Prendre le train d’une petite ligne belge...
Les chemins de fer belges ou l’histoire d’une déliquescence programmée...
Aujourd’hui, de plus en plus de bonnes raisons nous poussent à entrer dans les gares, prendre un billet ou un abonnement et voyager en train.
Que ce soit le prix du gasoil, les parkings des villes chers ou saturés, la pollution. De plus en plus en nous, germe l’idée d’utiliser un peu plus souvent les transports en commun.
J’en suis devenu utilisateur régulier depuis que ma voiture a été refusée au contrôle technique.
J’ai la chance que ma charmante cité thudinienne soit traversée tant par la Sambre que par la ligne Charleroi-Erquelinnes. Je réserve le chemin de halage à mes promenades cyclistes et, j’utilise le train pour mes déplacements habituels.
La ligne qui dessert Thuin voit passer un train chaque heure. Le week-end, vous devez diviser le rythme de ses passages par deux. La magnifique gare est abandonnée depuis une dizaine d’années. Même la poste a fui, cédant les lieux aux vandales et autres tagueurs. Vous devez donc vous adresser aux accompagnateurs de trains pour vous munir d’un billet. C’est drôle qu’il faille que cette machine soit accompagnée... ils auraient pu trouver autre chose comme nom. Bref, quand il ou elle se présente à vous, l’agent à képi vous imprime votre titre de transport au moyen d’un mini ordinateur qui lui pend à l’épaule. L’exercice requiert de l’équilibre, de l’adresse et surtout de la patience au milieu des gamins braillant peu ou mal éduqués qui utilisent les banquettes en vis-à-vis comme repose-pieds.
L’enfer, c’est les autres disait Sartre... Il devait prendre le train, lui aussi. A en avoir la nausée en voyant les mains sales de certains voyageurs... Les transports en commun facilitent pourtant les rapports humains. Ils les facilitent tellement que la promiscuité les impose.
Ce qui signifie que vous n’êtes pas seul à utiliser le même train. Vous ne vous y sentez jamais seul. Parfois, vous aimeriez être un peu mieux accompagné, par des gens davantage éduqués, polis, courtois, silencieux, qui n’utilisent leur GSM que pour communiquer en silence et non telle une discothèque ambulante. Que vous aimiez le rap et le R&B ou non, ce vous sera malgré tout imposé au travers d’un minuscule diffuseur criard, que vous désiriez le silence ou non.
Le nombre des voyageurs vous impose des rapports humains parfois surprenants. Si vous avez la chance de trouver une place assise, vous devez supporter d’écœurants remugles offerts par des aisselles fatiguées. Parfois, le vendredi, vous vous dites que le monsieur aura une nouvelle chemise lundi prochain, qu’il gardera jusqu’au vendredi suivant. Imaginez qu’à côté de lui, c’est le contraire, il a pris sa douche à l’eau de Cologne... les remous du voyage en plus vous imposent un estomac courageux.
Quand il vous prend un besoin à soulager, vous trouvez porte des uniques toilettes close... Quand, après vingt minutes de percussions sur la porte, les sphincters prêts à vous lâcher, on vous apprend que les sanitaires sont fermés par manque d’eau. Vous suppliez vos intestins d’être courageux, et d’attendre que vous puissiez fendre la foule pour atteindre les toilettes d’un autre wagon.
Les trains vieillots finissent leur vie en desservant les petites lignes. Bien que les sols sont balayés, les fauteuils sont rapiécés après avoir été vandalisés, les voitures semblent crasseuses et peu accueillantes. Les plafonds jaunis par les milliards de cigarettes grillées dans une atmosphère glauque vous offrent des envies de savonnées à l’ammoniaque...
Une fois votre voyage à son terme, il vous faut du courage pour pénétrer la pénombre. Votre gare, autrefois magnifiquement entretenue par le chef de gare et ses hommes, croule en une longue agonie sous les assauts de la maladie honteuse qu’est le vandalisme... Les quelques lampes qui subsistent offrent une lueur triste à vos pas qui crissent dans le gravier. Les aubettes ont été repeintes, les vitres, trop souvent brisées, ont été remplacées par de très jolies tôles...
Le souterrain qui vous fait traverser les voies sont parfumés à l’urine que de sales types transformés en cabots levant la patte salissent généreusement.
Les plafonds ont perdu toute source de lumière. Autrefois, la peinture claire relayait la clarté offerte par des lampes au néon. Aujourd’hui, des bouts de fils pendent tristement, stigmates du désœuvrement de crétins non éduqués. Des inscriptions tagguées maculent les murs, tels des gribouillis enfantins.
Quelle est triste la gare de Thuin... Mais où sont donc les agents de la SNCB qui distribuaient les coupons rouges en carton en échange d’un billet bleu à l’effigie du roi Baudouin ? La grande porte à deux battants faisait du bruit quand un voyageur entrait dans la grande salle. D’immenses banquettes en bois permettaient d’attendre l’automotrice à l’abri. Quelques distributeurs délivraient des chiques dégueulasses contre une pièce de cinq francs... Je nostalgise, c’est mauvais... ’’place à la modernité et à l’efficacité’’... disent les dirigeants des entreprises nationales ’’enfin’’ privatisées...
Autrefois, le chef de gare vivait au-dessus de la station avec sa famille.
Aujourd’hui, des arbres y poussent...
Elle attend, la gare, que le monde politique s’occupe d’elle... pour un hypothétique musée, bureau, appartement... ou autre..... à moins que ce ne soit la chute, l’effondrement, la démolition pure, simple, bête...
Pourquoi ne pas y remettre un chef de gare derrière son guichet ? Un gars sympa qui vous offre votre premier sourire de la journée quand au petit matin, vous partez vous entasser dans des trains vieillots pour aller bosser...
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