Prédateurs, abuseurs, corrupteurs intransigeants
Loin de moi l’idée que l’église de Rome est la seule à profiter du contrôle des sexes, et qu’elle ne paie après tout que le prix minime de ce pouvoir qu’elle exerce sur le corps des prélats et des croyants. Au Mont Athos, les moines fous de dieu sont des chasseurs du féminin : il faut les voir scruter les animaux domestiques ou sauvages, pour contrôler si par malheur une femelle n’était tombée du ciel. Heureusement qu’ils ne sont pas entomologistes ou botanistes : la nature luxuriante qui les entoure est essentiellement féminine : les pistils ou gynécées - nom que l’on donnait aussi aux harems antiques - les reines de leurs ruches, les œufs de lump dont ils se gavent… Bref, ils vivent un enfer sans le savoir. Cela n’est pas sans conséquences : il faut voir leur regard lubrique au passage des éphèbes touristes, écouter les histoires scabreuses des jeunes séminaristes apprentis , lire Jacques Lacarrière et son hommage au Mont Athos (Un été grec), pour saisir l’incohérence et les impasses de leur obsession antiféministe. Mais après tout, le Mont Athos n’est qu’un musée vivant voué au monde byzantin, crée jadis par l’empereur pour éloigner les moines trop influents à Constantinople. Mais, en général, les popes grecs pouvant se marier, régissant des croyants qui peuvent divorcer trois fois, leurs scandales scabreux portent essentiellement sur les femmes de leurs administrés. C’est déjà ça…
Laissons de côté les imams et les traditions ottomanes ancestrales tournant autour du kocek, le jeune garçon apprenti, danseur voluptueux de la cour des sultans. Ne gâchons pas les vacances marocaines des uns et des autres, ni les soirées princières à Djeddah. Par ailleurs nous sommes là dans un autre monde - jadis assumé - plus proche des traditions shintoïstes, bouddhistes ou athéniennes et où la pédérastie est considérée comme un apprentissage, un rituel accédant à la maturité, au grand plaisir (mais aussi à la grande responsabilité) de ceux qui en ont la charge. L’helléniste Pierre Vidal Naquet ne nous révélait pas que la pédérastie était rigoureusement interdite chez les esclaves ? Tradition reprise par les perses du seizième siècle « à la femme la reproduction, aux jeunes le plaisir » nous dit un de leurs dictons…
Au fil des siècles, il existe cependant une constante. Que l’on discourt sur la pédophilie ou la pédérastie (littéralement être attiré ou aimer les enfants), cela concerne quasi exclusivement les garçons. Pas de mystère là dessus. Les femmes et les jeunes filles sont exclues de ce monde d’hommes. De l’antiquité à aujourd’hui, plus les femmes sont exclues, considérées comme un élément utilitaire d’une société essentiellement masculine, et plus l’amour des jeunes concerne les garçons. Plus une société, une structure sociale est misogyne (littéralement haïssant la femme) et plus l’amour des garçons apparaît comme une solution aux pulsions complexes d’attraction - répulsion du féminin. La Grèce antique basait sa misogynie sur des considérations malthusiennes à la base de la cité idéale voire de la démocratie ingérable pour un grand nombre. Elle relayait cette crainte d’un dépassement démographique par des mythes fondateurs de la cité qui peignaient la femme comme un danger pour son équilibre démographique et sa rationalité philosophique (bacchantes). Mais, en passant du logos à la révélation, cette peur du féminin (qui réussit vers le sixième siècle AJC à faire de la mère de Jésus une vierge pour pouvoir, enfin, la sanctifier pleinement) ne pouvait pas donner à la révélation, qu’elle soit juive, chrétienne ou musulmane, la forme féminine. Pour l’islam, tardif dans l’accumulation des religions monothéistes, ce fut le temps d’un progrès : pour les mêmes raisons démographiques, la religion des puits d’eau tuait les filles jusqu’à l’apparition du premier mâle. Pour les autres, ce fut une régression : un dieu mâle tout puissant remplaça le désordre d’une ribambelle de divinités qui préservait une parité houleuse. Pour les amoureux du dogme, comme l’est aujourd’hui le pape, couvrir les scandales - littéralement les provocations du diable contre les commandements de Moïse (Pentateuque) - reste la seule manière de préserver l’absence de contestation de l’homme dieu. Ce n’est donc pas une mince affaire : garder la femme à sa place vaut bien la protection de quelques curés scandaleux. Ils ne sont que des pierres de l’édifice ; Eve, elle, en est la pierre de voûte.
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