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Accueil du site > Tribune Libre > Mort sur ordonnance
#99 des Tendances

Mort sur ordonnance

Il y a tout juste un mois, je me tordais et je criais de douleur. Presque subitement, en me levant le matin, j'ai eu une crise hyperalgique de sciatique droite. La douleur était tellement aiguë, intense qu'elle s'était accompagnée d'un malaise. Une syncope pour être précis et pour rester dans le lexique médical.

Dans les antécédents, j'ai déjà deux épisodes de ce genre. L'un en 2018, survenu après un effort physique en position accroupie. Après le sacrifice de l'Aïd el adha, avec l'aide de mes enfants, je m'apprêtais à débarrasser la bête de sa toison. A un moment donné, en me levant, j'ai senti un "courant électrique" traverser de haut en bas mon membre inférieur gauche. Dès lors, j'ai su que mes problèmes de santé venaient de se manifester. Ne pouvant plus continuer, j'ai pris rapidement un bain chaud en espérant que cela allait détendre la musculature de mon dos. Puis, je regagnai ma chambre et mon matelas orthopédique...pour trois semaines d'alitement et d'anti inflammatoires. Le scanner fait, en urgence différée, avant mis en évidence une hernie discale au niveau L4-L5. Elle n'était pas conflictuelle. Autrement dit, elle ne relevait pas de la chirurgie.

Après deux mois de convalescence, j'ai repris mon activité de chirurgien tout en essayant de ne pas faire beaucoup d'efforts physiques inutiles tels, par exemple, aider les infirmiers à soulever les malades en fin d'intervention pour les mettre sur les lits de réanimation. Dans la clinique où je travaillais, il y avait un manque manifeste d'auxiliaires de la santé à tel point que même le chirurgien est appelé parfois à donner un coup de main...Et quand il s'agit d'une malade de plus de 100 kg, la soulever n'est pas une tâche facile. Alors, je vous laisse imaginer le calvaire de toute l'équipe au bloc opératoire...

Pendant plus de six mois, quand j'arrivais, le matin, à la clinique, titubant sur ma canne, les blagues et les railleries fusaient de partout. On m'avait même trouvé un sobriquet qui m'allait comme un gant...chirurgical : Dr House ! Le fameux médecin de la série américaine du même nom qui posait souvent des diagnostics rien qu'en observant le comportement et les rictus des malades qui attendaient dans les couloirs des Urgences.

Je prenais, cependant, cela comme un compliment. J'étais heureux qu'on me compare à une sommité de la médecine. Même fictive.

Fin 2022, j'ai pris ma retraite. Mais, je n'ai pas mis définitivement fin à ma carrière chirurgicale. Je continue à me rendre utile à la population de la ville où j'habite. Quoique occasionnellement.

Il y a longtemps, sur un de mes premiers blogs internet, en rendant compte de mon activité chirurgicale, j'avais utilisé une phrase qui m'avait valu beaucoup de commentaires négatifs. On me reprocha, à l'époque, le fait de me comporter comme un "boucher" et de manquer de respect aux malades que j'assimile, selon ces commentateurs, au "bétail". Ce qui était vraiment loin de mon intention.

La phrase incriminée est celle-ci : " ma femme recrute et moi je charcute". Ma femme est gynécologue. Elle m'adresse tous les cas de gynécologie qu'elle voit dans son cabinet : césariennes, hystérectomies par voie haute, par voie basse...

Quand on est médecin, on doit être très attentionné, très prudent quant aux mots qu'on utilise. Aucun dérapage n'est toléré. C'était l'enseignement que j'avais tiré de cette histoire de blog et de cette malheureuse phrase qui m'a taraudé pendant longtemps.

Voilà pourquoi, aujourd'hui, je ne partage pas, mais alors pas du tout, l'opinion de certains, médecins, hommes politiques ou autres intellectuels, en France, qui pensent que la loi de l'aide à mourir est une avancée sociale.

De l'ex président tunisien, Habib Bourguiba, je retiens cette citation mais dont je ne suis pas tout à fait sûr de la véracité. Je l'ai apprise de la vox populi.

Il paraît qu'une fois, dans les années 70, la Tunisie a eu un petit malentendu politique avec l'Algérie. Le président algérien, Houari Boumediene, qui était alors au sommet de sa gloire, donna comme instruction de couper l'exportation de l'énergie électrique vers de ce pays voisin. Du jour au lendemain, la Tunisie se trouva dans l'obscurité. La réplique du président tunisien ne s'était pas fait attendre : قلنا كليمة، عشينا في ضليمة" avait-il dit.

Traduction : pour avoir dit un mot, on s'est retrouvé dans l'obscurité.

Moralité de l'histoire : il y a des mots qui, tels des lucioles dans la nuit, éclairent et guident l'humanité. Comme il y a des mots qui génèrent de la pénombre et assombrissant tout horizon.

Le médecin qui tient la main de son patient, même mourant, et lui chuchote quelques mots de réconfort et nettement meilleur, sur le plan de l'éthique et de la déontologie médicales, que celui qui vient annoncer "madame, vous avez demandé la mort, eh bien, je suis venu vous la donner ". Même la faucheuse, la vraie, ne l'annonce pas de cette façon-là.

Un adage populaire de notre terroir dit " الموت، تعطي الراحة"، soit : la mort apaise l'esprit. Mais quand elle est naturelle, quand elle est envoyée par le Grand Invisible et non quand elle prend la forme d'une seringue dans laquelle le médecin a préparé un cocktail lytique.

Pour revenir à mon problème de santé, je disais qu'il y a quelques jours, je suppliais le bon Dieu de me délivrer. Si j'étais en France et qu'on m'avait entendu, peut-être, avec cette nouvelle loi, on m'aurait envoyé ad-patres. Allez savoir...

Pourtant, aujourd'hui, malgré la persistance de quelques douleurs et quelques paresthésies, je souris plus que jamais à la vie. Et j'ai bien vibré, sur mon lit, au but de l'Espagne contre l'Argentine.

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23 réactions à cet article    


  • pierre 21 juillet 08:55

    Et chez vous cela se passe comment ?


    • Goldo Du Goldo Du 21 juillet 10:14

      « Le médecin qui tient la main de son patient, même mourant, et lui chuchote quelques mots de réconfort et nettement meilleur, sur le plan de l’éthique et de la déontologie médicales, que celui qui vient annoncer »madame, vous avez demandé la mort, eh bien, je suis venu vous la donner « . Même la faucheuse, la vraie, ne l’annonce pas de cette façon-là. »

      Et le médecin qui laisse souffrir le/la patient(e) - et bien au-delà de la souffrance d’une hernie discale (que j’ai eu et qui m’a imposé de marcher pendant six mois avec une canne et dont je peux dire la souffrance qu’elle impose) - alors qu’il n’y a pas d’autre issue que la mort.

      Qu’est-il avec ses mots murmurés ?

      Un bourreau compatissant ?

      Je préfère celui qui a la force d’aider la personne qui souffre sans issue à en finir. Qui respecte son choix au lieu de lui parler de morale.

      Tu n’as pas répondu, toubib à cette question sur ton avant-dernier « article » :

      Où, dans cette loi, est-il dit que c’est un médecin qui le déciderait comme tu le prétends ?

      Car les mots ont un sens et ce que tu prétends ressemble à une manipulation idéologique. Prouve nous le contraire (ce qui devrait t’être aisé tellement tu as lu d’articles sur le sujet !).


      • Fergus Fergus 21 juillet 16:34

        Bonjour, Goldo Du

        « Où, dans cette loi, est-il dit que c’est un médecin qui le déciderait comme tu le prétends ? »

        Ci-dessous, je viens de parler de « bobards ». Celui-ci en est une illustration.


      • ahtupic ahtupic 21 juillet 16:48

        @Fergus
        il est vrai que DuGlan ou Gogol, c’est des références sures.
        J’ai pas mis un accent circonflexe sur sur  smiley


      • Goldo Du Goldo Du 22 juillet 09:36

        @Fergus

        On notera que notre toubib si compatissant et très documenté sur la loi évite de répondre à ma question. On a donc bien à faire à un menteur patenté, un manipulateur réac qui vient raconter des conneries pour faire peur au pékin.


      • Hector Hector 22 juillet 09:48

        @Goldo Du

        « On a donc bien à faire à un menteur patenté »

        Ça vous étonne ? Il tue le mouton mais il implore le bon Dieu...


      • Goldo Du Goldo Du 22 juillet 19:36

        @Goldo Du

        En même temps, quand on cherche un peu, on voit où traîne notre toubib humaniste : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alg%C3%A9rie_patriotique

        Conspi, antisémite,fake news...

        On comprend mieux pourquoi il vient traîner ici pour diffuser des infos mensongères !


      • Goldo Du Goldo Du 23 juillet 10:56

        @Goldo Du

        Son silence est la preuve qu’il est gêné aux entournures. Et que j’ai raison.


      • ahtupic ahtupic 21 juillet 13:05

        @Glandu

        « Je préfère celui qui a la force d’aider la personne qui souffre sans issue à en finir. Qui respecte son choix au lieu de lui parler de morale. »

        Alors tu vas me préférer. smiley

        Donnes moi le nom de ton toubib et je vais lui dire : Le Glandu en a marre de vivre ? Il voudrait être euthanazié. Aidez le à partir. smiley

        Ca fera un con de moins sur AV.  smiley



        • Goldo Du Goldo Du 21 juillet 15:55

          @ahtupic

          Je suis pas malade. En revanche, toi...


        • Fergus Fergus 21 juillet 16:34

          @ Goldo Du

          Un grand malade !


        • Fergus Fergus 21 juillet 16:31

          « Si j’étais en France et qu’on m’avait entendu, peut-être, avec cette nouvelle loi, on m’aurait envoyé ad-patres »

          Non, en aucune manière ! Vous n’étiez ni proche de la fin de vie du fait d’une pathologie incurable ni atteint d’insupportables souffrances réfractaires. Arrêtons de répandre des bobards sur la loi qui a été votée par le parlement français.


          • GHEDIA Aziz GHEDIA Aziz 21 juillet 16:34

            @Fergus

            Ce je sont pas des bobards...c’est plutôt de l’humour.


          • LeMerou 22 juillet 06:57

            @Fergus

            Je suis assez d’accord.


          • LeMerou 22 juillet 07:07

            @GHEDIA Aziz

            De l’humour noir alors ?

            La fin de vie, diable que l’affaire est compliquée, si l’on se place en dehors de toute conviction religieuse, chacun dispose de sa vie jusqu’à présent, enfin normalement.

            Le corps médical, enfin certains ont fait le serment de vous sauver, pas de vous maintenir dans la douleur, que seul le malade ressent véritablement, pas l’autre, qui ne la vie qu’au travers d’un « savoir ».

            A t’on le droit de demander sa propre fin, lorsque le mal est incurable, en phase terminale, que les douleurs sont insupportables, en fait que la vie tout simplement ne vaut plus la peine d’être vécue.

            Personne n’est égal devant la souffrance physique et psychologique associée.


          • Hector Hector 22 juillet 09:58

            Je pense que quiconque devrait être en droit de demander à cesser de vivre malade ou pas malade, excepté les mineurs.

            Ce droit devrait être inscrit dans la constitution de 1958.


            • confiture 22 juillet 10:07

              @Hector

              alors il faudra répondre à la question : qui va pratiquer l’euthanasie ? doit-on créer une option dans l’assurance obsèque avec cette option ? le tanato doit savoir faire cela smiley


            • Hector Hector 22 juillet 11:04

              @confiture

              https://www.touteleurope.eu/societe/l-euthanasie-en-europe/ Pour répondre à votre première question.

              J’ai près de moi deux personnes qui se sont suicidés. Elles étaient assurées. Les ayants droit ont touché la prime.

              Vos questions sont dès lors sans objet et, je me demande au nom de quelle idéologie vous vous mêlez d’une chose qui ne vous regarde pas.

              Je suis curieux de connaitre votre réponse.


            • confiture 22 juillet 12:03

              @Hector

              pourquoi cela ne me concerne pas ? vous n’avez pas compris mon propos : QUI va effectuer l’acte ???


            • Hector Hector 22 juillet 16:18

              @confiture

              Je vous ai mis un lien pour répondre à votre première question. J’aurais cru que vous l’auriez compris.

              Croyez-vous qu’il n’y ait personne dans ces organismes qui veuille faire ce travail ?

              Mais pour que nous soyons totalement d’accord, si c’est possible, bien que j’en doute, faire ce travail c’est donner la mort, voulue par le patient.

              J’ajoute que je suis un vieux monsieur, avec de plus en plus d’affections qui m’empêchent chaque jour de mener une vie normale. Pour ces raisons j’opterai pour cette solution à l’étranger.

              Suis-je assez clair ?

              Et maintenant répondez, vous, à ma question.

              De quel droit et au nom de quelle idéologie puérile et stupidement intrusive prétendez-vous vous mêler de ce qui ne vous regarde pas, en l’occurrence de ma vie et de ma mort et prendre une décision à ma place ?

              Et pour conclure, sachez Confiture, bien que le mot soit trop long, que je n’ai pas envie de finir mes jours alité en état de légume.


            • ETTORE ETTORE 22 juillet 13:51

              Il y a quand même quelque chose qui m’a fait sursauter, en lisant que ,

              trois chercheurs, proposent une fin de vie, par ablation d’organes.

              Partant du principe que :

              L’accord du « patient » etant validé,

              il serait beaucoup qualitatif pour la qualité des organes « de don » à prelever,

              que la personne, soit encore vivante, quand cela serait exécuté.

              Je vous prmet de retrouver la référence de l’article concerné.


              • ETTORE ETTORE 22 juillet 14:15

                Article publié dans le New England Journal of Medicine

                Trois medecins de la Harvard Medical School, du Boston Children’s Hospital aux etats unis, et de la Western University au Canada, posent la question du don d’organe qui suit un décès lié à une euthanasie ( cf le don d’organe après l’euthanasie)

                Mais du décès par don d’organe, dans le cadre d’une euthanasie

                Une euthanasie sans injection letale

                Avec la « mort par don d’organe » le décés ne serait pas provoqué par l’injection létale requise pour une euthanasie,

                mais le patient serait anesthésié avant qu’un médecin ne prélève ses organes encore vivants,

                et c’est le prélèvement lui même qui provoque la mort

                Cette pratique conviendrait au " principe du donneur décédé ( dead Donor Rule)

                qui s’applique actuellement, quelle que soit la législation d’un pays sur l’euthanasie et le suicide assisté.

                Il est interdit de prelever les organes d’un patient encore en vie ( cf Don d’organes : la définition bde la mort remise en question)

                La mort par don d’organe « une technique efficace »

                Les chercheurs avancent qu’avec la « mort par don d’organe »

                les medecins contournent les risques liés à l’ischémie chaude.

                Il s’agit de la période critique, pendant laquelle l’organe n’est plus perfusé, du fait d’un arrêt cardiaque, ou de clampage de l’artère l’irrigant,

                avant qu’il ne soit placé dans un dispositif visant à le conserver à froid.

                Cette phase entraine une détérioration des tissus, qui peut rendre l’organe impropre à la transplantatioh

                Pour les auteurs de la proposition, l’abandon de la règle du donneur mort, pourrait permettre un prelèvement dans des conditions plus favorables pour la transplantation

                Un appel à une mort « utile »

                Dans les régions ou le don d’organe et « aide à mourrir » sont autrorisés, il pourrait être « logique » selon ces trois medecihns, que des patients veuillent combiner les deux procédures pour « donner un sens à leur mort » ( cf Euthanasie et dons d’organes, des « interêts communs ? »

                Le docteur Robert TRUOG de la Harward Médical School, considère la demande de mort par don d’organe

                « étique puisque c’est ce que le patient a choisi »

                Il parle d’une « grande générosité »

                etc etc


                • Hector Hector 22 juillet 16:25

                  @ETTORE

                  Bien entendu, cela parait barbare, mais dans la mesure ou cette façon de procéder est acceptée par le patient, Pourquoi refuser ?

                  Mourir de cette façon ou d’une autre, quand on veut mourir, quelle importance ?

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