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Accueil du site > Actualités > Economie > L’OMC en crise. Les BRICS maîtres du jeu ?

L’OMC en crise. Les BRICS maîtres du jeu ?

« Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l’homme et de l’homme au cochon,

et de nouveau du cochon à l’homme ;

mais déjà il était impossible de distinguer l’un de l’autre »

(George Orwell)

 

Le fait que les tractations relatives au TiSA (Trade in Services Agreement) ou au traité transatlantique (TTIP) sont, aujourd’hui, organisées en dehors de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) est révélateur de l’ornière dans laquelle cette dernière est embourbée. Dans un premier temps, cette analyse fera le point sur l’histoire de l’OMC afin de statuer sur la situation de crise que traverse, aujourd’hui, cette organisation internationale.

Plus précisément, ce texte reviendra sur les enjeux que pose cette crise en ce qui concerne la montée en puissance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). A cet égard, la thèse manichéenne présentant un front unitaire des BRICS face à l’Occident nous semble devoir être nuancée. Nous développerons nos arguments à ce sujet dans la dernière partie de ce texte.

De round en round…

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le commerce mondial a fait l’objet de mesures progressives de libéralisation. En 1947, vingt-trois pays1 réunis à Genève concluent le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade)2. Objectif : relancer le commerce international par le biais d’un allègement des barrières tarifaires. Sous l’ombrelle du Gatt, l’agriculture n’a pas été placée en dehors du champ des négociations mais a fait l’objet de dérogations aux règles du droit commercial multilatéral3. En y regardant, d’ailleurs, d’un peu plus près, il serait, cependant, parfaitement erroné de ne pas mentionner l’agriculture4 comme faisant partie intégrante des pourparlers dans le cadre du Gatt. C’est ainsi que lors du Kennedy Round de 1963, le secteur des céréales est inclus dans les négociations. « Face à la menace de fermeture du Marché commun consécutive à l’adoption des principes et des premiers règlements de la politique agricole commune (PAC), les États-Unis voulaient obtenir soit un maintien des échanges existants, soit une garantie d’accès à un niveau négocié »5. Un compromis a minima voit le jour. Il « concerne l’aide alimentaire, prévue sur trois ans et financée par les grands pays industrialisés (en dépit des réticences japonaises) et dont le bénéfice va aux farmers américains, mais aussi aux céréaliers de la Communauté, au premier rang desquels les Français  »6.

Cinq rounds de négociation sont organisés de1947 à 1973 et portent exclusivement sur les droits de douane. La question du dumping sera intégrée lors du Kennedy Round qui a duré de 1964 à 1967. Pour mémoire, le dumping consiste en l’exportation d’un produit à un prix inférieur à celui pratiqué sur le marché intérieur d’origine7. En 1973, lors du Tokyo Round8, les barrières non-tarifaires sont intégrées dans les pourparlers. A l’occasion du Tokyo Round (1973-1979), les discussions changent de nature. En effet, c’est à cette occasion que la pratique des accords-cadres voit le jour. Alors que jusque-là, les discussions s’étaient limitées à des questions techniques, elles comportent, à partir de cette époque, de véritables points politiques puisqu’elles ont pour fonction d’énoncer des principes (soit le contenu d’une ligne politique). Et bien que le Gatt ne jouisse pas du statut d’organisation internationale, on pointera, au passage, une autonomisation certaine par rapport aux gouvernements. « Les Accords du Tokyo Round de 1979 vont progressivement mettre en place un « nouveau GATT ». Il ne s’agit pas seulement d’une réforme des principes et des règles du GATT, mais d’une véritable refonte du système commercial multilatéral (…). Cette refonte sans précédent du système commercial multilatéral s’est opérée sans que soient utilisées les procédures normales de révision de l’Accord général  »9.

Concomitamment, on note une mise sur le banc de touche du politique pour le plus grand bénéfice des experts. C’est ainsi que dans la foulée du Tokyo Round, le Trade Act de 1975 donne au président des États-Unis un pouvoir de négociation des accords commerciaux sans véritable contrôle et sans droit d’amendement par le Congrès. Et au passage, ce même Trade Act a rendu possible la création d’un comité de supervision comprenant des représentants de l’industrie.

On observe une évolution similaire du côté européen. A cette époque, sur le Vieux Continent, c’est la Commission européenne qui se profile comme institution faisant office de pied-de-biche en faveur du libre-échangisme. Jusque dans les années septante, les États membres étaient souverains pour ce qui est de la coordination de leurs relations commerciales avec l’extérieur. Ce principe général va évoluer à l’époque du Tokyo Round dont la Commission européenne initiera le processus de négociation10. Cette initiative n’aurait peut-être pas vu le jour sans la création, à la même époque, de la Commission trilatérale. La Commission trilatérale fut fondée en juillet 1973 à l’initiative David Rockefeller. « La Commission entend alors devenir un organe privé de concertation et d’orientation de la politique internationale des pays de la triade (États-Unis, Europe, Japon) »11. Un des partisans de la Commission trilatérale, le sénateur US Barry Goldwater12 y voyait « un effort habile et coordonné pour prendre le contrôle et consolider les 4 centres de pouvoir : politique, économique, intellectuel et ecclésiastique [à travers] la création d’un pouvoir économique mondial supérieur aux gouvernements nationaux impliqués  »13. On notera la participation d’Edmund Peter Wellenstein, Directeur Général, à l’époque du Tokyo Round, des relations extérieures à la Commission européenne (1973-1976), à la conférence plénière de la Commission trilatérale de Tokyo en 1985. Il laissa, pour la postérité, une contribution aux actes de cette conférence dans laquelle il déclarait que « les pays de la trilatérale constituent les piliers de l’ordre économique mondial (…). Cet ordre peut sembler bancal ou incomplet mais il n’y en a pas d’autre (…) »14. La globalisation néolibérale était en marche dès le milieu des années septante.

Le grand tournant

Et à y regarder de plus près, établir une correspondance terme à terme, à l’instar de la mouvance altermondialiste, entre la montée du libre-échangisme et la fin de la guerre froide apparaît téméraire15. A contrario, nous privilégierons une analyse mettant davantage l’accent sur un ensemble de facteurs socioéconomiques au détriment d’hypothèses d’ordre géopolitique. A cet égard, il nous semble davantage porteur d’un point de vue explicatif de nous focaliser sur la situation économique des nations occidentales dans les années septante. Dès le début de cette décennie, on observe, en effet, une baisse du taux de profit au sein des économies développées.

 

La baisse du taux de profit s’est produite dès le milieu des années soixante dans les économies anglo-saxonnes (États-Unis et Grande-Bretagne). En Allemagne, ce tournant a été plus tardif. C’est à la lisière des années septante que les profits commencent à baisser au pays de Goethe. Et c’est seulement à partir de 1975 que l’économie française connaîtra ce même mouvement de tassement des profits.

Le philosophe et sociologue marxiste Nicos Poulantzas16 a synthétisé l’apport des crises au capitalisme en les qualifiant de « paroxysmes darwiniens » dans la mesure où elles permettent d’amorcer une phase de concentration du capital qui rendra ultérieurement possible une augmentation du taux de profit en éliminant les acteurs les moins performants. Dans cette perspective, l’ouverture des frontières et le libre-échange ont joué un rôle de première importance dans la mesure où ils ont étendu le terrain de la compétition.

Comme dit auparavant, le taux de profit atteint un plus bas au début des années quatre-vingt. Par la suite, la remontée du taux de profit est généralisée et constante.

Trois fléchissements notables s’observent cependant. Ces mouvements baissiers se produisent à l’occasion de la récession du début des années nonante, lors de l’éclatement de la bulle internet aux alentours de 2001 et immédiatement après la crise de 2007-2008. Chacun de ces épisodes a donné lieu à un approfondissement de l’internationalisation des échanges commerciaux et de la liberté de circulation des capitaux depuis les années quatre-vingt.

Et rien ne semble, pour l’heure, modifier de façon substantielle la donne qui prévaut depuis cette époque. A ce propos, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), une source peu suspecte de sympathie envers l’hétérodoxie économique, dressait, en son temps, un constant accablant de l’investissement transnational.

 « Le poids relatif des différents modes d’entrée de l’IDE a évolué ces dernières années. Les fusions-acquisitions ont gagné en importance, tandis que les investissements dans les nouveaux projets ont régulièrement cédé du terrain. Entre 1980 et 1999, la valeur des fusions et acquisitions a augmenté tous les ans de 42% en moyenne (…). Près des 4/5èmes de l’IDE sont désormais consacrés à des fusions et acquisitions  »17. S’il est vrai que la crise financière de 2007-2008 s’est accompagnée d’une baisse des fusions-acquisitions, on note, depuis quelques années, un regain d’activité dans ce domaine de sorte que « l’accroissement des flux mondiaux d’IED en 2011 a été alimenté en grande partie par les fusions-acquisitions internationales »18.

Cette stratégie d’accumulation correspondant à un mode de croissance de plus en plus externe des entreprises favorise la centralisation du capital et ce faisant, la possibilité de jouer les sites de production les uns contre les autres. Ce faisant, la remontée des profits a pu s’organiser, depuis les années quatre-vingt, via une dépréciation du facteur travail qui se traduit, dans la comptabilité nationale, par une baisse de la part des salaires à l’intérieur du PIB.

Part des salaires dans le PIB (%)

 

Années 60

1982

2005

Différence 2005-1982

Différence 2005-années 60

France

62,4

66,5

57,2

-9,3

-4,1

Europe

63,2

66,3

58,1

-8,2

-5,1

G7

66

67,5

61,5

-6

-4,5

Chine

n.d

53,6

41,4

-12,2

n.d

n.d : donnée non disponible.

Source : Husson Michel, La hausse tendancielle du taux d’exploitation, Inprecor, n°534-535, janvier-février 2008.

On voit clairement que l’effort productif du facteur travail a été moins rémunéré à partir des années 80 et s’est traduit par une diminution de la part des salaires de l’ordre de 8% du PIB en Europe à partir de 1982. Pour les nations du G7, on enregistre une baisse de la part des salaires comparable (6%). En revanche, on pointera le cas de l’économie chinoise où la part des salaires a, au cours de cette période, baissé de 12%, soit le double des nations développées.

 

Institutionnalisation

Cette évolution n’a, répétons-le, qu’un rapport indirect avec l’effondrement du « bloc soviétique ». Ainsi, c’est en 1986 qu’est lancé l’Uruguay Round qui portera l’OMC sur les fonts baptismaux. Or, l’Uruguay Round trouve son origine dans une réunion des ministres des Etats membres du GATT de novembre 1982.

Rien d’étonnant à ce que l’agenda des négociations ait mis 4 ans pour être concocté tant il était conséquent. Il envisageait, en effet, de revoir à la baisse les politiques de subsidiation dans l’agriculture, de favoriser les investissements directs étrangers (c’est-à-dire ouvrir grand le champ du commerce aux entreprises transnationales) et de mener à bien le processus de libéralisation du secteur financier. Les négociations de l’Uruguay Round avaient clairement pour but d’étendre le mandat du GATT, ce dont témoigne l’inclusion de services et des droits de propriété intellectuelle au menu des négociations. Enfin, l’Uruguay Round prévoyait une institutionnalisation renforcée de la dynamique de libéralisation des échanges puisqu’au terme de ce round, la création de l’OMC était planifiée. L’Uruguay Round a duré près de huit ans. Et plus de 120 pays ont participé aux pourparlers.

Il s’agissait, à l’époque, de la plus vaste négociation commerciale organisée au niveau mondial. Le 15 avril 1994, les accords résultant de l’Uruguay Round étaient signés à Marrakech. Et, dans la foulée, l’OMC voyait le jour le 1er janvier 1995.

Un nouveau cycle de négociations (le Doha Round) était lancé en 2001. Au départ, ce cycle de négociations devait durer 4 ans. Parmi les 21 points contenus dans la déclaration de Doha, on retrouvait l’ambition de libéraliser l’agriculture et les services. Les mouvements sociaux (surtout au Nord) ont réussi à enterrer l’accord général sur le commerce des services. Parallèlement, les pays du Sud ont toujours refusé de libéraliser leur secteur agricole. Fin juillet 2006, les négociations liées au cycle de Doha sont suspendues.

Le 7 décembre 2013, le paquet de Bali, censé sauver le programme du cycle de Doha, voit le jour. Les piliers du paquet de Bali étaient au nombre de trois. Tout d’abord, un objectif de facilitation des échanges commerciaux était affirmé. Concrètement, il s’agissait d’organiser un allègement des procédures en matière douanière de façon à réduire les coûts du commerce. Ces mesures de facilitation « ne posaient pas de réels problèmes »19. Le paquet de Bali prévoyait également un accès préférentiel aux marchés des pays développés pour les marchandises produites par les Pays Moins Avancés (PMA). D’après l’ODI (Overseas Development Institute, un think tank britannique spécialisé dans les questions de développement), cet objectif a été le moins controversé des trois puisqu’il se limitait à « des intentions pour l’avenir plutôt que des engagements fermes »20. De là à parler de marché de dupes pour les PMA, il n’y a qu’un pas que franchit l’ODI. « Des améliorations en ce qui concernent les règles d’origine et les barrières non-tarifaires auraient été davantage bénéfiques pour les PMA puisque ce sont ces barrières qui bloquent vraiment l’accès au marché21 ».

Le troisième et dernier point du paquet de Bali (à savoir l’agriculture) a, en revanche, posé davantage de problèmes. L’objet de la discussion portait sur le droit des pays en développement à subventionner leurs producteurs. Un bras-de-fer a, à cette occasion, opposé l’Inde aux États-Unis. Sous des dehors techniques, il s’agissait d’un affrontement politique des plus sérieux.

En effet, l’Inde désirait faire évoluer les programmes de sécurité alimentaire en fonction de l’inflation. Il s’agissait là d’une mesure destinée à contrer la volatilité des prix des aliments. Sur ce point, l’Inde était suivie par d’autres pays du Sud (notamment, la Bolivie, Cuba et le Venezuela). Certains pays développés (à commencer par les États-Unis) voyaient, dans ce type de mesures, une forme de barrière protectionniste. La résistance de l’Inde était d’autant plus méritoire que les règles issues de l’Uruguay Round s’opposent formellement à des règles de valorisation à prix courants des stocks de nourriture dans le cadre des programmes de sécurité alimentaire.

Devant cette fin de non-recevoir, l’Inde a proposé qu’un mécanisme intérimaire soit mis en œuvre en attendant une solution définitive. Les États-Unis ont répondu, à ce ballon d’essai, en faisant valoir que les mesures de soutien à l’agriculture du gouvernement indien pouvaient être maintenues pour une période de quatre ans. Et Bali de se conclure sur une note absolument favorable aux intérêts occidentaux. Il était, en effet, convenu, au terme du processus, que l’OMC négocierait une solution permanente au sujet de l’agriculture endéans les quatre ans. Mais vu l’impossibilité en vertu de l’Uruguay Round d’organiser une indexation des programmes alimentaires sur l’inflation, laisser les choses en l’état ne signifiait ni plus ni moins que remettre la pression à plus ou moins brève échéance sur les pays du Sud afin qu’ils libéralisent leur agriculture.

Et ce qui devait arriver arriva. Fin juillet 2014, le représentant indien demandait le report de l'entrée en vigueur du paquet de Bali.

Au total, force est de constater que l’OMC, vingt ans après sa création, est bien en crise. Le fait que les tractations relatives au TiSA, au Traité transatlantique et à l’Accord de partenariat transpacifique sont organisées en dehors de l’OMC constitue autant d’indicateurs de difficultés structurelles. Après l’échec en 2006 du cycle de Doha, une tendance au bilatéralisme et aux coopérations régionales dans les relations commerciales s’est, en effet, affirmée.

La crise profonde que traverse aujourd’hui l’OMC conduit donc à une modification en profondeur du cadre des négociations afférent au commerce international. Le TiSA, par exemple, s’inscrit pleinement dans cette tendance.

C’est, d’ailleurs, en raison de la paralysie dans laquelle se trouve l’OMC depuis 2006, qu’un groupe de pays chaperonnés par les États-Unis a choisi, en 2012, de mettre en œuvre des négociations dans un cadre alternatif. Les récents événements ayant accompagné l’échec de la mise en œuvre du paquet de Bali dans le cadre de l’OMC nous incitent à penser que des démarches similaires au TiSA seront fortement investies politiquement par les États-Unis dans les années à venir.

Bloc contre bloc ?

Que penser de l’impact de cette démarche sur les nations émergentes, à commencer par les BRICS ? Il serait tentant de voir dans la crise de l’OMC une montée en puissance des BRICS face à l’Oncle Sam22. Nul doute, à cet égard, que l’histoire à venir sera moins « occidentalocentrée » que ce que nous avons, jusqu’à présent, connu.

A cet égard, la décision adoptée par les BRICS, à la mi-juillet 2014, de créer la « Nouvelle banque de développement » se posant en alternative à la Banque mondiale et au FMI est historique. La Nouvelle banque de développement aura pour mission première de doter ses membres d’une capacité de résistance face à de futurs chocs financiers. Elle veillera également à aider des nations tierces à faire face aux soubresauts économiques que ne manquerait pas d’occasionner un éventuel relèvement des taux de la Fed (Banque centrale des États-Unis).

Les grands argentiers du monde ne sont plus exclusivement occidentaux. C’est un fait.

On veillera, cependant, à remettre les choses en perspective. Le capital initial total de la nouvelle banque de développement pour les financements de projets d’infrastructure équivaut à 50 milliards de dollars. Le programme de liquidités d’urgence est, pour sa part, capitalisé à hauteur de 100 milliards de dollars23.

En avril 2014, la capacité de prêt du Fmi dépassait les 500 milliards de dollars24. Par ailleurs, le Fmi dispose de deux mécanismes multilatéraux d’emprunt permanents « dont la capacité totale est actuellement (…) 559 milliards de dollars. Si le FMI estime que les ressources qu'il tire des quotes-parts pourraient être insuffisantes pour répondre aux besoins de ses États membres, en cas de crise financière grave par exemple, il peut recourir à ces mécanismes »25. Moralité : le statut d’acteur incontournable du Fmi dans les relations financières internationales n’est que marginalement remis en cause par la Nouvelle banque de développement dont la création reste, par ailleurs, à saluer comme instrument d’autonomisation des BRICS.

En examinant de plus près la crise sévissant au sein de l’OMC, on s’aperçoit que les États-Unis et l’Union européenne assument, sans trop de regrets, la mise en sourdine de l’organisation genevoise. Alors que l’échec du processus de Bali était consommé, l'ambassadeur US Michael Punke, tout en témoignant de sa « profonde déception », faisait valoir que les États-Unis ne feraient pas de concessions supplémentaires quitte finalement à ce que« cette organisation [soit] dans le noir ». L’ambassadeur Punke ajoutait que « beaucoup de membres de l'OMC ont souligné que si le paquet de Bali échoue, il n'y aura pas de post-Bali et nous sommes malheureusement d'accord avec eux  ». Le représentant de l’Union européenne auprès de l’OMC opposait également une fin de non-recevoir aux demandes de l’Inde, du Venezuela et de Cuba. « Nous devons respecter les décisions prises à Bali par les ministres. L'Union européenne n'est pas prête à renégocier des éléments fondamentaux ou des échéances acceptées dans le paquet de Bali  »26. Il est de plus en plus évident que, face à la montée des pays émergents, les États-Unis et leur allié européen tentent de constituer, comme en témoigne les tractations transatlantiques, un bloc occidental de plus en plus intégré sous direction états-unienne.

A cet égard, la mise en sommeil de l’OMC et du multilatéralisme pourrait, à terme, révéler des fissures au sein du groupe des BRICS qui sont de loin de former un bloc unifié et coordonné. Le TiSA se révèle, de ce point de vue, particulièrement intéressant. Les ambitions de ce traité concernant la libéralisation des services vont bien plus loin que celles de l’OMC. Or, on observe un enthousiasme certain de la part du gouvernement chinois quant au contenu du TiSA. Une étude réalisée par PSI (le syndicat international des services publics) mentionnait que la Chine avait demandé à rejoindre les pourparlers (le fait était qualifié d’ « événement majeur » par PSI). Les États-Unis se montraient, pour leur part, réticents à accueillir la Chine à moins que cette dernière ne manifeste un très haut niveau d’ambition.

Il se pourrait que l’Oncle Sam ne soit pas déçu. « Dans le cadre de son dernier plan quinquennal, la Chine a exprimé un nouvel intérêt envers un renforcement de la libéralisation des services et une augmentation des exportations de services ».27 Les secteurs susceptibles d’intéresser les Chinois sont « la finance, le transport maritime et la logistique, les échanges commerciaux, les services professionnels, tels que la justice et l’ingénierie, la culture et les loisirs ou encore les services sociaux, en ce compris l’éducation et les services de soins de santé  »28.

On s’interrogera, avec PSI29, sur le récent enthousiasme du gouvernement chinois pour la libéralisation de services. Nul doute que si la Chine persistait dans cette voie, il en résulterait une pression accrue à la marchandisation des services publics. En particulier, les soins de santé et l’éducation. Cette orientation léserait les intérêts de deux partenaires importants de la Chine au sein des BRICS. En l’occurrence, le Brésil et la Russie, pays dans lesquels des politiques sociales inclusives constituent un élément important de légitimation des gouvernements en place. En fin de compte, rien ne permet d’augurer que les BRICS continueront à parler d’une même voix à moyen terme.

 



[1] Il s’agit de l’Australie, de la Belgique, du Brésil, de la Birmanie, du Canada, du Sri Lanka, du Chili, de la Chine, de Cuba, de la Tchécoslovaquie, de la France, de l’Inde, du Liban, du Luxembourg, des Pays-Bas, de la Nouvelle Zélande, de la Norvège, du Pakistan, de la Rhodésie du Sud (actuellement Zimbabwe), de la Syrie, de l’Afrique du Sud, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

[2] Traduction française : Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (AGCS).

[3] Pontvianne Aymeric, L’agriculture à l’OMC : libéralisation, développement et souveraineté in L’agriculture, nouveaux défis, Insee, Paris, 2007, p.123.

[4] Voir à ce sujet le site du Gresea (http://www.gresea.be/spip.php?mot1124)

[5] Sicard Pierre, Le Kennedy Round, une entreprise ambiguë in La politique économique extérieure des Etats-Unis au XXe siècle, revue Histoire, économie et société, 2003, 22e année, n° 1, p.68.

[6] Ibid.

[7] Le but du dumping répond à la volonté d’écouler des produits sur un marché extérieur. Si cette production est excédentaire à l'extérieur, le dumping permet alors préserver les marges sur le marché national. Dans un autre cas de figure, le dumping répond à la volonté offensive de prendre un avantage. Dans tous les cas de figure, les faibles marges à l’export sont compensées par des marges plus importantes sur le marché intérieur. Ce différentiel peut, par ailleurs, résulter de l’octroi de subventions gouvernementales

[8] Le dossier agricole ne manque pas d’être abordé lors du Tokyo Round. « Européens et Américains se sont entre-déchirés pendant des mois et des mois pour aboutir à un compromis concernant les produits laitiers et la viande bovine ; en revanche, aucun compromis n’a été obtenu à propos des céréales » (Leboutte René, Histoire économique et sociale de la construction européenne, Peter Lang, Berne, 2008, p.366). Sur la base de ces éléments, une définition du Gatt, fût-elle « alternative », n’incluant pas l’agriculture nous semble audacieuse et, pour tout dire, erronée.

[9] Carreau Dominique, Flory Thiébaud, Juillard Patrick, Chronique de droit international économique in Annuaire français de droit international, vol.25, 1979. p. 582.

[10] Wellenstein Edmond, Les négociations commerciales multilatérales, 1973-1979, dites « Tokyo Round » in Politique Etrangère, n°2, 1979, 44e année, pp.303-304.

[11] Boiral Olivier, Pouvoirs opaques de la Trilatérale, Le Monde Diplomatique, novembre 2003

[12] Barry Goldwater fut sénateur républicain de l’Arizona de 1953 à 1987. Candidat à la présidence en 1964, Goldwater est considéré comme un des hérauts du renouveau conservateur aux Etats-Unis ayant posé les bases du reaganisme dans les années quatre-vingt. A ce sujet, voir Serge Halimi, Quand la droite américaine pensait l’impensable in Le Monde Diplomatique, janvier 2002.

[13] Goldwater Barry, With No Apologies. The Personal and Political Memoirs of United States Senator Barry. M. Goldwater, William Morrow & Co, New York City, 1979, p.284.

[14] The plenary conference of the trilateral commission (Tokyo-1985), Ed.Yoshitsu, Tokyo, 1985, p.27.

[15] A ce sujet, voir Ancelovici Marco, Attac et le renouveau du libéralisme in Raisons Politiques, n°16, novembre 2004, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Paris, pp.45-59.

[16] Poulantzas Nicolas (dir.), La crise de l’Etat, Paris, Presses Universitaires de France, 1976, p.21.

[17] OCDE, L’investissement direct étranger au service du développement. Un maximum d’avantages pour un minimum de coûts, Paris, 2002, p.64.

[18] Cnuced, World Investment report 2012, p.7.

[19] Bassnett Yurendra, WTO Bali Declaration : what doest it mean ?, 6 décembre 2013 (Url : http://www.odi.org/comment/8056-wto-bali-declaration-least-development-countries-trade-facilitation-agriculture-doha-round).

[20] Ibid.

[21 Ibid.

[22] Voir à ce sujet Gelin Romain, L’OMC : un avenir compromis (8 août 2014) sur le site du Gresea (http://www.gresea.be/spip.php?article1285 ).

[23] The Economist, édition mise en ligne le 19 juillet 2014.

[24] International Monetary Fund Factsheet, Les ressources du Fmi, 4 avril 2014, URL : https://www.imf.org/external/np/exr/facts/fre/finfacf.htm

[25] Ibid.

[26] Reuters, 4 août 2014.

[27] Sinclair S et Mertins-Kirkwood H, L’ACS contre les services publics, Rapport spécial de la PSI, 28 avril 2014, pp.6-8.

[28] Financial Times, 27 septembre 2013

[29]Sinclair S et Mertins-Kirkwood H, op.cit.


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40 réactions à cet article    


  • howahkan howahkan Hotah 10 octobre 2014 10:28

    la base du commerce, de la compétition c’est de gagner par tous les moyens,guerres incluses bien sur........donc il y a des perdants, c’est la base pour accumuler...« on » fait semblant d’ignorer cela pourquoi ? parce que « on » espère gagner sur le dos du collectif nous aussi ,collectif sans lequel je n’aurais jamais existe ou survécu...........

    c’est gros ,très gros et meme ce qui est si évident n’est pas perçu...alors pour ce qui n’est pas évident !!!!
    donc une question valide est : qui va gagner au monopoly ... ?
    ensuite : que vont ils faire de nous pauvres moutons bêlants.. ?


    • xavier dupret xavier dupret 11 octobre 2014 15:11

      En fait, je crois que les USA sont loin d’être aussi à terre que ce qu’on raconte. Ce qui est clair en tout état de cause, c’est que sur les 5 continents, les classes populaires seront les grandes perdantes. Ce n’est pas moi qui le dit mais Samuelson dans une interview à L’Expasion il y a 5 ans de cela.


    • howahkan howahkan Hotah 11 octobre 2014 16:24

      certes, je ne sais pas bien qu’ayant de la famille depuis 50 ans aux us,ils ont deux sujets,qu’est c e que tu fais,combien tu gagnes ...mais vous aussi comme tout le monde vous évitez un sujet central qui est que la compétition mondiale ne peut rien produire d’autre..

      rester en superficie des chose et ne rien faire , pour moi ,revient eu meme,d’où la volonté des pseudo élites de nous faire réagir sur le superficiel..

      nous sommes des moutons qui ne savons pas que nous n’avons pas besoin de berger.....on peut coopérer et partager sans aucun problème,ceci sonnerait le glas des 20% de voleurs qui dirigent la planète.......

      tant que le voleur redonne assez cela le fera..


    • gogoRat gogoRat 10 octobre 2014 10:33

       Merci à l’auteur pour ce travail de rédaction rappelant l’historique de ce qui est communément appelé « mondialisation ».
       
      Je me dépêche d’en souligner cet extrait d’une concision et d’une justesse remarquables :
       

      • "Cette stratégie d’accumulation correspondant à un mode de croissance de plus en plus externe des entreprises favorise la centralisation du capital et ce faisant, la possibilité de jouer les sites de production les uns contre les autres.
      • Ce faisant, la remontée des profits a pu s’organiser, depuis les années quatre-vingt, via une dépréciation du facteur travail qui se traduit, dans la comptabilité nationale, par une baisse de la part des salaires à l’intérieur du PIB."

      • gogoRat gogoRat 10 octobre 2014 10:42

         Je me rappelle d’un reportage laissant entendre que la Chine avait planifié un retour plus conforme à son communisme initial après la phase stratégique de libéralisation économique qui lui permet actuellement de poursuivre un développement économique fulgurant.
         Quelqu’un saurait-il nous rappeler pour quand ce retour est prévu ?


        • xavier dupret xavier dupret 11 octobre 2014 15:13

          Quand je vois la « révolution des parapluies en cours », je ne suis pas sûr qu’on s’achemine vers ce type d’évolutions. 


        • xavier dupret xavier dupret 14 octobre 2014 10:02

          Nous sommes d’accord. Le problème est que les Etats-Unis sont beaucoup plus puissants que ce que nous imaginons et que les Brics ne sont pas un contrepoids suffisamment fort. Il existe des alternatives à rebours évidemment de ce que propose l’Otan et l’Union européenne pour l’Ukraine.


        • Daniel Roux Daniel Roux 10 octobre 2014 13:32

          Attention, l’Empire US est à l’agonie et n’en est que plus dangereux.

          Un journaliste allemand révèle ce que les gens qui réfléchissent savaient déjà en regardant la télé et notamment BFM et I télé.

          http://www.youtube.com/watch?v=lm4OUcfiM-8#t=387


          • alberto alberto 10 octobre 2014 13:45

            L’auteur : bel article et joli travail !

            Mais à aucun moment tu n’évoques les négos sur la propriété intellectuelle : elles n’entrent pas dans les phases de négociations que tu cites ?

            Pour le fun, je verrais bien les grecs revendiquer des royalties venant de ceux qui utilisent le principe d’Archimède...  smiley

            Bien à toi


            • xavier dupret xavier dupret 11 octobre 2014 15:15

              En fait, j’ai laissé de côté ce problème puisque je le connais moins bien. En fait, les droits de propriété intellectuelle ont toujours fait problème entre les ETN conceptrices du nord et les gouvernements du Sud. Mais ici, c’est bien le dossier agricole qui a fait capoter le processus.


            • Lucide bdpif@laposte.net 10 octobre 2014 14:38

              Lorsque le Dollars s’effondrera, l’ Empire s’ecroulera en même temps. FIni les guerres et la barbarie sur ce monde, nous serons sous domination du Yen et le modele chinois s’appliquera sur nos pays, une nouvelle page se tournera sur la tombe du libéralisme et du capitalisme. COmme en chine, en Inde, en Russie, nous aurons des emplois plus justes, mieux rémunérés, plus de liberté d’expression et certainement le degel du point d indice des fonctionnaires de catégorie C.


              Fini le coca cola qui fait mal aux dents et les bom bes américaines d’adolpho Obama sur la Syrie (190 000 morts), les genocides, les gouvernements renversés en amérique du sud, les millions de morts en Afganistan, en irak, en Ukraine, partout dans le monde.

              Nous crerons des partenariat avec POutine, et certainement les plus vaillants d’entre nous seront recompensés en ayant des postes de pouvoir par le joueur d’echec qui nous sera reconnaissant.

              POur celà, il est trés important de decridibiliser les mediats dominants, aux ordres de l’Empire, en creant les notres pour offrir un autre choix de vérité aux gens.

              A BAS LES USA, vive les brics, et longue vie à l’humanisme. Cordialement.

              • Attilax Attilax 10 octobre 2014 20:26

                Vous oubliez l’aspect militaire. Je vous rappelle que les USA ont la plus puissante armée du monde, des réserves monstrueuses d’armes terrifiantes et le plus gros stock d’ogives nucléaires de la planète.
                Que croyez-vous qu’ils feront quand le dollar s’effondrera ? Vous croyez vraiment qu’ils vont regarder leur monde tomber en ruine sans rien faire ? C’est pas le genre !
                Non, ils feront ce qu’ils n’ont jamais cessé de faire : la guerre, pour la domination totale de la planète et pour préserver le dollar qui le leur permet...


              • Lucide bdpif@laposte.net 11 octobre 2014 01:44

                Mais non, grace à Poutine, le joueur d’echec, la Russie saura contrer la menace militaire des etats unis. La puissance Russe est bien plus forte que les USA !!!!!


                Et vivement la Guerre entre les deux, préparons le pop corn ///

              • xavier dupret xavier dupret 11 octobre 2014 15:18

                Je crois que les Etats-Unis vous ont déjà entendu. Dans le cadre des pourparlers OMC, je ne suis pas certain que mentionner l’arsenal nucléaire US avait beaucoup de sens. On ne peut pas tout ramener au facteur militaire sinon la France, puissance nucléaire, n’aurait aucun mal à faire plier l’Allemagne pour abandonner l’austérité.


              • xavier dupret xavier dupret 11 octobre 2014 15:33

                Je vous sens particulièrement volontariste. Je crois cependant que pour développer une alternative, il faut comprendre le modèle dominant auquel on veut s’opposer. 


              • soi même 10 octobre 2014 16:25

                J’ai l’impression que ceux qui croit que les réglés vont changer car ce ne serra plus OCDE mais les BRICS les maîtres du jeux vont en avoir pour leurs frais !

                Regarder si vous en êtes pas convaincus , la rapacité de l’économie chinoise, nous avons un avant gouts de leurs nuisance, il achète tous en masse, et ne penser surtout pas le joue où l’économie mondial aura définitivement changer de pôle que nous auront un avenir merveilleux !

                C’est la même mécanique financière que la précédente avec juste un changement de règle de jeux, elle serra toujours aussi inhumaine et dévastatrice que la précédente !

                C’est un changement de syndic rien de plus , sur le fond cela aura les mêmes conséquences pour l’Occident sont assujettissement économique !


                • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 10 octobre 2014 20:14

                  soi-même,
                  La Chine achète ce qu’elle veut en Europe, puisqu’il n’y a plus de contrôle des capitaux en Europe...
                  Mais essayez d’aller acheter une part du patrimoine chinois...


                • soi même 10 octobre 2014 21:34

                  Que voulez dires que la Chine pratique le nationalisme économique, oui bien sur qu’il le pratique, les œnologues français en savent quelque chose !

                  Maintenant pensé que simple vision Nationaliste suffit à nous sortie du guêpier, c’est là que vous avez une limité conceptuel de ce que doit devenir l’économie.

                  Dernièrement vous avez dites que la tripartition socail était une arnarchie, et bien la seul différence avec votre point vue conforniste, l’arnarchie est justement de continue avec des références suranné du passé et de pas comprendre que la référence à un passé même illustre , à ces valeurs est le signe même de la décrépitude de la pensé et le signe que l’on est entré dans une décadence .

                  A par faire référence à votre mentor, avez vous le courage de penser un instant que vous êtes en train de vous trompées ?

                  Non et vous êtes dans la même situation qu’un arracheur de dent, vous penser en faisant table rase de tous les traités léonines que l’ion va retrouvé l’ essence profond du gaullisme, et bien non votre aspiration dans un un guide, qui ferra du néo gaullisme et qui en définitif ne pourra être rien d’autre que du néo gaullisme et catachrétique de notre aveuglement doctrinaire, et pourquoi c’est que vous êtes pas dans l’évolution de la pensé Gaullienne, vous êtes dans le passéiste gaulliste de restauration à l’identique de l’idée primaire du gaulliste.

                  Non vous n’avez aucun courage de pensé, vous êtes juste un polémiste au service d’un mentor, car si vous avez un peut de réflexion , cela vous sauterais aux yeux , que le modelé gaulliste socail ne correspond plus à notre liberté de s’organiser !
                  Vous l’ignorer et pour causse, ce que vous pensez comme idéal sociétal doit être le modèle de référence de ce société, vous oubliez tans tous cela la maturité de la conscience, la Liberté, et surtout vous n’avez aucune idée de ce que veux dire une économie fraternel .

                  Vous ’êtes sur un certain coté bien sympathique, mais en même temps même si cela n’apparaît pas u grand jour dans vos propos , vous faites la pronations d’un néo fachos !
                  Car vous niée la Liberté fondamental au homme de s’organiser socialement, car vous niés l’importance de l’émergence de la Société Civile !

                   


                • Pierre-Joseph Proudhon Pierre-Joseph Proudhon 10 octobre 2014 21:52

                  Tout à fait vrai : Si on souhaite faire du « business » en Chine il faut créer une join-venture chinoise.

                  Et dans une join-venture chinoise, le capital doit être détenu à 50%+1 action (mini) par un chinois.

                  Et ce capital doit bien sûr être localisé en Chine, et ne peut pas sortir du pays...

                  Pour résumer, si vous souhaitez faire du business en Chine, vous serez minoritaire dans la société que vous créerez et vous serez à la fois l’otage du Chinois qui détient la majorité du capital et du gouvernement chinois.

                  Si « nos » multinationales le font c’est qu’elles se font énormémént de fric en important en occident des produits fabriqués à bas prix et revendus « au prix marché » avec des marges bénéficiaires insolentes.

                  Par contre, le jour où les chinois veulent les foutre dehors elle ne pourront rien faire.

                  Pas cons les chinois. Ils profitent de la cupidité des dirigeants des multinationales pour cumuler l’expérience et par la même occasion pour plomber nos industries nationales, avec la bénédiction de « nos » politicards corrompus par les multinationales.

                  Lorsque les chinois auront cumulé suffisament d’expérience et que leur marché intérieur sera mature, il ne leur restera qu’à procéder à la mise à mort (sans se fatiguer d’ailleurs, nos « élites » ayant fait 99% du sale boulot).

                  Et les multinationales seront ramassées dans les poubelles par les chinois qui deviendront les « maîtres du monde » car les pays occidentaux seront devenus des « déserts industriels ».

                  C’est con pour nous, pauvres clampins qui n’y sont pour rien, mais pour les chinois ce ne sera qu’une revanche justifiée contre ces occidentaux arrogants qui les ont méprisés depuis si longtemps.


                • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 11 octobre 2014 08:00

                  soi-même,
                  Faut arrêter de fumer la moquette !
                  « La tripartition sociale est une anarchie » ? Où ai-je écris cela ? Vous divaguez.


                  L’UPR n’est pas gaulliste non plus, vous faites erreur !

                  L’UPR est un Mouvement de rassemblement comme l’était le CNR, pour sortir de l’ UE.
                  Elle est classée par le Ministère de l’Intérieur dans la catégorie « groupe divers ».
                  Ni divers droite ou gauche, ni extrême- droite ou gauche.

                  Si vous trouvez que le modèle social français issu du CNR, dont vous avez bénéficié toute votre vie ainsi que votre famille, est dépassé, ce n’est pas l’avis de la majorité des Français, très attachée à la solidarité nationale.

                  Vous pensez que vous allez développer « une économie fraternelle » dans l’ Europe des banksters ?
                  Grand bien vous fasse ! Chacun ses illusions.

                  « L’émergence de la société civile », une bonne blague soutenue à 100% par les mondialistes !
                  Vous êtes soutenu par le meilleur mondialiste du moment ! Jacques Attali, himself !


                  Regardez ce qu’écrit Attali : « Débrouillez-vous ! »
                  "Ne comptez plus sur la solidarité nationale, ni sur l’Etat, ni sur les Partis politiques, organisez votre survie ! Elle est pas belle la vie !

                • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 11 octobre 2014 08:15


                  Pierre Joseph,
                  Exactement, les autres pays du monde savent protéger leurs intérêts.


                  C’est l’article 63 du TFUE qui a supprimé le contrôle des capitaux, à l’intérieur et à l’extérieur de l’ UE. Auparavant, sortir ou faire entrer des capitaux était régulé, pas interdit, mais régulé, en fonction des intérêts stratégiques. Il fallait l’accord du Ministère des Finances et du Directeur du Trésor.

                  Depuis Maastritch, les entreprises peuvent aller investir ailleurs, d’où les délocalisations, et n’importe qui peut acheter le patrimoine français, sans que le gouvernement ne puisse s’y opposer.
                  Le gouvernement n’a pas pu empêcher Mittal d’acheter, puis de démembrer Arcelor.

                  A l’ OMC, la France n’est plus autorisée à défendre ses intérêts.
                  C’est un Commissaire européen qui s’en charge, résultat, des pans entiers de l’industrie française ont disparu corps et biens. « La France et l’ OMC »

                • Yanick Toutain Yanick Toutain 11 octobre 2014 12:55

                  Charles De Gaulle assassina le premier président africain Sylvanus Olympio.extrait

                  DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012Une brève histoire du Togo (1963-2013) par Yanick Toutain 23/9/12 Point de départ.... Un abruti imbu de lui-même arrivé à la direction d’unpays esclavagiste en escroquant des militaires encore plus bêtes que lui et des colons restés demeurés croyant ... demeurer en Algérie ... envoie un imbécile sergent-chef assassiner un président. .. Le but est de saboter toute possibilité de monnaie togolaise et d’empêcher, par un crime, que des accords avec l’Allemagne ou la Grande-Bretagne puissent laisser un peu d’oxygène à ce pays... 
                   
                  Le golpiste de 1958 va donc démobiliser une bande d’assassins ayant travaillé pour lui dans le but de fabriquer des chômeurs togolais réclamant du travail et assassinant le chef de l’ANPE locale en la personne du président élu (le premier d’Afrique)
                  La bande de pied nickelés assassins loupe son crime  : le président se réfugie dans l’ambassade US... dans un véhicule... 
                   Il va donc falloir que l’ambassadeur trahisse son « invité », prévienne l’ambassadeur de France qui lui - même avertira les tueurs - qui, en colère, reviendront l’assassiner.. .

                • soi même 11 octobre 2014 14:41

                  « La tripartition sociale est une anarchie » ?, un commentaire que nous m’avez fait, il y a quelque temps !

                  Je vois que vous avez une réflexion politique qui ne va pas au delà de régler le problème de retrouver sa souveraineté national, jusqu’à je vous suis, quand à croire qu’une fois régler ce problème, on peut retrouver où restaurer en l’état le plan du CNR, c’est que vous êtes un doux rêveur, car l’on ne peut jamais restaurer l’impulsion initial, les conditions ne sont plus les mêmes, les motivations ne sont plus les mêmes, les intérêts ne sont plus les mêmes.
                  Si vous regarder bien ce qui est en train de ce passer, et contrairement à ce que vous dites, la majorité des Français, très attachée à la solidarité nationale, de quel solidarité nationale parler vous ?
                  L’étatique où celle qui est en train de se mettre en place à travers différente associations ?

                  Votre référence au CNR ne convient plus à la réalité d’aujourd’hui, les gens ne supportent plus le pouvoir absolue unique de l’État, les différente manifestations de mécontentement social montre que c’est bien toute l’organisation social qui est à réformé, la reparticipation par l’impôt est devenus une farce à travers les niches fiscales et les choix économiques gouvernementaux par la fiscalisation montre au grand jour aujourd’hui qui a toujours été conçus pour favorisé le pouvoir de l’argent, et n’a jamais répondue à une véritable responsabilités des partenaires sociaux à être équitable et solidaire !

                  Ce n’est le principe de la solidarité national que je remet en causse, c’est l’impossibilité de la liberté de choix de s’organise librement que je remet en causse, c’est le manque de contre pouvoir, et les derniers scandales montre que l’État est assujettie à cette réalité que c’est le monde de la finance et le monde économique qui dirige le pays et vous aurais beau retrouver notre souveraineté national , nos serons devant cette réalité qui aura beau jeux de nous remettre par la banqueroute économique dans leurs doctrines économiques.

                   « L’émergence de la société civile », une bonne blague soutenue à 100% par les mondialistes !

                  De la quelle parle tu de la vrais où de la fausse ?

                  Celle d’Attali est une fausse, car elle n’a pas d’autre but que de favorisé le libéralisme économique, la vrai c’est cela de

                  ( Nicanor Perlas :La société civile : le 3e pouvoir. Changer la face de la mondialisation.

                  http://www.triarticulation.fr/Institut/FG/Litt/2013-01-001-Perlas.html

                  Une Vision : L’Etat-Nation Transformé

                  Quand trois mouvements nouveaux émergeront, il n’y aura alors plus de force dans les centres de pouvoir traditionnels de l’état nation qui puisse résister à leur force pour le bien commun. Les vieilles pratiques s’évanouiront. Les institutions se transformeront radicalement de l’intérieur, soutenues ou pressées par l’extérieur. L’état ne pourra plus être le cheval de Troie de la dictature de fait des institutions mondiales et d’ accords tels ceux de l’OMC. Plus et plus le « dêmos » véritable opérera et l’état nation deviendra l’expression des idéaux les plus élevés et de l’excellence de son peuple.

                  Nicanor Perlas : une nouvelle dynamique sociétale

                  Réflexions et outils

                  Sylvette ESCAZAUX




                  Comment parvenir à une transformation de notre société dans un monde dominé par des macro-processus sur lesquels nous n’avons pas prise  ? Comment surmonter le désespoir et vaincre l’apathie ? En d’autres mots : Comment agir dans le monde ?

                  Ce sont ces questions de fond qu’ont explorées un groupe de citoyens réunis autour de Nicanor Perlas*. À partir de cette expérience collective, l’auteur a extrait des repères pour un positionnement et une action dans le monde, pour tout citoyen concerné par les défis de notre époque : une vision, des réponses, et des outils.
                  Celles et ceux qui perçoivent la nécessité de tenir compte de toutes les dimensions de l’être et de s’y relier pour relever les défis actuels, qui ne se résignent pas à la destruction imprimée par la logique économique, trouveront une nourriture essentielle dans ce livre.
                  Il n’élude aucun obstacle : la réflexion centrale sur l’identité ; les conflits au sein des collectifs du mouvement social ; être socialement créatif ; « créer le futur » ; les entraves aux initiatives créatrices de la société civile.
                  Il introduit une vision assignant un rôle spécifique aux trois sphères de la société : politique, économique et culturelle (la société civile).

                  http://www.souffledor.fr/boutique/produits_nicanor-perlas-une-nouvelle-dynamique-societale_18_3214.html

                  Il s’agit bien de comprendre de quoi il retourne et ne pas croit que l’on peut se passer de ce qui a été mis en place à nos dépends, la question c’est que l’on ne peut plus rejeter la Modalisation, par contre il n’est pas interdit de pensé qu’elle peut être transformer par l’intérieur et la conception de Nicanor Perlas en tire et l’exacte opposition polaire de ce que Attali veut promouvoir qui n’est rien d’autre que les vieux démons du principe de l’État totalitaire.

                  Alors que la démarche de Nicanor Perlas est de nous rendre maître et coresponsable de notre organisation, je comprends que cela échappe, car il dit rien d’autre que de brisé les chaînes de l’esclavage, et pour comprendre ce qui en veux en venir, il faut comprendre o^il situe c’est esclavage et en quoi nous sonnes esclave d’un système, c’est cette vision unilatéral de voir le monde sous l’unique vue économique, à lors que c’est d’abord l’humain qui doit être au centre de tous !

                  Quand au moyen que cela ce passe par l’internedaire de l’Etat nation où par des institutions internationales, ce n’est pas cela qui doit être une objection, si l’on perd pas de vue, de ce que l’on veux, c’est leurs métamorphoses ! 

                  Donc votre objection est liée à votre méconnaissance profonde de ce sujet, et que vous avez un point de vue superficiel de comment répondre aux chancres de l’économie néo libéralise, car la réponse est triple, Liberté de conscience et d’organisation civile, Égalité par le Doit et de la Souveraineté de l’État , Fraternité Économie pour que cela soit l’État doit faire le deuil de la concentration unitaire des pouvoirs et délègue dans des organisations civiles les contres pouvoirs de régulations !

                  Ce qui veux dire que l’on ne doit plus avoir une monarchique républicaine dans le sens que l’État régit tous , et non plus le modèle communiste sociale de l’État unitaire qui asservie et pense pour le peuple .

                  T’ as du boulot , pour sortir de ta vision primaire de la politique et de l’économie et de percevoir les véritables nécessités de notre époque !

                   

                   


                • xavier dupret xavier dupret 11 octobre 2014 15:20

                  Nous sommes entièrement d’accord. A ce ci près que le groupe des Brics est très hétérogène et que les Chinois finiront bien par mener leur propre jeu en solitaire. C’est une question de temps.


                • soi même 11 octobre 2014 16:19

                  @ xavier le concept de Brics va avoir le même sort que l’autre, en rien dans cette organisation émerge de nouveau concept économique, c’est une organisation réactionnaire qui utilise les mêmes principes économiques que celle qui est sensé être opposer !


                • soi même 11 octobre 2014 16:55

                  @ Fifi, j’ai bien dit néo Gaulliste pas Gaulliste et puis pour fumer de la moquette, les gauchos de ton genre sont pas mal aussi !


                • soi même 11 octobre 2014 17:03

                  Fifi t’as beau énuméré les avanies qui nous prépares, toi et ton mouvement seront incapable de revisiter à ce rouleaux compresseur, la raison c’est à part dire non à tous cela, vous n’avez aucune réflexion social et économique approfondie si ce n’est les grands classiques de l’économie de marché et une référence politique sociale qui date de 70ans .
                  En 3 quarts de siècles, ce qui était valable en 45 n’est plus valable aujourd’hui, j’espère que tu auras compris, c’est n’est pas avec des momies politiques que l’on fait du neuf, d’ailleurs est que c’est ton intention de faire du neuf ?


                • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 11 octobre 2014 17:59

                  soi-même,
                  Je persiste à dire que je n’ai jamais écrit la phrase que vous m’attribuez.

                  Je ne vois pas ce qui empêche de vous organiser comme vous l’entendez au niveau local ?
                  Vous pouvez vivre en communauté dans une yourte en mangeant des pissenlits, si tel est votre choix.


                  Rejeter le modèle social français, c’est le discours de tous les européistes :
                  La « modernité, c’est la mondialisation ». TINA.

                  Une société sans services publics, sans Sécurité sociale, sans droit du travail, sans solidarité nationale, sans Etat, quelle merveille ! C’est ce qu’explique Kessler, l’idéologue du MEDEF :

                  « Adieu 1945, Raccrochons notre pays au monde ! »
                  Si c’est cela que vous appelez « du neuf », grand bien vous fasse !


                • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 11 octobre 2014 18:11

                  Yannick Toutain,
                  Désolée, je n’écris pas d’article, je n’ai donc pas accès à la validation des articles.
                  Demandez aux contributeurs.


                • soi même 11 octobre 2014 20:14

                  Une société sans services publics, sans Sécurité sociale, sans droit du travail, sans solidarité nationale, sans Etat, quelle merveille ! C’est ce qu’explique Kessler, l’idéologue du MEDEF :

                  T’es vraiment un nul, tu brodres des mensonges, cet que tu n’as jamais lue un des liens que j’ai donné, car tu aurais compris de quoi, il en retournerait et tu pourrais plus vendre ta daube !


                • soi même 11 octobre 2014 20:52

                  Thomas More - auteur du livre Utopia

                  Cet article fait partie d’une série de 14 articles ordonnés selon une suite logique, à lire idéalement dans l’ordre de leur numérotation. Débuter sa lecture sans lire les articles précédents, peut s’avérer être une mission impossible ! Téléchargez les 14 articles en un document PDF unique en cliquant ici ou lisez-les en ligne.

                   

                  La tri-articulation sociale n’est pas une théorie abstraite, un programme politique rigide, une idéologie nouvelle censée remplacer une autre, des recettes miracles ou une solution toute faite. Il ne s’agit pas de réaliser une société idéale à partir d’institutions qui devraient apporter le bonheur de tous.

                  Les idées de la tri-articulation sont profondément réalistes car elles sont acquises à partir d’une observation approfondie des lois et forces vivantes (et donc évolutives) qui sont à la base de la vie sociale. Elle tient compte des réalités économiques (division du travail, capital,...), de la conscience du droit acquise par l’humanité (démocratie) ainsi que des besoins actuels de l’homme (tant matériels que spirituels).

                  Sur base de la connaissance de ces forces, il s’agit d’inventer continuellement les remèdes adéquats (institutions et leur fonctionnement) car nous avons à faire à une vie sociale en perpétuelle évolution. Selon Rudolf Steiner, «  il ne s’agit pas d’imposer le nouveau par la destruction de l’ancien mais d’implanter le nouveau à côté de l’ancien, de construire à partir de ce qui existe déjà. De façon lente et organique, l’ancien sera ensuite éliminé. L’idée de la tri-articulation n’est pas un programme portant sur l’ensemble de l’organisme social mais peut au contraire se développer à partir d’initiatives isolées. La transformation de l’ensemble s’effectuera par l’extension progressive de ces cellules sociales isolées ».

                  http://www.tri-articulation.info/presentation-generale-introduction/une-nouvelle-utopie


                    • soi même 11 octobre 2014 20:46


                      par exemple cette réflexion pourra te montré qu’il y a aucun liens avec tes suppositions malveillances :

                       

                      Une des causes généralement méconnue à la base des déséquilibres majeurs de l’organisme économique

                       

                      Les causes de la croissance sans fin des valeurs financières illusoires que le monde a connue ces dernières années, sont multiples et complexes.

                       

                      Une des causes les plus profondes à la base de cette tragédie sociale et économique, souvent inconnue des économistes, concerne la problématique de l’accumulation excessives de capitaux non «  consommés » au sein de l’organisme économique[5]. Je ne ferai qu’effleurer ce concept dans cet essai.

                       

                      Dans tout organisme vivant, coexistent nécessairement, dans un équilibre relatif, à la fois des processus « constructeurs » et des « processus déconstructeurs » de substances organiques. Par exemple, on trouve dans l’organisme humain, des tissus ou organes produisant continuellement des globules rouges et d’autres les détruisant constamment ; il en est de même au niveau du tissu osseux, dont des éléments sont en permanence produits et d’autres détruits. Le métabolisme de tout organisme vivant est constitué du processus de l’anabolisme (élaboration, construction et renouvellement des tissus) et de celui du catabolisme (déconstruction et dégradation des tissus de l’organisme). S’il se produit un excès d’un processus constructeur (par exemple un excès de production de globules rouges) ou un excès du processus destructeur de substance organique, apparaît la maladie au sein d’un organisme vivant. Un déséquilibre trop marqué en faveur d’un processus d’accumulation-construction ou de dégradation-déconstruction, peut conduire à la mort de l’organisme. Les deux types de déséquilibres peuvent coexister au sein d’un même organisme : à la fois un excès de processus d’élaboration d’un certain type de substance organique, et un excès d’un processus de dégradation d’un autre type de substance organique.

                       

                      L’organisme économique étant un organisme vivant et non pas une machine, il est soumis aux mêmes lois nécessaires s’appliquant à tout organisme vivant : aux processus permanents de création de capitaux (ou de toute autre valeur économique d’ailleurs) correspondent nécessairement, au sein de cet organisme, des processus continuels de consommation-destruction de capitaux dans un relatif équilibre d’ensemble. En particulier, l’accumulation de capitaux non productifs au sein de l’organisme social (c’est-à-dire des capitaux non mis en œuvre et non consommés, par exemple pour créer des moyens de production permettant d’augmenter la production de biens et de services, ou pour financer la vie de l’esprit (l’éducation, la santé, etc.)) doit nécessairement produire des états de déséquilibres économiques plus ou moins graves. Ceci est notamment le cas lorsque des capitaux sont fixés dans des biens fonciers sans en augmenter la productivité[6].

                      Discerner les différentes qualités d’argent et les gérer de manière différenciée : une nécessité

                       

                      Si l’on veut éviter à l’avenir la reproduction de catastrophes humaines et financières comme à Chypre, il sera aussi nécessaire d’élaborer des concepts et des méthodes de travail permettant d’appréhender les différentes qualités de l’argent et de sa circulation effective au sein de l’organisme social. Alors, il sera possible d’agir finement au sein de la vie économique pour en rétablir la santé.

                       

                      Dans deux articles antérieurs, nous avons déjà insisté sur l’appréhension à la fois subtile et exacte des processus économiques réels que permettent les associations économiques[9]. Il s’agit de groupements de producteurs, distributeurs et consommateurs actifs dans les diverses branches de l’économie. C’est à de telles associations, notamment, que devrait aussi échoir la responsabilité de déterminer à quelles personnes doivent être accordés des prêts, ainsi que leurs modalités pratiques (durée, montant…) et leurs finalités, sur base notamment aussi des facultés-capacités individuelles des emprunteurs mises au service de besoins collectifs, et pas seulement selon les seuls critères actuels des banques, fondés principalement sur les capacités financières des emprunteurs. Il s’agit d’orienter les flux de capitaux, notamment en vue de la création et du maintien de moyens de productions répondant à des besoins réels, tels qu’ils peuvent être pleinement perçus au sein d’associations économiques ainsi constituées. Il deviendrait dès lors de plus en plus impossible que ne se constitue et ne s’amplifie une économie virtuelle fondée sur la circulation de valeurs économiques fictives, rongeant et absorbant de l’intérieur toutes les forces vives de l’organisme social, telle une gigantesque et monstrueuse tumeur cancéreuse.

                       

                      Une autre piste de recherche permettant de différencier plusieurs « qualités d’argent » et de les gérer de manière spécifique selon leur nature, consiste à appréhender les concepts « d’argent d’achat » (ou de consommation), « d’argent de prêt », et « d’argent de contribution » (« ou de don »), ainsi que la notion « d’argent vieillissant »[10] (un argent qui perd sa valeur après une certaine période (date de péremption) ; cette notion n’est pas à confondre avec le concept de monnaie fondante de Silvio Gesell[11]).

                       

                      Argent d’achat, de prêt, de don et argent vieillissant font partie intégrante en permanence de la vie économique réelle, mais ces concepts étant inconnus du public, ils ne peuvent être mis en oeuvre pour discerner qualitativement les divers flux d’argent y correspondant, et encore moins pour les gérer concrètement chacun selon leurs particularités. Tout est confondu et mélangé dans la façon actuelle de gérer des flux d’argent de nature complètement différente.

                       

                      Nous n’avons fait que mentionner l’existence de cette piste visant à différencier les diverses qualités de l’argent sans la fonder et la présenter ici. De longs développements seraient nécessaires, incluant aussi la question de la production et de la destruction de la monnaie[12].

                       

                      La croissance sans fin de dettes et de capitaux (non consommés, donc non « détruits » par une « consommation » ad hoc) est une absolue impossibilité. Tenter néanmoins de réaliser une telle accumulation absurde engendre nécessairement des processus morbides au sein de l’organisme social global, pouvant conduire à sa destruction.

                       

                      En comprenant et en maîtrisant de mieux en mieux les concepts relatifs aux diverses qualités de l’argent, il deviendra possible, par le biais des associations économiques de producteurs, distributeurs et consommateurs, de trouver le chemin permettant d’organiser un processus conscient et permanent d’orientation, d’utilisation et de consommation des capitaux (et donc de réduction des dettes y afférentes), tel qu’il doit nécessairement se réaliser au sein de l’organisme social, si nous voulons en assurer l’équilibre interne et la santé.


                      http://www.tri-articulation.info/theme/cerner-la-nature-de-l-argent-un-des-enjeux-majeurs-de-la-catastrophe-chypriote



                    • Jean Keim Jean Keim 11 octobre 2014 23:15

                      L’intelligence est dans le vivant, je peine à en voir dans le système économique, dans une société harmonieuse, on produit des choses pour le bien des autres, dans notre société l’objectif est de gagner de l’argent, c’est cela qui n’a aucun sens, je crois que trop de savoir oblitère la réalité qui est là devant nos yeux. La consommation ne peut pas être un objectif sain en soi. Il ne s’agit pas d’imaginer le monde futur, il s’agit simplement de vivre et le plus difficile est de dicerner ce que cela peut bien signifier, les moments les plus heureux de notre vie ne sont jamais le plaisir matériel mais toujours dans les instants où nous sommes le plus dépouillés de notre importance. 

                      Nous ne pouvons rien posséder, nous ne pouvons qu’être, si un gadget ou une fortune me donnent le sentiment d’avoir ou d’être important, c’est le sentiment qui me possède mais en fait je ne possède toujours rien et la course à la possession reprend de plus belle sans comprendre que quelque chose m’appelle mais que je suis à côté de l’invite.

                    • soi même 12 octobre 2014 02:11

                      Et pourtant c’est le cas, l’on produit toujours pour autrui, sans cela il n’aurait pas de société !

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