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Accueil du site > Actualités > Politique > La réforme sur la fusion des régions et des cantons, une bêtise politique (...)

La réforme sur la fusion des régions et des cantons, une bêtise politique ?

Passer de 22 à 13 régions apporterait, selon la majorité présidentielle, un gain financier et une puissance politique. Dit comme cela, on peut se dire qu'effectivement les petites régions rurales ont tout à gagner avec la nouvelle réforme. En réalité, ce projet ne sera ni bénéfique pour les citoyens, ni pour l'Etat qui cherchait à grappiller quelques deniers en temps de crise. Explications.

Des économies, vraiment ?

Le 1er ministre, Manuel Valls, l'affirme : "cette réforme est incontournable."

Pourtant, si le gouvernement espère des économies avec la fusion de régions, et, par conséquent, des compétences et des élites, c'est tout l'inverse qui se produira.

Un article du "Huffington Post" du 16 janvier 20141 apporte un élément de réponse :

Certaines compétences des départements passeront aux régions (et ce, pour simplifier les domaines et champs d'activités du "fameux" millefeuille territorial). Cela aboutira évidemment à un alignement salarial des agents qui travaillent pour les collectivités. Dans notre système cela reviendra à aligner les agents les moins bien rémunérés vers "le haut." Une chance peut-on se dire pour nos agents. Pas forcément, puisque pour subvenir à ses nouveaux besoins, la collectivité régionale devra forcément se doter d'une fiscalité. A l'heure, où les collectivités territoriales doivent justement se passer d'une bonne partie de l'Etat pour répondre à la solidarité de la dette française, la fiscalité passera par un impôt sur les citoyens.

Egalement, le budget alloué à la région représente environ 2% de la dépense publique (soit environ 28 Mds euros). Une goutte d'eau. L'Etat recherche donc à rationnaliser l'action publique là où les manœuvres de réductions des marges sont extrêmement réduites.

Le think tank libéral, IFRAP (L'Institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques ) est pourtant optimiste : l'Etat peut réaliser des économies à hauteur de 2 milliards d'euros par an... Seule condition et non des moindres, quasiment impossible à réaliser : "que la future gestion soit calquée sur celle de la région la moins dépensière, actuellement, celle des Pays de la Loire."2

Des économies de bouts de chandelles qui risquent aussi de se transformer en dépenses non prévues. En effet, la fusion de régions signifie la rationalisation de l'action publique et la centralisation de la décision politique. La "super-région" devra contrôler, gérer et amener du personnel (élus, fonctionnaires, etc.) en un même lieu qui engendrera automatiquement un coût (difficilement chiffrable aujourd'hui).

Une réforme qui rompt le lien avec le citoyen

Le Front National a actuellement le vent en poupe. L'une des raisons tient à la contestation du politique par le citoyen (tous pourris, l'élu coûte cher, perte de confiance, etc.). Sociologiquement, les meilleurs scores du Front National sont acquis dans les territoires ruraux. La nouvelle réforme souhaite agrandir les régions et les cantons. Un tel projet éloigne le citoyen de l'élu censé le représenter. En effet, le conseil général qui administre la politique d'un canton, en lien souvent étroit avec les intercommunalités, a de réels effets sur la vie quotidienne du Français. L'élu du conseil général a une présence sur son territoire. Dans les zones rurales, il s'agit souvent d'une personnalité connue de toutes et de tous. Passer d'un canton qui regroupe, par exemple, une dizaine de communes avec une densité de 10 000 habitants, à un canton de trente communes d'une densité de 30 000 habitants, aura des effets directs sur l'action publique. Le "super-canton" ne pourra concentrer toute son action politique sur les 3 cantons et certaines villes ou gros villages seront privilégiés. D'autant plus, en cette période de disette où les collectivités locales doivent se serrer la ceinture.

Cette réforme a surtout été pensée par une vision parisianiste de l'action publique. Paris ayant sa spécificité (le conseil de Paris administrant aussi bien la commune que le département), le politique n'a pas la même relation avec le citoyen que dans les territoires ruraux. La réforme a été conçue pour le "Grand Paris"  : Permettre à Paris d'être une super puissance publique lui permettant notamment de "gouverner" la politique de la petite couronne.

Quelle réforme ?

Les professeurs en administration publique sont certainement unanimes : le millefeuille territorial français est d'une immense complexité. Certaines compétences entre la région, le département et les intercommunalités se chevauchent (l'aménagement du territoire, les aides au développement économique de certains territoires, les aides aux associations, etc.).

Il est évident que la problématique de la région parisienne n'est pas du tout la même que dans les territoires ruraux (liée à l'économie, aux transports, etc.). En revanche, en "province", la région peut être perçue comme technocratique loin des préoccupations locales d'un terroir. Il n'est donc pas insensé d'offrir aux départements les compétences des régions. Plusieurs difficultés peuvent toutefois découler de cette suppression. Certains départements ont besoin d'être interconnectés pour leur propre développement (comme Lyon a une influence sur l'activité économique et politique des départements voisins). Une des solutions serait donc de remplacer l'actuel conseil régional par la réunion des conseils généraux. Une mesure qui, contrairement aux "super-régions", n'empiète pas sur la puissance publique de l'Etat. Et quelques économies seront réellement faites...

Jonas

Article disponible sur http://mrc92.fr/index.php/2014/12/pourquoi-la-reforme-sur-la-fusion-des-regions-et-des-cantons-est-une-betise-politique-contribution-de-jonas/

 

1. http://www.huffingtonpost.fr/2014/01/16/reforme-territoriale-surcout-fusion-disparition-regions-departements-metropoles_n_4608313.html

2. http://bfmbusiness.bfmtv.com/france/moins-de-regions-beaucoup-d-ec-842824.html


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16 réactions à cet article    


  • Michel DROUET Michel DROUET 19 décembre 2014 21:12

    Bonjour Jonas

    Une source de coût importante réside dans le nombre d’élus et de collaborateurs qui occupent les cabinets des grands hommes dans les collectivités territoriales en attendant de prendre leur place.
    Une autre source est la communication des collectivités, soit 3.20 € par citoyen et par an.
    Une troisième, c’est la clause générale de compétences : superposition des services qui instruisent le même dossier.
    Une quatrième, est la volonté de faire des investissements parfois inutile et qui coûtent très cher aux contribuables : ronds points, déviations, « embellissement » des villes et autres musées (musée des confluences à Lyon...).
    Diminuons le nombre de collectivités en supprimant le département et ses élus (pas de recyclage à la région), supprimons la clause générale de compétences, etc... et il y aura de véritables économies.
    Rien qu’en supprimant le conseil général dans mon département, j’ai estimé dans un précédent article sur ce site, l’économie à 11 Millions d’euros par an, rien que pour la com et les personnels de cabinet et des groupes politiques, sans compter les économies de personnel à réaliser à terme en ne remplaçant pas des postes devenus inutiles, lors des départs en retraite, en raison du transfert de compétences à la Région (regroupement collèges et lycées par exemple....) 


    • Aldous Aldous 19 décembre 2014 21:15

      Bêtise ?

      Economie ?

      Vous croyez encore aux baratins des gens qui font ces réfomes ?

      Pourtant ils ont tout dit clairement : Ils veulent un Nouvel Ordre Mondial avec un gouvernement unique.

      On demolit l’existant. L’interet des gens ? Mais ils s’en contrefoutent ! Pourquoi croyez vous que depuis 14 ans on militarise la police ? Pour faire joli ? 

      • fred.foyn Le p’tit Charles 20 décembre 2014 08:25

        Cette réforme va coûter des milliards...Une embrouille avant les élections de l’année prochaine...Il faut les virer au plus vite...


        • Michel DROUET Michel DROUET 20 décembre 2014 08:34

          Je n’irai pas voter en 2015 aux élections départementales et régionales parce qu’aujourd’hui on ne connait pas les compétences qui seront dévolues aux différents niveaux de collectivités et qu’on ne les connaîtra sans doute pas avant les élections départementales.
          Voter, reviendrait à donne un blanc seing à des élus en les laissant faire n’importe quoi après sans que les citoyens puisse dire quelque chose.
          J’invite tout le monde à faire comme moi.


          • Le421 Le421 20 décembre 2014 10:03

            Les gens qui réfléchissent et ont un brin de jugeote risquent évidemment de faire comme vous.
            La victoire des prochaines élections à venir sera celle de l’abstention.
            Une minorité d’abrutis lobotomisés ou vindicatifs s’exprimera et donnera pouvoir à... Devinez qui !!
            C’est le danger de la démocratie moderne.
            Pendant ce temps-là, certains illuminés (comme moi) se battent pour faire vraiment évoluer les choses en réclamant une 6ème République. Difficile dans le contexte actuel.
            D’autant plus que la représentation de cette minorité d’abrutis (minorité ??) freine des 4 fers dans la mesure ou elle se nourrit du marasme actuel.
            Remettre de l’ordre lui nuirait.


          • zygzornifle zygzornifle 20 décembre 2014 09:37

            500 000 élus à ce jour , combien en plus demain ??


            • Michel DROUET Michel DROUET 20 décembre 2014 11:01

              Pas plus demain , mais pas moins et c’est bien là le problème !


            • Thierry SALADIN Thierry SALADIN 20 décembre 2014 09:46

              @ l’auteur,


              Comme Aldous, je ne crois pas à leur baratin.
              Nos politiques diraient n’importe quoi — et ils disent n’importe quoi — pour tromper la galerie.
              Il y a autre chose derrière ce projet de réduction des régions : un plan, tout simplement.

              En fait, c’est à terme la disparition des départements (horizon 2020 maximum), le regroupement des communes et surtout une fragmentation toujours plus continue de ce qui fait la France. 

              Dans cinquante ans (peut-être même avant) le nombre de régions sera de nouveau réduit, sans parler de ce que la Charte des langues régionales et minoritaires fera pour contribuer à diviser un peu plus les Français en favorisant le sentiment d’appartenance régional.
              Avez-vous remarqué que sur les timbres postes, l’appellation République Française a disparu ?
              Pourquoi y a-t-il le mot « France » à la place ?
              J’ai lu, je ne sais plus où, qu’il pourrait y avoir des affranchissements régionaux. Et puis ensuite ce sera des timbres régionaux, etc.
              Tout cela est dans les cartons. Ce n’est que dans la durée que les choses s’inscrivent, et selon le principe du cliquet, on ne revient jamais en arrière.

              À terme (cent ou cent cinquante ans), c’est la disparition de la République française, une et indivisible. Mais ni vous ni moi ne le verrons.
              Et nous les laissons faire... Honte à nous ! 

              L’Histoire nous jugera, et sévèrement.

              Cordialement.

              Thierry Saladin

              • Le421 Le421 20 décembre 2014 10:04

                +1
                Analyse, pour moi, exacte !!


              • Michel DROUET Michel DROUET 20 décembre 2014 11:10

                Bonjour

                On peut voir les choses sous l’angle du complot, mais on peut aussi regarder le système actuel sous l’angle de la gabegie administrative, des élus trop nombreux qui nous coûtent cher et qui cumulent à vie comme si c’était un emploi qui leur est dû, de la démocratie qui en prend un sacré coup derrière les oreilles et des impôts locaux toujours en augmentation....
                Et si on regardait les choses de manière moins binaire, c’est à dire en réorganisant notre système administratif local pour le bien des citoyens tout en restant vigilant sur la nation Française ?
                Il y a de la place pour cette éventualité à condition que les peurs concernant la république française ne soient pas un prétexte pour ne rien changer, ou alors, il faut accepter de continuer à toujours payer plus d’impôts pour nourrir la gérontocratie élective qui nous gouverne.
                C’est de là que viennent tous les dangers.
                L’autre danger, c’est le repli identitaire qui se profile derrière la réforme régionale (alsaciens, notamment...) et qui menace aussi la république.


              • Antenor Antenor 20 décembre 2014 11:26

                Pour le moment, c’est surtout le grand flou. Pendant que le débat régional occupe toute la place dans les médias, on voit fleurir des métropole un peu partout. A un moment donné, il va bien falloir répartir les compétences entre métropoles et régions. A Lyon, la métropole récupère toutes les compétences départementales, que va-t-il rester à la région Rhône-Alpes-Auvergne ?


                • Thierry SALADIN Thierry SALADIN 20 décembre 2014 11:35

                  @ Michel Drouet,


                  Vous dites :

                  « (...)ou alors, il faut accepter de continuer à toujours payer plus d’impôts pour nourrir la gérontocratie élective qui nous gouverne. »

                  Il faut donc revoir la Constitution et redonner le pouvoir au peuple, en le dotant de moyens de contrôle.
                  Sans une révolution, je ne vois pas comment y parvenir.

                  Et le temps passe...

                  Cordialement.

                  Thierry Saladin


                  • Michel DROUET Michel DROUET 20 décembre 2014 16:52

                    Bonjour Thierry Saladin
                    Dans la constitution actuelle le peuple est souverain il n’y a donc pas lieu de revoir la constitution pas plus qu’il soit nécessaire d’en arriver à l’extrême (révolution !). Il faut simplement faire de l’éducation populaire pour amener les citoyens à interpeller, en toute connaissance de cause, les élus, pour les obliger à changer. Ce sont les élus qui ont détourné le sens de la constitution.
                    Une révolution ? sans doute, mais surtout la contestation des décisions prises par les élus.
                    Le mouvement est déjà à l’œuvre : voyez ce qui se passe à ND des Landes, à Sivens, pour le Center park, etc...
                    De plus en plus les citoyens contestent les décisions des élus et ce n’est pas fini. C’est cela la révolution actuelle.


                  • Michel DROUET Michel DROUET 20 décembre 2014 17:00

                    Bonjour Jonas
                    « Une réforme qui rompt le lien avec le citoyen », dites-vous...
                    Combien de citoyens connaissent leur conseiller général ?
                    Combien de fois avez-vous eu besoin ’aller voir votre Conseiller Général ?
                    A part les photos sur le journal local des inaugurations de ronds points et des remises de médailles ou de la bise à la centenaire, avez vous déjà vu en réalité votre conseiller général ?
                    Connaissez-vous les compétences du conseil général ?
                    En réalité, les services départementaux règlent 99.9 % des questions des citoyens.
                    En réalité, les citoyens lorsqu’ils ont une question à poser, vont voir le Maire de la commune qui oriente sur les différents services (département, Région,.... Ils sont en général incapables de citer le nom de leur élus (en dehors du Maire). 


                    • Thierry SALADIN Thierry SALADIN 20 décembre 2014 19:00

                      @ Michel Drouet,


                      Vous dites :

                      « Ce sont les élus qui ont détourné le sens de la constitution. »

                      Nous sommes bien d’accord. Et il est illusoire d’espérer que ceux-là changeront un système qui les sert si bien. Nos dirigeants sont des marionnettes de l’oligarchie néolibérale et carriéristes.

                      « Il faut simplement faire de l’éducation populaire »
                      Simplement ? La belle affaire, alors que les médias dominants sont à l’œuvre... !

                      « Une révolution ? sans doute, mais surtout la contestation des décisions prises par les élus. »
                      Mouais. On voit ce qu’il en a été du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel et sur le caractère soumis, pour ne pas dire résigné, du peuple.
                      Faudra-t-il désormais s’habituer à voir la côte de popularité du locataire de l’Élysée frôler un pourcentage à un chiffre, et ce pendant des mois, voir pendant les quatre cinquièmes d’un quinquennat ?

                      Cordialement.

                      Thierry Saladin, (un pessimiste, mais actif).

                      • Michel DROUET Michel DROUET 20 décembre 2014 20:46

                        Bonsoir Thierry

                        D’accord avec vous sur le constat, ce qui rend encore plus illusoire une révolution.
                        Je pense que les ressources des citoyens sont dans l’inventivité : de nouvelles actions, comme Sivens, ND des landes ou bien le refus du center park pour ne parler que des plus médiatiques.
                        Il n’est que de voir la tête des élus concernés par ces projets pour se rendre compte qu’ils sont complètement abasourdis et qu’ils ne comprennent rien à ce qui leur arrive. Ce sont les nouvelles formes de la contestation des décisions des élus omnipotents et accrochés à leurs sièges.
                        Les nouvelles actions ce sont aussi les nouvelles formes d’économie : troc, prêt, véhicule partagé, etc,...
                        Ils n’aiment pas ça nos élus et ce sont ces actions qui minent peu à peu leurs pouvoirs, pas la révolution.

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