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La crise ne ferait que commencer

Depuis quelques mois, un économiste espagnol Nino Becerra fait l’ensemble des plateaux TV. Que ce soit sur CNN, sur EuroNews et bon nombre des médias anglo-saxons, cet économiste espagnol est peut-être l’homme qui aura compris le sens de la crise des sub-primes et l’ampleur des phénomènes macro-économiques que nous avons à affronter. Il prévoit une vaste crise systémique qui aura des conséquences sur les dix prochaines années.

Dans un best-seller, certes inconnu de l’hexagone, le Professeur Santiago Niño Becerra prédit un krach en 2010. Ainsi, sans vouloir être alarmiste, on peut rapporter son propos « Ce crash serait l‘épilogue du processus de pré-crise qui a débuté mi-septembre 2007 quand il y a eu le problème des subprimes. Nous sommes arrivés à une situation d‘épuisement qui fait que le modèle que nous connaissons, à savoir la logique crédit-consommation-dette, a atteint ses limites. La bourse grimpe pour des raisons purement spéculatives et parce que des fonds qui ont été utilisés pour les restructurations financières ont dévié vers les marchés. Je pense que cela va durer deux mois tout au plus, et ensuite ce sera la chute » annonçait il sur EuroNews (1).
 
Le Choc à venir. En bon économiste, Niño Becerra a été très probant dans son ouvrage « El crash del 2010 ».Sur quelques centaines de pages écrites dans un espagnol parfait, il remonte aux anciennes crises et explique les modalités de ce gouffre à venir. Il rappelle le choc Islandais, celui de l’Irlande, on a envi de parler de la crise récente de Dubaï. L’intéressant de cet ouvrage et des propos de Niño Becerra repose sur les conséquences extrêmes de ce vrai krach à venir. Sachant que la pré-crise a consisté dans les « subprimes », on verrait se profiler la crise globale de 2010 à travers les premiers stigmates : l’effondrement de la Grèce et surtout l’ampleur dévastatrice des spéculations contre ce pays. Des banques en effet donnent l’ordre de « charger » ce pays et de prendre un maximum de bénéfice en « prêtant de l’argent à plus de 6% de taux d’intérêt au lieu de 3.2 % pour l’Allemagne ». C’est un peu comme si des malfrats étaient en train de s’occuper de la salle des coffres du Titanic à quelques minutes du choc avec l’iceberg… ou plus proche de nous, c’est un peu comme si nos banquiers s’amusaient à ramasser des coquillages sur la plage de « Banda Aceh » ne comprenant pas le retrait de la mer avant le tsunami de 2004… Mais aujourd’hui lorsqu’on se plonge sur la chute récente de l’économie portugaise et espagnole, on peut mesurer l’effet domino de l’éclatement des bulles financières et des politiques budgétaires des pays de la zone euro. Et cela compilé à des déficits budgétaires massifs comme en France. L’analyse de Becerra (2, 3) prend donc tout son sens étant donné que le CAC40 a déjà chuté de 10% depuis le début de l’année. On se souvient aussi des propos de la Société Générale qui prévoyait un problème de récession lourde en 2010 depuis l’automne dernier… L’info n’était pas très loin. En effet, le livre de Niño Becerra (5) faisait déjà des émules depuis le mois de mars 2009. Et les plateaux TV s’arrachaient avec un peu d’ironie ce solitaire barbu et atypique capable de dire que le monde risquait de partir en vrille dans un proche avenir. On regarde son propos avec plus de sérieux sachant qu’il montre bien que c’est le cumul de bulles financières existantes et de fragilités systémiques qui risque de provoquer un scénario de panique. On sait déjà les troubles vécus dans les systèmes bancaires, immobiliers et fiduciaires actuels. Ajoutons à cela le mal-logements de la population (voir les appels de Jeudi-Noir, de la fondation Abbé-Pierre) mais aussi le chômage de masse qui se cristallise avec une précarité dénoncé de partout.
 
Les répercussions. Dans le schéma de Niño Becerra avec l’inflation, le chômage et les crises structurelles impactantes dans l’ensemble de la vie quotidienne, l’Europe risque d’éclater. En effet, comment maintenir le navire Europe dans le cas ou les populations seraient face à une pénurie de cash, sans emploi et dans une forme de chaos généralisé. Des gens dont les comptes en banque se seraient volatilisés ne seront pas très respectueux du système qui les a conduit à un point de non retour… par la voracité d’une élite qui aura cru avoir survécu assez paisiblement à la crise des subprimes et ayant repris spontanément les mauvaises habitudes comme par exemple à Londres ou une bulle immobilière renait actuellement. Pour Niño Becerra donc, l’Europe ne survivra pas à ce choc financier. Les régimes politiques ou les élites seront aussi reconnues coupables d’avoir soit menti, soit mal géré le secteur bancaire. Mais l’analyse de Becerra peut nous laisser imaginer un lendemain plus heureux. Un autre scénario. Un Krach d’ampleur produirait une évacuation de l’élite actuelle discréditée durablement. Les modes des sélections des élites en question seront donc revues et les valeurs des sociétés seront remises à plat. Une éviction simple des responsables de la crise est une sanction suffisamment efficace pour laisser des pays opter pour des choix plus humains et plus écologiques.
 
Conclusion. Certes, il y a une forme de ruine générale à concevoir dans un tel cataclysme financier mais il faut imaginer « l’avenir des possibles » qui s’engagerait à la conséquence de ce choc. Niño Becerra conçoit une crise longue d’environ 10 années ce qui est comparable à la période de 1929 qui aura abouti d’ailleurs à une résolution par la guerre. C’est la réaction à cette vraie crise qui est importante… les solutions amenées par une nouvelle élite. Aboutirons-nous à une économie durable ? Des liens européens à tisser sur des bases sociales, humaines et moins friables. Irons-nous à un clash frontal avec la Chine c’est une autre question ? En tout cas, non sans humour, Niño Becerra compare déjà le capitalisme à un cadavre (6).
 
 
(1) http://fr.euronews.net/2010/01/22/economie-europeenne-le-crash-en-2010/
(2) http://www.scribd.com/doc/16390756/Spanish-Forecast-from-Santiago-Nino-Becerra-in-012009-10062009
(3) http://vodpod.com/watch/2133603-santiago-nio-becerra-en-la-tertulia-econmica-de-cnn
(4) http://www.youtube.com/watch?v=V7dpRjru1Wg
(5) EL CRASH DEL 2010 : TODA LA VERDAD SOBRE LA CRISIS ISBN 9788499083001
(6) http://www.elpais.com/articulo/carr...
 
par Yannick Comenge (son site) mercredi 10 février 2010 - 201 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par John Lloyds (xxx.xxx.xxx.59) 10 février 2010 10:31
    John Lloyds

     Bonne présentation d’un économiste que je ne connaissais pas.

    Sur le fond, le jeu de la prévision est très délicat, d’autant qu’il doit intégrer des décisions gouvernementales et/ou privées qui n’ont pas encore été prises. Autant des analystes comme Larouche ou Roubini avaient prévu la crise de 2008, autant d’autres non moins prestigieux, dont le même Larouche, en avaient prévu une seconde fin 2009, et elle n’a pas eu lieu.

    Se sont-ils trompés ? Oui et non. Oui sur l’exactitude de la date, mais non sur le fond. Car une des leçons à retenir des évènements économiques et financiers de 2009, c’est que le système a montré une extraordinaire capacité à sauver les meubles. Par des procédés de républiques bananières (planche à billets, manipulation des normes comptables pour sortir les actifs toxiques des bilans, achats boursiers institutionnels, pondération extrême des refinancements de la dette à court terme, dont le rachat de sa propre dette – le summum de l’escroquerie), mais il a réussi à reporter l’ensemble du problème à plus tard, par création de bulles encore plus monstrueuses que les précédentes.

    Qui aurait pu prévoir un tel niveau de machiavélisme début 2009 ? Personne. Techniquement, ces analystes avaient raison, le système aurait du plonger dans son entier en 2009. On a mis des pansements sur une jambe de bois, il n’empêche que cette jambe pourrie finira par imploser intégralement. Le choix stratégique de monétiser une dette publique exponentielle, par choix de transmettre la patate chaude aux générations suivantes, n’empêche en rien les banques de fermer le robinet à l’économie réelle et de dilapider l’argent du contribuable touché à 0% et investi à 4% dans le circuit fermé du carry trade.

    L’ensemble tient encore parce que chacun se tient par la barbichette et la dette peut encore être refinancée à court terme, mais que l’on tombe sur des pays (par exemple les PIGS) qui ne trouvent plus preneur à cause d’un taux obligataire qui crève le plafond – taux majoré en cas d’éjection de la zone euro, et c’est le début de l’effet domino.

    Alors cette année ? C’est fort possible. Mais qui sait si ces apprentis de l’enfer, dans leur fuite en avant, ne sont pas encore capables d’inventer des bulles encore plus astronomiques, pour encore reculer l’échéance ? Maintenant mieux vaut que ça se fasse rapidement, la mort lente des populations prises en étau entre les plans d’austérité nationaux et la contraction économique risque bien de nous entraîner dans un nouveau système féodal, la politique du tout-répressif adopté par la plupart des pays présageant plutôt cette hypothèse.

    Pour ma part, j’en reste à mon pronostic, je pense à une guerre mondiale imminente avant l’effondrement financier, qui remettra les compteurs à zéro et évitera à l’occident la honte d’une crise systémique. Un mini false flag avorté a eu lieu à Noel pour justifier la mise en place de moyens de détection orweliens dans les aéroports, il faut à mon avis s’attendre à un bon gros false flag cette année, qui, en justifiant une guerre contre l’Iran, règlerait à la fois l’ardoise financière et les obstacles que sont la Chine et la Russie à la marche des ingérences américaines via l’OTAN. Ce n’est pas pour rien que Poutine vient d’adopter sa nouvelle doctrine militaire, qui prévoit la frappe nucléaire préventive en cas d’utilisation d’armement conventionnel ou de différents géo-stratégiques.

  • Par Lucien Denfer (xxx.xxx.xxx.84) 10 février 2010 11:24
    Lucien Denfer

    Finalement, les dégringolades financières ont été prévues par de nombreux économistes, dont celui que vous introduisez dans l’article. Cela a-t-il changé quoi que ce soit aux pratiques dignes de bordels et de casinos que l’on veut faire passer pour de l’économie ? Nada

    Si l’on met en parallèle la volonté concertée de "certaines élites financières" de dépecer des nations, l’une après l’autre, et l’instauration de mesures d’exception et de privation des libertés de base, on obtient un tableau d’ensemble qui contredit votre optimisme quand à la possibilité d’évacuer les "élites fautives". 

    Nous allons à la catastrophe, à pas lents et sous haute surveillance. 

  • Par yoananda (xxx.xxx.xxx.10) 10 février 2010 11:19

    Le club de rome a prévu le retour a un niveau de vie équivalent aux années 50/60 !!!
    Même les pires prophètes de la crise n’ont pas encore osé aller jusque la, et pourtant ... même si on ne reviendra pas en arrière, en terme de niveau de vie, ca sera bien ça qui nous attends.

    Routes en terre défoncées, déplacement 4x4, vélo, cheval.
    La fin des grandes villes. Retour vers une agriculture locale.
    La fin des supermarchés et de la mondialisation "jetlag" ... et de la course à la vitesse.
    Des ilots de technologie resteront, mais globalement, "la fête est finie".
    Sans compter la période de troubles sociaux, insécurité, insalubrité, pénuries, instabilité qui va nous y mener !

    Personne n’est encore prêt a le réaliser... ou si peu !

  • Par Leviathan (xxx.xxx.xxx.23) 10 février 2010 10:24
    Leviathan

    Article paru sur mecanopolis.org, le 06/02/2010.

    « Une attaque concertée par des groupes financiers est en cours contre l’euro »
    http://www.mecanopolis.org/?p=13486...

    France Inter, le 10/02/2010 - Jean-Pierre Jouyet, président de l’ Autorité des marchés financiers confirme qu’il y a bien une attaque de Banksters sur l’Euro et la Grèce.
    http://www.dailymotion.com/video/xc...

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