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Le cas Dray

Julien Dray a annoncé dimanche qu’il maintenait sa candidature aux régionales sur la liste de l’Essonne, estimant qu’en rejetant celle-ci, le PS avait « foulé aux pieds » des « valeurs fondamentales de la République », comme la présomption d’innocence (la presse).

Il y a deux affaires Dray : la première relevant de la justice et qui a trait à d’éventuelles malversations au détriment des associations Les Parrains de SOS Racisme et Fidl, à propos de laquelle nous nous garderons bien de trancher, et la seconde, que tout le monde au PS, et même au-delà, semble vouloir conserver sous le tapis, qui est relative au train et au mode de vie d’un élu, affaire sur laquelle nous nous permettons d’avoir une opinion.

Julien Dray n’est ni un trader ni un VRP à l’international ; il n’est pas non plus un marchand d’armes ni un maestro de l’ingénierie informatique ; il n’est pas banquier ni agent immobilier à Neuilly-sur-Seine ou dans le 7e arrondissement de Paris, ni héritier d’une dynastie industrielle ou financière ni lauréat du Loto.

Il n’est pas producteur de cinéma ni propriétaire de casinos.

Il tire ses revenus de son statut de représentant du peuple de gauche à l’Assemblée nationale et au Conseil régional d’Ile-de-France (ce qui, par parenthèse, constitue déjà un job de trop), c’est-à-dire qu’il est rémunéré par les impôts directs et indirects prélevés sur les consommateurs et contribuables.

Dans ces conditions, doit-on accepter qu’un salarié de la République se reconnaisse lui-même comme un « acheteur compulsif » et un joueur invétéré de poker, deux activités qui, quoi qu’il en dise, sont, pour durer, naturellement sources de dettes ou, à tout le moins, d’acrobaties financières, et n’ont pas grand-chose à voir avec le sérieux qu’on est en droit d’attendre d’une éminente figure de l’opposition parlementaire ?

Entendons-nous bien : Julien Dray a parfaitement le droit d’être le beauf pittoresque qu’il lui plait d’être, de battre le carton comme Tony Soprano, de porter des montres voyantes de marque et des mocassins à gland - le mauvais goût tapageur typique aux anciens pauvres n’étant pas l’apanage des publicitaires de droite -, mais pas avec notre pognon, pas en se prétendant quelque part le porte-parole « des petits, des obscurs, des sans grade » ou même simplement des classes moyennes.

Nous ne rétribuons pas nos représentants, a fortiori officiellement de gauche, pour qu’ils se comportent comme des starlettes ou des épiciers parvenus, mais pour qu’ils défendent nos intérêts, si possible dans la probité et dans l’intégrité.

Et pour cela, le mieux demeure encore qu’ils n’oublient pas d’où ils viennent et qui sont leurs mandants, à savoir des citoyens en principe préoccupés de justice sociale et pas des actionnaires d’une multinationale.

Est-il dans les attributions d’un élu en général, de gauche en particulier, d’adopter les standards de vie de la jet set et d’en singer les mœurs ?

Notre système de diffusion de l’information, spécialement audiovisuel, et la concentration parisienne de la plupart des instances de décisions -économiques, politiques, culturelles, artistiques- conduisent les cadres dirigeants de partis à fréquenter des individus ou groupes d’individus dont la notoriété, le réseau relationnel et les moyens financiers parfois faramineux ont sur eux un effet délétère, au point qu’un élu peut finir par s’identifier non plus à ses électeurs ainsi qu’il le devrait, mais aux nantis multicartes qu’il fréquente quotidiennement.

Le travers est humain, et, pour ne pas le condamner, on aimerait y apporter un remède : que la rémunération des élus -unique- n’excède en aucun cas celle des cadres moyens de la Fonction publique*.

Ainsi se porteront en avant pour représenter leurs concitoyens ceux qui ont la foi en la chose publique plutôt que ceux qui ont simplement un gros appétit très privé.

 

* On nous épargnera la regrettable et répandue fiction qui prétend contre toute évidence qu’un salaire élevé protège l’élu de la corruption.
par Mathias Delfe (son site) lundi 30 novembre 2009 - 34 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Bardamu (xxx.xxx.xxx.109) 30 novembre 2009 11:14

    La seule vertu du sarkozysme a été de démythifier le prétendu socialisme !
    Les Dray, Dsk, Kouchner, Hollande, Sarko, Bachelot font bien partie de la même bande.
    Réinventons la politique, sinon je crains le pire !

    Dray a sa place, peut-être !... mais seulement en prison.
    On n’a pas fini d’en démasquer de pareils tartufes, car en ce panier, le paysage politique français, les neuf dixièmes des fruits sont bel et bien pourris !

  • Par Mathias Delfe (xxx.xxx.xxx.13) 30 novembre 2009 12:17
    Mathias Delfe

    « Votre propos est totalement fascisant… »

    Tout de suite les grands mots stupides et hors de propos.

    Les fascistes n’ont jamais découragé les dépenses somptuaires et le mauvais goût clinquant, bien au contraire.

    Si vous m’aviez bien lu, vous auriez remarqué que si Julien Dray fût trader ou patron de casinos, je n’aurais pas discuté de ses goûts navrants pour les objets futiles et prétentieux. Ne représentant que soi-même et enrichi par ses clients, il ficherait son fric en l’air comme bon lui semble.

    Je crois que vous n’avez pas bien compris mon propos : qu’un élu du peuple qui tire ses revenus du peuple est tellement trop d’argent qu’il le gaspille en achat de breloques hors de prix -qu’il reconnaît lui-même revendre avec profit à ses copains pour en acquérir d’autres encore plus coûteuses-, je trouve que cela fait la démonstration qu’il est beaucoup trop bien payé et que nous sommes vraiment des couillons de première d’accepter ça.

    Cela dit, j’espère que vous n’êtes pas de ces gens de droite qui estiment que les fonctionnaires sont toujours trop bien rémunérés, mais qui considèrent symétriquement que les nantis n’en ont jamais assez ?

    C’est quand même incroyable : si j’écrivais qu’il faut doubler immédiatement le salaire des professeurs et des infirmières (je suis pour), on me traiterait de fou, mais si je me permets de remarquer qu’un élu rémunéré comme un PDG, ce n’est pas sain, je passe pour un assassin des libertés.

    Parce que c’est bien le niveau de rémunération de cet arbre qui cache la forêt que je remets en question à travers son goût pour les babioles de luxe, dont, en soi, je me moque.

    Maintenant, si la passion de Dray était de s’endetter en collectionnant des tocantes, je n’aurais rien contre, c’est effectivement son problème, mais le fait est que cette manie vient en plus du reste : l’appart parisien, la baraque dans le midi, les grands hôtels, les meilleurs restos, etc…

    Donc, comme le dit un autre commentaire, qu’il fasse ce qu’il veut, mais qu’il change de job. Moi, j’aimerais bien ne pas avoir à être racketté pour ça.

  • Par Fergus (xxx.xxx.xxx.207) 30 novembre 2009 10:58
    Fergus

    Bonjour, Mathias.

    Concernant Dray, l’appellation "beauf pittoresque" me semble assez bien coller au personnage. Et, comme vous, je crois qu’il ne devrait pas y avoir place dans un parti de gauche pour des comportements aussi manifestement en contradiction avec les valeurs défendues. Cela dit, chacun est libre de vivre comme il l’entend, mais cela peut parfaitement se faire hors d’un parti.

  • Par Zord (xxx.xxx.xxx.1) 30 novembre 2009 19:04
    Zord

    Bien trouvé la comparaison avec Tony Soprano !
    Julien Dray, c’est comme Sami Naceri, à chaque fois que je vois sa tête je ne peux pas m’empêcher d’avoir une pensée furtive du style, "aaah il est plus en prison lui ???"

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