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Accueil du site > Tribune Libre > Pierre Janet dresse le cadre général de la psychologie expérimentale à la (...)

Pierre Janet dresse le cadre général de la psychologie expérimentale à la française

En 1889, l’année même où Sigmund Freud entamait le traitement d’Emmy von N…, Pierre Janet présentait sa thèse de doctorat en philosophie qui serait immédiatement publiée sous le titre :
« L’automatisme psychologique – Essai de psychologie expérimentale sur les formes inférieures de l’activité humaine  ».

Nous connaissons déjà un peu Janet pour avoir précédemment évoqué le rôle qu’il avait pu tenir dans l’ouvrage que nous avons publié, Françoise Petitdemange et moi, en 1986 : Le feu sous la cendre – Enquête sur les silences obtenus par l’enseignement et la psychiatrie. Quant au lien à établir avec le travail de Freud, cela se retrouve ici.

Dans le titre cité plus haut, nous voyons apparaître la thématique des « formes inférieures de l’activité humaine  ». De quoi peut-il s’agir dans l’esprit de Pierre Janet ? Lui-même nous donne immédiatement sa réponse en évoquant la situation de délaissement dans laquelle se trouve une part essentielle de ce qui constitue l’humain :
« Ce sont presque toujours les formes les plus élevées de l’activité humaine, la volonté, la résolution, le libre arbitre, qui ont été étudiées par les philosophes.  » (Introduction de la version électronique établie d’après la quatrième édition, Société Pierre Janet et Laboratoire de psychologie pathologique de la Sorbonne avec le concours du CNRS, 1973)

Au contraire…
« C’est l’activité humaine dans ses formes les plus simples, les plus rudimentaires, qui fera l’objet de cette étude. » (Idem, Introduction)

Nous sommes donc, certainement, dans l’humain… Cependant, dès la phrase suivante, autre chose se manifeste sans que Pierre Janet ait crié « gare ! »
« Cette activité élémentaire, soit qu’elle ait été constatée chez les animaux, soit qu’elle ait été étudiée chez l’homme même par les médecins aliénistes, a été désignée par un nom qu’il faut lui conserver, celui d’activité automatique.  » (Idem, Introduction)

Quoi qu’il en soit, nous avons donc rejoint le titre du premier grand ouvrage de Pierre Janet : « L’automatisme psychologique  ». Il s’en explique de la façon suivante :
« On désigne, en effet, sous le nom d’automatique un mouvement qui présente deux caractères. Il doit d’abord avoir quelque chose de spontané, au moins en apparence, prendre sa source dans l’objet même qui se meut et ne pas provenir d’une impulsion extérieure […]. » (Idem, Introduction)

Nous découvrons alors une seconde condition :
« Ensuite, il faut que ce mouvement reste cependant très régulier, et soit soumis à un déterminisme rigoureux, sans variations et sans caprices. » (Idem, Introduction)

S’agit-il, pour autant, d’une « activité purement mécanique et absolument sans conscience » ? Immédiatement, Pierre Janet se récrie, mais, ici, nous quittons le versant animal pour basculer dans le typiquement humain :
« Nous croyons que l’on peut admettre simultanément et l’automatisme et la conscience, et par là donner satisfaction à ceux qui constatent dans l’homme une forme d’activité élémentaire tout à fait déterminée, comme celle d’un automate, et à ceux qui veulent conserver à l’homme, jusque dans ses actions les plus simples, la conscience et la sensibilité.  » (Idem, Introduction)

Reprenons le problème de l’humain par en haut…
« Un autre caractère toujours attribué à l’activité supérieure, c’est le caractère de l’unité : la puissance volontaire semble une et indivisible, comme la personne elle-même dont elle est la manifestation. » (Idem, Introduction)

Comment l’automatisme psychologique auquel on peut accorder la conscience se situe-t-il par rapport à cette unité et à la capacité d’intégration qui caractérise celle-ci ?
« L’unité et la systématisation nous semblent être le terme et non le point de départ de la pensée, et l’automatisme que nous étudions se manifeste souvent par des sentiments et des actions multiples et indépendantes les unes des autres, avant de céder la place à la volonté une et personnelle. » (Idem, Introduction)

Il faut donc, selon Pierre Janet, qu’une évolution ascendante se produise entre l’automatisme de base et le sommet unifié de la pleine volonté. C’est à l’étude de quoi son travail s’est attaché. Or, celui-ci passe aussi par l’analyse de l’échec possible de cette transition, et c’est en quoi Pierre Janet va rejoindre certaines des préoccupations manifestées par Sigmund Freud :
« Enfin l’activité humaine se présente quelquefois sous des formes anormales, mouvements incohérents et convulsifs, actes inconscients ignorés par celui-là même qui les accomplit, désirs impulsifs contraires à la volonté et auxquels le sujet ne peut résister. » (Idem, Introduction)

Or, à ce qu’il semble, le point de départ du Français ne paraît d’abord pas très différent de celui du médecin viennois :
« Ces irrégularités sont inexplicables si on ne connaît que la théorie de la volonté libre et une. » (Idem, Introduction)

Mais par quel chemin Pierre Janet compte-t-il pouvoir rejoindre la problématique qu’il a soulevée ici à propos de l’« automatisme psychologique » sous-jacent, selon lui, aux réalisations humaines du plus haut niveau ?

NB. Pour comprendre comment ce travail s'inscrit dans une problématique générale de lutte des classes...
https://freudlacanpsy.wordpress.com/a-propos/


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3 réactions à cet article    


  • Philippe VERGNES 26 février 2018 14:08

    @ Bonjour Michel J. Cuny,


    Merci de réhabiliter quelque peu Pierre Janet qui pour la compréhension des traumatismes psychiques est bien plus important que celle de Freud comme le soulignet fort pertinemment les psycho-traumatologues et autres criminologues ou victimologues. A noter également que le freudisme n’est pas le seul courant psychanalytique et que certains courants de cette discipline ont su se détacher du « totalitarisme » freudien. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas jeter le bébé psychanalyse et l’eau du bain avec, car c’est un « objet » récupérable... à condition toutefois de savoir s’émanciper de ses gourous et de leurs idolâtres. C’est ainsi que les apports de Ferenczi, le soi-disant enfant terrible de la psychanalyse, sont également plus importants que ceux de son maître qui lui a d’ailleurs « piqué » bien des idées sur le traumatisme sans jamais le citer pour ensuite le dénigrer comme il savait si bien le faire (cf. le cas de Victor Tausk également ainsi que celui de Pierre Janet avec qui Freud était en compétition bien qu’il niait ce fait). Un schéma courant chez les nombreux idolâtres de Freud pour qui toutes critiques du freudisme relèvent d’un crime de « lèse majesté ». Une critique qui s’avère pourtant nécessaire par les temps qui courent, car « celui qui ignore son histoire est condamné à la revivre ».

    • Philippe VERGNES 26 février 2018 14:26

      « ... est bien plus importante... »


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 février 2018 16:52

      Allez faire un tout du côté de la glande pinéale,...

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