POUR LA PREMIÈRE FOIS, UN COMMISSAIRE EUROPÉEN AVOUE QUE LA DÉSINTÉGRATION DE LA ZONE EURO EST POSSIBLE
Olli Rehn, commissaire européen de nationalité finlandaise, diplômé du Saint Paul College du Minnesota (USA) et de l’université de Berkeley en Californie (USA), était chargé de l’élargissement dans la 1ère Commission Barroso (2004 – 2009).
À ce titre, et en fidèle exécuteur des directives américaines, il a joué un rôle important dans l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’UE, ainsi que dans la poursuite et l’accélération des travaux pour permettre à la Turquie d’entrer dans l’UE avant 2020.
En ce 31 mai 2012, c’est en sa qualité de commissaire européen chargé des affaires économiques qu’il vient de lancer un cri d’alarme sur l’euro. Conformément, là encore, aux instructions américaines que le président Obama a martelées pendant le G8 de Camp David il y a une dizaine de jours.
[Mario Draghi et Olli Rehn]
S’exprimant devant le Brussels Economic Forum, M. Rehn a en effet affirmé qu’il fallait prendre des mesures en conséquence « si nous voulons éviter une désintégration de la zone euro et si nous voulons qu’elle survive ».
Sauf erreur de ma part, c’est la toute première fois qu’un membre de la Commission européenne, le « Saint des saints » de l’européisme (et non des moindres puisque c’est le commissaire en charge), évoque l’hypothèse non pas seulement de la sortie de la Grèce, mais plus globalement de la « désintégration » de tout l’édifice.
Car c’est un article essentiel du Dogme de la Sainte Église Européiste que d’affirmer que la construction européenne est une « union sans cesse plus étroite » :
C’est la raison pour laquelle aucun traité européen, passé ou en vigueur, n’a jamais prévu la possibilité de sortir de l’euro. Puisque je ne cesse de le dire depuis plusieurs années, mes lecteurs savent parfaitement que la seule et unique possibilité juridique d’en sortir passe par la dénonciation de tous les traités en application de l’article 50 du TUE. C’est d’ailleurs l’avis juridique de la Commission européenne elle-même.
Du reste, dans l’article 140, alinéa 3 du TFUE (ex-articles 121, paragraphe 1, 122, paragraphe 2, seconde phrase, et 123, paragraphe 5, du TCE dit « Traité de Maastricht »), la notion d’« irrévocabilité » apparaît noir sur blanc :
« le Conseil, statuant à l’unanimité des États membres dont la monnaie est l’euro et de l’État membre concerné, sur proposition de la Commission et après consultation de la Banque centrale européenne, fixe IRRÉVOCABLEMENT le taux auquel l’euro remplace la monnaie de l’État membre concerné et décide les autres mesures nécessaires à l’introduction de l’euro en tant que monnaie unique dans l’État membre concerné. »
[source : http://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Trait%C3%A9_sur_le_fonctionnement_de_l%E2%80%99Union_europ%C3%A9enne&printable=yes]
Enfin, cette voie sans retour a toujours été affirmée haut et fort par tous les ténors de l’européisme. Comme je le rappelle fréquemment, c’est Yves-Thibault de Silguy, à l’époque Commissaire européen chargé de la mise en place de la monnaie unique, qui déclara par exemple en janvier 1999 au journal Le Monde que « l’euro est une autoroute sans sortie ». Encore une expression qui témoigne d’un esprit dérangé…
[source : Cité par dans « L'économie européenne reste vulnérable malgré l’euro » de Lucas Delattre du 09/01/ 1999 et dans « Les dangers d’une schizophrénie monétaire » de Pierre-Antoine Delhommais du 22/01/99].
En bref, c’est donc à une entorse spectaculaire du Dogme européiste que nous venons d’assister ce matin.
Qu’un commissaire européen ose publiquement envisager que tout l’édifice pourrait bien s’effondrer, c’est-à-dire que tous les articles précités du « droit canon » européiste puissent n’être que des chiffons de papier, voilà qui est à peu près comparable à ce que serait la déclaration d’un cardinal de la Curie romaine qui exprimerait publiquement des doutes sur le mystère pascal de la Résurrection.
Bien entendu, l’aveu spectaculaire d’Olli Rehn s’est accompagné des recommandations habituelles sur l’urgence des « réformes indispensables ».
M. Rehn a ainsi estimé qu’il fallait agir sur trois fronts : « d’abord rester sur la voie de la consolidation budgétaire, deuxièmement mettre en œuvre des réformes structurelles, troisièmement soutenir les investissements publics et privés pour alimenter le moteur de la croissance. »
Sinon ? Eh bien sinon c’est l’Apocalypse pardi ! : « une désintégration (de la zone euro) mènerait à une dépression terrible en Europe et dans le monde » nous a lancé notre diplômé de Berkeley (USA).
Qu’en penser ?
Eh bien qu’il n’y a strictement rien de neuf. M. Rehn psalmodie la même ritournelle européiste que celle que l’on entend depuis une vingtaine d’années :
Mais c’est ce que préconisent les critères de Maastricht fixés en 1992. Depuis 20 ans tout rond…
Mais ce sont les injonctions que la Commission prodigue depuis le début des années 2000, notamment dans le cadre des GOPÉ (Grandes Orientations de Politique Économique, prévues par le traité de Maastricht et repris dans le TFUE : cf. articles 5 et 121 du TFUE notamment)
Mais comment peut-on « soutenir les investissements publics »
puisque tous les États sont au contraire sommés de brader tout leur patrimoine public et de tailler dans toutes leurs dépenses ??
Et comment peut-on « soutenir les investissements privés » puisque les aides sont très généralement formellement interdites par la Commission européenne elle-même ? Et que le secteur privé est au contraire invité à délocaliser le maximum de ses investissements en dehors de la zone euro, en application de l’article 63 du TFUE ?
En bref, le discours de M. Rehn est pathétique : c’est une langue de bois ossifiée, coupée des réalités, qui tourne à vide. Elle fait penser irrésistiblement aux communiqués du Kremlin sous Andropov ou Tchernenko : l’impasse économique, politique et sociale est de plus en plus manifeste ? La seule réponse d’un pouvoir momifié est de ratiociner les mêmes lubies, que d’ailleurs plus personne n’écoute.
On notera au passage que M. Rehn a estimé que les euro-obligations n’étaient pas une solution aux problèmes actuels de la zone euro, en lançant : « Nous ne parviendrons pas à surmonter nos problèmes en nous focalisant sur l’émission de dette ».
M. Rehn n’oublie donc pas qu’il est Finlandais. Et que, à une échelle moindre que l’Allemagne mais tout de même, les Finlandais voient avec une grande inquiétude le montant des euros en provenance des pays du sud de l’Europe venir se réfugier en Finlande, au risque d’entraîner la banque centrale de Finlande dans des abîmes. M. Rehn comprend aussi que les euro-bonds signifierait une hausse spectaculaire des taux auxquels emprunterait la Finlande.
On mesure au passage l’impact que M. Hollande a obtenu en réclamant, avec ses petits poings, la création d’euro-bonds : zéro. Personne ne porte la moindre attention aux propos irréfléchis du sieur Hollande, à part nos médias bien sûr, qui le font pour enfumer les électeurs français.

Certains imagineront que toute cette affaire est cousue de fil blanc et que, selon la formule « ordo ab chaos », la crise de plus en plus profonde de la zone euro va être mise à profit (voire même aurait été conçue…) par l’oligarchie euro-atlantiste pour franchir un nouveau pas décisif dans l’intégration.
Je ne partage pas ce point de vue.
Je ne dis certes pas que de telles pensées ne traversent pas, parfois, la tête de tel ou tel responsable de l’Europe.
Mais je tiens à faire observer que, si nous en sommes rendus à cette situation de désastre de plus en plus manifeste, c’est précisément à cause de cette stratégie du coup de force permanent dont sont victimes les peuples d’Europe depuis plusieurs décennies.
N’oublions pas, en effet :
Or les événements ont révélé, à chaque fois, que les passages en force, loin d’avoir réglé les problèmes, les ont empirés. Plus l’on musèle les peuples et plus l’on plonge les pays d’Europe dans une situation encore plus calamiteuse.
Si nouveau passage en force il y a, il produira donc les mêmes effets.
Et c’est bien là qu’est tout le problème des européistes : ils se sont accaparés tous les pouvoirs : politiques, médiatiques, économiques, monétaires, financiers, diplomatiques et militaires.
Et ils découvrent avec horreur que plus ils ont accaparé de pouvoirs et mois cela marche.
Ils sont donc contraints par les faits à reconnaître, de plus en plus, que le problème de la construction européenne n’est pas exogène ; il est ENDOGÈNE. Si cela ne marche pas, ce n’est pas de la faute des peuples, c’est que le principe de base est erroné. Depuis 1957.
C’est ce sentiment de lassitude devant une construction impossible qui commence à se faire jour dans les déclarations de tel ou tel autre responsable.
Ce 31 mai 2012 également, le président de la BCE, Mario Draghi, a ainsi lancé cette déclaration désabusée : « Nos responsables doivent clarifier leur vision de l’euro dans quelques années, à quoi la zone euro ressemblera…
Vingt ans après avoir créé l’euro, une déclaration aussi crépusculaire résonne comme un formidable aveu. Elle laisse augurer des tremblements de terre politiques et sociaux qui vont secouer tout le continent européen dans les années, sinon les mois, qui viennent.
François ASSELINEAU
Président de l’UPR : www.u-p-r.fr
Page facebook : https://www.facebook.com/upr.francoisasselineau

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