles baignent, une lumière hors-champ en surplomb. La surface polie sur laquelle elles reposent, n’est elle-même perceptible que, par contraste, à leur reflet qu’elle réfléchit. Ainsi, finement gainées d’un voile satiné dont le grain invisible ne se différencie de la chair qu’au motif décoratif du haut des cuisses, paraissent-elles dans le noir luminescentes.

La charge culturelle du noir

Leur désunion répond sans doute au double jeu de l’exhibition et de la dissimulation propre au leurre d’appel sexuel pour stimuler le réflexe de frustration auquel se heurte toujours le voyeurisme : la jambe droite fléchie devant la gauche allongée cache soigneusement l’entrejambe. Mais cette posture longiligne accrue par la cambrure du pied qu’impriment les escarpins, permet de multiplier les angles sur les longues lignes courbes du galbe enviable dessiné.

Les collants Well, dits « Body galbe », s’en attribuent évidemment tout le mérite. Outre le leurre d’un mannequin aux lignes déjà parfaites, c’est oublier les vertus du noir ici choisi pour la mise en scène. Il est depuis toujours l’artisan de l’affinement des formes par l’absorption du rayonnement qui lui est propre. On paraît toujours plus mince en noir qu’en d’autres couleurs. Ainsi, de l’affinement est-il devenu la couleur du raffinement, et, de fil en aiguille, dans l’un des domaines où il se revendique, celle de l’érotisme, lui-même longtemps associé par la morale judéo-chrétienne au mal dont le noir était déjà la couleur.

Le leurre d’appel sexuel de Well s’ouvre ainsi sur une tout autre métonymie passée inaperçue, pour peu qu’on relève les indices d’un autre contexte : ces jambes exhibées avec leurs escarpins brillants sont-elles vraiment allongées sur la table d’opération vers laquelle le slogan a pu égarer un instant  ? Qu’y viendraient-elles donc faire dans leur perfection ? La transparence des collants ne les rend-elles pas d’ailleurs à leur nudité originelle ? N’est-ce pas une opération bien différente que ces collants promettent à la cliente qui s’y laisse prendre, et dans des lieux les plus inattendus, prisés d’une libido libertine ?

Le bouchon n’est-il pas tout de même poussé un peu loin ? Sans doute l’affiche s’expose-t-elle à l’accusation de sexisme. Mais surtout, à proposer ainsi l’inaccessible, ne risque-t-on pas de voir la cliente s’en détourner par dépit ?
 

Devant la grâce d’une telle apparition surgie de la nuit, en tout cas, la présence d’un chirurgien esthétique tient assurément de « la rencontre fortuite (et insensée) sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie », chère à l’extravagance surréaliste. On comprend qu’il soit sagement invité à aller exercer ses talents ailleurs. Mais quant à le vouer au chômage comme le fait Well, c’est une exagération permise seulement par l’humour : les jambes ne sont pas tout ; la chirurgie esthétique a fort à faire : on n’embellit pas un buste ou un visage d’un simple voile satiné, du moins dans la culture européenne. Paul Villach
 

 



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18 réactions à cet article    


  • Francis, agnotologue JL 13 novembre 2008 10:53

    Bonjour, je rends hommage à votre talent d’analyste en la matière. J’avais vu la pub et n’avais pas fait le rapprochement avec la table d’opération.

    Je voudrais dire que cette photo est d’une laideur insupprtable : la jambe allongée de la jeune femme paraît monstrueuse, et il faut un effort de volonté pour y corriger le défaut d’éclairage. Un pub qui fait flop ?


    • Francis, agnotologue JL 21 novembre 2008 17:40

      Paul Willach, revenu par hasard ici en voulant lire un autre de vos articles, j’en profite pour dire un mot sur mon post précédent : manifestement c’est une photo retouchée, cela est très net si on analyse les ombres. Cela m’avait frappé déjà sur les affiches. Ce n’est pas la beauté de la jeune femme que j’incrimine, mais le manque de talent du photographe retoucheur. 


    • Paul Villach Paul Villach 21 novembre 2008 18:35

      @ JL

      Est-ce que vous pouvez préciser votre observation ? Où situez-vous ces retouches maladroites ? Paul Villach


    • Olga Olga 13 novembre 2008 11:10

      Paul, Paul, Paul...
      Well Well Well


      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 13 novembre 2008 12:27

        Salut Paul,

        votre plume est parfaitement enroulée et votre regard absolument chirurgical. Ce texte est un plaisir pour les sens et déshabille tout en finesse votre sujet. Il est essentiel que la femme sache qu’un homme est capable de la caresser fort bien sans même la toucher. Mais, ce qui rendra toutes les femmes belles n’est pas systématiquement ses collants ni la chirurgie esthétique, mais qu’elle puisse s’épanouir loin des horties et autres ronces épineuses, qui peuvent filer la maille et que manipulent certains " docteurs m’abusent ". Merci à vous. L.S.


        • jerome 13 novembre 2008 12:41

          LisaSion : les " Horties "  ??? Pourriez vous explciter , svp ,


          • Lisa SION 2 Lisa SION 2 13 novembre 2008 14:06

            Erreur, effectivement, je voulais dire " Orties ". Excusez ma facheuse tendance à mettre des "H" un peu partout ! Il va falloir que je me pose la questionde savoir d’où me viendrait donc cette dérive... ?


          • Sandro Ferretti SANDRO 13 novembre 2008 12:42

            " Les dessous chic", j’aimais mieux quand c’était Jane Birkin qui les chantait...

            Pour le reste, effet miraculeux ou pas du dit bas, interconicité ou pas, si escroquerie il doit y avoir, elle apparaitra vite au déballage....
            Sauf obscurité excessive, ou, plus prudent, si la dame garde ses accessoires...
            Personnellement, je regrette la quasi-disparition du bas couture, au profit de l’horrible bas résille.

            Paul, il faut faire céant un article sur ce scandale par trop passé inaperçu auprès des masses laborieuses...


            • appoline appoline 13 novembre 2008 15:21

              J’allais aller dans le sens de votre commentaire. Les chirurgiens n’ont pas trop de bile à se faire ; qu’ils ne posent pas de suite le bistouri et l’aspirateur car les vieilles peaux ne pourront faire longtemps illusion. Si le collant gaine parfaitement la jambe ; il y a des moments où il faut bien enlever la parure ; et là, gare au recul.


            • Sandro Ferretti SANDRO 13 novembre 2008 16:06

              Certes, Appoline. Cela semble évident ( trop ?)
              Quoique. Parfois, trop tard, le piège se referme
              ( voir mon article " Journée de la femme à Fleury-Mérogis")

              http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=37211


            • TARTAR 13 novembre 2008 17:01

              A bas le collant.
              Vive le bas.
              Couture.
              Jarretelles noires.
              Guêpière ?

              Cependant :
              Mort aux fesses molles !
              Mais je vais frôler..le hors sujet.
              Hélàs.


              • appoline appoline 14 novembre 2008 15:26

                A bas les bedaines
                A bas les slips kangourou
                A bas les chaussettes qui tombent

                Vive le string à fleur
                les desous de bras épilés
                Enfin tout ce qui fait qu’un homme devient appétissant


              • sisyphe sisyphe 17 novembre 2008 09:28

                par appoline 							 														 (IP:xxx.x72.28.48) le 14 novembre 2008 à 15H26 							 							
                							

                															
                							
                								
                Vive le string à fleur
                les desous de bras épilés
                Enfin tout ce qui fait qu’un homme devient appétissant

                Le string à fleur ????
                Pour les hommes ?? 
                 smiley smiley

                Pourquoi pas les burnes apparentes aussi ? 

                Non à l’homme objet ! smiley
                							

              • jamesdu75 jamesdu75 13 novembre 2008 19:05

                Je vois pas ce que vous leurs reproché a ces gambette. C’est limite la frustration d’intello.

                Allez zou je m’en va m’amuser sur youporn.com :-P


                • aldebaran aldebaran 13 novembre 2008 19:49

                  Pfffff...
                  Masturbation intellectuelle
                   smiley


                  • docdory docdory 14 novembre 2008 00:31

                     Cher Paul Villach

                     

                    Cette publicité est , d’un point de vue médical , véritablement fallacieuse !

                    En effet , quelles maladies peuvent rendre les jambes des femmes disgracieuses ?

                     

                    1°) Tout d’abord il y a l’ensemble des déformations congénitales ( pied bots , luxation de hanche , mauvaise géométrie du genou , etc ...), ou acquises par accident ( fractures mal remises , brûlures et autres ) . Il est clair qu’on voit mal une paire de collants arranger un pied bot ou une jambe de travers . Par ailleurs , un chirurgien esthétique serait bien en peine d’y faire quoi que ce soit : les spécialistes concernés par ces disgrâces sont les chirurgiens orthopédiques , ou les spécialistes en chirurgie réparatrice cutanée pour les brûlures !

                    2°) Numériquement , l’essentiel de ces disgrâces est constituée par les problèmes de circulation veineuse , autrement dit les varices ( et gonflement de jambes inesthétiques qui en résultent souvent ) .

                    La encore , les chirurgiens esthétiques sont bien en peine d’y faire quoi que ce soit , puisque les spécialistes concernés sont les chirurgiens vasculaires , qui font des opérations de plus en plus sophistiquées à ce sujet . Les collants Well seraient également incapables d’y faire quoi que ce soit , puisqu’ils ont des concurrents bien plus efficaces , car spécialement étudiés à cet effet : les bas et collants à varices ( telle que les fabrique la société Sigvaris ) . Ces collants , qui sont nettement moins glamour que les collants Well ( bien qu’ils aient fait un effort de recherche esthétique apprécié ) , appliquent une pression de bas en haut permettant aux femmes qui les portent d’avoir les jambes moins oedémateuses le soir . Néanmoins , gageons qu’aucune porteuse de ce type de collants ne laisserait à son amant le soin de les lui enlever ! A noter que les chaussures à talons portées sur la photo de la pub Well sont les grandes pourvoyeuses de ce genre de problèmes , cf mon commentaire ici , qui vous avait désespéré  :

                    http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=33147

                     

                    3°) Le dernier problème rendant les jambes disgracieuses est celui de la " cellulite ". Et là , il faut tordre le cou à des idées reçues : non la cellulite n’est pas une maladie ni une inflammation, contrairement à ce que pourrait laisser supposer l’inapproprié suffixe " ...ite " ! Ce que les femmes appellent de façon erronée la " cellulite ", c’est tout simplement un stock de graisses de réserve de dernier recours , qui permettent aux femmes qui en sont porteuses en quantité suffisante d’allaiter en période de famine , ou de survivre plus longtemps dans un camp de concentration, par exemple . Aucun régime ne peut faire diminuer ces graisses de réserve . Lorsqu’elles disparaissent chez les anorexiques mentales , le décès n’est malheureusement plus très loin ...

                    Le caractère inesthétique de cette graisse de survie est une notion très récente : en effet , si l’on regarde les statuettes des " Vénus préhistoriques " , on peut voir qu’elles étaient particulièrement dotées par la nature dans ce domaine . Même constatation lorsqu’on regarde les tableaux de Rubens , voire de Renoir . A ces époques , les femmes dépourvues de cellulite résistaient mal aux disettes , et ne pouvaient plus ,dans ces périodes, allaiter leur progéniture , d’où désavantage évolutif certain par rapport aux femmes amplement pourvues de ce que nous considérons maintenant comme une disgrâce , mais devait être perçu à l’époque comme très séduisant . La disparition des famines dans le monde industrialisé fait qu’une sélection sexuelle a remplacé la sélection naturelle , et que les femmes ayant des jambes telles que celles représentées sur la pub ont plus de chances de trouver un partenaire que l’équivalent moderne des Vénus préhistoriques , et donc ont plus de chances de se reproduire !

                    Bien entendu , les collants Well sont inefficaces pour regalber selon des critères esthétiques contemporains des jambes agrémentées de cellulite , et ne sauraient concurrencer l’action du chirurgien esthétique, qui se fera un plaisir de pratiquer une liposuccion de ces graisses de secours, laquelle grèvera lourdement l’espérance de vie de ces femmes si les aléas liés aux changements climatiques, ou ceux liés à la politique internationale faisaient réapparaître disettes et/ou camps de concentrations !

                    Quant au caractère esthétique de cette chirurgie , il reste douteux , l’aspect de " peau d’orange " de la " cellulite " qui contrarie tellement nos contemporaines étant souvent remplacé par une consistance gauffrée ou en " tôle ondulée " du revêtement cutané , qui ne vaut guère mieux !

                     

                    • Paul Villach Paul Villach 14 novembre 2008 10:53

                      @ Docdory

                      Quel briseur de rêve vous faites ! Et le pis, c’est que vous avez raison !
                      Certains ne voient pas l’intérêt d’apporter au discours publicitaire la contradiction. Or, ce serait laisser le champ libre à toutes ses dérives.
                      Votre commentaire vient utilement remettre les choses à leur place. Paul Villach


                    • Marilou 14 novembre 2008 10:08

                      Belle analyse Mr V.
                      Je vous trouve cependant quelque peu généreux , ce qui en soit n’est pas gênant, quand vous écrivez qu’" un corps de femme est offert"...
                      Ce qui est donné à voir fait penser à un mauvais numéro de lévitation ou d’illusionisme, où cette pauvre femme aurait subi les effets ô combien regrettables d’une scie circulaire énorme, tournant à grande vitesse et grand bruit ! Non.. ;ce n’est pas la femme-tronc, mais, comment dire....la femme-jambes !...bof... !
                      La femme-objet, quoi qu’il en soit !

                      Cette publicité n’est flatteuse pour personne, et même pas esthétique...tellement l’image être trafiquée dans tous ses paramètres !
                      En gros, je trouve, mais peut-être suis-je trop réactive..., que cette publicité est irrespectueuse à plus d’un égard ! Je pense notemment aux centaines de salariés à qui cette entrprise a demander de "changer de métier", en raison d’une délocalisation en Asie (en partie). A mon avis, ces ancien(ne)s salariés risquent d’apprécier moyennement le terme injonctifs "changez de métier"....
                      Ou alors, c’est que j’ai perdu mon sens de l’humour...
                      Mais, il y a une forme d’humour déplacée !
                      A noter aussi que la position allongée est audacieuse et provocatrice.Les pubs de bas suivent en général la verticalité des jambes...
                      Ceci dit...on pourrrait chantonner la célèbre chanson de Juliette Gréco "Déshabillez-moi" pour rajouter un brin de sensualité à cette image abrupte.
                      Quant à la référence aux chirurgies esthétiques...Il semble plus prudent d’enfiler une paire de bas, plutôt que de se faire triturer....et plus économique aussi ! Surtout qu’avec les scandales qui éclatent de ci, de là, quant au charlatanisme de certains pseudo chirurgiens.... ! Il vaut mieux y réfléchir à deux fois....sauf, si, évidemment, pour des raisons de santé évidente, une intervention est nécessaire...

                      Pour réconcilier un peu la femme avec elle même et apporter une nuance au regard déplacé de cette publicité, je citerai Héléna Rubinstein qui disait "Il n’y a pas de femmes laides, il n’y a que des femmes qui s’ignorent".
                      Alors, Vénus Callipyge ou maigrichonnes....être bien dans son corps et "dans sa peau", c’est l’essentiel non ?! avec bas...ou sans ! Car...l’intérêt des "dessous chics"...c’est.....( place à l’imaginaire dans cette parenthèse !)

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