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Accueil du site > Actualités > Europe > Lamentation sur une Union moribonde

Lamentation sur une Union moribonde

Ce résumé historique rappelle les diverses étapes par lesquelles l’Union européenne a sabordé sa dimension sociale, se mettant ainsi en situation de ne pas pouvoir nécessairement survivre à son élargissement et à la crise économique.

Le présent article répond à un article intéressant de Yannick Harrel s’interrogeant sur le malaise de l’Union européenne et ses perspectives. Il en précise une interprétation personnelle : le défaut de l’UE est à mon sens de n’avoir pas créé de mécanisme de solidarité.

J’ai proposé dans un article en mars mon interprétation de la crise économique actuelle : elle est due selon moi au libre-échange, comme celle de 1929. Il me semble qu’il a permis une déstabilisation mondiale de la relation capital/travail, alors que c’est la redistribution qui donne son intérêt collectif au progrès technique. Pour qu’un équilibre se trouve, il faut un espace d’affrontement clos et policé. En effet, la seule raison économique pour augmenter les salaires, c’est de faire subsister la demande. Cette raison étant beaucoup trop lointaine pour les décideurs, leur motivation est en pratique sociale. Cela implique qu’ils partagent la vie citoyenne et en particulier la vie politique de leurs employés. Le libre-échange a permis la totale interchangeabilité des mains-d’œuvre de tous les pays. C’est ainsi qu’il a bloqué les revenus du travail et créé les conditions de cette crise.

Cette crise déferle sur une Europe désunie et désorganisée dont elle va accentuer les tendances à l’éclatement. On peut espérer que l’Union européenne y survive, mais on peut dès aujourd’hui dresser le constat d’échec de la construction d’un "espace économique européen", qui n’a aucune existence. Nous avons bien créé un "marché intérieur", mais nous avons dans le même temps créé aussi un "marché extérieur" tout à fait identique. Aucun prodige, donc, et aucun lien privilégié. Il n’y a aujourd’hui pas plus de liens économiques institutionnels entre l’Allemagne et la France qu’entre l’Allemagne et les Etats-Unis. Sans vision commune en politique étrangère et, faute d’avoir pu créer un mécanisme de solidarité économique, il ne nous reste qu’une monnaie commune, ce qui sera, sans économie commune, lourd à porter.

La situation tarifaire et économique

Selon l’OCDE, le tarif douanier moyen de l’UE sur les produits manufacturés importables serait voisin de 4 % depuis 1994. Mais selon l’Insee (code D212), les droits de douanes levés ont été en 2007 de 2 milliards d’euros alors que les importations de biens ont été selon la DGDI de 450 milliards d’euros (FAB) dont 175 provenant de l’extérieur de l’UE, ce qui signifie que le tarif appliqué sur les produits manufacturés importés est en moyenne inférieur à 1,1 %. Autant dire rien : l’UE n’a pas de frontière extérieure concernant les produits manufacturés et les importe sans restriction. Le « marché commun » est bien mort.

Ceci a-t-il été générateur de croissance ? Selon un rapport du Sénat du 7 décembre 2005, ça n’a rien d’évident :

Les travaux empiriques sur la recherche d’un impact de l’ouverture sur la croissance ne montrent pas que la convergence soit accélérée par l’ouverture. L’intégration européenne qui devrait constituer un bon « laboratoire » de la relation entre ouverture et convergence, ne permet de conclure ni sur une convergence régionale ni sur un effet permanent de l’ouverture sur la croissance des pays membres. Les relations entre ouverture et croissance apparaissent ainsi plus complexes que ne le laisseraient penser les discours des organisations économiques internationales. (rhôô ça marche pas)

Ces éléments indiquent que l’ouverture n’est pas un critère déterminant et conduisent plutôt à penser que les gains de l’ouverture ne pourraient se réaliser qu’à partir d’un certain niveau de développement. (la loi du plus fort s’applique comme d’habitude)(...)

Les progrès de l’ouverture et des échanges au cours des quarante dernières années ne se sont pas traduits par une réduction des inégalités mondiales. (...) Les inégalités ont, au contraire, tendance à s’accroître à partir du début des années 80. (le libre-échange conduit au dumping social)

On ne constate en particulier plus d’effet de convergence européen. Il n’est pas surprenant que les Européens rejettent l’Union européenne telle qu’elle est aujourd’hui, ce qui s’exprime à chaque fois qu’on leur pose la question. Elle n’existe tout simplement pas, car elle n’a pas de frontière. Les ouvriers français sont en concurrence directe avec les ouvriers chinois, et ils ne tirent aucun bénéfice de leur citoyenneté française ni européenne. Leurs entreprises sont mondialisées et n’ont aucun intérêt spécifiquement européen.

Les motivations initiales du libre-échange

Le libre-échange actuel est une idée promue à partir de 1944 par les Etats-Unis. A partir de ce moment, ils sortent de leur politique traditionnelle d’isolement, et se placent en chef de file du camp démocratique. Dans leurs lettres de créance, figuraient leur force militaire sans rivale, et leur richesse relative due en bonne partie au fait que c’était la seule puissance à n’avoir pas subi de destructions, et au fait que le réarmement rapide avait relancé leur machine industrielle qui patinait depuis 1929.

Les Etats-Unis ont réorganisé le « camp démocratique » contre le « camp communiste ». Ils avaient pour cela plusieurs principes. Certains étaient évidents : ce camp regroupait les démocraties capitalistes, et c’était à eux d’en assurer le commandement et la cohésion militaires. Un l’était moins : le "libre-échange", signifiant qu’il ne devait plus exister aucune restriction aux échanges commerciaux entre membres du camp Ouest. C’était un peu surprenant dans la mesure où les Etats-Unis avaient été pendant un siècle un des pays les plus protectionnistes.

Cela pouvait provenir d’une lecture erronée de la crise de 1929, qui est toujours aussi discutée que celle de 2008. Le protectionnisme en a été le catalyseur, et certains en ont fait la cause. (Il est facile de confondre le moyen et la cause : après tout, on lit bien aujourd’hui que la nationalisation en cours de FNM et FRE est du "socialisme"). Mais le fait est que le monde de 1944 restait du coup très protectionniste, et qu’il était sans doute une bonne chose à l’époque de remettre un peu d’huile dans les rouages.

Cela pouvait être vaguement idéologique. Après tout, on trouve encore des gens qui croient à la vieille théorie des « avantages comparatifs » de Ricardo, bien qu’elle n’ait jamais été validée par aucun fait empirique. Par contre, on peut constater qu’elle a souvent été impulsée par la puissance dominante de l’époque.

Ceci nous amène à une autre motivation : l’intérêt propre des Etats-Unis à l’époque. En 1945, les Etats-Unis ont une industrie florissante qui s’est réveillée en produisant des armements et va avoir besoin de débouchés civils, au moment où le reste du monde est à reconstruire. (Ceci ne constitue pas une critique ou un jugement de valeur : chaque nation devrait préserver ses intérêts.)

Les institutions du libre-échange

Les accords de Bretton Woods du 22 juillet 1944 créent le FMI, et la BIRD qui deviendra l’actuelle Banque mondiale, puis, le 30 octobre 1947, le GATT qui deviendra l’actuelle OMC en 1994. Ils instituent le dollar comme monnaie de réserve et d’échange commune du monde occidental (contrairement d’ailleurs à l’avis de Keynes qui aurait préféré des DTS du FMI). Le dollar est en théorie convertible en or, mais cette fiction sera abandonnée en 1971. Il conserve néanmoins ce rôle de réserve et d’échange aujourd’hui. (Cela fait que son écroulement potentiel pose le même problème que la non-convertibilité fréquente d’avant 1944 : la Chine va être très déçue de voir ses noisettes mangées par l’écureuil).

Le FMI était une caisse de secours pour aider des pays en difficulté monétaire, à condition qu’ils appliquent les règles du jeu. Celles-ci ont été ré-explicitées en 1989 et appelées « consensus de Washington ». Elles incluent bien sûr le libre-échange.

Le GATT était l’outil qui devait permettre la mise en œuvre du libre-échange dans l’ensemble du camp occidental. Cela a pris beaucoup de temps, puisque les derniers accords sur les produits manufacturés ont été signés en à Marrakech en 1994 à l’issue de « l’Uruguay round », quand le GATT s’est transformé en OMC pour aborder le sujet restant de l’agriculture. Comme il est dit sur le site de l’OCDE : les droits de douane sur les produits industriels sont passés de 40 % en 1945 à 4 % après l’Uruguay Round, en 1994, ce qui revient à dire que les douanes ont disparu en Occident pour les produits manufacturés, mais assez lentement, car cela n’a été finalisé qu’après la guerre froide.

En échange de tout ceci, l’Europe a obtenu la protection militaire américaine contre l’URSS. Le Traité de l’Atlantique Nord du 4 avril 1949 a remplacé les traités européens successifs de Dunkerque et Bruxelles (1947 et 1948) car les Européens craignaient désormais plus l’URSS que le relèvement de l’Allemagne et ne se voyaient pas assurer leur propre défense. Malgré quelques réticences symboliques françaises, l’Otan a effectivement assuré la défense de l’Europe et de la France pendant les quarante-cinq ans de la guerre froide, ainsi que celle de ses quelques intérêts outremer, en Afrique par exemple. Les Etats-Unis n’avaient pas d’intérêt particulier à conserver durablement des forces militaires en Allemagne, et cela a été un service rendu coûteux. Ils ont néanmoins toujours veillé à ce que l’Europe ne puisse pas constituer une force militaire rivale. Cela a été par exemple visible dans leurs interventions pour empêcher une militarisation de Galileo.

Les institutions ci-dessus ont été temporairement complétées par celles du « plan Marshall » du 3 avril 1948, créant l’OECE qui deviendra l’actuelle OCDE en 1961.

Le "plan Marshall" désigne un prêt direct des Etats-Unis aux pays européens, administré et réparti par l’OECE. Ce prêt devait aider l’Europe à se relever économiquement, ce qu’il a effectivement fait, et en particulier à solvabiliser ses importations. Il était consenti sous conditions de progression vers le libre-échange intérieur à l’Europe. Ainsi, on lit sur le site de l’OCDE :

Le Plan Marshall a traversé une crise à l’automne 1949. Les Américains ont infléchi leur politique d’aide, estimant que, jusqu’alors, l’aide américaine n’avait pas suffisamment servi à encourager l’intégration économique. De fait, le Plan Marshall avait essentiellement servi à combler le déficit de la balance dollar des pays européens. (...) Sous la pression américaine, les Européens sont parvenus à s’entendre pour libérer 50 % des échanges du secteur privé dans le domaine des denrées alimentaires, des produits manufacturés et des matières premières. (...) A la fin de 1950, 60 % des échanges intra-européens du secteur privé avaient été libérés grâce à l’action de l’OECE, et la proportion est passée à 84 % en 1955 et 89 % en 1959.

Quand le plan Marshall s’est arrêté, l’OECE a été reconvertie en OCDE, qui est maintenant une simple structure de lobbying pour le libre-échange.

La dérive de la construction européenne

Pendant un moment, la construction européenne s’est faite avec l’objectif différent de créer un marché intérieur. La meilleure illustration en est à mon avis cet extrait du traité du 18 avril 1951 créant la CECA, premier « marché commun » portant sur le charbon et l’acier :

Article 68.

2. Lorsque la Haute Autorité reconnaît que des prix anormalement bas pratiqués dans une ou plusieurs entreprises résultent de salaires fixés par ces entreprises à un niveau anormalement bas eu égard au niveau des salaires pratiqués dans la même région, elle adresse à celles-ci, après avis du Comité consultatif, les recommandations nécessaires. Si les salaires anormalement bas résultent de décisions gouvernementales, la Haute Autorité entre en consultation avec le gouvernement intéressé, auquel, à défaut d’accord, elle peut, après avis du Comité consultatif, adresser une recommandation.

3. Lorsque la Haute Autorité reconnaît qu’une baisse des salaires, tout à la fois, entraîne une baisse du niveau de vie de la main-d’œuvre et est employée comme moyen d’ajustement économique permanent des entreprises ou de concurrence entre les entreprises, elle adresse à l’entreprise ou au gouvernement intéressé, après avis du Comité consultatif, une recommandation en vue d’assurer, à la charge des entreprises, des avantages à la main-d’œuvre compensant cette baisse.

Ceci montre que les dirigeants européens de l’époque avaient parfaitement identifié le risque principal du libre-échange, qui explique les aspects si destructeurs de la mondialisation actuelle : le « dumping social », et avaient prévu un mécanisme de régulation pour l’empêcher. Mais quand ce premier marché a été généralisé à tous les produits industriels par le Traité de Rome du 25 mars 1957 créant la CEE, ces points s’étaient déjà étiolés. Seule la PAC était encore censée défendre le niveau de vie des agriculteurs. Pour le reste, il n’y avait plus que cette phrase alambiquée :

Article 118. La Commission a pour mission de promouvoir une collaboration étroite entre les États membres dans le domaine social, notamment dans les matières relatives à l’emploi, au droit du travail et aux conditions de travail, à la formation et au perfectionnement professionnels, à la Sécurité sociale, à la protection contre les accidents et les maladies professionnels, à l’hygiène du travail, au droit syndical et aux négociations collectives entre employeurs et travailleurs.

Fini, le souci des salaires ! Et après l’adhésion du Royaume-Uni en 1973, il ne sera plus trop question de cette « collaboration étroite ». Finalement, dans le traité de Maastricht créant l’Union européenne le 7 février 1992, il n’y a plus rien. Ainsi, la version reformulée de la phrase précédente est :

La Communauté et les États membres mettent en œuvre des mesures qui tiennent compte de la diversité des pratiques nationales, en particulier dans le domaine des relations conventionnelles, ainsi que de la nécessité de maintenir la compétitivité de l’économie de la Communauté.

1. La Communauté soutient et complète l’action des États membres. (...) À cette fin, le Conseil :

a) peut adopter des mesures destinées à encourager la coopération entre États membres par le biais d’initiatives visant à améliorer les connaissances, à développer les échanges d’informations et de meilleures pratiques, à promouvoir des approches novatrices et à évaluer les expériences, à l’exclusion de toute harmonisation des dispositions législatives et réglementaires des États membres ;

b) peut arrêter, par voie de directives, des prescriptions minimales applicables progressivement, compte tenu des conditions et des réglementations techniques existant dans chacun des États membres. Ces directives évitent d’imposer des contraintes administratives, financières et juridiques telles qu’elles contrarieraient la création et le développement de petites et moyennes entreprises.

Le traité de Maastricht interdit donc définitivement toute avancée dans le domaine social, toute régulation de l’économie, en les subordonnant à la « compétitivité ». (C’est bien sûr pire avec l’éventuel futur traité d’Amsterdam.)

On était pourtant en train de conclure l’Urugay round, et les dirigeants européens savaient bien que les ouvriers européens n’auraient bientôt plus aucune protection tarifaire. La nouvelle génération avait donc été complètement convaincue par le baratin du FMI et de l’OCDE. Tout au moins s’est-elle comportée comme si.

L’élargissement

L’ Europe économique est morte en trois ans :

  • 1992 : Traité de Maastricht enterrant l’Europe sociale, comme vu ci-dessus ;

  • 1993 : Accords de Copenhague décidant de l’élargissement à 25, qui interdira tout retour en arrière, élément sur lequel on va revenir ;

  • 1994 : Accords de Marrakech entérinant l’Uruguay round, et supprimant toute existence économique de la communauté européenne, puisqu’il n’y a pas plus de tarifs hors de l’UE qu’à l’intérieur de l’UE.

Le mur de Berlin s’écroule en 1989, marquant le début de la fin de la guerre froide. En 1990, l’Allemagne de l’Est est réunie à celle de l’Ouest et entre dans l’UE. Pendant quarante ans, la construction européenne s’était efforcée d’ancrer l’Allemagne à l’Ouest pour lui éviter la tentation de reconstituer les « puissances centrales » de 1914. Cet ancrage va vite subir l’épreuve du feu.

Alors que, depuis juin 1991, l’UE utilise la menace de reconnaître les provinces sécessionnistes yougoslaves pour tenter de calmer le nationalisme serbe, l’Allemagne décide le 23 décembre 1991 de reconnaître seule la Slovénie et la Croatie, ses anciens alliés de 1942. L’UE sera forcée de suivre un mois plus tard. Il serait excessif de dire que cela a causé la guerre, mais ça n’a pas aidé, et l’Allemagne a ainsi dynamité la notion de « politique étrangère commune ». Ce seront les forces américaines de l’Otan qui viendront jouer les gendarmes, après l’échec total de toutes les initiatives d’une UE divisée.

Les accords de Copenhague décident en 1993 l’élargissement de l’UE à des pays de l’ex-URSS. Angleterre et Allemagne y auront poussé. L’Angleterre y voit un moyen de rapprocher la nature de l’UE de celle du traité Atlantique. Elle n’a jamais caché - c’est une litote - son idée de la primauté de l’Otan sur l’UE, qui n’est pour elle qu’une zone de libre-échange parmi d’autres. L’Allemagne y voit une possibilité de se refaire une zone d’influence propre à ses marchés, comme cela a été fort bien décrit dans deux articles de Johan (un et deux). La France aurait pu opposer son veto et ne l’a pas fait. Il n’y a pas eu de référendum.
A court terme,cela a semblé un échec allemand, en particulier au moment de la crise irakienne. Les nouveaux adhérents, après quarante ans de domination russe, aspirent surtout à la protection des Etats-Unis et à un nouveau plan Marshall. Leur sympathie va plus vers l’Amérique que vers l’Allemagne, allez comprendre... A long terme, le centre de gravité de l’Europe s’est déplacé vers Berlin, et il est probable que l’Allemagne aura une influence déterminante chez ses voisins. Nous revenons donc à la situation de 1914 : après l’élargissement décidé en 1993 et réalisé en 2004, l’Allemagne n’a plus d’ancrage à l’ouest. Seule l’Otan garantit la sécurité européenne, et de moins en moins de pays de l’UE souhaitent autre chose.

 

Perspectives

Nous avons ouvert en grand les frontières extérieures de l’UE, nous intégrant ainsi dans un monde atlantique nous assurant une certaine protection militaire et une monnaie internationale. Les refermer serait difficile. Une majorité des pays membres ne le souhaitent pas pour des raisons géopolitiques, en particulier les PECO. Ce ne serait pas nécessairement très productif non plus, si fait brutalement en période de crise : cela étranglerait nos fournisseurs, en particulier asiatiques. Il est trop tard pour mettre en œuvre des mécanismes sociaux aptes à prévenir la crise mondiale du libre-échange, puisqu’elle a commencé l’an dernier.

Quand bien même on le ferait, dans l’Europe à 27, revenir vers une Europe sociale implique une homogénéisation des niveaux de vie. Elle est exclue tant que les nouveaux adhérents n’auront pas rejoint la richesse moyenne. Après quarante ans de destructions, cela peut être long. Il est vrai que l’Espagne, le Portugal ou la Grèce avaient amorcé un mouvement de convergence relativement rapidement, mais la CEE leur avait alloué plein de « fonds structurels », ce qui ne sera pas le cas des PECO, le contexte budgétaire étant plus tendu. On a donc à nouveau encouragé le dumping social (voir par exemple les délocalisations actuelles de Renault).

Et quand bien même on y serait arrivé, ce serait sans compter sur les élargissements futurs, prévus comme les Balkans et la Turquie, ou potentiels comme l’Ukraine, que semble impliquer la vision dominante atlantiste de l’UE.

Nous pourrions chercher à nouveau une alliance plus restreinte pour faire progresser la vision sociale, mais avec qui ? L’Angleterre n’en a jamais voulu. Quant à l’Allemagne, comment pourrions-nous réussir ce que nous n’avons pas fait pendant quarante ans, pendant une crise économique, alors qu’elle a la tentation de la mitteleuropa à ses portes ?

Les dés ont tous été lancés. Il reste à les voir rouler.

Crédit photo : Europarl.europa


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86 réactions à cet article    


  • blitz 12 septembre 2008 10:43

    Excellent, comme toujours, et terrifiant de lucidité...


    • Olga Olga 12 septembre 2008 16:39

      @Forest
      Très instructif, précis, intéressant (et inquiétant, voire terrifiant)...
      On comprend mieux les lamentations devant une telle Union moribonde.


    • sisyphe sisyphe 12 septembre 2008 21:51

      Merci Forest, pour cette excellente et documentée analyse ; pourtant bien peu optimiste pour l’avenir...



    • LE CHAT LE CHAT 12 septembre 2008 10:46

      bravo Forest pour ce brillant article . en effet , c’est du chacun pour soi dans cette europe complétement hétérogène et on l’a vu vis a vis de la guerre en Irak comme du conflit en Géorgie !
      c’est devenu l’Europe du dumping social comme tu le dis justement et je le constate tous les jours dans mon job , voyant jours après jours les chauffeurs routiers ouest européens peu à peu remplacés par des salariés au rabais provenant de pologne , rep tchèque , hongrie , slovaquie , roumanie , bulgarie , mais aussi par d’autres ne venant même pas de pays européns ( bosniaques , moldaves , croates , ukrainiens , russes ..... )


      • Gilles Gilles 12 septembre 2008 11:30

        Pour les routiers, il me semble qu’ils n’ont pas le droit de faire du cabotage mais juste des transports internationaux.

        Ensuite, à propos de dumping, n’y a t-il pas une future directive qui risque d’être promulguée, un peu comme le texte de Bolkenstein, qui permettrait à une entreprise française, de sous traiter une activité à une entreprise dont le siège est situé dans un pays tiers, mais dont le boulot serait réalisé en France aux conditions sociales du pays tiers ? En gros une entreprise roumaine envoies ces salariés en France pour une mission mais les paie en roumanie...

        Il me semble avoir vu passer ça....et si c’est vrai, alors là je crois que l’Europe est vraiment morte vu les haines et conflits que ça générera


      • LE CHAT LE CHAT 12 septembre 2008 12:33

        @Gilles
        j’ai constaté beaucoup de rivalité , voire de la haine entre autrichiens et polonais de la même boite ; en Suède quasiment tous les chauffeurs sont bosniaques , macédonien ou croates .


      • Gilles Gilles 12 septembre 2008 14:11

        Le Chat

        Je ne parle pas d’étranger résidents, soumis aux même lois que les autres citoyens du pays où ils vivent, mais de carrément remplacer pour un temps déterminé la main d’oeuvre locale par une main d’oeuvre étrangère rémunérée comme dans leur pays et soumis aux lois de leur pays


      • Olga Olga 12 septembre 2008 15:59

        @LE CHAT
        Ah ben c’est du propre, si les bosniaques, macédoniens ou croates se mettent à plusieurs pour bouger les "gros culs" suédois...

        Pardon Forest. Vous permettez que je vous appelle Forest ?


      • ASINUS 12 septembre 2008 11:43

        ils ont voulus l europe du pognons l europe du fric l europe des mercantis
        en ignorant en niant l europe des peuples , leur europe n est plus qu un gigantesque
        super discont ou l humain, les peuples les lois les coutumes les valeurs sont des biens
        marchandables discountables ; ils ont crées une oligarchie d europe autopromue consanguine
        ne represantant qu elle meme bientot dynastique , qu elle creve cette europe sous les coups
        de boutoirs des fonds souverains qu elle creve cette europe harkis des conflit de l oncle Sam
        qu elle creve cette europe asservie energetiquement par moscou , qu elle creve cette europe
        bientot rachetée par les chinois proprietaires d esclaves ouvriers, qu elle creve enfin l europe
        de cette inteligenstia autoproclamée apatride ,
        cette europe du communautarisme cette europe de la disparition ,
        les civilisations meurent aussi
        assassinées par les banquiers et le veulerie des politiciens !


        • Yvance77 12 septembre 2008 12:17

          Belle maitrise des mécanismes nous enfumant, excellent post. Et c’est quand que le Monsieur il se présente quelque part, histoire que je vote pour vous smiley

          Et puis vous pouvez pas faire pire que les guignols siegeant aux assemblées diverses, hein !

          Merci en tout cas.

          A peluche


          • HASSELMANN 12 septembre 2008 13:33

            Une nouvelle fois, je signe des 2 mains, je ne sais pas qui vous êtes, là ou moi j’affiche mon nom, et Versailles étant ma ville......... !
            Sur le fonds tout est dit, et cela compléte bien le billet de Mr HARREL.
            Comme je ne suis pas un perdreau de l’année, j’ai vécu, les débuts.
            L’EUROPE patine de trop d’ambition et partant d’éloignement.
            Son fondement je l’ai déjà dit et écrit, était une donnée tirée du DIP (Droit international Public), et en particulier droit des minorités.Il convenait de rechercher les vrais critéres de convergence.
            Nous en sommes loin, et aujourd’hui comme c’est dit.....l’EUROPE N’A PLUS DE FRONTIERE !
            Il conviendra de s’en souvenir en 2009, pour envoyer à STASBOURG et BRUXELLES des EUROS DEPUTES, qui ne cumulent pas les mandats, qui savent de quoi ils parlent et qui feront montre de lucidité, pour repartir de la proximité, a partir de la base forte que constitue le couple FRANCO/ALLEMAND.
            A SUIVRE !!!


            • Internaute Internaute 12 septembre 2008 14:01

              La façon dont a été reçu le Panzerpapen-XVI à l’Elysée semble indiquer que nous sommes sur la bonne voie.


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 12 septembre 2008 14:16

              Bonjour,
              très intéressant billet et très bien documenté, comme d’hab

              Pourtant, je ne crois pas que la thèse défendue soit pertinente. Ce n’est pas le libre échange (facteur de prospérité à toutes les époques) mais les politiques sociales des Etats, qui sont responsables de ce dumping social, dumping qui du reste, profite aux classes supérieures et aux classes protégées

              quant à la construction européenne, oui, il y aurait à dire, et s’interroger sur des fautes géopolitiques


              • Forest Ent Forest Ent 12 septembre 2008 14:38

                Ce n’est pas le libre échange mais les politiques sociales des Etats, qui sont responsables de ce dumping social, dumping qui du reste, profite aux classes supérieures et aux classes protégées.

                Certes, mais le libre-échange permet de contourner l’opposition, et de faire indirectement ce que l’on n’oserait pas faire en pleine lumière.

                Le libre échange, facteur de prospérité à toutes les époques...


                Vous savez comme moi que ce point est plus que controversé. Il n’y avait pas la place dans l’article pour une discussion complète sur le sujet. Cf. donc la biblio habituelle. A mon avis, tout tient dans les hypothèses :

                http://fr.wikipedia.org/wiki/Mod%C3%A8le_Heckscher-Ohlin-Samuelson

                Le cadre d’analyse est un modèle « 2x2x2 » : deux pays, A et B, deux biens, 1 et 2, deux facteurs de production, K et L, en quantités KA, LA, KB et LB.


                Ce théorème montre simplement qu’il existe des rendements d’échelle. Je vous propose un autre jeu d’hypothèses.

                Supposons un seul bien produit dans tous les pays. Le seul degré de liberté est le coût de la main d’oeuvre. Celui-ci varie selon les pays. Il y a des chômeurs en nombre illimité dans chaque pays. Que va-t-il se passer à votre avis ?



              • Gandalf Tzecoatl 12 septembre 2008 15:01

                L’objectif est de rétablir la compétitivité de nos entreprises.

                Un moyen : déclarons la monnaie européenne permanente (et donc sans intérêts, comme pendant les 30 glorieuses), les frais de production des entreprises de l’eurozone se réduisent dès lors de 25 à 40%, et nous pouvons contrecarrer le dumping social par un dumping monétaire sain.

                Avec 25%-40% de frais en moins, il est évident que moults projets jusqu’ici non-rentables le deviendront.

                C’est de plus une mesure anti-inflationniste (l’intérêt générant de l’inflation) qui nous prédisposerait à un alignement rapide avec les coûts chinois (victimes d’une forte inflation).

                Plus facile à dire qu’à faire.



              • Gandalf Tzecoatl 12 septembre 2008 21:50

                Autrement dit, sacrifions la finance européenne au lieu du salariat et de l’industrie européenne.

                Du moins, les efforts ne doivent pas être supportés tout le temps par les même.


              • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 14 septembre 2008 02:21

                @ L’auteur. Dossier impeccable. La seule solution est une formule de péréquation pour ramener a un delai raisonnable le temps d/’intégration des politques des 27... et, bien sur, de fermer les frontières entre d,une part l’UE + le bloc russe ( qui constituent un espace autarcique) et d’autre part le le reste du monde. Je suis conscient que cela ne sera possible qu’apres la crise majeure qui s’amorcee et ne se fera pas sans quelques restrictions temporaires de nos libertés.

                Pierre JC Allard

                http://nouvellesociete.org/5169.html
                http://nouvellesociete.org/5171.html



              • Roland Verhille Roland Verhille 12 septembre 2008 14:30

                Forest Ent me semble, au moins dans ce texte, doté d’un esprit napoléonien plutôt qu’humaniste.

                D’abord, c’est quoi, la « dimension sociale » invoquée ?

                Ensuite, et sans revenir sur ce sujet, son interprétation de la crise économique n’est pas une vérité évidente.

                Ensuite et surtout, encore, les chiffres non truqués et correctement lus ne montrent pas une modification de la relation travail/capital en France défavorable aux travailleurs. Ces chiffres montrent que cette évolution défavorable est causée par le troisième larron de plus en plus gourmand dans la répartition des fruits du travail : l’état avec ses prélèvements obligatoires. Forest Ent est victime de leurres.

                Ensuite encore, une « dimension sociale », ce serait la protection des égoïsmes d’un groupe humain (national ou européen) à l’égard des autres (pays en voie de développement) ne faisant pas partie du groupe, ou considérés comme des intrus (pays de l’Est), et le contraire à l’intérieur du groupe composé de travailleurs et d’autres ? La « dimension sociale », ce serait une association de riches entre eux ?

                Ensuite encore, il n’a jamais été prouvé que l’autarcie fût facteur de développement économique, c’est plutôt le contraire qui a été démontré.

                Ensuite encore, Forest Ent mesure mal les bienfaits de nos libertés accrues par l’existence de la Communauté européenne ; les Français se trouvent une peu moins pris entre les griffes de leur état tentaculaire.

                Au total, les analyses et réflexions de Forest Ent, qui méritent toujours considération, sont faussées par sa réticence à y intégrer les méfaits de notre étatisme outrancier, cause première de notre croissance économique déclinant jusqu’à presque rien, de notre pouvoir d’achat en régression, et de la ruine de l’état. Le travailleur polonais n’en est pas le coupable, ni le chinois !


                • Forest Ent Forest Ent 12 septembre 2008 14:46

                  il n’a jamais été prouvé que l’autarcie fût facteur de développement économique, c’est plutôt le contraire qui a été démontré.

                  Il existe des possibilités moyennes entre l’autarcie et l’absence de frontières.

                  Forest Ent mesure mal les bienfaits de nos libertés accrues par l’existence de la Communauté européenne ; les Français se trouvent une peu moins pris entre les griffes de leur état tentaculaire. 

                  A moins qu’on ait ajouté des griffes. Nous avons maintenant plus d’initiative législative au niveau européen qu’au niveau national, et ce n’est pas peu dire...

                  Une « dimension sociale », ce serait la protection des égoïsmes d’un groupe humain (national ou européen) à l’égard des autres (pays en voie de développement) ne faisant pas partie du groupe, ou considérés comme des intrus (pays de l’Est), et le contraire à l’intérieur du groupe composé de travailleurs et d’autres ? La « dimension sociale », ce serait une association de riches entre eux ?

                  Bonne question. Elle est assez habituelle, les tenants du libre-échange le présentant comme une forme de générosité. Dans ce cas-là, pourquoi n’employons-nous pas les ouvriers roumains aux salaires français ?


                • geko 13 septembre 2008 14:06

                  "Ces chiffres montrent que cette évolution défavorable est causée par le troisième larron de plus en plus gourmand dans la répartition des fruits du travail : l’état avec ses prélèvements obligatoires."

                  L’étatisme outrancier ne serait-il pas plutôt dû à une mauvaise gestion des dépenses plutôt qu’aux prélèvements obligatoires ?



                • Internaute Internaute 12 septembre 2008 14:42

                  Je ne suis pas aussi pessimiste. La politique est faite de mouvements de balancier et rien n’est figé dans ce domaine. Vous dites que les USA sont les champions du libre-échange mais ils sont aussi les premiers à taxer les importations quand cela les gênes (30% sur l’orimulsion ou l’acier par exemple) ou à discriminer violemment les investisseurs selon leur race comme ce fut le cas lors du refus de la vente des ports aux arabes.

                  Le PIB de l’Allemagne se contracte, comme le nôtre et celui d’autres pays de l’Europe des 6. Le temps approche où des politiques protectionistes deviendront possibles. On aura la création d’un marché commun dans un noyau dur avec des barrières douanières à étages selon les importateurs. Cela demande un changement de mentalité de nos politiciens et l’abandon de l’illusion du "petit village" mondial. Il y a cinq ans, quand je parlais de ces questions je passais pour un imbécile, un nazi, un rétrograde etc. De nos jours, de plus en plus de personnes reconnaissent que l’UE n’a servi que les intérêts des grands marchands internationaux au détriment des européens et que seule une politique de bloc est viable.

                  J’ai toujours peur quand on parle de l’Europe sociale car cela a trop de relents de dogmatisme livresque détaché des réalités. On va encore vouloir donner les mêmes droits aux européens et aux papous de micronésie sans dictinction de race, de sexe ni de religion. C’est justement cette attitude qui a ouvert un autoroute aux grand marchands internationaux et qui a rabaissé nos populations. On se sent plus à laise quand on parle de politiques nationales, au moins on sait de qui l’on parle. Construisons l’Europe comme une association de nations.


                  • frédéric lyon 12 septembre 2008 14:49

                    L’Europe est surtout coupable, aux yeux de certains, de remettre en cause le rôle traditionnellement dévolu à l’Etat en France.

                    Ce n’est pas grave, il sera remis en cause, n’en déplaise à toute la clientèle traditionnelle, fonctionnaires et salariés des monopoles publics, qui ont l’habitude de vivre en dehors du Monde réel et protégé par l’Etat de toute concurrence.

                    Dénationalisons Gaz de France, soumettons la SNCF à la concurrence, ainsi que La Poste. Nous sommes en retard par rapport à nos partenaires sur le plan de la libéralisation de notre Economie.


                    • Forest Ent Forest Ent 12 septembre 2008 14:53

                      C’est la première fois que vous intervenez sur un de mes threads sans commencer par m’insulter. Je salue cette nouvelle approche constructive, et accepte l’augure de meilleurs échanges. Merci.


                    • Jean-paul 12 septembre 2008 15:28

                      La France des fonctionnaires ,des privileges ,de la bureaucratie ,des charges sociales aura du mal dans l"Europe ou les regles sont differentes .


                    • Gandalf Tzecoatl 12 septembre 2008 15:36

                      List, enfin List, je plussoie, Léon.


                    • Julius Julius 12 septembre 2008 14:59

                      Le problème avec les "Europe sociale", c’est qu’il n’est pas durable avec le niveau actuel de la production en Europe. Il existe trois possibilités pour le résoudre :
                      1) Diminution du niveau (de gagner moins, obtenir moins de les sources common).
                      2) Augmenter la productivité (travailler plus et mieux)..
                      3) Utiliser les travaux d’autres pays (colonies, Chine ,...).
                      Nous devons faire un choix.


                      • Parpaillot Parpaillot 12 septembre 2008 15:01

                        @ Forest Ent :

                        Merci d’entretenir et de prolonger le débat sur la construction européenne, après l’article de Yannick Harrel, le vôtre y ajoute d’autres éléments de réflexions.

                        Il y a, et il y aurait, tant à dire et à écrire sur la construction européenne ... Pour ma part, votre article et celui de Yannick Harrel m’inspirent les remarques suivantes (la liste n’est pas exhaustive ...) :

                        1. La construction européenne souffre d’un déficit majeur en termes de droits démocratiques des citoyens qui constatent que l’édification de l’Europe s’effectue à leur insu, dans leur dos en quelque sorte, sans qu’ils puissent s’exprimer sur les enjeux et sur l’avenir de la "maison Europe" dans laquelle ils habitent. Ce déni de droits démocratiques se complète d’un déficit d’information. Les citoyens ont l’impression de naviguer sur un bateau ivre dont la barre est cassée, sans capitaine et vers une destination inconnue. Or il est indispensable d’associer les Européens aux options à prendre pour leur avenir, même si cela doit ralentir la construction européenne. C’est le prix à payer pour aboutir à une Europe politiquement stable, démocratique et prospère.
                        2. L’élargissement à 25, puis à 27 pays s’est fait rapidement, trop rapidement. La digestion est difficile. Cette phase d’élargissement découle de l’abattement du "Rideau de fer". Elle a eu probablement le mérite de contribuer à la stabilité politique du continent, car personne ne peut dire ce que serait l’Europe aujourd’hui si les anciens pays satellites de l’URSS étaient restés à l’écart (voir ce qui se passe dans le Caucase) ...
                        3. Il n’est pas acceptable que la plupart des dirigeants des pays membres de l’UE instrumentalisent les nombreux défauts de la construction européenne à des fins de politique intérieure, eux qui participent activement à son édification. C’est démagogique, irresponsable et déloyal.
                        4. S’agissant du volet social, je suis surpris que l’auteur n’ait pas fait référence au Pacte de stabilité et de croissance, qui laisse tout de même une (petite ...) marge de manoeuvre aux pays de la zone Euro dans le cadre de leurs budgets et de leurs politiques sociales respectives.
                        5. Peut-on imaginer ce qu’auraient pu être les négociations des accords commerciaux dans le cadre de l’OMC, avec des pays européens défendant individuellement leurs propres intérêts ?
                        6. Chaque pays membre voit la construction européenne à travers son propre champ de vision, c’est normal et légitime. Je suis cependant persuadé que les Européens ont un destin commmun, comme l’écrivait Denis de Rougemont dans sa "Lettre ouverte aux Européens" en 1970 déjà. J’ai relu cet ouvrage il y a un mois. Il reste pleinement d’actualité.
                        Comme on le dit des faits divers : affaire à suivre !
                        Cordialement !

                        • Yannick Harrel Yannick Harrel 12 septembre 2008 15:05

                          Bonjour Forest Ent,

                          Merci d’avoir complété avec brio mon dernier article tout en approfondissant de façon aussi circonstancié le volet économique.

                          Il est vrai que nous nous trouvons désormais dans un mouvement automoteur qui ne présage rien de bon pour l’avenir. Et si finalement le trou noir que l’on nous prédit à cause de l’activation du LHC du CERN se produirait non pas à Genêve mais bien depuis Bruxelles... ?

                          Je pense surtout que le déséquilibre entre les peuples et leurs dirigeants est tel que l’on risque d’assister à des lendemains qui déchantent. Surtout si la conjoncture économique ne se redresse pas rapidement (et ça n’en a pas l’air si j’en crois les prévisions de statisticiens Allemands).

                          Cordialement


                          • arturh 12 septembre 2008 16:30

                            Le défaut d’analyse, qui tient à l’économisme obstiné des marxistes, est patent.

                            Or, l’idée n’est pas inintéresante puiqu’en effet nous sommes dans une crise qui correspond à la même étape que celle de 29 selon le principe décrit par Kondratieff.

                            Or qu’elle est la différence entre la crise de 29 en Europe et aux USA ? 

                            La crise américaine intervient dans un pays démocratique gouverné selon les principes d’une Constitution Démocratique vieille de plus d’un siècle et régulièrement amendée. Les américains en sortirons par le jeu de leurs institutions politiques dont l’élection de F.D. Roosevelt en 1933 reste le symbole.

                            Parallèlement, l’absence d’institutions politiques véritablement démocratiques dans les pays européens, (l’accession au pouvoir de Hitler est une preuve en soit que la Constitution Allemande n’était pas démocratique) va faire sombrer tout le continent européen dans le totalitarisme. La Troisième République, dernière à tomber, en votant les pleins pouvoirs à un dictateur va prouver que sa Constitution n’était pas démocratique.

                            Contrairement à ce que prétend l’auteur, les instruments d’analyse sur le long terme ne sont pas libéralisme ou pas libéralisme, social ou pas social, mais Démocratie ou pas Démocratie.

                            On peut néanmoins partager son inquiétude. L’Union Européenne, on le sait, n’est pas une Démocratie...


                            • Forest Ent Forest Ent 12 septembre 2008 16:45

                              Quelle est la différence entre la crise de 29 en Europe et aux USA ?

                              C’est qu’en 1929 la crise est aux USA et pas en Europe. smiley

                              J’avais commencé une première version de l’article en 1914, et puis je me suis dit que ça faisait trop long. A cette date, nous avons eu le suicide de l’Europe, de l’empire russe, allemand, austro-hongrois et ottoman. La crise de 1929 a achevé l’Europe. Elle ne pouvait plus se reconstruire après 1945 puisqu’elle n’avait plus d’autonomie militaire. C’était un enfant sous tutelle. J’aime bien la comparaison de Todd : nous avons été à "l’empiure américain" ce que la Grèce a été à l’empire romain. Bientôt Constantinople ?


                            • arturh 12 septembre 2008 16:55

                              La mondialisation ne date pas d’hier. La crise de 1929 fut mondiale. 

                              J’aurais aussi bien pu observer ses conséquences au Japon qui s’orientait en réponse à la crise vers le militarisme impérialiste faute d’institutions démocratiques.

                              Todd, ontologiquement incapable de penser la Démocratie ne peut apporter aucun éclairage sur la question, emprisonné qu’il est dans sa logique nationaliste.


                            • Forest Ent Forest Ent 12 septembre 2008 17:21

                              La mondialisation ne date pas d’hier. La crise de 1929 fut mondiale.

                              Nous sommes bien d’accord sur ce point. smiley

                              Vous observez que les démocraties résistent mieux aux chocs que les dictatures. Je suis d’accord.

                              Vous observez que l’UE n’est pas une démocratie. Je suis d’accord.

                              J’observe qu’en 1929 et en 2007 c’est une démocratie qui est à l’origine de la crise. Vous en pensez quoi ?


                            • karg se 12 septembre 2008 19:01

                              Arthur la démocratie a des avantages mais elle ne permet pas d’éviter les crises. Les USA en 1929 étaient démocratique, la preuve Teddy fut élu à cause de l’incompétence des républicains face à la crise : là où il y a alternance par la loi, il y a démocratie, aussi imparfaite soit elle.

                              Concernant l’arrivé au pouvoir de Hitler, la vrai histoire est plus compliqué, il n’a jamais gagné les élections et ne doit son accession au pouvoir qu’a la couardise de certains politiques de la droite conservatrice allemande et du refus de la gauche démocratique d’utiliser des méthodes de contre propagande efficace.

                              La démocratie évite certaine crise aigue, elle en atténu les effets, notamment ceux qui affectent les masses, mais en aucun cas elle garantie que les politiques prendrons toujours les bonnes décisions. Elle donne seulment la possibilité de sanctionner les mauvaises.


                            • arturh 12 septembre 2008 19:33

                              Le côté spectaculaire de la crise de 29 aux USA ne signifie pas que l’origine de la crise se trouve aux USA. 

                              La crise ne provient pas des USA, elle provient du fait que les économies, à l’époque comme aujourd’hui étaient étroitement interdépendantes. Tout juste peut-on faire observer qu’en raison du dynamisme du marché américain, dès 1929 les économies mondiales en dépendaient déjà beaucoup.

                              Mais croire que 1929 ou la récente crise ont "démarré" aux USA, c’est vouloir faire croire que les économies européennes, en particulier française, n’étaient pas en crise. Ce qui est faux.

                              Le caractère démocratique des institutions US accélèrent le cycle des crises dans un sens, le déclenchement, mais aussi dans l’autre, le rétablissement, c’est la raison pour laquelle on observe maintenant les démarrages et les rétablissement d’abord chez les américains. Mais il serait complètement faux de croire que, par exemple, sans l’économie américaine, il n’y aurait plus de crise économique...

                              Quant aux crises, il y a quand même un énorme vide dans votre article. En effet il semble vouloir dire que en fonctions de certaines mesures d’ordre politique, on peut mettre fin aux crises économiques. Or le principe même de l’économie, c’est la crise, sur le mode cyclique. Les crises économiques existaient bien avant que les USA existent.

                              Il n’y a qu’un seul moyen pour y mettre fin : le totalitarisme. Le communisme, comme la Corée du Nord ou Cuba nous en donne encore l’exemple, ne connait pas de crise parce que le pays s’installe au plus bas de la crise et n’en sort pas. Les gens à Cuba ne peuvent pas s’appauvrir par une crise économique parce que c’est le système lui-même qui organise la pauvreté permanente et généralisée... Ils ne peuvent pas non plus s’enrichir par l’effet des cycles car c’est le principe même du communisme que d’interdire que l’immense majorité de la population voit son niveau de vie s’élever...

                              Mais bon, il semblerait que ceux qui ont pu se sortir de ce sytème préfèrent encore le cycle des crises économiques...


                            • Forest Ent Forest Ent 12 septembre 2008 20:34

                              Il y a des compromis raisonnables entre libertarianisme et communisme, et certaines précautions simples peuvent atténuer les cycles. Il me semble vous avoir lu vous réjouir du fait que notre politique monétaire était hors d’atteinte de notre gouvernement. Mais du coup nous subissons celle du dollar. Il y aura toujours de l’avidité ici-bas, et tout système doit prévoir ses propres dérives. L’alternative n’est pas : 100% état ou 0% état.


                            • arturh 13 septembre 2008 08:40

                              Il n’y a que 100% Etat qui existe.

                              0% Etat n’est qu’un fantasme, un épouventail agité d’ailleurs dans la très grande majorité des cas par les partisans du 100% Etat.


                            • flammekueche 13 septembre 2008 20:28

                              "l’accession au pouvoir de Hitler est une preuve en soit que la Constitution Allemande n’était pas démocratique"
                              Votre méconnaisance de l’histoire et des systémes politiques est abyssale.


                            • vincent p 12 septembre 2008 17:20

                              Mais à qui donc profite le crime démocratique et expansionniste de l’Europe à toute vitesse ?


                              • karg se 12 septembre 2008 18:56

                                Votre thèse sur la rôle du libre échange serait valable si :


                                - on n’assistai pas à un accroissement des richesses dans les pays riches.

                                - que cet accroissement s’accompagne d’une forte concentration des richesses.

                                - que le chômage toucherai indistinctement

                                Le libre échange n’est pas neutre, puisqu’il accélère la course entre éducation et technologie, mais le fond du problème est politique : par divers moyens, les conservatismes près keynésiens est de retour. Ils gagnent le pouvoir en s’appuyant sur des thèmes sécuritaires et moralistes, et met en place une politique qui expédie la classe moyenne dans la pauvreté.

                                L’UE ne peut pas changer la politique intérieur de ses membres, si l’imposition du revenu est passé de 70% à 40% (25% avec les niches fiscales) pour les plus riches, c’est parce que les élections, depuis les années 80, ont régulièrement mis au pouvoir des partis qui soutiennent ces politiques aussi inefficace que génératrice d’inégalité.

                                Les besoins de l’état toujours en croissance du fait de la course à l’éducation et à l’infrastructure, comme les classes très aisées sont protégés, la charge retombe sur la classe moyenne et l’appauvrisse. La bulle immobilière gonfle la part du capital dans le PIB et ponctionne les revenus des ménages au delà du raisonnable.

                                Tous ceci explique bien mieux la situation actuelle que le libre échange. Le libre échange n’affecte que le marché de l’emploi peu qualifié, pas la classe moyenne.

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