Protestations en Iran : Les mollahs sont-ils sur le point de chuter ?
La nouvelle des manifestations dans les villes iraniennes n’a pas surpris les observateurs des affaires iraniennes. Bien que les manifestants iraniens se soient rassemblés pour protester contre la décision d’augmenter le prix de l’essence, cette décision est certainement la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
L’emprise sécuritaire du régime des mollahs s’est affaiblie. Au cours des dernières années, le régime s’est violemment opposé à toutes les manifestations populaires par l’intermédiaire des milices des Gardiens de la révolution.
Cette milice réprime, muselle le peuple iranien, et donne au monde une fausse image de stabilité apparente qui ne convainc personne que les mollahs ont été capables de faire face aux lourdes sanctions américaines contre l’Iran pour ses violations continues du droit international.
Rendue publique vendredi dernier, la décision d’augmenter le prix de l’essence a été décrite par un dirigeant syndical iranien comme mettre la vie des pauvres en feu. La résolution a suscité de nouvelles protestations que la scène iranienne était bien préparée à accueillir.
Dans un article récent, j’ai évoqué que les manifestations en Irak et au Liban pouvaient franchir la frontière avec l’Iran en raison de la fragilisation des défenses du pays et de l’existence de terrains adéquats pour la diffusion des manifestations, dans une application de la théorie des dominos.
Si on jette un coup d’œil aux détails de la décision d’augmenter le prix de l’essence iranienne, on se rend compte de la souffrance du peuple et de l’économie iraniens suite aux sanctions américaines dans un des principaux pays producteurs de pétrole dans le monde. Le prix de l’essence a été augmenté de 50% à 60 litres par mois, et de 300% pour ceux qui dépassent le quota mensuel.
Cette décision a été prise en dépit des démentis répétés du ministre du Pétrole, Bijan Namdar Zanganeh, sur une tendance officielle à plafonner ou augmenter les prix de l’essence. Mais la décision, que le président Rouhani a décrite comme favorisant les pauvres de l’Iran, a déclenché une vague de nouvelles manifestations dans plusieurs villes iraniennes.
Reste à savoir quelle sera la direction attendue des manifestations iraniennes. Pourrait-elle provoquer l’effondrement du régime des mollahs ?
Ici, plusieurs scénarios se dégagent.
La première est l’aggravation, l’escalade et l’utilisation des expériences précédentes dans le conflit populaire avec le régime, et son effort pour le renverser, avec le soutien direct des États-Unis dès le premier jour des manifestations. De plus, le recours à la force par le régime iranien pourrait contribuer à accroître la colère du public.
Pourtant, il semble difficile de prédire une fin rapide aux mollahs. Les milices des Gardiens de la Révolution se battront pour défendre le régime jusqu’à la dernière minute, quel que soit le coût humain et matériel des manifestations.
Le régime théocratique iranien ne laisse aucune possibilité à l’armée et aux forces de sécurité de se joindre aux exigences de la rue iranienne, comme ce fut le cas dans certains pays arabes, et a donc contribué à accélérer la chute des régimes.
La probabilité de réaliser ce scénario semble donc modérée, à moins que d’autres facteurs ne viennent renforcer la position des manifestants iraniens comme l’augmentation de leur nombre d’une manière que les milices du régime ne peuvent supporter.
Par ailleurs, on s’attend à ce que le régime ait recours à intensifier l’oppression et la confrontation, quelles qu’en soient les conséquences. L’absence de couverture médiatique étrangère et de sites de médias sociaux pour le peuple iranien ne fait qu’accentuer cette situation. Dans des situations similaires, les médias ont joué un rôle majeur en communiquant les faits au monde et en mettant les régimes sous la pression des positions internationales.
Dans le second scénario, le régime des mollahs pourra contenir les manifestations en mariant les politiques de sécurité avec les décisions de trêve, même s’il est forcé d’annuler la décision de hausser le prix du carburant.
Cette baisse dépend largement de l’évolution des conditions sur le terrain dans les villes iraniennes. Mais les mollahs pourraient néanmoins se cramponner à la décision jusqu’à la dernière minute, à moins que ceci ne nuise directement au sort du régime. Si le régime craint que le maintien de cette décision ne conduise à l’effondrement du gouvernement, il l’abandonnera immédiatement.
Le troisième scénario, c’est la poursuite des manifestations pendant une période de blocage entre les manifestants et le régime. Mais ce scénario implique une dose de risque pour les mollahs.
Le maintien des manifestations sans résolution sécuritaire, comme toujours, entraîne la possibilité d’élever le plafond des revendications des manifestants qui vont se donner plus de courage et de capacité à affronter l’emprise sécuritaire. Ainsi, le régime voudra peut-être accélérer la résolution de l’affrontement dans la rue en utilisant les plus hauts niveaux de sécurité, quelles que soient le coût, et ce afin d’éviter le pire pour le régime.
Quel que soit le scénario probable au cours des prochains mois en Iran, les événements annoncent sans doute que le régime iranien risque davantage d’entrer dans la spirale du danger. Parmi ceux-ci figurent la multiplication des morts et des affrontements entre la population et les milices de sécurité intérieure.
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