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Accueil du site > Actualités > Economie > Comment perdre 5 milliards d’euros en 15 jours ? Les marchés (...)

Comment perdre 5 milliards d’euros en 15 jours ? Les marchés dérivés

Comment Jerôme Kerviel a-t-il pu perdre 5 milliards d’euros en quelques jours sans que personne ne s’en rende compte ? Voici quelques pistes pour comprendre et rétablir certaines vérités.

Les marchés dérivés, comment ça marche ? Le principe éponyme des marchés dérivés est qu’ils dérivent d’un autre instrument financier qui peut être de nature très variée (pétrole, actions, indices, score de Sarkozy à la prochaine élection, etc.). Les deux types les plus connus de produits dérivés sont les contrats dits Futures et les options. Dans le cas qui nous intéresse, nous allons nous concentrer sur les Futures.

Un Future est contrat (au sens propre du terme, qui donc lie deux entités) qui donne l’obligation de fournir à une date fixée, un instrument donné. Par exemple, si j’ai acheté il y a 3 mois un future "France Telecom Janvier 2008" (un produit : Action France Telecom, une échéance : Janvier 2008, c’est-à-dire, le 31 janvier 2008) à 30 euros, j’attends que la contrepartie me livre à cette date une action France Telecom, quel qu’en soit le prix. Si l’action vaut 32 euros à l’échéance, je suis gagnant, si elle vaut 28 euros, je suis perdant ; j’aurais pu l’acheter moins cher si j’avais attendu un peu.

L’avantage des contrats Futures est qu’ils permettent de spéculer sans investir (ou très peu). Si on reprend l’exemple ci-dessus, rien n’oblige le vendeur du Future à posséder l’action avant l’échéance du contrat. Tant qu’il me livre mon action le 31 janvier, il le respecte. De mon côté, lorsque j’ai acheté le contrat Future FTE Jan 08 au cours de 30 euros il y a 3 mois, le 28 octobre 2007, je n’ai pas déboursé 30 euros. On aperçoit ici le côté immatériel de l’opération.
Lors de l’achat du contrat, chaque contrepartie paie au clearer (grosso modo la bourse qui liste cet instrument) ce que l’on va appeler une caution (pour "s’assurer" qu’elle respectera sa partie du contrat). Chaque soir, voire parfois même en journée, a lieu les appels de marge. On calcule les gains et les pertes de chacune des contreparties en fonction des variations du cours et on les solde. Si le soir du 28 octobre 2007, le cours de clôture du Future valait 29 euros, j’ai dû payer 1 euro par contrat au vendeur du Future. Si le surlendemain, le Future vaut 33 euros, je recevrai 4 euros (33-29) du vendeur, et ainsi de suite, tous les jours. Cela ne s’arrête qu’à l’échéance du contrat ou si je déboucle ma position, c’est-à-dire si je revends mon contrat Future. Auquel cas, je suis remboursé de mes 2 euros de "caution" et c’est terminé.

Le trader de la Société générale jouait sur ce genre d’instruments, dérivés des indices, principalement le DAX allemand. Les indices boursiers reflètent la valorisation des plus grandes capitalisations cotées sur la place. Un indice est composé de la moyenne pondérée du cours des actions qui le composent. Ainsi, quand je "possède" un indice, je possède en fait 10 actions Total, 2 France Telecom, 3 Renault, etc. Mis bout à bout, cela correspond à un montant qui, pour des raisons de commodité, est transformé en points. Un indice DAX "vaut" environ 7 000 points, c’est-à-dire 175 000 euros, soit 25 euros du point d’indice. La "caution" étant de quelques milliers d’euros par contrat, on comprend vite qu’en investissant peu, on "dispose" d’un capital gigantesque.

On estime que les positions du trader fou étaient d’environ 140 000 contrats, environ 280 000 000 euros déboursés. Finalement pas tant que ça, comparé à ses engagements (40 000 000 000 euros). Ce trader aurait très bien pu devenir le héros de sa banque si le marché avait monté. Malheureusement passées les périodes de fin d’année où les cours sont soutenus artificiellement par les gérants de portefeuille pour présenter un bilan convenable, des ventes massives ont eu lieu début 2008, tout cela aggravé par la crise de confiance actuelle. Le DAX est passé de 8 000 points le 02/01 à 6 850 le 21/01 en clôture. D’où une perte de 28 750 euros par contrat.

Comment le trader a-t-il pu payer ses appels de marge ? Sans doute en vendant d’autres instruments, probablement des options. Ce faisant, il creusait encore un peu plus sa tombe, les options étant des instruments à risque de perte illimité lorsqu’on a un position vendeuse (ou "short").

Il est donc parfaitement plausible que ce trader ait pu opérer seul, les montants réellement payés étant "raisonnables" au regard des fonds propres d’une banque.

Cela n’excuse en rien les responsabilités de son management qui n’a pas mis en place les outils hors Société générale qui auraient pu les prévenir à temps. Il faut aussi insister sur le fait que la Société générale n’est pas responsable du krach de lundi 21 janvier, ayant débouclé les positions de M. Kerviel sur les marchés dérivés et non sur les marchés actions. En revanche, la perte a été largement amplifiée par la dégringolade de ces marchés actions dits sous-jacents.

Enfin, tout le monde n’est pas perdant dans l’affaire. Les marchés dérivés étant des marchés à "somme nulle", tout ce qui a été perdu par la Générale a été récupéré par ses concurrents. Non seulement la SG risque-t-elle de se faire OPAbiliser, mais en plus avec son propre argent !


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24 réactions à cet article    


  • Mescalina Mescalina 29 janvier 2008 12:03

    Très bon article !


    • Forest Ent Forest Ent 29 janvier 2008 12:21

      Bon article.

      Par souci didactique, il aurait été utile de détailler plus le mécanisme d’exposition des futures, et d’évaluation et de contrôle de cette exposition. Après tout, une banque ne doit pas seulement contrôler ses sorties de cash, mais aussi d’exposition.


      • gebroulaz 29 janvier 2008 12:53

        Petite correction nais qui change une chose importante : Les compensations ne se font pas en numéraire chaque jour mais sur un compte de clearing. lorsque le cours varie, la chambre de compensation (d’Eurex, le marché à terme allemand en l’occurence) fait un appel de marge au débiteur. Cet appel de marge doit être payé immédiatement sous peine de voir ses opérations débouclées par la bourse ; parfois au plus mauvais moment pour le trader.

        Mercredi 15 janvier, le cours du Future DAX était encore de 7636 points, ce qui correspond, au vu des positions de M. Kervierl, à un appel de marge d’environ 1 Milliards EUR pris sur les fonds propres de la banque.

        Pour ce qui est du risk management, ce n’est pas ma tasse de thé, peut-être d’aucuns peuvent compléter. Techniquement, un mécanisme informatique mis en place au niveau de la banque limite la taille des positions prises par les traders. Il est probable que M. Kerviel, de par ses anciennes fonctions, ait gardé le mot de passe administrateur de l’application. Il lui aura suffit de changer ses autorisations. Il ne faut pas oublier que tout cela n’est que virtuel tant que les transactions ne sont pas réglées.

        Une chose est sure, la SG est passé très près de la faillite, même si les pertes ont été amplifiées par le krach de lundi dernier.

         


      • tvargentine.com lerma 29 janvier 2008 13:03

        Un tres bon article

        Une précision quand même,c’est que la SG a quand même des gardes fous et que les traders ne sont pas livré à eux mêmes.

        On peut penser que cette "liberté" etait caractéristique de la politique de l’actuelle direction qui recherchait le profit à court terme sur des marchés dont la complexité à encore augmenter la notion de risque avec le peu de visibiliter sur l’activité au USA

         


        • Internaute Internaute 29 janvier 2008 13:49

          La complexité financière dont on parle sans arrêt n’est due qu’à un manque de transparence complet et qu’au fait qu’on utilise un vocabulaire cabalistique. C’est quoi un instrument financier ?. Quand on lit les commentaires des analystes des chandeliers japonais, cela devient de l’horoscope du genre "la position en marteau rejoint l’étoile filante".

          Il serait bon de vulgariser un peu tout cela, d’essuyer une fois pour toute ce vernis de pédanterie qui cache en fait des mécanismes du niveau de la classe de 3°.

          Le véritable enjeu, que ne mentionne pas l’article, est la rationalité économique des ventes à terme. Ce n’est pas la même chose de vendre à terme un indice boursier que de vendre à terme sa production lorsqu’on est industriel. Pourtant, toute la pyramide part de la production vraie de richesses.

          La vente à terme donne à l’industriel une certitude de prix et de quantité, donc de chiffre d’affaire qui lui donne la sécurité nécessaire pour plannifier son travail et garantir son équilibre économique. Ensuite, qu’il s’en sorte mieux ou moins bien parceque le cours a baissé ou monté entre temps n’est plus qu’une question spéculative. Le problème est que la frontière entre l’acquisition de cette certitude et la spéculation est trés ténue. Des mines d’or américaines sont au bord de la faillite parceque leurs dirigeant ont vendu à terme bien plus qu’ils ne pouvaient produire et doivent donc emprunter de l’or pour combler leur manque de production.

          La spéculation atteint des sommets inimaginables. Des fonds indiciels qui sont censés suivre le cours des matières premières sont en fait composés d’actions France-Télécom, Bouygues ou n’importe quoi d’autre. Contrairement à ce qu’explique l’article ils ne sont pas composés de contrats sur les matières premières dont ils sont censés refléter la valeur moyenne. Il ne s’agit plus que d’un jeu d’écriture ; on fait comme si.... bonjour les dégâts.


          • gebroulaz 29 janvier 2008 14:05

            - Concernant les indices, il n’est pas besoin d’être une institution reconnue pour en créer un. Je ne suis pas au courant du jeu d’écritures que vous mentionnez dans les indices les plus connus et donc utilisés par l’immense majorité des intervenants.

            - Qui a dit que les marchés financiers sont moraux ? j’ai souvent entendu cette phrase en salle des marchés : Le père Noel et l’abbé Pierre ne jouent pas en Bourse. En clair, pas de cadeaux. Et bien se dire que c’est un monde de professionnels ou il est de bon ton de tondre les particuliers qui de toutes façons ont toujours un train de retard.

             

            - Effectivement les mécanismes décrits plus hauts sont assez simples (On appelle ça la vanille ou "plain vanilla" en anglais). Mais il existe des instruments beaucoup plus compliqués. Au point que les banques elle-mêmes ne savent pas ce qu’ils contiennent. Comme les titres émis comportant une dose indéterminée de subprimes...


          • gnarf 29 janvier 2008 14:29

            Vous devriez parler du "gre a gre". Il y a une facon de faire des contrats futures sans passer par un organisme centralisateur...le gre a gre.

            Une transaction au gre a gre se passe simplement entre deux traders, il n’y a pas de bourse entre les deux. L’un s’engage a fournir quelque-chose a l’autre a telle date pour tel prix.

            Les deux gardent une trace ecrite de leur engagement, et si je me rappelle bien il n’y a pas d’appels de marge. Tres facile pour un trader d’annoncer qu’il a fait une operation au gre a gre alors qu’il n’a rien fait du tout, c’est declaratif et base sur la confiance.

            D’apres les dernieres informations, Kerviel achetait pour de vrai des futures en passant par la bourse, et en meme temps, il annoncait avoir vendu au gre a gre la meme quantite (de fausses declarations). Ce qui au total faisait zero. A ceux qui s’inquietaient des appels de marge des vrais ordres, il pouvait montrer qu’il avait fait d’autres ordres qui allaient au final rembourser ces appels de marge.


            • gnarf 29 janvier 2008 14:35

              Je conseille a tous l’excellent film (le livre est plus detaille) "le sucre" avec Carme et Depardieu. Ca date d’avant l’informatique, mais ce sont les contrats futures sur le sucre.

              Le sucre n’arrete pas de monter (rarete artificielle decidee par un gros industriel), les gogos et les banquiers se goinffrent de futures...et attendent toujours pour vendre, histoire d’avoir "le dernier petit sousou" et tout le monde se plante.

              Les banques sautent, les banques cautions sautent, l’Etat renfloue.

              1978...et c’est tres bien explique.

              http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=30418.html


            • gebroulaz 29 janvier 2008 14:41

              Merci pour ce complément d’information qui permet de mieux comprendre. Les marchés de gré à gré permettent de faire varier tous les éléments du contrat (sous jacent, échéance). Ils ont l’inconvénient de ne pas offrir de garantie lorsque l’on ne sait pas avec qui on traite et sont moins liquides


            • Jherry 29 janvier 2008 15:09

              Moi qui n’y connais pas grand chose en bourse j’ai trouvé cet article super intéressant ! Merci. 


              • non666 non666 29 janvier 2008 15:24

                Ce qu’il faut surtout comprendre dans la bourse moderne est aussi qu’elle se construit sur de l’usurpation de propriété.

                Lorsque les titres etait "materialisés" (en papier en fait) , il n’etait pas possible de vendre 100 fois dans la meme journée un titre, surtout si on ne le detenait pas.

                Aijourd’hui , les etablissement heritiers des compagnies d’agent de change, qui sont desormais tous sous controle des grande banque sont à la fois les depositaires de vos titres dematérialisés et les speculateurs( a votre insu ...) sur vos titres.

                Car meme si les futures n’ont besoin pour etre realisé que d’etre presente le jour J, les engagements utilise de fait la garantie de votre banque qui "pèse" sur le marché, son poids en titre en pension.

                Tout se passe comme si votre notaire detenait votre titre de propriété de maison et le mettais 100 fois par jour en hypothèque pour lever des fonds a son seul profit.

                Tant qu’a la fin de la journée, il rembourse et n’est pas obligé de vendre votre maison, personne ne voit rien.

                Or si on compare le marché d’un titre, on ne peut que constater qu’il s’echange chaque mois plusieurs fois sa capitalisation boursière totale alors meme que 95% des titres ne changent pas de mains.

                En rendant les titres dematérialisés on a forcé de fait leur mise en pension dans les banques, en les laissant jouer avec ces titres " à l’insu de notre plein grès" on les autorise a faire des benefices , avec nos propriétés et on prends des risques , sans le savoir.

                Rien ne dit en effet que si la totalité des clients choisissaient de changer la localisation de leur portefeuille, a l’issu du "debouclage foireux" de Bouton, la SG serait capable de les honorer...

                Car si l’effet levier joue en leur faveur, quand ils speculent sur des titres, il faut bien comprendre que la disparition des plusieurs milliards signifie clairement que la totalité des depots n’est plus reels.


                • Icks PEY Icks PEY 29 janvier 2008 15:29

                  Le boursicotage est une drogue et devrait être largement plus fiscalisé : il ne créée aucune valeur et dénature le capitalisme.

                  Investir dans une entreprise, c’est lui fournir les fonds dont elle a besoin pour se développer.

                  Trader sur les marchés, c’est spéculer sur la richesse d’autrui.

                  Icks PEY


                  • R.L. 29 janvier 2008 16:35

                    Pour l’essentiel, aujourd’hu, l’apport de la Bourse à l’économie "réelle" (pour me moquer de Lagarde qui le mérite bien...) est plus qu’inexistant : il est négatif.
                    Dans les périodes les plus négatives, il fait plus de chômeurs, plus de malheurs et enrichît des salauds et met sur un piédestal l’irrationnel.
                    On est beaucoup plus près du Casino qu’autre chose, n’en déplaise à ses partisans, forcément non objectifs....


                    • Internaute Internaute 29 janvier 2008 17:01

                      Je serais presque d’accord avec vous mais constatons quand-même que le rôle social des spéculateurs est de créer la contre-partie, donc la liquidité du marché.

                      Si vous vous êtes comporté en honnête capitaliste et avez gardé pendant dix ans vos actions d’une société, acquises au moment d’une augmentation de capital, si vous avez besoin d’argent pour financer les resto du coeur et les chiffoniers d’Emmaüs, ce jour là vous êtes bien content de trouver en face de vous un spéculateur à la hausse pour acheter vos actions.

                      Remarquons aussi que la Bourse est le seul marché au monde où se joue la règle du marché, le prix étant fixé par un équilibre entre l’offre et la demande. Cet équilibre est juste car au même moment se retrouvent l’ensemble des vendeurs et des acheteurs. Tous les autres marchés sont totalement faussés car basés sur un rapport de force dû à la pénurie ou la présence d’un trop petit nombre d’acteurs. Par exemple si vous voulez vous loger à Paris vous devez accepter n’importe quel loyer même si à Marseilles il y a une quantité de logements vides. A contrario votre action Saint-Gobain vaut le même prix à Paris qu’à Londres ou Amsterdam aux frais bancaires prés.


                    • kikoucalou 29 janvier 2008 21:30

                      Si demain, l’ensemble des spéculateurs décidaient d’obtenir conversion de leurs titres Pétrole papier en Pétrole physique, l’on pourrait bien découvrir rapidement une pénurie de cette matière première.

                      Il en irait certainement de même pour les autres matière premières telles que les métaux, le sucre ...

                      C’est peut être l’une des limite du système et lorsque l’on touche la limite, tout nous échappe, l’on ne contrôle plus rien, de ce jeu virtuel, une réalité financière souvent beaucoup moins agréable nous rappelle à l’ordre.

                      Les marchés financiers ne devraient pas être confondus avec un Casino et sa part de rève. On pourrait croire que l’appat du gain à fait oublié ce principe à nos banquiers.


                      • gebroulaz 30 janvier 2008 09:56

                        Il ne faut pas tomber dans l’anticapitalisme primaire. Les marchés dérivés sont avant tout des instruments de couverture qui permettent de réduire un risque. Assureriz-vous votre voiture si vous deviez gager une somme équivalente à sa valeur ? non, évidemment. Pour les marchés dérivés, c’est le même fonctionnement.

                        S’ils ne créent pas de valeur, il n’en détruisent pas non plus. Vouloir moraliser les marchés financiers comme l’exprime le gouvernement est illusoire te me fait bien rire (ou pleurer c’est selon, tellement cela dénote une crédulité de nos élus). Rien n’est plus liquide que les marchés. Si on m’embête ici, dès le lendemain je suis ailleurs et je ne suis pas prêt de revenir ! Pour info, le LIFFE (marché dérivé Paneuropéen) a été acheté il y a quelques mois par le NYSE, j’irai donc aux US. C’est cynique mais c’est comme ça.


                      • armand armand 30 janvier 2008 14:29

                        Il n’empêche... Un marché c’est là où on vend ce qu’on a à celui qui veut bien l’acheter avec ce qu’il a. Les dérivés et plus largement les marchés à terme remplacent cette activité par des paris. Sans parler de l’aspect complètement loufoque des achats de cuivre, de pétrole ou de soja... papiers. Je ne vois pas pourquoi on interdirait l’achat de pétrole, mais dans ce cas il faudrait que l’acheteur stocke son achat lui-même, ou s’arrange pour que quelqu’un d’autre le fasse.

                        En somme, je verrais une moralisation qui prendrait la forme suivante : on achète au cours du jour avec de l’argent qu’on a. Point barre. En arrêtant ces spéculations insensées que l’évolution des cours qui, de plus, ont un effet forcément direct sur ledit cours (savoir que les fonds se portent sur tel ou tel titre ou commodité fait forcément flamber, savoir que les fonds vendent fait chuter illico presto).

                        Mais on ne saurait éviter une interrogation sur la finalité de nos sociétés : les fonds d’investissement ont pour but l’optimisation maximale des plus riches, en ajoutant à leurs savantes et complexes manipulations la domiciliation, pour nombre d’entre eux, dans des paradis fiscaux. De même, l’aperçu que le grand public a pu avoir des émoluments d’un trader montre, s’il en était encore besoin, qu’on, n’habite pas sur la même planète. Kerviel se plaint, à 31 ans, de ne toucher que ce que gagne un inspecteur des finances en fin de carrière, et convoite comme prime l’équivalent de dix années de salaire d’un professeur ou d’un architecte. Et c’est un obscur et sans grade. 


                      • Laurent_K 30 janvier 2008 07:20

                        Article très didactique. Merci !


                        • Dogen 30 janvier 2008 11:31

                          "Il serait bon de vulgariser un peu tout cela, d’essuyer une fois pour toute ce vernis de pédanterie qui cache en fait des mécanismes du niveau de la classe de 3°."

                          hahahahaha

                          hihihihihohohohoho

                          houhouhouhouh


                          • Dogen 30 janvier 2008 12:13

                            "Vous devriez parler du "gre a gre". Il y a une facon de faire des contrats futures sans passer par un organisme centralisateur...le gre a gre."

                            Ce ne sont plus des contrats futures mais des contrats Forward. Non, il n’y a pas de chambre de compensation pour ces produits (et donc pas d’appel de marge). Cela expliquerait comment il a camouffler ses positions a la SG.

                            Mais cela n’expliquerait pas comment il a rouler la chambre de compensation.


                          • Dogen 30 janvier 2008 12:18

                            "Or si on compare le marché d’un titre, on ne peut que constater qu’il s’echange chaque mois plusieurs fois sa capitalisation boursière totale alors meme que 95% des titres ne changent pas de mains."

                            1) Si le titre n’est pas "materialise" par un bout de papier, la propriete est bien reelle.

                            2) on ne peux pas empecher un proprietaire de disposer de son bien comme il l’entend...

                            3) On ne peux pas empecher des personnes physiques ou morales de passer des contrats.

                            4) La liquidite est une necessite absolue au bon fonctionnement des marches.


                          • Dogen 30 janvier 2008 12:24

                            "Si demain, l’ensemble des spéculateurs décidaient d’obtenir conversion de leurs titres Pétrole papier en Pétrole physique, l’on pourrait bien découvrir rapidement une pénurie de cette matière première.

                            Il en irait certainement de même pour les autres matière premières telles que les métaux, le sucre ..."

                            C’est ce qu’on appelle une bulle speculative. Maintenant que vous avez decouvert cela, vous pouvez vous positionner a la vente. Le probleme... A quelle echeance ?


                          • non666 non666 31 janvier 2008 15:19

                            @Dogen

                            Es tu en train d’essayer de nier que les banquiers et autres organismes qui gèrent vos depots de titres n’hesitent a les vendre sans vous le dire 100 fois par mois ?


                          • beubeuh 4 février 2008 19:30

                            "par Dogen (IP:xxx.x48.198.157) le 30 janvier 2008 à 12H18

                             2) on ne peux pas empecher un proprietaire de disposer de son bien comme il l’entend..."

                            C’est un excellente remarque, mais dans le cas de la SG, si j’ai bien compris, c’est l’argent des clients de la banque qui a été mis en jeu, non celui de la banque elle-même.

                            Moi je me demande, quand j’encaisse mon chèque de fin de mois, ce que la banque en fait. Les clients des banques (c’est-à-dire tout le monde, puisque mettre son argent à la banque est quasi obligatoire) ne devraient-ils pas avoir un droit de regard sur les investissements réalisées par celle-ci ?

                            Si ça ne tenait qu’à moi, il serait hors de question que mon argent serve à spéculer sur les marchés financiers.

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