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Accueil du site > Actualités > Economie > Les paradoxes des dettes, le cynisme de la finance

Les paradoxes des dettes, le cynisme de la finance

Les dettes publiques sont l'objet de fantasmes, de peurs et d'incantations véhiculées par les élites politiques, économiques, financières et journalistiques. Du "qui payent ses dettes s'enrichit" on est passé à l'incantation accusatrice sur " les énormes dettes laissées en héritage à nos enfants". La vérité qui sous-tend les manipulations des marchés financiers par ceux qui en profitent n'est pas aussi simple et même fort différente. Le remboursement généralisé des dettes publiques serait une catastrophe financière.

Le remboursement des dettes dans les temps anciens

Les dettes financières naissent avec l'apparition de pièces de monnaies métalliques en or, argent et bronze. Les taux d'intérêts sont usuraires du fait d'un manque de liquidités. Les créanciers sont issus du monde des marchands. Les dettes contractées par les petites gens (les consommateurs d'aujourd'hui) sont remboursables avec l'appui des dominants et de leurs tribunaux, avec saisie des biens et même mise en esclavage du débiteur chez le créancier, du moins dans les sociétés où l'esclavagisme était le moteur principal de l'économie, même si certaines de ces sociétés sont à la base des républiques démocratiques !

Les dettes contractées par les chefs militaires (pour l'entretien de leurs troupes) et par les princes et les rois ne se remboursaient sereinement qu'en cas de rentrées suffisantes des impôts. Pour les dettes insolvables, les monarques "ruinés" procédaient à des dévaluations (confiscation provisoire des pièces en circulation, puis refonte des pièces en des pièces plus légères ayant la même valeur faciale : après remboursement des montants initiaux en pièces dévaluées, le monarque gardait le surplus). Une autre façon de renflouer les caisses du monarque ou du chef militaire résidait dans des campagnes de conquêtes avec pillages et imposition d'un tribut aux vaincus.

Le passage aux temps modernes

Les temps modernes commencent avec la mise en service des assignats et des billets de banque et l'abandon progressif de la monnaie métallique. Pour les petits débiteurs il n'y a guère de changement, les banques et les tribunaux restent inflexibles : les débiteurs peuvent être jetés à la rue, vers la clochardisation ; parfois des associations humanitaires apportent du secours. Aux USA, la faillite personnelle est reconnue, les compteurs sont remis à zéro (après saisie des biens), et le failli conserve ses droits et sa dignité. En Espagne, au contraire des USA, la faillite et même le décès du débiteur (avec saisie de ses biens) n'apurent pas la dette : il y a un droit de suite et de poursuite envers les héritiers descendants et ascendants si la vente aux enchères des biens saisis est insuffisante pour solder les dettes. Cette mesure est fortement rejettée par le reste de l'UE.

Pour les prêts des banques aux entreprises ou entrepreneurs et les dettes aux fournisseurs et caisses sociales, les réglementations légales laissent des portes de sortie aux dirigeants pour maintenir leur fortune personnelle, seul l'apport en capital à l'entreprise est concerné par les saisies consécutives aux faillites. Les dirigeants arrivent parfois à remette l'entreprise sur les rails en négociant des remises de dettes avec les banques, les fournisseurs et les caisses sociales. Dans le cas de faillite non frauduleuse les dirigeants ne sont pas inquiétés et des fonds spécifiques prennent en charge les salaires impayés et les indemnités de licenciement ; les fournisseurs en général perdent tous leurs avoirs sur l'entreprise faillie.

Pour les très grandes banques et les États, la récente crise des subprimes a mis au jour un nouveau procédé de traitement des énormes dettes ; les établissements financiers sont considérés comme "trop gros pour faire faillite" et il faut les sauver d'une autre manière.

Le renflouement des monstres financiers

Dans les cas de faillite virtuelle où les dettes dépassent de beaucoup les avoirs en capital et les prêts et créances à recouvrer, la mise en faillite réelle de ces gros établissements financiers (banques de dépôts, banques d'investissement, assurances, fonds d'investissements, fonds étatique de refinancement....) serait catastrophique pour l'économie en générale et pour les déposants en particulier : la faillite est devenue impossible. La crise des subprimes explosant en 2008 en a été le révélateur. Le montage financier à la base des subprimes s'est transformé en arnaque et a fait des victimes dans divers circuits de l'économie :

- les constructeurs de maisons financés par des prêts couvrant la totalité des coûts, ont été portés par une bulle immobilière bénéfique, qui à la suite de la crise, s'est transformée en un marasme immobilier et un arrêt des mises en chantier ;

- les vendeurs indélicats de prêts immobiliers, sous la contrainte de leurs chefs et sans contrôle strict des capacités de rmboursement des clients, se sont retrouvés au chômage ;

- les acheteurs bernés par les promesses mirifiques : la hausse continuelle des prix immobiliers allait durer et conribuer au remboursement des emprunts, alors que les salaires et revenus stagnaient. En outre, si les mensualités initiales des premières années étaient acceptables, les suivantes, avec des taux supérieurs et une part de capital à rembourser, devenaient insupportables pour une situation professionnelle maintenue, et catastrophiques en cas de chômage. La saisie et la revente de leur acquisition, à prix cassé de l'ordre de 50% de la valeur initiale, n'ont pas permis de récupérer la part de capital des annuités versées ;

- les sociétés de prêts ou de financement ont dû supporter les différences et les frais de saisie et de revente de maisons souvent dégradées par les ancciens propriétaires ou par des squatters ;

- les grandes banques qui ont titrisés par mélange et dissolution de prêts qu'ils sentaient pourris malgré des taux élévés pour couvrir une part faible de défaillances, créant ainsi les subprimes, avaient encore dans leur portefeuille une masse immense de ces prêts. Ils ont servi de confortables intérêts aux premiers acquéreurs de leurs titres pour se débarrasser au plus vite de ces produits super pourris auprès de nouveaux acquéreurs. Lors de l'explosion de la bulle, ces grands tripatouilleurs financiers en avaient encore une forte part en portefeuille, tout en ayant placé un très grand nombre de titres auprès des établissements bancaires occidentaux et assurances américaines, sans oublier un nombre important d'investisseurs à la recherche de produits prometteurs. La Justice américaine dénoue les tripatouillages reconnus par les grandes banques initiatrices et des amendes énormes pleuvent, comme les 13 milliards de dollars pour la seule JP.Morgan.

- les banques secondaires et organismes des circuits de placement ayant des titres pourris ont vu leurs avoirs fondre au point d'être en situation de faillite. Les investisseurs et épargnants, confiant dans les conseils de leur banquier, supportent une perte importante ignorée des statistiques. Aux USA, les plaintes en justice des organismes et investisseurs trompés donnent lieu à des condamnations pénales et financières et à des indemnisations. Enfin ! En France, pays toujours en retard pour l'innovation financière, si les banques ont été moins touchées, des investisseurs particuliers suivant les conseils éclairés des agents bancaires, ont soulagé les banques de pertes potentielles et supportent en silence les dépréciations de leurs titres. Aucune action en justice ne saurait atteindre des dirigeants aussi vertueux, comme ceux, en d'autres temps, du scandale du Crédit Lyonnais (14 milliards d'euros de pertes, au minimum) ;

- après la faillite punitive, à titre d'exemple, de Leyman-Brothers, les oligarchies privées et publiques (elles sont consanguines) de la finance américaine ont peruadé Bush et Obama fraîchement élu, mais pas encore en poste aux affaires, de renflouer tout le système financier américain qui allait s'écrouler. Ce fut fait avec des centaines et des centaines de Md$, sans oublier l'industrie automobile américaine, mal en point avant la crise et en faillite avec la crise. Une partie des fonds provenait de la FeD, une autre d'emprunts, le tout gonflant la dette publiaque US ;

- en Europe, les plus fortes retombées frappent les banques anglo-saxonnes, à un point tel que les Gouvernements anglais, irlandais, islandais, allemands doivent intervenir massivement pour renflouer leurs banques privées, et même privatiser les plus déficientes. En France les grandes banques, moins chargées en subprimes, ont bénéficié de petits prêts de l'État vite remboursés avec intérêts ;

- pour se refaire une santé, (et maintenir cyniquement des salaires et bonus hors de l'entendement) les monstres financiers doivent se refaire une santé en plumant massivement des victimes solvables.

La crise des dettes publiques et l'émergence des marchés financiers

La FeD américaine et la Banque d'Angletrerre ayant créé des liquidités par centaines de milliards de $ ou de £ (dans une plus faible mesure), auxquelles se sont joints les pétrodollars et les eédents commerciaux chinois, les besoins de liquidités pour les entreprises (en petite forme) et pour combler les déficits des États amplifiés par la crise économique induite par l'éclatement de la bulle des subprimes, sont facilement couverts par les liquidités présentes sur les marchés financiers : les taux, dans ces conditions, auraient dû baisser fortement, grévant au prorata les revenus bancaires. Alors dans ce gentil monde de la finance internationale, qui ne veut que le bonheur de toute l'humanité, les agences de notation sont montées au créneau : elles sont relativement compétentes pour analyser la solidité financière des entreprises ; par contre, elles ont été prétendument incapables de détecter les failles évidentes dans les prêts immobiliers à des insolvables, puis dans la magouille de la titrisation. Comme tout doit, in fine, être dirigé par les marchés financiers, libres de toute réglementation étatique, mais à la solde des maîtres des marchés, les agences de notation, en claironnant leurs connaissances infaillibles des perspectives financières et budgétaires des États, ont fait en sorte que la meute des investisseurs financiers suive leur recommandations en exigeant des taux d'intérêts élevés pour les prêts aux pays en difficulé, donc pour les enfoncer un peu plus. Ainsi la Grèce a dû emprunter des petites sommes (heureusement) à des taux de 12 à 16%. Certes, apparemment l'entreprise "Grèce" sortait des normes de solvabilité des entreprises !

Comme les journalistes et les économistes médiatiques se doivent d'avoir un avis sur tout et sur l'avenir, alors la rumeur d'une attaque de l'euro, de son éclatement (plutôt de la zone euro), de la sortie probable de la Grèce de la zone euro, s'est répandue dans tous les foyers et dans les cénacles politiques. Le dollar, la livre et le yen, plus tardivement, ont été manipulés par leurs autorités de tutelle en accord avec leurs gouvernements, l'euro subissant les tribulations des monnaies, sans s'affaiblir (bizarre pour une monnaie si fortement attaquée) et au contraire en s'appréciant ! La BCE avec ses mains liées par le traité constitutionnel n'est cependant pas restée inactive. Ainsi, dans la foulée de la rumeur, les taux ont également fortement montés pour l'Italie, l'Espagne,le Portugal et l'Irlande ; chacun de ces pays ayant étés impactés par la crise avec ses spécificités propres : bulle de construction immobilière en Espagne, bulle financière et immobilière en Irlande, instabilité politique en italie.

La crise économique affectant les budgets des pays de l'UE, s'est transformée en une crise de la dette publique ou des dettes nationales, insupportable pour les marchés financiers enfin reconnus comme les pilotes des nations et de leurs orientations budgétaires et politiques ! Bravo ! Politiques de tous les pays, courbez la tête, agenouillez-vous devant vos maîtres et inscrivez ses directives dans vos politiques et surtout dans vos traités constitutionnels ! Les directives imposées à la nation la plus démunie, la plus désorganisée, par la Troïka (BCE, FMI, Commission européenne) ont plongé la Grèce dans la récession économique (PIB - 22%), dans le chômage (>25%), avec des baisses de 10% du nombre des fonctionnaires, des baisses de 10% des salaires publics et des retraites, puis dans des suicides, dans des refus de soins.... Il fallait punir le peuple grec de l'incurie de ses dirigeants politiques, des absences d'administration financière (la Grèce n'a pas de cadastre et pas de taxes foncières ; dans l'urgence la taxe d'habitation a été calculée à partir des dépenses d'électricité des ménages ! les chèques sont endossables aux tiers indéfiniment, les transactions sont souvent sans facture et sans TVA, les puissants armateurs ne payent pas d'impôts sur les bénéfices...). La remise en ordre de marche d'une bonne administration demandera des lustres ; l'UE avait oublié d'inciter la Grèce à se doter d'une bonne administration.

Les politiques, financiers et économistes à la tête des pays de l'UE ont cru qu'en appliquant des politiques de rigueur et d'austérité, ils se sont aperçus, avec un retard coupable, qu'ils prônaient des mesures politiques semblables à celles retenues pendant 3 à 4 ans après la crise de 1929 avec le chômage de masse induit et les poussées nationalistes et fascistes. L'émergence d'Aube dorée, en Grèce et d'autres mouvements d'extrême droite en Europe, ont participé à la prise de conscience des équipes dirigeantes, et à une inflexion des politiques sanctionnant et culpabilisant des peuples peu responsables des égarements de la finance et des marchés.

Sauver la Grèce ou sauver les banques

En fait, le sort du peuple grec n'a que peu d'intérêt aux yeux des décideurs devant les intérêts vitaux des banques. Les principales banques européennes et surtout les allemandes chargées de placer une grande partie de l'épargne des allemands, consécutive à laurs énormes excédents commerciaux (150 Md€ par an avec les pays de l'UE). Début 2012 sur les 350 Md€ de dette publique grecque 206 Md€ étaient détenues par des banques internationales et grecques (souvent filiales des internationales) ; ces 206 Md€ se répartissant en 177 Md€ de droit grec et le solde de droit international. En cas de faillite de la Grèce et de sa sortie de la zone euro, les 177 Md€ auraient eu un avenir plombé par les dévaluations successives. L'Islande en 2008 a vu sa couronne dévaluée de 80% par le marché des changes ! Déjà les obligations anciennes de long terme et à taux de l'ordre de 4 à 6% étaient dévaluées sur les marchés financiers des obligations de 50 à 70% de leurs valeurs d'émission. L'abandon de l'euro par la Grèce serait une catastrophe financière, principalement pour les banques européennes et sutout allemandes. D'où deux types de mesures :

- des prêts directs à la Grèce par les pays de l'eurozone, Allemagne en tête suivie de la France : les dizaines de Md€ concernés sont fournis par des banques mais garantis par les États secourant la Grèce ; ces garanties sont même incluses dans les montants globaux des dettes publiques des États (elles n'apparaissent pas dans les déficits budgétaires annuels), tant l'espoir d'un remboursement effectif par la Grèce est improbable. Les taux sont faibles de l'orde de 4%.

- Un abandon par les banques de 53,5% des créances en cours (206 Md€), soit une bonne centaine de milliads d'euros ; le solde étant converti en obligations de droit anglais avec une garantie d'un tiers par le FESF et de 2/3 par l'Etat grec et des taux de l'ordre de 3,5%. Cet abandon s'est fait dans la douleur, avec la pression du FMI, de BCE de diverses institutions financières internationales et des dirigeants de l'UE et de l'eurozone. La perspective de la sortie de la Grèce de l'eurozone, avec ses graves implications financières pour les banques, a été l'argument le plus décisif.

Pour faire respirer les banques ainsi mises à contribution, les clients sont mis à contribution par les tarifications libres des services bancaires et par des libéralités de la BCE qui alimente les banques en dizaines de Md€ à des taux <1%, ceux-ci étant alors prêtés aux particuliers, entreprises et surtout aux États (donc aux contribuables) à des taux supérieurs, variables selon les États.

La Grèce est sur la voie de dégager un excédent budgétaire primaire (fin 2013, début 2014) (avant la charge de la dette) ; mais elle restera "plombée" par les charges excessives de la dette pubbique, d'où de nouvelles mesures d'austérité !

Sauver les PIGS ou PIIGS, ou sauver les banques

L'acronyme des PIIGS correspond à Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Spain (Espagne) et concerne les États en difficulté budgétaire, économique et financière. A l'exception de l'Italie fortement endettée, la récession avec l'augmentation du chômage, les mesures d'austérité et de baisse des salaires et les moindres rentrées bubgétaires sont dues aux comportements des banques et à la nécessité de les sauver de la faillite.

L'irlande était un modèle de bonne gestion jusqu'en 2007 : le budget était excédentaire, la dette publique à 27% du PIB et la croissance positive. L'éclatement d'une bulle immobilière en 2007 consécutive à une politique laxiste des banques suivie des ravages des subprimes dans les banques dynamiques irlandaises, ont contraint le gouvernement irlandais à renflouer les banques (64Md€ pour commencer) et de demander l'aide de la Troïka avec un emprunt de 85 Md€ à 8%. Le chômage est monté à 12%, la dette nationale à 85% du PIB en 2010 puis 125% du PIB en 2013 ! Avec une récession de plus de 10% du PIB (ce qui augmente mathématiquement d'autant le pourcentage de la dette nationale). Dernièrement l'Irlande négociait une rallonge de 10 Md€ auprès de la Troïka, un allongement de la durée des prêts anciens (jusqu'à 40 ans) et la réduction des taux vers 3% et a obtenu grandement satisfaction. Le peuple irlandais paie et paiera longtemps pour les inconséquences et les incompétences des directions des banques !

Le Portugal pays tranquille et peu industrialisé vivotait avec une dette publique bien inférieure à 80%, dette financée par des emprunts nation aux internationaux. Le pays avait certes besoin de réformes de structure. La crise économique, liée aux subprimes, a eu quelques retombées au Portugal, dont la plus injuste et assassine, est celle des agences de notation qui ont dégradé fortement la note du Portugal et ont induit des taux d'intérêts de 8 à 10%, augmentant considérablment le déficit budgétaire qui s'est envolé progressivement jusqu'à 130% du PIB. La Troïka est intervenue avec une aide de 78 Md€ assujettie à des mesures d'austérité avec baisse des salaires, hausses des impôts et charges sociales, d'où la récession et la hausse du chômage : on ne change pas des mesures qui tuent si facilement le malade ! Comme pour la Grèce la menace d'une faillite avec sortie de la zone euro a calmé les prétentions des marchés financiers, qui réduisent leurs taux. Le peuple portugais paiera longtemps le manque de réformes par ses gouvernements successifs et surtout le coup de Jarnac des agences de notation au service des marchés financiers.

L'Espagne présente des analogies de fond et des différences dans l'excécution. Ce ne sont pas les subprimes issus de la bulle immobilière américaine, mais une bulle immobilière purement espagnole qui a plombé les banques espagnoles. Le nombre annuel de logements construits en Espagne égalait ceux réunis de la France, de l'Allemagne et de l'Italie, avec une grande part de financements bancaires garantis par des hypothèques sur les constructions. Des acquéreurs particuliers frappés par la crise mondiale,devenus insolvables ont été expulsés, sans que les banques récupèrent l'intégralité de leurs prêts du fait d'une forte baisse de la demande. Les promoteurs et leurs banques ont sur les bras des centaines de milliers de logements vides et terminés et d'autres, sur des chantiers, abandonnés. De plus les collectivités territoriales se sont lancées dans des réalisations demesurées : ainsi plusieurs dizaines d'aéroports provinciaux sont en chantiers arrêtés ou terminés mais fermés par manque de trafic. Et comme les banques s'alimentaient sur les marchés financiers, ces derniers, avec les incitations des agences de notation, ont fait bondir les taux d'intérêts, comme toujours ! Le Gouvernement intervient, emprunte, creuse les déficits et gonfle la dette publique. Puis c'est la descente aux enfers pour le peuple et les contribuables : baisse de 5% des salaires des fonctionnaires, suppression du 14ème mois, pressions à la baisse des salaires dans le privé avec augmentation du temps de travail (quand il y en a). Résultat : près de 25% de chômage et même 55% chez les jeunes de moins de 25 ans, et la récession économique, au minimum de 5%. Quand aux banquiers ça baigne pour eux, ils sont sauvés !

L'Italie a subi un dégât collatéral de la crise Grecque, à partir de 2011. Les financiers se sont aperçus (fin 2010) du montant excessif de la dette publique italienne à 120% du PIB, montant existant depuis de nombreuses années (financé surtout par l'épargne des italiens) sans attirer les foudres des autorités européennes et des marchés financiers. Les agences de notation, constatant cet état de fait et au vu des retombées négatives de la crise mondiale et de l'opacité des comptes publics, ont fortement dégradés les notations de l'Italie, d'où une forte augmentation des taux au bénéfice des marchés financiers. L'Italie depuis l'opération "mains propres" de lutte contre les magouilles financières et les dérives mafieuses des politiques et de l'économie, est dans un programme d'asainissement qui porte ses premiers fruits. Le coup de semonce des agences de notation ont fait monter les taux à plus de 7% et le déficit budgétaire à 13% du PIB. Après les traditionnelles mesures d'austérité et avec le bénéfice d'une balance commerciale redevenue positive, le budget primaire est devenu excédentaire et les taux d'intérêts baissent progressivement de 7% vers 3,5%. Si l'Italie bénéficait des taux allemands <2% elle serait quqsiment à l'équilibre et sa dette relativement au PIB serait en cours de réduction. Actuellement la situation économique et financière de l'Italie serait meilleure que la situation française sans les incidences des taux !

Le remboursement des dettes publique, quelle erreur !

Si le remboursement des dettes privées est un facteur positif pour les consommateurs, du fait des taux quasi usuraires, le remboursement instantané, rapide et intégral des dettes publiques serait une catastrophe pour les épargnants, les investisseurs et les financiers.

La BCE, par le rachat sur les marchés financiers des emprunts fortement sous-côtés de la Grèce et par le remboursement intégral et complet du solde de la dette, (soit un montant d'émissions de 250 à 300 Md€), aurait remis à zéro la dette grecque. Ce montant de devises se serait retrouvé sans emploi sur les marchès financiers et donc sans rapporter d'intérêts. La langueur de l'économie européenne et occidentale, avec une stagnation ou une récession des revenus des ménages et des entreprises, n'incite pas aux investissements productifs et aux demandes de financements.

Si dans la même état d'esprit, la France rembourse toutes les obligations souscrites auprès des ménages français, via les caisses d'épargne, les banques et les contrats d'assurance-vie, il y aurait environ un millier de Md€ sans affectation et sans intérêts. L'épargne des français dormirait alors dans les bas de laine, dans les coffres et sur les comptes courants non rémunérés : d'une part l'épargne serait grignotée par l'inflation et d'autre part des centaines de milliers de conseillers financiers dans les banques et les assurances seraient orientés vers Pôle-Emploi. Naturellement pour réaliser cette opération, en France ou ailleurs, il faut que la BCE, comme certaines banques centrales, injecte massivement des liquidités et directement aux États, sans ce soucier du bien-être des banquiers et de la profitabilité des banques. Cette intervention risque fort de favoriser l'inflation aux détriment des épargnants voulant protéger leurs économies pour leur retraite. Par contre, le fait que les pétrodollars et les faramineux excédents commerciaux de certains pays comme l'Allemagne ou la Chine, subissent l'érosion de l'inflation, au lieu de se gorger d'intérêts, n'émeut pas les peuples soumis aux mesures d'austérité.

La dette publique, héritage transmis à nos enfants

Les mesures d'annulation des dettes publiques, (même suivies de budgets strictement équilibrés), décrites ci-dessus n'auront pas lieu. Alors la lancinante rumeur de la transmission de dettes publiques, insoutenables, aux générations futures refait surface. Même si cette rumeur est tenace il existe des éléments de réfutation :

- la dette publique s'érode avec l'inflation et la croissance (trop faibles actuellement) ;

- la dette publique est compensée par un facteur de 3 à 4 par la richesse nationale en patrimoine public (tous les équipements réalisés depuis la libération) le patrimoine immobilier privé et le patrimoine mobilier des entreprises, principalement en actions. Les enfants et petits-enfants hériteront de ces patrimoines constitués à la sueur de leurs parents et grands-parents, qui dans leur jeunesse n'avaient pas de chambres pleines à craquer de jouets, consoles, microordinateurs, appareils numériques nomades ; les plus chanceux se contentaient d'un tourne-disque Teppaz. Le facteur de compensation (entre 3 et 4) est lié aux cours de la bourse ;

- la dette publique est détenue, pour une bonne part, par les épargnants français : en dehors de la partie qui servira à compléter les retraites lors des périodes de dépendances, cette part sera transmise aux héritiers : ce n'est plus de la dette mais des avoirs !

- les jeunes ne se lamentent pas sur l'héritage de la dette, objet de péroraison des politiques, des économistes et des journalistes : ils veulent construire leur monde et leur société, en se faisant une place au soleil par leur inventivité et leur travail. Leur seule demande ne réside pas dans l'assistanat mais dans la non fermeture des portes par des profiteurs sclérosés en place.

Conclusion provisoire

Notre avenir n'est pas lié aux dettes publiques, ni aux marchés financiers. Bien au contraire, nous ne devons pas faire confiance à la régulation par les marchés financiers, nous devons réglementer ces marchés financiers pour qu'ils retrouvent leur place, celle de serviteurs de l'économie et de l'humanité, et non pas celle de maîtres du monde. Pour aller dans cette voie, comme les partis politiques de gouvernement en place en Europe ne transmettre que les consignes gouvernementales inféodées aux marchés financiers, il est indispensable que les peuples et citoyens de l'Europe puissent investir le seul aréopage démocratique non excécutif, mais non dépourvu de pouvoirs, à savoir le Parlement Européen. Ce PE peut et doit être le contre-pouvoir à tous les lobbies du néolibéralisme triomphant, écrasant les victimes de l'austérité.


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5 réactions à cet article    


  • christophe nicolas christophe nicolas 29 novembre 2013 19:35

    Bon, je regarde si le logo marche,

    Suite à la théorie de l’intrication, et ses conséquences (voyages spatiaux), les moteurs, l’antigravité et les sources d’énergie gratuites, non polluantes, disponibles partout et inépuisable sont également une conséquence mais pour plus tard. Il y a aussi des conséquences en économie . Je l’ai fait sans prétention pour une amie sur un mode humoristique ! Vraiment humoristique mais c’est juste.

    Je pense que cela enlève toute justification théorique de la spéculation.


    • claude-michel claude-michel 30 novembre 2013 07:59

      Bon billet....mais la récente crise des subprimes a obliger plusieurs banques a fermer leurs portes définitivement à travers le monde (a commencer aux USA)... !

      D’autre part vous omettez de dire qui sont les propriétaires de ces grands banques responsables de la crise.. ?
      Bizarre...

      • Stof Stof 30 novembre 2013 11:53

        Les peuples se sont fait baisés, mais force est de constater que le système a tenu bon et que les peuples n’ont pas réagit. Même pas en Grèce où tout rentre dans l’ordre, petit à petit.

        Donc, la crise, on s’en fout finalement.


        • Luc le Raz Luc le Raz 30 novembre 2013 14:05

          Très bon article. J’écrivais récemment :
          "Donc, la solution .../.. ne peut venir que de l’Union Européenne qui en s’unissant, aura, ainsi, le poids nécessaire pour imposer des règles, la taxe Tobin par exemple, aux cartels de la finance internationale et ce n’est certainement pas en faisant l’escargot rentrant dans sa coquille hexagonale, que cela va résoudre le pb« .
          Je me demande, en outre, si les différents »mouvements" que l’on voit, bonnets rouges, transporteurs, y compris la montée des extrêmes, ne sont pas les prémices de quelque chose de plus violent et radical ? On verra ? smiley


          • jean-jacques rousseau 7 avril 2014 23:10

            Dommage que vous ne mentionnez pas dans votre texte le paradoxe que j’ai décrit dans cet article.*
            En effet depuis les accords de la Jamaïque (1976) un nouveau système monétaire s’est imposé. Précédemment « dans un régime de change fixe, les autorités monétaires s’engagent à assurer la conversion de la monnaie à un taux de change défini. Elles disposent pour cela de réserves de change. Mais si ces réserves ne suffisent pas, le taux de change n’est plus tenable. Les autorités monétaires pratiquent alors des dévaluations à titre préventif, pour éviter de perdre toutes leurs réserves de change. » Avec l’avènement du taux de change flottant "les monétaristes projettent de contrôler l’émission de la monnaie publique avec un nouveau concept de monnaie-crédit et un nouveau système financier. La monnaie ainsi créée n’est plus garantie par une encaisse ou réserve de devises mais par des créances assorties d’un taux d’intérêt.« 
            Ainsi »L’État lui-même pour ses dépenses ou pour obtenir une avance sur recettes fiscales devra se tourner vers le marché financier - supposé auto-régulateur - pour obtenir un crédit à taux variable en contrepartie d’une créance ou obligation à terme du Trésor.« 

            Alors le problème qui se pose c’est que : »Cette monnaie n’existe que par la dette qu’elle crée et la réduction de cette dette ne peut se faire que par la réduction de la masse monétaire et donc la réduction des échanges, c’est à dire le ralentissement de la production et l’augmentation du chômage. Un phénomène accéléré par le mécanisme des taux d’intérêt assortis au crédit qui soustraient à chaque paiement la quantité de monnaie disponible pour les échanges.« 

            C’est cette démonstration qui a fait fermer le bec de Mme Lagarde qui déplorait il y a peu de temps encore le niveau exceptionnel d’endettement mondial. Quelques conseillers ont du lui faire comprendre que cette »dette« était la condition sine qua non sur laquelle repose tout le système financier actuel. Sans dette et sans obligations financières des Etats envers les banques et leurs clients milliardaires : il n’y aurait plus de liquidités, ni spéculation financière possible. L’exigence de réduction de cette dette implique non seulement de priver les économies réelles de circulation monétaire* : puisque la monnaie serait retirée de son utilité d’échange vers un rôle exclusif de réserve de valeur mais fait plus grave ; ne signifierait plus rien ni comme symbole, ni comme valeur. La nature ayant horreur du vide... il faudrait créer une autre monnaie pour remplacer celle-là et il faudrait mettre en place un nouveau système monétaire ! Projet nécessaire dont le FMI (comme instrument de l’oligarchie ultra-libérale) se garde bien de démontrer l’évidence ou hâter sa réalisation... Puisqu’il reviendrait à mettre tous les comptes à zero et effacer les obligations en même temps que les créances ! 

            * L’origine de la crise : le monétarisme et école de Chicago
            Agoravox 11 fevrier 2013
            ** Avec 2000 Mds de »dette" [une monnaie échappant au contrôle des autorités monétaires et qui sert de fonds spéculatifs.] la France n’a besoin en réalité que d’une fraction de cette masse monétaire pour assurer son activité économique. Mais si le pays « remboursait » il n’aurait plus rien pour produire et échanger.

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hugo BOTOPO


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