« Sécurisation de l’emploi » : le bal des contorsionnistes
Le débat au parlement sur le projet de loi transcrivant l'accord Medef/Cfdt sur « la sécurisation de l'emploi » doit éviter un écueil : celui de prendre les membres du gouvernement et François Hollande pour des niais ou des naïfs : ils savent ce que cet accord veut dire, ils connaissent très bien le Medef. Qu'ils aient fait de la Cfdt leur folle du roi n'a que peu d'importance : dans une négociation collective, il y a toujours une chaise près du puissant et l'on sait qui l'occupe et pourquoi.

En effet, ils savent tous que cet Accord, voulu et commandité (1) par François Hollande pour qu'il s'exonère de ses responsabilités lors des remous consécutifs à l'application à venir, va faire grimper le chômage, institutionnaliser la flexibilité, le chantage à l'emploi devenant la règle au niveau de chaque entreprise, sans que la Loi commune n'intervienne plus.
Entendre Michel Sapin répéter que la négociation sera institutionnalisée prochainement et primera sur la Loi (c'est aussi ce que désire ardemment le Medef) donne tout son sens à ce violent accord et montre la force du système coalisé. Ce faisant, les plans sociaux deviendront l'expression et le choix des salariés eux-mêmes ! Le pendu aura choisi sa corde.
Ils savent que cet accord, dont la trancription pré-législative (voir le pdf) a récemment reçu l'aval du Medef et de la Cfdt, ne sécurisent les licenciements qu'au profit des seuls employeurs et imposera, au bon vouloir de l'employeur des baisses de salaires, des hausses de temps de travail et des mobilités forcées sans l'accord du salarié, ce dernier ne pouvant le refuser sous peine de subir un licenciement fautif.
Le gouvernement sait donc ce qu'il fait. Il assume. Il travaille à l'accomplissement de cette mue libérale du contrat de travail avec ferveur, ne laissant rien au hasard. Il sait cependant que l'union des salariés en cet instant est dangereuse pour lui. C'est pourquoi il s'emploie à touches à peine voilées à casser toute résistance, désignant du doigt les « futurs » casseurs syndicalistes, les fauteurs de troubles. La police à Valls et les CRS pour étouffer tout débat. Comme quoi rien ne change.
Le gouvernement montre ses muscles : il n’amnistiera pas les syndicalistes qui ont subi des sanctions ou des poursuites dans l’exercice des droits syndicaux et de la liberté d’expression et de manifestation
En somme, le gouvernement renonce et fait diversion. Le dernier exemple - il sera bientôt balayé par un autre renoncement, cette marque de fabrique des contorsionnistes et des menteurs ordinaires - celui de ne pas légiférer sur les « licenciements boursiers » (promesse programmatique), la majorité devant se contenter d'une loi « sur la cession des sites rentables ».
La mobilisation du 5 mars sera vécue et regardée de près.
°
° °
-
l'engagement 55 du candidat Hollande indiquait qu'il réunirait une « grande conférence économique et sociale » et qu'il y aurait une « concertation » du gouvernement avec les partenaires sociaux,... mais c'est le Medef qui pilota tout, de la convocation au texte de l'accord... et ce ne fut qu'une négociation entre partenaires sociaux, le gouvernement étant aux abonnés absents.
PDF : "avant-projet-de-loi-flexibilite-emploi"
7 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON









