• vendredi 24 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Politique > François Bayrou et les valises de billets qu’il a refusées
69%
D'accord avec l'article ?
 
31%
(22 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

François Bayrou et les valises de billets qu’il a refusées

Perplexité. C’est la réaction du journaliste lorsque François Bayrou lui a avoué qu’on avait cherché à l’acheter avec de l’argent sale.

Très prochainement, je reviendrai sur la rentrée politique très réussie de François Bayrou, mais avant, je veux évoquer rapidement la prestation du président du MoDem sur France Inter ce mardi 20 septembre 2011.

Depuis quelques jours, il a repris dans son argumentation un sujet assez populiste à propos des nombreuses affaires politico-judiciaires qui minent la démocratie française. Si François Bayrou n’évite pas cette dérive démagogique avec quelques envolées anti-système, c’est parce que cette attitude politique est rentable électoralement.

Il l’avait déjà utilisée en s’en ayant pris énergiquement aux médias et à leur soumission aux pressions politiques et économiques en automne 2006, à l’époque où sa candidature était inaudible dans les sondages. Cela lui a valu une percée très prometteuse dans les sondages.

Aujourd’hui, il semble renouveler le tir avec l’argent sale. Il a raison sur le fond. Sa condamnation sans appel des pratiques de corruption est saine et salutaire : « Ce que nous vivons fait honte à tout le monde à tout le monde, (…) le fait qu’on découvre au sein de l’État, des réseaux incroyables, deux, trois, quatre, cinq, des réseaux rivaux de corruption. ».

Mais son argumentation peut être beaucoup moins pertinente. Ainsi, ce mardi matin, François Bayrou est allé un peu trop loin en reconnaissant avoir eu des propositions de "mallettes de billets" avec une phrase plutôt alambiquée : « Si on me l’a proposé, les gens qui l’auraient fait se sont vu renvoyer dans les secondes de manière absolument indiscutable. ».

Patrick Cohen, l’excellent journaliste qui l’interviewait, lui a alors fait préciser : « Ce n’était pas au conditionnel. (…) Lorsque des propositions de cet ordre m’ont été faites, les porteurs de valises se souviendront assez longtemps des réponses qu’ils ont entendues. » pour faire sa démonstration : « C’est juste pour dire qu’on peut dire non ! (…) On peut évidemment remettre dans la vie politique française quelque chose d’élémentaire, qui est une honnêteté civique. Vous êtes en situation de responsabilités et vous êtes porteur vous-même d’une partie de l’image, de la vie du pays qui est le vôtre, de son équilibre intérieur. ».

Prenant un air très attristé, François Bayrou en a même rajouté : « C’est très simple ; les choses dont nous parlons, je ne peux même pas en parler à mes enfants parce que c’est tellement troublant, infiniment désespérant, je ne peux pas dire à mes enfants la réalité d’un certain nombre de choses… ».

Reprenant le troisième thème de sa future campagne ("construire une démocratie digne de ce nom"), le probable candidat à l’élection présidentielle de 2012 a insisté : « La corruption, lorsqu’il s’agit de personnalités chargées de la République au sommet de l’État, ça, c’est une corruption que simplement nous devons un jour ou l’autre éradiquer. ».

Ce témoignage personnel ne manquera pas de créer la polémique. En effet, ces accusations très graves et sans beaucoup de précision font l’effet d’une bombe dans le paysage politique et rappellent amèrement les accusations vagues proférées par Luc Ferry sur un autre sujet. Malaise.


On pourrait même s’interroger sur les raisons pour lesquelles François Bayrou n’aurait pas dénoncé immédiatement ces porteurs de valise. Il a justifié son silence un peu plus tard auprès des auditeurs de France Inter par des arguments d’ordre diplomatique, mais ses déclarations semblent à l’évidence insuffisantes.

Nul doute qu’on n’a pas fini d’en reparler…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 septembre 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou, le rassembleur de Giens.
Interview sur France Inter le 20 septembre 2011.




François Bayrou par franceinter




par Sylvain Rakotoarison (son site) mercredi 21 septembre 2011 - 21 réactions
69%
D'accord avec l'article ?
 
31%
(22 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Taverne (---.---.---.38) 21 septembre 2011 09:26
    Taverne

    "On pourrait même s’interroger sur les raisons pour lesquelles François Bayrou n’aurait pas dénoncé immédiatement ces porteurs de valise.« Tout le monde aura compris (sauf vous manifestement) que sans preuves, on se fait lyncher. Puisque, même avec des preuves, le système vous met au ban et vous jette dans l’opprobre. Voir Luc Ferry que vous citez justement. Mais aussi Tristane Banon. Bayrou se souvient aussi de l’échange avec Cohn Bendit sur le plateau télé de France 2. Personne ne s’était indigné que le troisième homme (près de 19 millions d’électeurs) se fasse traiter de minable mais qu’il ose parler de ce que tout le monde veut taire...

    Il est évident que parler de ces choses ne fait que renforcer le »tous pourris" et créer un poison dans l’opinion.

    L’important n’est-il pas de se faire élire pour que cela cesse ?

  • Par Scual (---.---.---.134) 21 septembre 2011 13:37

    Désolé mais quand vous dites que les affaires qui minent notre démocratie, c’est un sujet « populiste », je trouve ça vraiment dégueulasse.

    Comment un tel scandale, comment la preuve que notre système est profondément corrompu jusqu’au sommet de l’État, comment le fait de parler du seul et unique fond du problème de notre pays pourrait-il être qualifié de « populiste ».

    C’est populaire ! C’est à dire vraiment démocratique car la démocratie c’est le peuple ! Car ces affaires concernent le peuple et ne pas en parler est déjà une faute grave. Le peuple est volé et manipulé et en plus on lui demande de payer la facture des erreurs politiques découlant toutes uniquement de la corruption, en y justifiant par d’autres mensonges encore, et ça c’est pas populiste, mais fasciste.

    Vraiment cet article qui semble avoir pour seul but de culpabiliser, d’isoler et de montrer du doigt un homme courageux qui ose dire la vérité est profondément malsain. Il en faut du courage pour faire ce que vient de faire Bayrou. La dernière personne qui a voulu s’attaquer à la corruption généralisée de manière politique et non à travers des commentaires sans conséquences sur les affaires ponctuelles... c’est Beregovoy et ça ne lui a pas vraiment porté chance.

    Il n’y a, alors que nous payons en ce moment même les pots cassés de toutes ces années de corruption (et non de démocratie) qu’un seul sujet intéressant : la corruption, les affaires, les manipulations, les mensonges, la collusion entre les puissants. Ça et rien d’autres. Le reste ce n’est que distraction pour maintenir les enfants devant la télé pour pas qu’ils deviennent turbulents. Tout les autres problèmes ont des solutions simples, c’est la corruption et le lobbying qui les empêche d’émerger et de s’imposer dans le débat démocratique.

    Si Bayrou est sincère et qu’il s’en tient à ce qu’il a dit, c’est une des déclarations politiques les plus importantes de la part d’un ancien ministre de toute l’histoire de la cinquième république. Il l’a vu, c’est généralisé, il le sait, il le dit. Le « tous pourri » tant décrié comme absurde, ce n’est pas une conversation de gauchos de comptoir, c’est une constatation, un déduction émanant de la sagesse populaire. Et un ancien ministre bien au courant et qui a tout vu vient tout simplement de le confirmer.

    Les décisions politiques ne sont pas dues à la bêtise ou à l’incompétence des concernés mais à la corruption. Ça correspond parfaitement à ce qu’on constate au final puisque c’est toujours les mêmes qui y gagnent et c’est ceux là même qui auraient les moyens de corrompre comme par hasard...

    La corruption, c’est l’exact inverse de la démocratie : c’est la non-représentation des électeurs. Je crois que quand un ancien ministre nous annonce que la démocratie est une illusion et que la politique de ce pays est à vendre, les autres sujets quels qu’ils soient passent à la trappe... logiquement puisque cette déclaration implique que nous n’avons aucun pouvoir sur ces autres sujets.

    Aucun article méprisant sur le « populisme » c’est à dire le peuple, ne saura cacher le fait que la corruption est le sujet le plus important à l’heure actuelle pour notre pays et beaucoup d’autres démocraties « représentatives ».

    Notre système n’est pas la Démocratie, notre système c’est la Corruption.

  • Par Voltaire (---.---.---.27) 21 septembre 2011 13:08
    Voltaire

    Il me semble qu’il faut ici regarder l’élément juridique.

    Un porteur de valise va voir un responsable politique pour lui dire « on vous aime bien, voilà quelques centaines de milliers d’euros pour vous aider dans vos campagnes, faire tourner votre parti... ». Sans demande express de retour, il est impossible de prouver l’acte de corruption. On sait bien que la demande de retour d’ascenceur viendra quelques années plus tard, sur un texte de loi, un soutien quelconque, mais sur le coup, il est quasiment impossible de prouver un acte délictuel, et les porteurs de valise sont biens trop malins pour se faire prendre ainsi.

    En revanche, le refus est impératif : accepter un tel argent serait lui immédiatement passible de délit, en vertue de la loi actuelle sur le financement des partis politiques. A xcela s’ajoute bien sûrs des considérations polituques et morales que Bayrou a rappelé : nécessité pour un responsable politique d’être libre dans son action, et origine de l’argent proposé souvent immorale, voire maffieuse. A cela peut s’ajouter une considération diplômatique.

    Pouf ces raisons, je je pense pas personnellement que Bayrou ait pu dénoncer en justice ces porteurs de valises, faute de délit constitué. Les explications sur France inter étaient effectivement un peu courtes, mais sur le fond on ne peut guère lui reprocher quoi que ce soit. Bayrou a ses défauts, sur lesquels nous nous sommes déjà amplement étendus, mais en matière de probité, il demeure un exemple en politique.

    A l’auteur : j’avais aussi envisagé d’écrire un article sur cette rentrée politique au centre (Bayrou 1, les autres 0) mais j’ai manqué de temps ; si le vôtre arrive prochainement, j’attendrai pour le commenter.

  • Par Ancalimon (---.---.---.66) 21 septembre 2011 14:31
    Ancalimon

    « On pourrait même s’interroger sur les raisons pour lesquelles François Bayrou n’aurait pas dénoncé immédiatement ces porteurs de valise. »

    Et bien plusieurs raisons possibles :

    1 - se faire flinguer (au sens propre et au figuré). Je crois que tous ceux qui, derrière leurs claviers, clament qu’eux, dans ces circonstances, auraient dénoncés aussitôt le corrupteur n’ont aucune idées des pressions, des menaces et de la dureté du monde « politique » ;
    2 - il n’y a pas de délit s’il a refuser donc risque de diffamation en portant plainte et retour à la proposition 1.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don
Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération