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Accueil du site > Tribune Libre > Syrie : les grands projets de Washington à l’Est de l’Euphrate

Syrie : les grands projets de Washington à l’Est de l’Euphrate

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La Maison blanche a ouvertement annoncé ses projets concernant la Syrie. Des révélations ont d'abord été faites par le vice-président américain Mike Pence : "Les Etats-Unis utiliseront la "force destructrice" contre toute tentative d'empêcher notre contrôle sur les champs pétroliers syriens – que ce soit Daech, le gouvernement syrien ou les forces prorusses."

Suivi par le chef du Pentagone : "Tout le monde doit comprendre que seulement les Forces démocratiques syriennes (FDS) alliées aux Etats-Unis peuvent recevoir les revenus de ces matières premières pour garder les prisons avec des terroristes, leur armement et nous aider dans la lutte contre Daech. C'est pourquoi notre but consiste à garantir la sécurité des gisements pétroliers."

Le locataire de la Maison blanche n'a pas été apprécié par l'élite financière américaine dirigeante, qui veut expulser Donald Trump du Capitole par tous les moyens. Mais n'y parvient pas : la ligne économique de l'administration est pratiquement irréprochable. La politique étrangère pourrait devenir un point faible. Notamment au Moyen-Orient, plus exactement en Syrie. C'est l'incohérence des actions qui est reprochée au président : sa main droite ne saurait pas ce que fait la gauche... En réalité, c'est tout le contraire.

Le Pentagone a dépensé plusieurs centaines de millions de dollars pour créer une armée de Kurdes syriens de 40.000 hommes, l'a utilisée pour éliminer Daech au Nord-Est de la Syrie. Washington savait dès le départ que la fourniture d'armes et du matériel aux Unités de protection du peuple (YPG) kurdes, qui constituent la base des formations des FDS, susciterait la colère d'Ankara. Mais en même temps, les Etats-Unis étaient convaincus, et à raison, que la Turquie était et resterait un membre et un allié loyal de l'Otan, en dépit d'une rhétorique américaine parfois dure de Recep Erdogan.

En ce qui concerne les Kurdes, Washington les considère également comme une éventuelle menace potentielle pour la sécurité d'Ankara. Sous leur forme actuelle : organisés, très motivés et bien armés. Mais en cinq ans, le Pentagone avait considérablement "engraissé" les Kurdes, alors que les émissaires américains ont significativement inculqué au sein de leur société l'idée d'obtention de l'indépendance nationale de l'Etat syrien.

Il est tout à fait naturel que les Américains aient besoin de préserver leur alliance avec les Kurdes syriens et à la fois contenter les Turcs. En décembre 2018, le Pentagone a annoncé son retrait du Nord de la Syrie, en donnant ainsi le feu vert à la Turquie pour mener une opération militaire contre les Kurdes syriens. En continuant de les armer malgré les protestations féroces d'Ankara.

Pendant presqu'un an le Pentagone évacuait ses militaires du Nord de la Syrie, en laissant l'opportunité à leurs alliés kurdes de procéder au retrait discret et planifié du matériel en service au sein des FDS. Ils ont construit et installé loin de la frontière turque des entrepôts pour un immense arsenal de munitions et de matériel militaire. Sur un territoire riche en hydrocarbures, en eau et cultivable.

Seulement deux jours après l'annonce par les Etats-Unis de la fin du retrait des soldats américains de Syrie, ils seront revenus dans ce pays.

En connaissant l'impertinence des Américains, peu croiront à leur intention de poursuivre la lutte contre Daech ou de garantir la protection des prisons avec des terroristes… Le principal objectif consiste à maintenir et à renforcer l'infrastructure militaire des Kurdes syriens, à empêcher le rétablissement de l'intégrité territoriale du pays et de sa souveraineté. Mais aussi à devenir un puissant contrepoids à la Russie en Syrie et dans la région. Et même l'Iran passe au second plan dans cette situation.

Donald Trump sait compter l'argent. C'est un homme d'affaires jusqu'à la moelle, il s'indignait vraiment de la somme astronomique du budget américain dépensée pour la présence militaire américaine au Moyen-Orient. Sans résultats escomptés. Mais, contrairement à d'autres pays de la région, la Syrie dispose de sources de pétrole et de gaz naturel, dont les ventes peuvent et doivent entretenir les militaires américains et leurs alliés. Le territoire afférent aux champs pétroliers peut être transformé en une immense base militaire. Naturellement sous le noble prétexte de "combattre les terroristes en Syrie et en Irak voisin".

C'est pourquoi Mike Pence a mentionné la possibilité d'utiliser la "force destructrice" pour protéger les gisements pétroliers syriens capturés dans les provinces de Deir ez-Zor et de Hassaké. Des agences de presse arabes influentes se référant aux sources proches du Pentagone parlent de la disposition des Américains à déployer dans la zone des champs entre 300 et 500 blindés et autre matériel militaire.

Difficile de choisir un meilleur endroit. La sécurité de l'enclave américano-kurde sera couverte au Nord par un membre fidèle de l'Otan, la Turquie. Pour cela il faut "convaincre" les Kurdes syriens de vivre dans l'amitié avec Ankara. A l'Est – la frontière avec le Kurdistan irakien : aucune menace ici. Au Sud et à l'Ouest l'Euphrate sert de frontière naturelle derrière laquelle les forces gouvernementales sont bloquées pour une durée indéterminée par le combat contre un ennemi irréconciliable. Il ne fait aucun doute que le commandement des unités kurdes et la direction politique des Forces démocratiques syriennes maintiendront leur orientation lucrative sur le Pentagone et mèneront une politique dans l'intérêt des Etats-Unis.

 

Source : http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1210


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16 réactions à cet article    


  • njama njama 7 novembre 13:06

    Et voilà que les Kurdes « enclavés » à l’est de la Syrie vont devoir s’allier à leur ennemi d’hier la Turquie pour exporter leur pétrole... lequel reviendra certainement par l’oléoduc Kirkuk -Ceyhan ou Erbil Ceyhan à destination de l’U€ ou d’Israël pour être acheminé ensuite vers l’Asie via l’oléoduc Askelon-Eilat

    De s’être alliés avec Washington les voilà doublement cocus !

    C’est plus que du brigandage c’est une mafia internationale !


    • exol 7 novembre 13:43

      @njama
      Et quand Daech trafiquait le pétrole avec la Turquie , là c’était très bien.


    • JPCiron JPCiron 8 novembre 12:28

      @njama

      C’est plus que du brigandage c’est une mafia internationale ! >

      Henry Kissinger disait que les USA considèrent que leur Mission (divine ?) est de libérer les peuples en leur apportant la Démocratie. Il précisait que cela devait advenir ’’que les intéressés l’aient demandé ou non".

      A force de faire sur le terrain le contraire des Valeurs prônées, les USA piétinent et salissent leur propre image... et ce pour bien longtemps.

      .


    • sls0 sls0 7 novembre 14:42

      Je suppose que je ne dois pas être le seul a avoir difficile à me représenter géographiquement le texte.

      Un lien avec carte, il faut cliquer sur jump to map.

      https://syria.liveuamap.com/en/2019/7-november-artillery-shelling-targets-the-village-of-tal


      • leypanou 7 novembre 15:04

        C’est pourquoi Mike Pence a mentionné la possibilité d’utiliser la « force destructrice » pour protéger les gisements pétroliers syriens capturés dans les provinces de Deir ez-Zor et de Hassaké 

         : il peut toujours fanfaronner tant qu’il n’y a pas de body bag.

        Quand il y en aura, il changera d’avis (cf l’affaire de la Somalie par exemple avec ce corps de GI traîné dans les rues).

        Ce qui se passe maintenant prouve une fois de plus que Trump ne pèse vraiment pas lourd. Je ne suis même pas sûr qu’il en est conscient avec ses multiples revirements.

        D’une manière générale, quand ils sont quelque part, ils ne partent qu’obligés.


        • alexis42 alexis42 7 novembre 15:21

          Ce qui me séduit le plus, dans vos articles, est l’absence totale de sources autre que le même article sur votre site : vous devez en être remercié car cela évite des lectures fastidieuses.


          • ZXSpect ZXSpect 7 novembre 18:48

            @alexis42
            .
            pour les curieux
            .
            http://www.whois-raynette.fr/
            .


          • sls0 sls0 7 novembre 18:19

            L’Euphrate qui sert de protection ?

            Les russes et les syriens ont construit un pont à Dez Ez Zor.

            Les russes ont bien dû traverser l’Euphrate pour aller dans le nord de la Syrie suivant les accords avec Erdoggan.

            J’ai l’impression que les russes sont chez eux dans cette zone. Et les américains dans cette zone ? Ils sont à la frontière irakienne, ils ne dérangent personnes.


            • njama njama 8 novembre 11:02

              @sls0
              Très juste l’Euphrate à notre époque n’a pas beaucoup d’importance stratégique, les avions, les missiles guidés passent au dessus sans problème.

              En 2017 les troupes du génie russe ont érigé un pont sur l’Euphrate en moins de 48 heures, de 210 mètres de long capable de supporter le passage de 8.000 véhicules par jour
              https://www.youtube.com/watch?v=j3mL3q97EKA


            • Olivier Perriet Olivier Perriet 8 novembre 09:09

              Encore un délire poutinien qui va être invalidé dans une semaine : ils se sont déjà tellement trompés. Un peu comme l’UPR avec le Brexit.

              Il faut dire qu’ils ont désespérement besoin des USA :

              sans l’épouvantail américain, qu’est-ce qui va faire tenir l’alliance improbable des 3 empereurs, l’ottoman, le russe, le perse ?

              plus rien smiley


              • Cadoudal Cadoudal 8 novembre 09:59

                @Olivier Perriet
                -qu’est-ce qui va faire tenir l’alliance improbable des 3 empereurs, l’ottoman, le russe, le perse ?

                Les Magyars ?

                Aux côtés de Vladimir Poutine, Viktor Orban avait estimé que Budapest était au centre d’un « triangle Berlin-Moscou-Istanbul ».

                https://www.letelegramme.fr/monde/migrants-le-president-turc-menace-de-nouveau-de-les-laisser-partir-vers-l-europe-07-11-2019-12427762.php#7dR9DucMZAVdJl5t.99


              • Olivier Perriet Olivier Perriet 8 novembre 09:16

                on a l’impression que le texte a été écrit il y a 2 ans mdr


                • njama njama 8 novembre 11:56

                  Bachar al-Assad répond aux questions des Syriens sur le Nord du pays 31 octobre 2019

                  Question : Après tout ce qui s’est passé ; après leurs attaques contre l’État syrien, ses citoyens et son Armée ; après le rôle nuisible qu’ils ont joué tout au long de ces années de guerre ; après leur inféodation évidente à l’Américain ; après tout cela Monsieur le Président, nous Syriens, pouvons-nous revivre ensemble avec les Kurdes ?

                  Président Al-Assad : Soyons précis. Ce sujet est constamment soulevé publiquement et parfois en séances privées. Je sais que vous posez ces questions abstraction faite de vos convictions personnelles. Mais, ce qui s’est passé au cours de cette guerre est une déformation des concepts. Par conséquent, dire que telle frange de la population est qualitativement positive ou négative est subjectif, irrationnel et même antipatriote.

                  Certes, des Kurdes ont fait office d’agents et de pions inféodés à l’Américain, mais des cas similaires existent parmi les Arabes, aussi bien dans la région d’Al-Jazira [nord-est de la Syrie] que dans d’autres régions. La faute du groupe de kurdes en question est qu’ils se sont fait passer pour des représentants non seulement des Kurdes, mais aussi des Arabes et de toutes les diverses franges de la Jazira. Et, l’Américain est venu les soutenir via des armes et de l’argent, évidemment pris chez certains États arabes du Golfe, afin de consacrer leur autorité sur toutes les autres franges.

                  Dès lors, nous nous sommes mis à croire que tous ceux qui se retrouvaient là dedans étaient des Kurdes. Non. Désormais, nous devons en parler en tant que « partis » auxquels nous avons à faire. Quant aux Kurdes, la plupart d’entre eux ont toujours eu de bonnes relations avec l’État syrien. Ils sont toujours restés en contact avec nous, proposant des idées véritablement patriotes, réagissant positivement à l’entrée de nos troupes dans certaines régions avec autant de bonheur et de joie que les autres franges de la population. Par conséquent, leur évaluation [telle que posée par la question] est inexacte. Sinon, cela signifie que la Syrie ne sera plus jamais stable.


                  • njama njama 8 novembre 12:03

                    Question : Mais alors, Monsieur le Président, quel est le problème avec les Kurdes, même avant la guerre ? Où réside le problème ?

                    Président Al-Assad : Ces groupes existent depuis des décennies bien que nous les ayons soutenus en risquant d’en payer le prix par un affrontement militaire avec la Turquie, en 1998. À l’époque, nous les soutenions en partant de leurs droits culturels. De quoi nous accusent-ils ? Ils accusent l’État syrien et parfois le Parti Baas de chauvinisme, alors que lors du recensement de 1962 ce parti n’était même pas au pouvoir. Et maintenant, ils nous accusent nous-mêmes de priver cette frange de citoyens de ses droits culturels.

                    Supposons que ces accusations soient fondées. Est-ce possible que je sois à la fois une personne ouverte et fermée [à la diversité] ? Est-ce possible que l’État soit à la fois tolérant et ouvert, intolérant et fermé [à la diversité] ? C’est impossible. Prenons l’exemple de la dernière frange de citoyens ayant intégré le tissu social syrien : celle des Arméniens.

                    Les Arméniens ont toujours été des patriotes par excellence, cette guerre ayant indiscutablement confirmé ce fait. Il n’empêche qu’ils ont leurs propres églises, leurs propres associations et, sujet plus délicat, leurs propres écoles. Mais lorsque vous êtes invités à assister à n’importe laquelle de leurs célébrations, à l’occasion d’un mariage ou d’autres occasions -j’ai des amis arméniens et j’assistais à leurs fêtes en d’autres temps- vous les entendrez chanter des chansons de leur patrimoine, suivies par des chansons patriotes de dimension politique. Y a-t-il une liberté supérieure ? Et ce, en sachant que cette frange de la diaspora arménienne mondiale est celle qui s’est le moins dissoute dans la société environnante. Elle s’est intégrée mais elle ne s’est pas diluée et a conservé toutes ses caractéristiques.

                    Pourquoi serions-nous ouverts ici et fermés ailleurs ? Parce qu’existent des propositions séparatistes et que nous voyons circuler des cartes faisant la promotion d’un Kurdistan syrien comme partie d’un grand Kurdistan. Nous avons le droit de défendre l’intégrité de notre territoire et de nous méfier des projets séparatistes, mais nous n’avons aucun problème avec la diversité syrienne. Au contraire, nous considérons que cette diversité est belle et riche. Une richesse qui signifie « force ».

                    Cependant la diversité est une chose et la partition, le séparatisme et le dépeçage du pays en sont une autre absolument contraire. Tel est le problème.


                  • njama njama 8 novembre 12:09

                    [Voir en fin d’article la liste des milices de la prétendue opposition syrienne, soumise à Erdogan et qualifiée d’« armée nationale syrienne » ; NdT].

                    https://www.mondialisation.ca/wp-content/uploads/2019/11/Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-le-2019-11-07-%C3%A0-11.22.03.png

                    Source  : Vidéo sous titrée en anglais

                    Entretien avec le président Bachar al-Assad :

                    https://www.youtube.com/watch?time_continue=376&v=4QRd3TNNbLA

                    Traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

                     https://www.mondialisation.ca/bachar-al-assad-repond-aux-questions-des-syriens-sur-le-nord-du-pays/5638632


                  • JPCiron JPCiron 8 novembre 12:37

                    @njama

                    Très intéressant !
                    Le monde évolue et change sans que l’on en soit informé...

                    Dans cette interview, on perçoit le concept français de Nation « à la Renan » !
                    .

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Auteur de l'article

Patrice Bravo

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