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Accueil du site > Actualités > International > Les ingrédients d’une révolte vue de l’intérieur

Les ingrédients d’une révolte vue de l’intérieur

Dévaluation, frustration et asservissement.
 
Un jeune diplômé mené par la débrouillardise sur les étals des marchés colportés . Molesté, privé de son étal, il s’est immolé, enflammant la rue tunisienne. Bouazizi, étal ardent pour un dictateur qui détale. 
 
Le printemps tunisien, la révolte de Jasmin, le 14 Janvier…. une révolution a bien eu lieu. Sous la cendre couvait la braise. Connu comme un peuple calme et peu enclin à la violence, le peuple tunisien s’est bien révolté et a poussé ses dirigeants millésimés à aller sévir ailleurs.
 
Les médias prirent alors le relais pour appeler à l’exportation de l’exemple tunisien vers d’autres pays à régime dictatorial et notamment les pays arabes. Quelles sont alors les ingrédients de cette révolution vue dans une perspective particulière, celle de l’intérieur du pays(I). 
 
Quelles sont ensuite, après qu’elle ait fait tâche d’huile dans la sous région, les leçons pour la Mauritanie (II) ?
I- La révolution tunisienne vue de l’intérieur : le jour où le Jasmin fleurit en hiver. 
 
Le jasmin déploie ses fleurs parfumées au printemps finissant et embaume les belles nuits de Tunisie durant les chaudes nuits d’été. Et pourtant le jasmin a fleurit, un certain hiver, le temps d’une révolution. La “révolte du Jasmin” , tout comme le Jasmin a pris racine dans son terroir. Les ingrédients de la révolte tunisienne ne s’expliquent que par ce qui est advenu à son terroir : la société tunisienne.
 
i) La situation en Tunisie avant le 14 Janvier 2011
 
La situation avant cette date a bien été étalée par l’ensemble des médias du monde. Un dictateur, une famille régnante corrompue, un régime policier, une confiscation des libertés. Image “classique” fort connue de la Tunisie. Une image que les courants d’opposition tunisiens notamment à l’étranger et plusieurs organisations des droits de l’homme véhiculaient depuis bien des années. C’est cette image qui aujourd’hui dans les médias et autres supports d’information de par le monde est utilisée pour expliquer “la révolution de Jasmin”. Mais c’est en vérité une image imparfaite de ce qui a réellement conduit au “printemps tunisien”.
En effet, les racines de cette révolte sont à rechercher dans plusieurs facteurs qu’il serait erroné de réduire exclusivement au politique ou à une justification économique. Les raisons sont bien plus profondes que cela et prennent leur source dans des considérations sociales que seule une analyse interne peut éclairer.
D’abord sur le plan économique, justifier la situation économique comme racine de la révolte serait un véritable paradoxe si l’on considère les performances économiques de la Tunisie durant ces dernières décennies. Le rapport mondial 2010-2011 du Forum économique mondial sur la compétitivité globale a classé l'économie tunisienne, en terme de compétitivité globale au 32ème rang au niveau mondial sur un total de 139 pays (rapport téléchargeable ici)
 
“La Tunisie conserve la tête au sein de l'Afrique du Nord, remontant huit places pour occuper à la 32e place (sur 139 pays). Le pays est efficace. Les institutions gouvernementales restent sa principale force, avec un haut niveau de sécurité (14eme) et un système d’enseignement qui assure une bonne qualité de l'éducation (22ème) et cela malgré que les taux de scolarisation dans les institutions d’enseignement secondaire et universitaire soient assez faibles ; respectivement (53e et 69e place dans le CGI).
 
Dans le même temps, la Tunisie bénéficie d’un marché intérieur de biens et services relativement efficace. En dépit de la crise, le pays a amélioré sa stabilité macroéconomique depuis la dernière évaluation. L'inflation a été abaissée et le taux d'épargne a augmenté tandis que le déficit budgétaire est resté stable à environ 3 pour cent. Et, bien que la dette publique a augmenté, elle reste gérable. Ce résultat est louable à la lumière de la récente détérioration globale de la stabilité macroéconomique au cours de la récession.” (Rapport mondial 2010-2011 du Forum économique mondial sur la compétitivité globale, Genève. Suisse. 2010).
 
Comment alors expliquer une telle révolte dans un pays stable économiquement géré par des technocrates compétents et qui a défié par sa stabilité économique la crise financière mondiale récente qui a terrassé jusque les grands pays industrialisés (y compris le USA) ?
La réponse est donc à rechercher ailleurs. On ne peut donc pas la retrouver à travers des “image-clichés” fussent-elles économiques ou politiques d’un pays mais dans ce qu’est devenu un pan entier de la vision de développement d’un pays. Une vision qui a accusé un “déviationnisme” qui commençait déjà à poindre dès les années quatre-vingt.
Ce déviationnisme s’est illustré par la promotion d’une société de consommation à outrance. Et cela à travers un système bancaire qui a conduit à l’endettement des ménages (1), la baisse de niveau dans l’enseignement universitaire conduisant à une chute du niveau de formation des jeunes diplômés (2) se déversant sur un marché du travail exigeant et soumis à un monopole de familles et de lobbies (3) .
 
La combinaison de ces facteurs latents a été la véritable poudrière à laquelle les facteurs politiques cités plus haut ont mis le feu.
 
1) Surendettement des ménages : surconsommation et lobbying commercial
 
Economiquement tout a commencé au début des années quatre-vingt lorsque le système bancaire a développé, sous l’impulsion des pouvoirs publics imbus d’une libéralisation galopante du système bancaire et financier, une politique de crédits tout azimut. Les ménages se sont précipités sur une floraison de formules de crédit que les banques mettaient à leur disposition à des conditions onéreuses rapportées à leurs capacités de remboursement. Un fourre-tout dit “crédits à la consommation”, principaux et complémentaire ( qui s’étalaient sur des dizaines d’années ) , allant des crédits logement, aux crédits études en passant par le crédit voiture et les incomptables “crédits pour convenance personnelle” qui tenaient souvent aux entrées et autres “recommandations” personnelles.
 
L’endettement des ménages allait s’accroitre davantage avec l’arrivée sur le marché tunisien de quatre sources de consommation : l’informatique, l’ internet, les télécoms et les grandes surfaces.
 
Déjà surendettés par des années de crédits logement qui n’arrivaient pas à couvrir leur investissement immobilier du fait du boum des matériaux de construction dans les années 2000, les tunisiens se sont endettés davantage auprès du système bancaire à coup de rallonges et autres crédits complémentaires dont le principal et les intérêts sont prélevés sur les salaires. Tous les agents du secteur public, l’Etat étant le premier employeur en Tunisie se sont endettés souvent au trois-quarts de leur salaire malgré la législation limitant le prélèvement bancaire sur les salaires au titre du remboursement des crédits.
 
A cet endettement du fait d’un crédit logement sur le long terme, les tunisiens se sont vus pris au piège de la “voiture pour tous” . Prôné par le politique comme devant donner aux agents économiques les moyens de leurs déplacement, ce concept de “la voiture pour tous” recouvrait en fait une véritable alliance entre les lobbies des concessionnaires automobiles en Tunisie et les banques tunisiennes. Celles-ci octroyaient les crédits voitures aux ménages qui commandaient obligatoirement la voiture chez le concessionnaire et c’est la banque qui versait à ce dernier son prix en “hypothéquant” le salaire du ménage. L’acquéreur ne pouvait discuter ni le prix de la voiture ni moins encore négocier sur les intérêts et autres commissions diverses que la banque va mensuellement prélever sur son salaire, obligatoirement domicilié chez elle.
 
Mais le calvaire des ménages ne s’arrêtait pas là. En effet les voitures livrées par les concessionnaires étaient de fabrication et de qualité très reprochables. Comme le soulignent les tunisiens eux-mêmes les voitures livrées étaient de “troisième choix” ; de mauvaise qualité aussi bien dans leur mécanique que dans leur structure et finition. D’où un investissement supplémentaires en pièces de rechange, moteurs et autres accessoires dès les premier mois de mise en circulation du véhicule. Les voitures livrées par les concessionnaires bien que de marque européennes étaient fabriquées dans certains pays (Espagne, ex-pays de l’Est) et spécialement destinées à la consommation des pays africains et autres nations où le consommateur n’avait ni les moyens institutionnels ni les politiques de se défendre contre les lobbies nationaux (notamment les concessionnaires automobiles) et leurs fournisseurs occidentaux. Ainsi en Tunisie la défense du consommateur, bien que supposée avoir une Organisation, n’a jamais brillé en ce domaine.
 
Pris dans la tourmente d’un véhicule acheté au prix fort (malgré la politique d’allègement des “4” chevaux pour les classes moyenne, vite détournée pour profiter aux ménages à revenu élevé) sur emprunt bancaire, usé dès les premiers mois d’utilisation et soumis à un déboursement permanent en pièces de rechanges qui sont elles aussi le monopoles de véritables sociétés de lobbies de pièces de rechanges et autres accessoires automobiles, le tunisien moyen y laissait tous ses revenus.
Durant les années 2000 , arriva la “vague” de l’informatisation et là encore les dépenses des ménages accusèrent un coup important à travers les “prêts” bancaires pour l’achat d’ordinateur et autres consommables informatiques qui à travers des circuits commerciaux monopolisés submergèrent le marché. Le fameux prêt bancaire pour l’ordinateur à “1000” dinars fut encore alourdit par l’introduction d’internet où les abonnements pour des débits souvent ridicules (64Kb) étaient vendus très chers par un ou deux fournisseurs qui détenaient le marché et dictaient leur loi.
 
Puis vînt ce qui allait mettre véritablement à genoux les ménages : les frais de télécommunications. En effet, l’introduction du téléphone mobile a eu un tel “boum” en Tunisie que chacun s’endettait pour acquérir son mobile (prêt personnel, prêt bancaire), à titre d’exemple le modèle Nokia en 2005 (dit du ”3310”), aujourd’hui considéré comme une antiquité a été vendu, avec abonnement par le premier opérateur mobile à 770 Dinars (soit l’équivalent de 600 Dollars US) en passant par un prêt bancaire !
 
Mais l’endettement allait devenir exponentiel avec l’accroissement vertigineux du “parc des portables” en Tunisie. Enfant, adolescent, adulte, chacun se pavanait avec un portable sinon deux ou trois préludant des portables à “double puce” qui allaient encore couter cher à tant de bourses.
Mais l’outil en lui-même ne présageait que de la partie apparente de l’iceberg. Ce fut alors le “prépayé” ou les ménages laissèrent une bonne part de leur revenu. Le “portable” était devenu tellement indispensable qu’il représentait une charge financière plus importante que ce que le ménage consacrait à d’autres postes de dépense (santé, culture, loisirs etc.). Le poids de la charge due aux télécommunications s’accroissant chaque jour, le ménage s’appauvrissait.
 
Le coup de grâce vint en fin , avec l’installation en Tunisie des super grandes surfaces. Les hypermarchés (Carrefour, Champion, Géant…)
Longtemps confinés à l’approvisionnement auprès du boutiquier du coin et des petites surfaces, les tunisiens se sont tout-à-coup rués vers les hypermarchés qui firent tout-à-coup leur apparition. D’aucuns se rappellent de la gigantesque ruée populaire vers l’hypermarché “Le carrefour”, le premier jour d’ouverture qui présageait du comportement boulimique du consommateur.
 
En effet, passant d’un circuit d’alimentation et d’approvisionnement à la mesure de ces moyens en prix et en qualité proposé par le boutiquier du coin et la petite surface, le consommateur tunisien s’est trouvé dans une course effrénée vers la consommation. Une consommation fortement encouragée par les pouvoirs publics (à travers les prêts bancaires, les découverts bancaires consentis aux ménages), par les moyens de communication et de publicité et par les grandes surfaces qui ventaient et proposaient mille et une formules de crédit à la consommation. Un tel déploiement d’énergie à travers la promotion de la vente à tempérament, qui avait certes pris son essor au début des années 80 notamment pour l’ameublement des foyers, avait atteint des summums ces cinq dernières du fait que les “propriétaires “ des hypermarchés n’étaient autres que les membres de la famille régnante. Et tout un système de pompage des ressources des ménages a été mis en place. Et ceci aboutit à un surendettement des ménages. Un surendettement qui allait être l’un des ingrédients majeurs préparant au malaise social à la base de la révolte tunisienne.
 
Les ménages aux trois-quarts de leurs revenus confisqués par les banques ou par les vendeurs à tempérament étaient entrés dans une situation de crise latente . Et cela d’autant plus qu’aucune politique de l’Etat tunisien n’est venue trouver solution à ce surendettement des ménages à l’instar de ce qui s’est passé en France (ex. La loi Neiertz de 1989 , puis loi Borloo, en 2003 et récemment la loi n° 2010-737 du 1er juillet 2010 portant réforme du crédit à la consommation)
 
D’un autre côté, les sociétés de leasing filiales des banques avaient surendetté les entreprises, particulièrement celles des nouveaux et jeunes promoteurs qui ont financé leur activités et leurs équipements sur le leasing. D’où la précarité de leur situation économique. Le système public des marchés et des commandes ayant été verrouillé au profit d’une “poignée d’individus” et de sociétés gravitant dans le giron du pouvoir, les nouveaux promoteurs avaient du mal à acquérir une part de marché.
 
Face à un régime autoritaire ayant de forts intérêts dans les banques, dans les hypermarchés et autres circuits de production et de distribution, le tunisien endetté se soumettait à tous les dictats bancaires et commerciaux. Et cela conduisait à une situation silencieuse mais explosive. L’impact sur la vie du ménage allait gravement s’en ressentir.
Tout en subissant les contrecoups de la cherté de la vie, le ménage tunisien vivait sa “crise” interne. Cette crise se traduisait par un “renoncement” à une vie d’épanouissement pour un course effrénée pour une autosuffisance matérielle sous hypothèque . Ainsi tout était soumis à l’incertain. Le ménage par manque de moyens sacrifiait sur tout et principalement sur ce qui lui permettait de “souffler”. Les dépenses culturelles et les dépenses de loisir ne faisaient plus partie de son budget. Ce renoncement se faisait au détriment de son propre équilibre interne et externe. A l’interne, la surchauffe dans la relation familiale se doublait, à l’externe, de l’incertitude quant à l’avenir. La croissance continue des litiges devant les tribunaux en était l’expression la plus immédiate.
 
2) Une jeunesse révoltée : dévaluation, chômage et coercition .
 
Les ménages manquant de moyens, ne pouvaient pas le plus souvent assurer des études longues pour leurs enfants qui eux-mêmes sentaient l’inutilité de la chose face au chômage grandissant.
 
Le premier qui eût à souffrir de cette situation économique des ménages et des entreprises fut donc la jeunesse. Pourtant, l’Etat a continué la scolarisation gratuite dans tous les secteurs publics d’enseignement du primaire au supérieur. Il avait développé un système de “microcrédits” au profit des jeunes promoteurs à travers une banque de solidarité et encouragé les pôles technologiques.
 
Toutefois, l’effort consenti par l’Etat, s’est trouvé absorbé par la situation très particulière dans laquelle se trouvait la jeunesse. Ni la gratuité de l’enseignement, ni le micro-financement, ni le développement de pôles technologiques ne pouvaient compenser l’absence d’une vision d’avenir pour la jeunesse qui manquait cruellement à l’Etat et qui explique le chômage actuel des jeunes qui fut l’étincelle de ce qui arriva , ce fameux 14 Janvier.
 
Outre les facteurs précédents, le chômage des jeunes est dû à plusieurs éléments qui ont été latents mais qui sont déterminants.
 
Dévaluation des diplômes
 
Le premier de ces éléments est la baisse de niveau de la formation au supérieur. Ainsi l’université a déversé sur le marché du travail de jeunes “diplômés” dont la formation laissait à désirer. Les entreprises recrutant déjà au compte-goutte, recherchant des compétences et des qualifications solides ne leurs ouvraient pas leurs portes et pour cause.
Cette “dévaluation” de la formation qui a commencé à la fin des années quatre-vingt-dix est due à deux facteurs. le premier est institutionnel et le second est “ministériel“.
 
Institutionnellement et face à la croissance rapide du nombre d’étudiants, l’Etat s’est lancé dans une politique de création de facultés, d’écoles supérieures et d’instituts tout azimut sans tenir compte ni de la qualité ni de l’avenir des futurs diplômés. Le système déversait sur le marché des milliers de diplômés toutes disciplines confondues entrainant ainsi une “dévaluation” des diplômes auprès des recruteurs qui s’évertuaient à poser des conditions d’embauche exigeant les diplômes les plus élevés pour des postes qui ne le nécessitaient pas.
 
Au niveau des institutions elles-mêmes, le corps enseignant, ne suivant pas l’afflux d’étudiants, fut débordé et la qualité de l’enseignement s’en trouva fortement touchée à tous les cycles universitaires. Les troisièmes cycles étaient devenus de véritables usines à gaz, et les enseignants ne savaient plus où donner de la tête pour encadrer les milliers de travaux de recherche. D’où des mémoires et des thèses qui sont faits à la va-vite et qui ressemblaient à des collationnements de “copier-coller” de pages web qu’à des travaux scientifiques. Beaucoup d’enseignants démotivés ont baissé les bras et ne font plus qu’entériner la situation.
 
Taux de réussite de 99 % !
 
“Ministériellement”, le pouvoir politique a laissé “pourrir” cette situation à travers les récents ministres de l’enseignement supérieur qui ont instrumentalisé l’enseignement supérieur dans une vision carriériste et de leur maintien à leur poste. La politique éducative de l’Etat était devenue un moyen de perpétuation de certains ministres au détriment de l’intérêt de la Nation.
Ainsi, l’un de ces ministres qui s’était illustré dans l’écriture de plusieurs livres vantant les qualités tout azimut du président déchu, s’était évertué, durant sa période de présence à la tête du ministère de l’enseignement supérieur, à faire croire à l’ex- président, Ben ALI , que le taux de réussite dans l’enseignement supérieur avoisinait les 99% !
 
Et ce ministre faisant tout pour prouver à travers ce pourcentage les “performances” de son département n’hésitait pas à influencer les recteurs et les directeurs des institutions d’enseignement pour “repêcher” le maximum d’étudiants par les jurys d’examens. Cela se traduisait aussi par un “laxisme” voulu à l’égard de l’octroi des notes par les enseignants qui subissaient l’influence de directeurs d’institutions nommés par ce ministre à cette fin. En effet, la nomination des directeurs des institutions et des doyens obéissait à ce critère d’allégeance à la politique des 99% de réussite.
L’enseignement supérieur pâtissait déjà de la baisse de niveau dans le secondaire où l’excès de zèle d’enseignants soumis à la politique de leur département accordaient au bac des notes historiques tels les fameux 20/20 accordés en philosophie dont la presse “officielle” a fait fièrement échos.
 
Il en résultait alors une situation catastrophique pour la qualité de l’enseignement et la valeur des diplômes. Des promotions entières, diplômées de cette façon furent déversées sur le marché de travail, avec une formation bien en-deçà des attentes. Le corps enseignant lui-même eût à en pâtir puisque ces diplômés” revenaient dans l’enseignement supérieur en tant qu’enseignants et perpétuaient une médiocrité “académique” et notoirement décriée. Les jurys de concours des différents grades de l’enseignement supérieur étaient eux-mêmes sujets à cette politique de l’influence, de la complaisance et de la médiocrité. A telle enseigne d’ailleurs que beaucoup de candidats à ces concours (d’assistanat, de maitrise d’assistanat et de maitrise de conférence) ne pouvaient plus se présenter à ces concours du fait de leur personnalisation et de leur manque d’indépendance.
 
Ainsi depuis plus d’une dizaine d’années environ, l’enseignement supérieur, notamment, a subi les méfaits de cette “politique” qui n’est pas pour rien dans le chômage des diplômés et leur incapacités à trouver du travail auprès d’entreprises sélectives et tournées vers la concurrence. L’Etat a curieusement compris cela, et a essayé à travers certaines administration notamment la formation professionnelle et l’emploi de palier ce chômage en lançant les fameuses formations “2121” qui consistaient à vouloir donner aux diplômés au chômage une “formation supplémentaire” qui leur permettrait de trouver du travail. Outre qu’elle a handicapé un grand nombre de ces diplômés et a rajouté à leur dénuement matériel, cette politique a abouti à des résultats très en-deçà des attentes . En effet, ces formations qui duraient quelques semaines ne faisaient qu’ajouter une couche supplémentaire et ne résolvaient pas le problème du chômage. Elles dévoyaient même les diplômés puisque le bénéficiaire se voyait formé dans des domaines qui ne lui apportaient rien dans l’immédiat et qui sont parfois aux antipodes de sa formation de base. Ainsi des licenciés en sciences naturelles sont formés aux technologies de l’information et de la communication ou à la gestion etc. Et cela ne faisait que “stagner” les contingents des chômeurs dans le couloir du chômage et dans lequel de nouveaux diplômés de plus en plus nombreux s’engouffraient.
 
Le chômage des diplômés n’est donc pas simplement une affaire d’absorption par le marché du travail, ni à une absence de microcrédits, mais une affaire de qualification et de formation scientifique que l’institution d’enseignement a failli à délivrer durant ces dernières années du fait de la “politique” carriériste menée par les ministres qui se sont succédés ces dernières années à la tête du département de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.
 
Les pouvoirs publics développant une politique de l’emploi classique tout orientée vers la stimulation de l’entreprise afin qu’elle embauche (allègement fiscaux pour les entreprises, primes pour l’emploi, contrats CDI etc.) que par la valeur scientifique des formations et de la qualification des diplômés ne sont pas rendus compte du “fossé” qui s’est creusé entre les exigences de l’emploi et les compétences requises.
 
La situation fut alors que des ménages entiers se sont trouvés surendettés avec la charge matérielle et financière d’une jeunesse scolarisée qui, à la fin de son cursus devaient leur apporter un soutien économique, hélas ! hypothéqué par le chômage.
 
Cette situation se ressentant déjà pour les ménages “travailleurs” des grandes villes du nord ( ayant des revenus certes hypothéqués mais stables, un emploi rémunéré et faisant partie de la classe moyenne ) allait miner les villes et les villages du reste du pays où des familles entières vivant avec des ressources limitées comptent beaucoup sur le soutien de leurs enfants à travers leur scolarisation. Et ces derniers devenus diplômés se trouvaient pris entre la misère de leurs familles et l’inexistence d’un emploi leur permettant de subvenir à leurs besoins. Mais ce qui aggravait encore la situation c’était encore l’absence d’une perspective d’avenir pour la jeunesse qui non seulement ne voyait pas les choses s’améliorer mais était spectatrice d’un pillage en règle des ressources du pays, par une famille dirigeante qui s’aidait de la coercition policière pour neutraliser toute réaction à son forfait.
 
On comprend donc que si la révolte a pris naissance dans une ville de l’intérieur du pays ce ne fait pas le fait d’un hasard, c’est à l’intérieur du pays que le système a fait le plus de dégâts.
 
 3) Monopole et siphonage : Economie de l’asservissement
 
Lorsque l’on examine les flux financiers bancaires consacrés à la consommation des ménages l’on remarque que ces flux ont eu deux caractéristiques. Ils ont davantage concerné les villes du nord mais plus grave, ils ont privé le reste du pays des moyens de financement.
 
Les banques avaient parasité le circuit salarial public. En effet, quasiment tous les fonctionnaires de l’Etat, quels que soient leur grade et leur fonction, avaient contractés des prêts auprès du système bancaire. Le salaire des agents publics de l’Etat étant stable et à échéance fixe était une véritable “mine d’or” pour les banques qui s’y rémunéraient à coups d’intérêts et de commissions appauvrissant progressivement les endettés.
 
En effet, le crédit voiture était un handicap, car la voiture (de “troisième choix”, voir plus haut) allait dès les premiers mois accaparer des dépenses supplémentaires et se dévaluant avec le temps, elle hypothéquait en même temps que la banque les revenus de l’emprunteur.
Le crédit immobilier n’était pas moins un handicap puisque les emprunteurs recevant les prêts pour la construction se sont enlisés dans la construction d’habitats parfois surdimensionnés par rapport à leur besoin de logement sinon pris dans la tourmente de l’évolution exponentielle des matériaux de construction et de la main d’œuvre. C’est alors le cycle vicieux des requêtes pour “crédits complémentaires” et la valse des “saisies immobilières” engagées par les banques pour leur remboursement et les litiges qui n’en finissaient pas. 
 
Quant au crédit études, la déception due au chômage des jeunes ajoutait au malaise des ménages qui se sont endettés pour un avenir incertain. Cette situation est d’avantage aggravée dans les zones défavorisées et rurales où les familles attendaient beaucoup de la solarisation de leurs enfants en tant que soutien économique.
 
La frustration
 
Le système bancaire a beaucoup contribué à “l’asservissement” du Tunisien. Et la politique des crédits aux ménages qui a pris son essor dans les années quatre-vingt a contribué à mettre le “tunisien” dans les chaines de la consommation et du bien hypothéqué.
 
Le pouvoir politique promouvant le recours au crédit et en encourageant le système bancaire a probablement eut (tout au début) une volonté “d’équipement et de logement” des ménages mais cela a conduit de façon très cynique à l’asservissement du ménage et à son maintien dans les chaines d’une dépendance qui allait dicter jusque le comportement du tunisien par la contrainte et la crainte. Une attitude machiavélique des pouvoirs publics qui ne disait pas son nom mais qui explique pourquoi le tunisien face à toute l’injustice qu’il a subi est resté “muet”.
 
Voici comment.
 
Le Tunisien moyen, des grandes villes (archétype de la société tunisienne active) occupait principalement les postes et les emplois publics et privés dans l’administration publique et les entreprises . Il constituait donc la “cheville ouvrière” d’une classe moyenne qui allait être mise dans les chaines de l’endettement. Ainsi le chef de famille comptait chaque mois le nombre de traites (ou chèque de garantie) à payer sur ses emprunts que devait faire valoir sa banque sur son salaire. Et il sait que la législation tunisienne protège de façon extrêmement rigoureuse les intérêts de la banque. Ainsi le non paiement des traites conduisait tout simplement à la confiscation du bien acquis (voiture, maison, équipements) et à sa vente aux enchères. Et les banques faisaient travailler à fond leurs huissiers notaires. Les mises en demeure, les préavis de non paiement étaient tous aux frais de l’emprunteur. Et tout un réseau d’huissier était accrédité auprès de banques pour ce faire. Mais aux traites à payer s’ajoutait la pratique fort répandue du “chèque de garantie” que la loi pourtant interdisait mais que toutes les entreprises de vente à crédit non seulement acceptaient mais exigeaient de l’emprunteur. Ceci fit que l’émetteur de chèques de garantie, était totalement à la merci du prêteur. Etant un moyen de paiement à vue, le chèque sans provision est sévèrement réprimé par la législation tunisienne qui lui consacre d’ailleurs tout un pan des ses dispositions pénales.
 
C’est ainsi que surendetté, avec à chaque fin de mois une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, le tunisien était tout accaparé à faire que ses traites et chèques soient payés. Sinon c’est la confiscation assurée par la banque de tout ce qu’il a acquis à tempérament. Sa maison, sa voiture et ses équipements. Et cette situation traumatisante fit que le tunisien tenant coute-que-coute à son salaire se soumettait à toutes les contraintes de son service pour ne pas perdre son emploi ou les avantages qui y sont liés. Certains se faisant tout petits, d’autres se faisant oublier et la majorité face à cette dépendance gardait le silence. Muette pour ne pas perdre son salaire. Mais s’agissait-il simplement du salaire ? Il s’agissait de la vie du ménage.
 
En effet, les tribunaux regorgent d’affaires de familles éclatées du fait de la “faillite” du chef de famille mais aussi de la confiscation des biens acquis à tempérament. Les banques vendaient aux enchères les habitats difficilement construits par des familles ou acquis à grands sacrifices sur leur revenu. Tant la justice que la force publique contribuaient à cet état de fait. L’exécution des jugements notamment en référé sur la confiscation des biens étaient la règle .Les banques avaient les moyens de mettre en œuvre la coercition. Le Tunisien craignait alors l’exploit d’huissier-notaire qui signifiait pour lui non seulement une confiscation de biens mais souvent l’éclatement de son ménage.
 
Alors il subissait toutes brimades. A chaque niveau d’emploi, chacun subissait. L’agent face au chef de service, ce dernier face au Directeur. Le Directeur face au directeur général et ainsi de suite. Chacun s’agrippant à son emploi, sachant pertinemment que le perdre était synonyme de descente aux enfers.
 
Aussi l’employé frustré acceptait tous les dépassements et se taisait résigné. Son horizon de revanche sera le jour où il pourra payer toutes les crédits qu’il a contractés et jouira paisiblement du bien acquis. Hélas, la cherté de la vie, l’augmentation perpétuelle des charges familiales, les coupes en règles effectuées par les emprunteurs sur les revenus des ménages absorbaient le maigre espoir de s’en sortir. 
Le peuple économiquement asservit l’était aussi politiquement. Et cela ajoutait encore à la frustration.
 
La mise sous séquestre de la volonté
 
Le régime avait développé un “maillage” politique extraordinairement subtile de la société tunisienne. A travers un parti unique il se ramifiait jusqu’au moindre bourg. Ces “cellules” avaient pris en otage le moindre voisinage. Les “coordonnateurs” et autres “militants” étaient présents à tous les niveaux de l’Etat. Du comité d’entreprise au directoire en passant par l’administration centrale, régionale et locale, tout et tous devaient “s’affilier” au parti et intégrer ces cellules.
 
Nul ne pouvait prétendre à un poste de cadre ou de direction s’il ne possédait pas sa carte d’adhérent au parti. Il devait l’acquérir bon gré ou mal gré sinon pas de voie de salut. S’assimiler politiquement ou s’exiler.
Le parti unique en maillant la société tunisienne a utilisé les moyens financiers de l’Etat pour “ferrer” les classes sociales à revenu faible. Les cellules de coordination du parti mettait des familles entières dans une dépendance à l’égard des moyens matériels et financiers épisodiques qu’elles dispensaient aux chefs de famille (livres scolaires, fournitures…) et réclamaient en contre partie leur adhésion sinon leur silence.
 
La formule de la révolte
 
La révolte tunisienne est donc issue des éléments suivants :
 
Une “dynamite” sociale à la mèche de laquelle des catalyseurs ont mis le feu et dont la flamme a été entretenue par des médias internationaux jusqu’à l’explosion et une institution qui a joué le pompier : l’armée. Ce fut donc une situation latente et explosive, des catalyseurs, des raviveurs de tension et un stabilisateur.
 
a) Une situation potentiellement explosive
 
- Un dictateur notoire
- Un parti unique oppressif
- Une opposition traquée
- une presse nationale aliénée et muselée
- Une désinformation officielle instituée
- Un appareil sécuritaire étouffant
- un régime politique monopolisé à vie
- une classe courtisane notoire dans le giron du pouvoir pillant l’économie
- des classes sociales surendettées (par le système bancaire et la surconsommation)
- une économie siphonnée par des multinationales (télécom et internet, les hypermarchés)
- une jeunesse au chômage (diplôme dévalué et sans perspective d’emploi)
b) Les catalyseurs de l’explosion :
 
- Les chocs violents (immolation et meurtres)
- Internet (Facebook)
 
c) Les raviveurs de tension :
 
- El jazeera
- la presse occidentale
 
d) le stabilisateur
 
- une armée républicaine
 
 
ii)la situation en Tunisie après le 14 Janvier 2011 : du Jasmin toujours.
 
Les mouvements de révolte se sont tassés, et la Tunisie reprend le chemin de la tranquillité. Et pourtant la période postrévolutionnaire est aussi riche d’enseignements pour comprendre la révolution que durant la révolution elle-même.
 
En effet, c’est aujourd’hui que le Tunisien (toutes catégories confondues) est en train d’exprimer haut et fort, ses attentes et ses revendications. Et c’est là où nous comprenons vraiment ce que la société tunisienne attendait du régime déchu et ce qu’il n’a pu lui fournir causant ainsi sa déchéance.
 
Si l’on devait indiquer quelles sont les revendications actuelles de tout un chacun en Tunisie et ses requêtes du gouvernement de transition actuel , elle se retrouveraient dans les préoccupations suivantes :
 
- La liberté d’expression
- la démocratie
- la dignité
- le travail
- le respect
- le libre-arbitre.
 
II) Quelles leçons pour les autres pays et notamment la Mauritanie ?
 
“Dévaluation, frustration et asservissement”. On pourrait reprendre pour quasiment tous les pays arabes les mêmes termes, qui ont conduit à la révolution en Tunisie. Avec quelques caractéristiques supplémentaires pour la Mauritanie.
 
a) Une situation potentiellement explosive
  • Un dictateur notoire : Ould AbdelAziz est il comparable à Ben Ali ? Certes non, ni pour la période qu’il a passée à la tête de l’Etat, ni pour la fortune accumulée par lui ou sa famille. Mais un Dictateur ce n’est pas seulement une multitude de mandat et des comptes en Suisse, c’est avant tout une façon de diriger et de se comporter face aux institutions. Ould Abdel Aziz, est bien un putschiste son mandat présidentiel il le doit d’abord à la violation flagrante du droit et des lois de la République. Il a été élu certes, mais aujourd’hui les droits de l’homme ne sont pas respectés en Mauritanie. Les personne sont jetées en prison pour leurs opinions politiques d’autres croupissent en prison sans jugement. Ould AbdelAziz gère l’Etat de façon totalement personnifiée. Il fait et défait à sa guise l’administration et distribue ses faveurs à son cercle d’influence. Le pays s’enfonce dans une misère noire et d’autres classes de son giron s’enrichissent. Exactement comme cela commença avec Ben ALI. Et se termina avec lui.
  • Un parti unique oppressif : Même si le parti unique n’existe pas officiellement en Mauritanie. Il existe de fait : un ramassis d’individus qui ont traversé tous les régimes et qui se reconstituent chaque fois qu’un autre individu prend le pouvoir pour se constituer en “parti de la majorité”. Celui qui arrive au pouvoir trouve souvent devant lui “son” parti majoritaire. La Mauritanie est le seul pays au monde ou le dirigeant arrive au pouvoir et se voit affecté un parti qui se crée de toute pièce à la suite de son arrivée. Alors que dans les autres pays c’est le parti le vecteur et le support du candidat pour arriver au pouvoir. En Mauritanie c’est tout le contraire. Le “parti” nait, se constitue, s’affecte un épithète de “majoritaire”, courtise le dirigeant et se fait “une légitimité” forcée. Cette situation d’acclimatation de la médiocrité partisane mauritanienne dans le giron du plus fort s’explique par le fait que ce dernier arrive au pouvoir par la force (coup d’Etat ou coup des urnes), précédent ainsi “son” parti à la tête de l’Etat. Parti qu’il ne connait pas, dont il n’a jamais entendu parler et qui tout-à-coup devient le sien au moment où il pose son séant sur le fauteuil présidentiel. 
Ce parti du séant, postérieur à la prise du pouvoir, majoritaire par appellation et aussi éphémère que son maitre de céans constitue cependant un parti unique de fait ne tenant qu’au séant de son maitre.
 
N’étant pas un parti politique mais une collection d’individus mus par de bas intérêts économiques financiers ou de clans il fera tout pour perpétuer le dictat de celui qu’il est supposé soutenir en contrepartie d’une stratégie de légitimation tout azimut.
 
Ce parti du séant, est aussi dangereux que le parti unique classique. Si ce dernier est institutionnellement fort et affirme sa force et détient une légitimité de part une action partisane de fait ou historique et ne fait pas de compromis avec les autres partis de l’opposition. Le parti du séant n’a aucune légitimité ni de fait ni historique et il est tout orienté vers la destruction des autres partis politiques à travers leur “débauche” en les intégrant dans sa “majorité”, en détournant leurs sympathisants et en utilisant les moyens de l’Etat pour arriver à ses fins.
 
Toujours est-il que la scène politique et sociale sent lourdement cette oppression du parti de séant. Et elle sait cependant que son existence ne tient qu’au maitre du…séant. Et donc il disparaitra de lui-même lorsque le maitre de céans sera forcé de lever son séant du siège usurpé.
 
Une opposition traquée : Si en Tunisie, l’opposition existe mais a été fortement affaiblie, traquée et exilée durant ces dernière années par le régime à parti unique, en Mauritanie l’opposition a été fortement affaiblie, troquée et écartelée …par ses propres dirigeants. De coup d’Etat en coup d’Etat, les partis de l’opposition mauritanienne ont montré à travers leurs dirigeants leur faiblesse, leur opportunisme et leur manque de cohésion.
 
Mais faut-il compter sur l’opposition pour faire la révolution ? Heureusement pour la Mauritanie que non ! La révolution tunisienne qui a bouté dehors la pire des dictatures appuyée sur un parti unique tentaculaire et un système sécuritaire des plus féroces a été faite par la rue.
 
L’opposition elle, n’est apparue que bien plus tard, recueillant ici et là les fruits de la révolte. Aussi en Mauritanie, il ne fait pas compter sur l’opposition pour faire la Révolution. Il n y a pas d’opposition ; il y a des “dirigeants” d’une opposition qui broient du noir en rêvant de “gouvernement d’union nationale”.
 
Le véritable mouvement de révolte viendra des jeunes chômeurs, des populations déshéritées et des mouvements de luttes pour une cause ne faisant pas doute (lutte contre l’esclavage, contre le tribalisme, la corruption, le népotisme, la ségrégation…) ; il ne viendra pas de partis d’opposition flous embourbés dans la survie et la compromission. L’exemple de la Tunisie est bien là pour le prouver.
 
Il est aussi fort certain que la révolte en Mauritanie aura un particularité que n’auraient pas eu celles des pays arabes. Cette particularité est qu’elle peut être déclenchée par des violences dans les pays frontaliers tel que le Sénégal qui est sur une poudrière. En Mauritanie, la révolte couve à l’intérieur et s’embrasera à travers les frontières.
 
Une presse nationale aliénée et muselée : En Mauritanie, existe-t-il une presse pout qu’elle soit muselée ? Oui. Mais elle n’est pas muselée, elle est ignorée. Ignorée par le pouvoir qui la regarde comme un ramassis de journalistes, des girouettes pour certains, des peshmergas pour la plupart. En tout cas ceux qui se démènent n’ont pas les moyens de leur Presse et l’Etat a pris, depuis longtemps, le parti soit de les acheter soit de les ignorer en leur appliquant le principe du mépris :“Cause toujours” .
 
Certes, une certaine presse électronique, par son audience internationale, inquiète le régime mais elle reste à se professionnaliser et à s’organiser. Elle pourra jouer un rôle crucial si la tension montait et que le monde se tourne vers elle, à l’image du web tunisien pendant la période de la révolte.
 
Une désinformation officielle instituée : Le régime tunisien avait érigé la désinformation en “savoir faire”. A travers l’Agence Tunisienne de la Communication extérieure (ATCE), il avait mis en coupe réglée toute forme d’information entrante ou sortante de Tunisie. L’ATCE réalisait, à travers ses agences à l’extérieur, ses conseillers dans les ambassades, une désinformation qui induisait le reste du monde sur la nature et les actes du régime. Elle s’interposait et s’imposait comme source principale et officielle pour le reste du monde.
 
En Mauritanie, la désinformation n’a pas son agence (l’AMI étant une boite sans stratégie et sans compétences) mais ses agents. Les officiels mauritaniens sont eux-mêmes les vecteurs de la désinformation. Alors que l’ATCE fonctionnait par action l’appareil mauritanien fonctionnait par omission.
 
Le premier support de la désinformation du régime mauritanien est une pléiade de fonctionnaires affectés au ministère des affaires étrangères, dans les ambassades et les consulats qui développent, par leur inaction, une telle force d’inertie et de blocage de l’information que le résultat, assimilable à la situation tunisienne, est le même : induire le reste du monde en erreur sur la réalité de ce qui se passe sous leur régime.
 
Mais heureusement et contrairement à l’ATCE, qui avait d’énormes moyens pour museler et même acheter une certaine presse étrangère, l’appareil “désinformatif” mauritanien ne pèse pas lourd face aux médias internationaux qui éclairent sur la situation au pays. C’est donc un appareil faible qui éclatera aux premiers contrecoups d’une révolte.
 
Un appareil sécuritaire étouffant  : Le régime Mauritanien a toujours utilisé la force publique pour assujettir le citoyen et ses représentants. La police mauritanienne, sa sureté et ses renseignements est tout orientée vers la frustration du citoyen, comme cela fut le cas en Tunisie. Mais ce qui est davantage plus grave , c’est qu’avec la menace Aqmi, la politique antiterroriste peu réfléchie du régime a encore exacerbé sa déviance sécuritaire étouffant le citoyen et le frustrant. L’appareil sécuritaire s’est durcit, et le citoyen prend chaque jour sur lui. Or le régime se durcissant n’aménage aucune voie pour les libertés. Et cela est fatal à terme.
 
Un régime politique monopolisé à vie : En Mauritanie , le régime de Ould AbdelAziz est bien un “régime à vie”. N’est-ce pas le général qui a fait un coup d’Etat pour lui, qui a imposé un président qu’il a destitué et qui s’est fait élire. Pour Ould AbdelAziz, “l’Etat c’est lui”. Un général des lumières. Tout comme Ben ALI, il a fait un coup d’Etat de palais, et comme Ben ALI, il s’est fait élire. l’Etat lui appartient. Il est le Président de céans. Et ce sont tous les deux des généraux. Des généraux qui ont renversé des particuliers. La constitution quant à elle, sera révisée au moment opportun, quand la nécessité de se faire réélire, sans droit, se fera sentir (Ben Ali est passé par là). Le général mauritanien, quant à lui est psychologiquement, en perpétuel état de siège ( “Icare en état de Siège”)
 
Une classe courtisane notoire dans le giron du pouvoir pillant l’économie : Il ne fait pas de doute que le général président a autour de lui une “cour” qui pille la nation. Des commerçants forts connus monopolisant le système économique et des alliés profitant des avantages qu’il leur accorde.
 
Des classes sociales surendettées (par le système bancaire et la surconsommation) : Le même schéma d’endettement que la Tunisie pourrait être retenu à la différence près que l’endettement de la classe mauritanienne est un endettement improductif (réduit à la consommation courante) et se fait sur de maigres revenus rendant encore plus criante la pauvreté. Alors que le Tunisien s’est surendetté mais en construisant sa maison (principale ou secondaire) en scolarisant ses enfants, en acquérant des moyens de locomotion accroissant sa mobilité dans la population active, le Mauritanien s’est davantage appauvri et est l’otage de ses créanciers (du banquier au boutiquier du coin). A cela s’ajoute l’escroquerie des banques non contrôlées (manipulant les intérêts et les commissions) travaillant par complaisance, et leur connivence avec des promoteurs immobiliers acquis à leurs intérêts.
 
D’autre part, inconséquent et non prévoyant, le Mauritanien ne développant pas l’épargne est soumis de façon quotidienne aux contrecoups du besoin. Le ménage mauritanien est, plus que tout autre dans la sous-région, exposé aux pires lendemains. Ce lendemain incertain s’ouvre sur une poudrière.
 
Un endettement des ménage du ménage mauritanien dont on pu traiter (“l’équation qui empoisonne l’économie mauritanienne : R = C + E”) mais la situation a encore empiré aujourd’hui.
 
Une économie siphonnée par des multinationales (télécom et internet, les hypermarchés) : Sur ce point le constat ne fait pas de doute et l’on a pu il il y a quelques temps déjà consacrer un article à ce danger de la paupérisation de la population mauritanienne par la succion du revenu national que réalisent les multinationales des télécoms et de l’internet (le Grand siphonage de la Mauritanie ). Quant aux méfaits des supermarchés ils apparaissent chaque jour à travers une poignée de commerçants regroupés en famille notoirement connues et qui monopolisent tout le commerce. Ce sont de véritables aspirateurs de maigres revenus de ménages et ce sont eux qui hantant les couloirs du pouvoir s’octroient le marchés publics et les biens publics (la récente mise en coupe réglée des terrains des blocs rouges en est un témoignage vivant).
 
Une jeunesse au chômage (diplôme dévalué et sans perspective d’emploi) : Le taux de chômage en Mauritanie est l’un des plus élevés au Maghreb. Les diplômés et les étudiants grèvent systématiquement dans les institutions prouvant qu’une crise est inévitable. Quand aux perspectives d’avenir pour la jeunesse, elles sont inexistantes. L’Etat n’a ni stratégie d’emploi à court terme, ni même un plan de développement économique et social lui permettant de gérer la situation avec des moyens adéquatement affectés à l’emploi. Le régime mauritanien en tout navigue à vue et va certainement faire face à une immense vague de contestation d’une jeunesse sans moyen et sans avenir.
 
b) Les catalyseurs de l’explosion :
 
Les chocs violents (immolation et meurtres) : La Mauritanie comme la Tunisie a vécu l’immolation de personnes voulant montrer, à travers leur sacrifice, leur désarroi face à des régimes sourds à leurs revendications. Et l’on sait ce qu’il en advint pour le premier pays et il ne fait pas de doute qu’en Mauritanie le fait court encore dans les esprits échauffés et dans la mémoire du peuple. 
 
Internet (Facebook) : La communauté mauritanienne est massivement présente sur internet et Facebook fait son quotidien. Elle est capable d’en faire usage comme moyen d’information de masse en temps de crise.
 
c) Les raviveurs de tension :
 
El Jazeera : Contrairement à l’Egypte et ses puissants moyens de télécommunication, la Mauritanie en cas d’échauffement ne pourra ni brouiller ni bloquer cette chaine. Elle subira donc les incursions et les alertes qui informent, motivent et enflamment les populations soulevées.
La presse occidentale : Tout comme ce qui arriva pour la Tunisie et l’Egypte, les médias occidentaux vont submerger les ondes de leur dadas favoris, les droits humains et tutti quanti. Ils vont ameuter les gouvernements du monde entier et l’opinion internationale sur les exactions, les violences et les atteintes aux libertés…
 
d) Le stabilisateur.
La Tunisie a eu cette chance extrêmement importante d’avoir vu l’armée se ranger aux côtés du peuple. Le Général chef d’Etat Major de l’armée a refusé d’obtempérer aux ordres du dictateur Ben ALI de tirer sur les manifestants. L’armée a aussi par sa présence neutralisé toute velléité des forces de sécurité (pourtant bien plus nombreuses en hommes et en armes et bien plus équipées) de s’en prendre au peuple.
Qu’en sera-t-il en Mauritanie, si une révolution se déclenchait ? Quelle sera la position de l’Armée ? Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, l’armée ne sera certainement pas aux ordres de Ould Abdel Aziz. Le BASEP probablement commettra, comme a commis la garde présidentielle de Ben ALI, des incursions et des violences sur la foule mais très vite la pression populaire nationale et internationale le dénoncera et le dissuadera. Mais ce ne sera pas suffisant, l’armée mauritanienne interviendra surement pour protéger le peuple, car l’armée mauritanienne ce n’est pas ould Abdel Aziz. La preuve la plus éclatante de cela et qui s’applique avec encore plus d’évidence pour Ould Abdelaziz, est la désolidarisation de l’armée Egyptienne du Président Moubarak. Et si l’on sait que Moubarak est un “héros” de cette armée et qu’i y avait acquis une respectabilité militaire notoirement reconnue ont comprend alors que l’armée mauritanienne se désolidarisera très vite de Ould Abdelaziz, qui loin d’être un héros ayant acquis ses galons sur les champs de bataille, est général par ancienneté et par reconnaissance de celui qui l’avait précédé au fauteuil présidentiel.
 
A tout cela s’ajoute une armée qui a un état d’esprit qui peut très vite aller en faveur du changement (Voir “le petit guide non illustré pour comprendre les militaires mauritaniens”)
 
En conclusion.
 
Les ingrédients de la révolution tunisienne se retrouvent dans tous les pays arabes. Parfois même avec plus d’acuité.
En Mauritanie, les situations de chômage de toutes les catégories sociales et particulièrement la jeunesse, de paupérisation des populations, de corruption, de pillage des biens publics, de népotisme au sommet de l’Etat, d’exclusion, de tribalisme. de ségrégation et d’exclusion, sont évidentes.
 
Que reste-t-il donc des ingrédients d’une révolution ? Rien.
Et l’une des plus belles leçons de la révolution tunisienne, et à sa suite la révolution égyptienne, c’est que la communauté internationale n’existe pas. Ou plutôt disons-le : elle est avec le plus fort sur le terrain.
C’est autant dire que lorsque le peuple se prononce, ses dirigeants n’ont plus d’amis et ceux parmi les pays occidentaux qui les soutenaient deviennent très vite leurs pires ennemis. Ben ALI et Moubarak en sont les témoins exilés. Leurs “indéfectibles amis”, la France et les Etats unis ne les contrediront pas.
 
Pr ELY Mustapha

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2 réactions à cet article    



  • TOUS LES CLIGNOTANTS SONT AU ROUGE...

    SI EN 2012 SAKO REPASSE ...NOUS AURONS UNE REVOLTE COMME EN AFRIQUE DU NORD
    SI LE PEN PASSE....CE SERA UNE GUERRE CIVILE...NOS ELUS SONT TELLEMENT LOIN DU TERRAIN ET TROP OCCUPES A FAIRE DES « AFFAIRES » QU ILS N ENTENDENTS PAS CE QUE DIT LA BASE.... OU ILS SONT TOUJOURS EN CAMPAGNE................................CA GRONDE...

    TOUSENSEMBLE


    • suumcuique suumcuique 4 juillet 2011 17:17

      Tous ensemble ?
      N’y comptez surtout pas.
      Il n’est pas question que ceux qui vivent à la spartiate par nature et font tout pour ne pas s’endetter auprès des banques éprouvent la moindre sympathie pour ceux - la majorité, l’écrasante majorité - qui cèdent aux sirènes du soi-disant progrès et aux sirènes de leurs instincts animaux en s’endettant lourdement auprès des banques pour se payer tous leurs petits caprices de soi-disant civilisés (portable(s), I-phone, vacances à la mer en été et à la montagne en hiver, etc.) et vivre ainsi au-dessus de leurs moyens pour imiter leur starlette préférée. En particulier, il n’est pas question que les patriotes éprouvent la moindre sympathie pour ceux qui, milliardaires apatrides ou smicards français humanitaires, contribuent à vider les caisses de l’État et à rayer la France de la carte en accueillant « toute la misère du monde ».

      Comme le montre excellemment cette radiographie de la société tunisienne d’avant la « révolution du jasmin », les Tunisiens n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes et, de même, tous les peuples qui veulent vivre au-dessus de leurs moyens en empruntant exagérément auprès des banques ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes. On ne peut pas vivre constamment à crédit. Un jour ou l’autre, il y a un retour de la manivelle.

      Ali a cédé aux caprices du « bon peuple », ou, plutôt, il a cédé à la volonté des banquiers, dont l’intérêt est de faire de tout citoyen un esclave en l’amenant à s’endetter auprès des banques. C’est pourquoi les seuls peuples qui pourront s’en sortir dans les années qui viennent seront ceux qui seront forcés de remettre leur destin dans les mains de dirigeants dignes de ce nom, de dirigeants qui font passer les intérêts nationaux largement avant ceux des banques, de dirigeants qui, par exemple, veilleront à ce qu’aucune famille de smicards ne puisse dépenser jusqu’à 30 pour cent de son salaire dans l’achat de forfaits de téléphone portable, comme c’est le cas actuellement ; de dirigeants qui mettront un terme à la décentralisation, décentralisation qui autorise n’importe quel petit despote local à jeter les impôts par la fenêtre en faisant construire une salle des fêtes, un gymnase, un musée, un palais des congrès, une salle de concert, une médiathèque, etc., y compris dans des villes de moins de 15 000 habitants !

      Il est de plus en plus nécessaire de protéger le ’bon peuple" contre lui-même - contre ses démons, que les banques et leurs pantins politicards ont réveillés et déchaînés.

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