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Chine et Etats-Unis : condamnés à vivre en paix ?

Les risques de conflit entre les deux puissances paraissent à première vue importants : l’affaire de Taïwan est loin d’être réglée, le Pentagone s’alarme de la montée en puissance du potentiel militaire chinois, et l’opinion américaine s’inquiète d’une concurrence économique déloyale, qui lamine des pans entiers de l’industrie et provoque nombre de délocalisations.

Pourtant, les deux économies sont tellement imbriquées, organiquement si dépendantes, qu’un conflit paraît improbable, du moins dans un avenir proche. Elles apparaissent liées , pour le meilleur et pour le pire, par des relations très ambiguës , à tel point qu’on a pu y voir un "équilibre de la terreur économique".

Après une longue période d’ignorance réciproque, d’oppositions politiques et militaires très rudes, l’ère Nixon a ouvert timidement de nouveaux rapports avec la puissance chinoise. Avec le virage politique chinois et le développement rapide des échanges mondialisés, tout a changé. L’interdépendance des économies, voulue autant que subie, est parvenue à un stade où les deux puissances sont dans un état de neutralisation réciproque, caractérisé par une dialectique très complexe d’échanges bénéfiques et de tensions sourdes non dénuées de menaces potentielles.

Cela pour plusieurs raisons :

1 ) La Chine a un besoin énorme d’énergie. L’autosuffisance n’est pas garantie, les réserves s’épuisent. Elle importe actuellement 40% de son pétrole et en importera probablement 80% vers 2030. Elle s’inquiète de l’avenir et va chercher des partenaires jusqu’en Afrique et en Amérique latine. Mais l’essentiel de son pétrole lui vient du Moyen-Orient (environ les 2/3). Or Pékin accepte mal que ses acheminements d’or noir soient contrôlés par l’US Navy omniprésente. Si un conflit éclatait, l’économie chinoise pourrait être étranglée par une intervention rapide des USA. Entre le détroit d’Ormuz et Shanghaï, la distance est de 12 000 km. Un sérieux handicap. Un approvisionnement vital donc, mais très exposé.

2) Troisième exportateur mondial, la Chine nous étonne tous les jours par ses performances économiques, mais que deviendrait sa croissance en cas de crise mondiale, due par exemple à un conflit grave et prolongé au Moyen-Orient, ou au sujet de Taïwan ? Le marché américain absorbe à lui seul le cinquième des produits exportés de Chine.

Cette dépendance et cette fragilité sont d’autant plus grandes que 60% des produits made in China sont actuellement fabriqués par des entreprises étrangères installées en Chine, et presque 70% des brevets déposés sont étrangers. L’exportation est vitale, elle est même devenue une doctrine, et les composants importés pour ses usines ateliers sont indispensables. Double dépendance donc. Mais il ne faut pas oublier que celle-ci va se réduire, et que les retards vont assez rapidement être comblés, grâce notamment à un triplement de ses dépenses de recherche.

3) Mais Pékin a une arme redoutable, capable de frapper durement le coeur de l’économie américaine et asiatique. La Chine est devenue un créancier majeur pour les USA. Ayant beaucoup de réserves de change (plus de 900 milliards de $), elle a acheté énormément de bons du Trésor américains (autour de 300 milliards de $). Cela permet de maintenir les taux d’intérêt à bas niveau, encourage la consommation (surtout de produits made in China), permet un niveau de vie "acceptable" (selon les critères américains), donc favorable politiquement aux USA, même si la dette atteint des hauteurs vertigineuses et dangereuses... La grande distribution a besoin des produits chinois, qui garantissent de très confortables marges bénéficiaires : Wall Mart a acheté en 2005 pour presque 20 milliards de dollars de produits manufacturés en Chine.

Si la Chine décidait, en cas de conflit par exemple, de se débarrasser de ses bons du Trésor, ce serait une catastrophe économique pour son partenaire : chute du dollar, flambée des taux d’intérêt, etc. On imagine la suite. Et l’effet boomerang automatique : la mise à genoux de l’économie chinoise. La Chine ne peut donc souhaiter compromettre la croissance économique américaine, dopée par les capitaux étrangers, vivant en quelque sorte dangereusement à crédit. Jusqu’à quand ?

On est donc là face à une situation plus complexe que celle envisagée habituellement, loin des fantasmes qui ont cours dans l’opinion américaine, hantée par "la menace chinoise", des volontés protectionnistes qui se manifestent dans certains groupes parlementaires, des menaces agitées par le Pentagone, comptant les missiles que la Chine développe.

On comprend que, pour rassurer l’opinion ainsi que certains parlementaires et militaires, le gouvernement américain tienne un discours de fermeté, en imposant certains quotas symboliques, mais sans rien changer d’essentiel. Il se mettrait en péril en allant dans le sens des voeux de l’opinion.

L’ attitude américaine des USA vis-à-vis de la Chine est donc assez schizophrénique, faite à la fois de perception d’une rivalité économique redoutable à terme, pouvant remettre en question sa propre hégémonie mondiale, et absolument nécessaire dans l’immédiat. Une Chine à la fois redoutée et acceptée comme partenaire indispensable.

Ainsi s’expliquent mieux le double langage des responsables politiques américains et le caractère équivoque de leurs relations avec cette Chine à la fois si lointaine et si proche, si familière par ses produits et ses capitaux et si ignorée de la masse des consommateurs dont la Chine fait le "bonheur"...

Les deux puissances sont donc économiquement enchaînées, ce qui permet de penser que des relations apaisées, parce que profondément intéressées, peuvent durer encore un certain temps...

Sources : Frédéric Robin (Le Monde, 16 juin 2006)

Eric Leser (ibidem)

Emmanuel Saint-Martin (La Tribune, 12 juillet 2006)

par ZEN (son site) lundi 4 septembre 2006 - 45 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par René Job (xxx.xxx.xxx.43) 29 novembre 2006 19:25

    J’ai parcouru votre article et l’ensemble des commentaires.

    C’est intéressant. Il y a beaucoup de données.

    Je crois que vous devriez ajouter deux types de données à tout cela :

    1/ Les données militaires.

    L’affaire du sous-marin chinois n’est pas anodine. Comme vous devez le savoir les fonds des Océans sont tapissés d’un réseau de détection des mouvements artificiels ou non. Les militaires se sont longtemps demandés qu’elles étaient les capacités furtives des chinois. Etant donné qu’ils ne captaient rien, ils doutaient car il y avait différentes hypothèses concurrentes. La réponse vient d’être donnée. C’est fait exprès. Message : on vous frappe où on veut et quand on veut (y compris avec du matériel nucléaire tactique ou stratégique). Donc les approvisionnements ne seront pas coupés comme ça.

    Résultats : la marine US n’est plus crédible ; les armées de terre US n’ont plus ; leur flotte aérienne depuis que les Serbes ont abattu un F14 n’est plus fiable. Reste la force nucléaire où on peut hypothéquer l’égalité du rapport de force. Comme on vient de leur fournir les technologies liées à Airbus et à la troisième Génération de réacteur Nucléaire...ils vont vite faire des progrès.

    On ajoute au coktail, le fait que les Chinois ont décidé d’aller sur la Lune. Avec une mission humaine. L’ami Bush sera bien embêté avec son programme "guerre des étoiles". Et ce d’autant qu’il n’en a ni le temps ni les moyens financiers à l’heure actuelle. Il faudra attendre la prochaine administration dans deux ans. C’est-à-dire rien avant trois ans puisque la première année de mandat du Président US est une sorte de prise en main-inventaire.

    On sent bien d’ailleurs que la politque US en direction de l’OTAN consiste à nous associer en cas de problème.

    2/ Le redéploiement géostratégique des intérêts économiques chinois dans le monde.

    Plusieurs centres d’intérêts sont en reformulation ce qui permettra d’absorber un choc éventuel. Ces centres sont : l’Inde, l’Afrique et l’Amérique du Sud.

    Ils ont déjà passé des accords avec les Russes et probablement qu’ils en cherchent avec les Républiques d’Asie Centrale qui sont presque toutes turcophones. Ce qui signifie que nous autres qui cherchons des noises aux turcs pour le salut de Chypre, nous allons nous aliéner toutes ces Républiques et les aider à se précipiter dans les bras très respectueux de nos bons amis Chinois. C’est mieux pour eux, vus qu’ils doivent se méfier des Russes (étant donnée leur expérience passée). Autant de pays qui disposent de ressources intéressantes et qui ne demandent qu’à se développer qui nous échapperont. Ne parlons pas de la Turquie qui, il me semble, a bien compris ce qu’il en sera de son adhésion à l’Europe, et qui gagne du temps pour réorienter son économie vers la Russie - et peut être aussi vers la Chine pour sortir de l’impasse dans laquelle nous les avons mise.

    Nous sommes dirigés par des « dindons » intégristes qui se croient les meilleurs. Tous adeptes du monétarisme, du christianisme le plus obscur et des droits de l’homme universel...applicables principalement chez les autres.

    Notre image internationale : celle d’une collection d’obscurantistes, sectaires, arrogants et ethnocentriques.

    Nous allons payer très cher tout cela.

    Personne ne viendra au secours des gentils « banquiers » européens.

    Je sais que je suis dur avec nous-mêmes. Mais c’est peut-être aussi le prix qu’il faut payer pour sortir des problèmes. Une bonne prise de conscience collective.

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