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Accueil du site > Actualités > Politique > Suppression de la carte scolaire ou la réforme par l’idéologie

Suppression de la carte scolaire ou la réforme par l’idéologie

En faisant l’historique de la suppression de la carte scolaire (ou désectorisation) depuis sa mise en place sous de Gaulle en 1963, jusqu’à sa suppression totale en 2010, il apparaît qu’à chaque étape, c’est l’idéologie libérale de décideurs aveugles qui l’emporte sur la prise en compte d’une évaluation rationnelle des politiques mises en œuvre. Cette évaluation rationnelle fut pourtant réalisée avec sérieux, aussi bien au sein de l’institution scolaire (rapports officiels, notes…) que par des chercheurs indépendants.

Constat pour le moins étonnant concernant des idéologues qui n’ont que les mots évaluation et efficacité à la bouche. Constat étonnant, encore, à considérer la remarquable constance de la réforme, en dépit de l’alternance politique qui caractérisa cette période.

Remarque préalable : la chronologie de la période allant de 1959 à 2001 a été réalisée à partir du chapitre 11 du livre de Claude Lelièvre : Les politiques scolaires mises en examen (ESF, 2002).
 
1959 : allongement de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans. Le collège unique commence à se dessiner, dont le but est de « capter » tous les élèves « doués », quelles que soient leurs origines sociales ou géographiques, pour les orienter vers des études longues (il y va de l’« intérêt général », national, dans la guerre technico-économique exacerbée par l’entrée dans le Marché commun).
 
1963 : création des CES, qui regroupent des établissements des anciennes filières primaire et secondaire, (cours complémentaires, CEG, lycées…), et des établissements créés de toutes pièces (que l’on construira bientôt au rythme d’un par jour ouvrable). La circulaire du 7 mai 1963 (carte scolaire et sectorisation) permet d’établir les conditions d’une « nouvelle donne » entre ces trois types d’établissements.
 
1984 : sous la pression idéologique des libéraux, le principe de la sectorisation est remis en question dans cinq zones géographiques de la France, à titre expérimental. « L’éducation de l’avenir est une éducation dirigée d’en bas, par la demande. Or, la demande suppose le choix, la liberté, la concurrence, la pluralité de choix » (Alain Madelin, Pour libérer l’école, 1984)
Selon Fréderic Gaussen, journaliste de l’éducation, « les conclusions de cette expérience posent un dilemme redoutable. Supprimer la sectorisation correspondrait manifestement aux vœux des familles, surtout aux préoccupations des classes moyennes/supérieures. Mais ce serait aussi accentuer les clivages sociaux qui divisent l’école, et mettre un coup d’arrêt à la politique de démocratisation et d’égalité des chances lancés par les gouvernements gaullistes… ».
Il faut noter que pour les penseurs libéraux, la suppression de la sectorisation et l’autonomie des établissements sont indissociables : « Ainsi, par « la liberté, l’autonomie, la concurrence » sera mise en œuvre « la seule logique moderne : celle du libéralisme. » (A. Madelin, Pour libérer l’école).
 
Lors de la campagne des législatives de 1986, le RPR propose, via sa secrétaire nationale à l’enseignement et à la recherche, Michèle Alliot-Marie, de parvenir à la « liberté totale » du choix de l’établissement par les familles en 1991.
 
1987 : René Monory, ministre de l’Education Nationale de Jacques Chirac étend les expériences d’assouplissement à 77 départements sur 95 par des zones de « libre choix » qui concernent 11% des collèges français, principalement en zone urbaine. De nombreux aménagements, conçus presque au cas par cas, limitent la portée libérale de la mesure (par exemple, certains collèges les mieux côtés sont exclus des zones de libre choix).
 
Suit l’extension progressive du dispositif « expérimental » qui touche la moitié des collèges et un quart des lycées en 1990. En 1991, le sociologue Robert Ballion explique que la désectorisation multiplie par sept les chances d’enfants de cadres et d’enseignants de se retrouver dans des classes de sixième à faible taux d’élèves en retard. De plus, elle favorise des pratiques qui participent à la mise en place de facto et symbolique d’un marché scolaire. On assisterait à un « changement radical d’attitude à l’égard de l’institution : celle-ci n’est plus conçue comme un service public (visant l’intérêt général), mais comme étant un service du public (devant répondre aux intérêts privés) ». (La bonne école, Hatier, 1991).
 
Ces constats feront dire au ministre de l’éducation François Bayrou en 1993, par un habile retournement : “L’extension de la liberté de choix, par les familles, de l’établissement scolaire de leurs enfants est juste. Cela doit permettre d’offrir à tout le monde les avantages jusqu’ici réservés aux plus favorisés, à ceux qui ont des relations ou les moyens de bâtir une stratégie de réussite pour leurs enfants“. Mais paradoxalement, on assistera par la suite à un relatif durcissement de la sectorisation : au lieu de pouvoir émettre trois vœux pour entrer en sixième, les familles se voient réserver une place dans l’établissement de leur secteur d’habitation, avec la possibilité d’en demander une autre dans le cadre d’une politique dite de « dérogation souple ».
 
En 1998, une enquête de la Direction de la Programmation et du Développement (DPD) de l’Education Nationale met en évidence la constance du taux de ceux qui demandent et réussissent à être hors secteur (environ 10%) et la persistance des écarts sociaux à ce sujet. Au total, en comptant les fuites vers le privé, ce sont 30% des élèves qui ne se trouvent pas dans le collège où ils devraient être.
 
En 2001, Jack Lang, dans un éclair de lucidité, déclare : “J’ai bien l’intention de prendre des mesures car je n’accepte pas que la règle républicaine soit détournée. La mixité n’est pas seulement un principe républicain, mais, tout le montre, c’est la condition même de la réussite des enfants. Donc, non seulement je maintiendrai les règles, mais je vais peut-être les rendre plus sévères“. En prenant exemple sur ses illustres prédécesseurs, il estime qu’il est urgent d’attendre et commande un rapport.
 
En mars 2002, Jean Hébrard présente son rapport intitulé « La mixité sociale à l’école et au collège » au ministre de l’Education Nationale Jack Lang (qui allait bientôt passer la main à Luc Ferry). Dans son chapitre 3 ("La sectorisation scolaire, instrument de lutte contre les ségrégations sociales") le constat est fait qu’ « au collège, tout joue contre la mixité sociale » en raison de facteurs qui se renforcent mutuellement : la diversité des établissements scolaires, les enjeux de l’orientation de la fin de 3ème, et enfin, la différence entre le droit de la réglementation de la sectorisation et son application dans les faits.
Parmi les six propositions avancées par le rapport pour remédier à cette situation on trouve les suivantes :
« Inscrire la gestion de la sectorisation et de la carte scolaire dans un dispositif contractuel et partenarial », dispositif qui pourrait être celui, déjà existant, du Contrat Educatif Local, rassemblant les différents partenaires concernés : Etat, collectivité territoriale, familles, enseignants, partenaires associatifs… ; « Réorganiser l’examen des demandes de dérogation de manière à ce que les règles en vigueur soient réellement explicites et que les décisions soient directement motivées par ces mêmes règles » ; « Mettre en débat l’application de règles de sectorisation dans l’enseignement privé sous contrat » et enfin : « …imaginer, au lieu de découper l’espace urbain en micro-zones chacune centrée sur un seul collège, d’affecter à un secteur large et conçu comme socialement diversifié un groupe d’établissements chargé d’en gérer l’hétérogénéité ».
 
La loi du 17 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales, édicte que la définition des secteurs de recrutement des collèges publics est désormais une décision du Conseil Général de chaque département.
 
En 2007, le candidat à l’élection présidentielle Nicolas Sarkozy déclarait lors de la convention éducation de l’UMP : “Je suis pour la suppression à terme de la carte scolaire. A terme, parce qu’elle n’est possible que dans le cadre d’une autonomie renforcée des établissements“.
Le Figaro remarquait que Xavier Darcos, « L’ex-ministre du gouvernement Raffarin, qui s’est beaucoup rapproché de Nicolas Sarkozy, a sur ce point une approche plus prudente que le patron de l’UMP. Sévère, il critique cette carte scolaire « qui est aujourd’hui contournée par les plus malins ou les plus riches. C’est vrai, il faut trouver un nouveau dispositif, mais c’est un sujet très complexe. Il ne faudrait pas pour autant choisir la dérégulation totale ». 
 
Le 6 mai 2007 Nicolas Sarkozy est élu à la présidence de la République Française.
"Je proposerai d’ici la fin du mois de juin de conduire une expérimentation dès la rentrée 2007", explique Xavier Darcos dans un entretien au Parisien du 29 mai 2007. "Elle reposera sur des dispositions légales existantes. Nous n’aurons pas besoin de faire voter une loi pour la mettre en place". Ensuite, indique le ministre de l’Education, "sur la base des résultats obtenus, cette expérience sera généralisée à partir de la rentrée 2008". Mais, "il faudra bien trois rentrées scolaires pour que la carte scolaire actuelle ait disparu car nous devons, parallèlement, mettre en place les outils de régulation qui garantiront une vraie diversité sociale au sein des établissements scolaires". Lesquels ? Mystère.
Assurant ne pas vouloir "installer le grand marché libéral de l’école", Xavier Darcos affirme qu’il demandera "aux établissements scolaires de veiller à la diversité sociale et géographique de leur recrutement, car c’est sur eux que doit peser l’obligation de mixité sociale, pas sur les familles". Comment ? Mystère, là encore.
 
Aujourd’hui, sur le site du ministère (éducation.gouv.fr), on peut lire : « les demandes de dérogation sont satisfaites dans la seule limite de la capacité d’accueil des établissements. » Si les capacités d’accueil sont atteintes, l’inspecteur d’académie attribue, après avis de la commission d’affectation, les dérogations selon certains critères comme le handicap, les raisons de santé, les critères de bourse au mérite et de bourse social, etc…
 
La question de l’évaluation de la politique de désectorisation semble toujours d’actualité, malgré un processus qui semble inéluctable depuis qu’il a été initié dès 1984. Voici quelques extraits tirés d’un récent article du site Libération.fr :
“Nous demandons la création d’un observatoire de la mixité sociale et scolaire, a annoncé Philippe Tournier, le secrétaire général du SNPDEN, syndicat majoritaire chez les chefs d’établissement du secondaire, lors de sa conférence de presse de rentrée. Le ministère assure que le bilan de la réforme est extrêmement positif mais il ne publie aucun chiffre alors qu’il dispose de toutes les statistiques. S’il ne le fait pas, nous mettrons en place notre propre système“.
“On aboutit à une polarisation, explique Philippe Tournier. Les meilleurs vont sur les établissements les plus débordés et beaucoup sont issus des milieux favorisés“. Et parallèlement, les élèves des établissements mal réputés cherchent à partir, “ce qui aggrave la situation“. “Si en plus, il y a une baisse d’élèves, ces collèges et lycées se vident encore plus vite, avec des équipes de plus en plus démoralisées, qui s’estiment fautives. Et on retrouve les élèves les plus en difficulté dans les établissements les moins demandés“. » http://www.liberation.fr/societe/0101589718-au-bon-souvenir-de-la-carte-scolaire
 
Un article du Monde du 5 novembre 2009 explique que « C’est au détour d’une enquête sur les dispositifs éducatifs dans les quartiers sensibles que les rapporteurs de la Cour (des comptes) ont découvert un phénomène de renforcement de la ghettoïsation des établissements difficiles, conséquence de l’assouplissement de la carte scolaire. Nombre d’observateurs s’en doutaient, mais personne ne pouvait en apporter la preuve, le ministère de l’éducation nationale refusant de communiquer sur le sujet. Désormais, une première indication chiffrée existe. Dans son rapport, la Cour des comptes estime que, sur un total de 254 collèges "ambition réussite", 186 ont perdu "jusqu’à 10%" de leurs élèves du fait de la réforme de la carte scolaire voulue par Xavier Darcos. http://www-org.lemonde.fr/societe/article/2009/11/05/carte-scolaire-la-cour-des-comptes-pointe-un-risque-de-ghettoisation_1263096_3224.html

Quelles conclusions peut-on tirer de cet historique ? Tout d’abord que l’idéologie libérale ne s’encombre pas des clivages politiques gauche/droite pour s’imposer chez nos décideurs. Elle ne s’encombre pas non plus des résultats des évaluations scrupuleusement effectuées par les services de l’éducation nationale ou par les chercheurs en sciences de l’éducation. Ces évaluations, nos dirigeants ne manquent jamais de les demander, exploitant souvent les ressources de compétence de l’Etat à des seules fins de communication (tradition à laquelle Luc Chatel a aujourd’hui la décence de déroger).

On constate aussi que les médias (et les médias de l’éducation) ne cessent jamais d’analyser avec la plus grande naïveté les politiques mises en œuvre, sans jamais donner au lecteur non spécialiste le recul nécessaire pour comprendre la ligne directrice qui se dessine sur le long terme.

Cependant, lorsqu’on prend le temps de faire le travail que nos journalistes ne font pas, on finit par avoir une vision assez nette de la violence par laquelle s’impose l’idéologie libérale : se décrétant la seule possible, elle n’a pas à être discutée au sein du débat démocratique, et quand elle l’est (au sein même des institutions françaises, qui sont les meilleures du monde en matière d’auto-évaluation, ou par l’intermédiaire de la recherche ou de la presse) le débat est tout simplement ignoré.

Comment, dans ces conditions, s’étonner encore du fait que l’idéologie libérale traverse si habilement les clivages politiques par le biais des partis dits de gouvernement ? Comment s’étonner encore des taux record d’abstention constatés lors des élections, en France comme dans un grand nombre de pays occidentaux ? Jusqu’à quand, ce mépris pour la démocratie ?


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19 réactions à cet article    


  • zelectron zelectron 6 avril 2010 17:02

    Il me semblait qu’il était interdit d’interdire en particulier d’interdire le lieu où ses propres enfants puissent étudier en dehors des lieux d’interdiction de la pensée unique.


    • Eleusis Bastiat - Le Parisien Libéral eleusis 6 avril 2010 17:18

      Pleins de remarques sur cet article interessant qu ouvre le debat.

      1ere question : comment les profs justifient le fait que eux (enfin, leurs enfants), beneficient de derogations a la carte scolaire, ou alors, s ils sont dans des collegues de seconde zone, sont dans les classes speciales (allemand russe, latin, classes europeennes, etc)

      source :
       une prof sur au Feminin http://forum.aufeminin.com/forum/enfants2/__f13595_enfants2-Prof-droit-a-la-derogation-carte-scolaire.html

      Les anto profs traditionnels que sont TF1 http://lci.tf1.fr/france/societe/2007-05/carte-scolaire-darcos-veut-doubler-derogations-4888170.html

      un autre aricle http://appy.ecole.free.fr/articles/20010822a.htm

      les plutot pro profs de Libe aussi
      http://www.liberation.fr/tribune/0101548084-a-l-ecole-des-inegalites


      • Eleusis Bastiat - Le Parisien Libéral eleusis 6 avril 2010 17:20

        deuxieme remarque : si la liberte de choix en matiere d’education est une ideologie, pourquoi l’anti-liberalisme n’en serait pas une ?


        • Eleusis Bastiat - Le Parisien Libéral eleusis 6 avril 2010 17:29

          Troisieme remarque, au dela de l’ecole : la mixite sociale, dont les francais ne veulent pas

          - les bobos http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=583 qui en s’installant dans le XIe ou a Montreuil, font fuir lees ouvriers car les loyers progressent http://www.cairn.info/revue-espaces-et-societes-2008-1-p-125.htm
          - les anciens habitants de quartiers a probleme http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/quartiers-la-crainte-de-26669
          - les riches http://reseaudesbahuts.lautre.net/spip.php?article172

          comment faites vous pour l’imposer au niveau territorial, concretement ?


          • Eleusis Bastiat - Le Parisien Libéral eleusis 6 avril 2010 17:32

            Derniere question : vous nous dites qu on nage en pleine ideologie liberale.

            dans ce cas, pourquoi :

            - les enfants de profs reussissent ils mieux que tous les autres dans les filieres selectives et formations payées type Normale Sup, X ou ENA ?

            - les enfants de commercants et chefs d’entreprise ont d’aussi mauvais resultats scolaires ?

            Merci de donner votre point de vue.


            • anny paule 6 avril 2010 17:51

              Excellent article, très bien étayé, très bien argumenté.

              La carte scolaire a effectivement été établie lors de la réforme Capelle-Fouchet de 1963.
              Cette réforme très contestée et contestable a créé comme devant être la seule structure,à terme, les CES. (C’étaient déjà les prémisses du Collège unique). Le Recteur Capelle, associé à la mise en place de cette réforme, a longuement expliqué (cf. Ferrez, Scalabre, LE COLLEGE, Berger-Levrault, Education, 1982) combien il avait fallu faire de concessions à G. Pompidou, alors premier ministre, et « distinguer ces nouveaux établissements des collèges d’enseignement général en rappelant la noblesse de leur origine (enseignement long) au niveau de leur dénomination ». Il a également justifié la mise en place de « la carte scolaire », à ce moment précis, comme étant un moyen de répartir et d’implanter les différents établissements sur notre territoire afin que tous les enfants de la tranche d’âge concernée (11 à 16 ans) puissent avoir accès à un collège. La même loi (carte scolaire) fixait, également, la taille des établissements et organisait un système de « cars de ramassage scolaire ».

              Ces deux aspects sont à noter, le modèle secondaire reconnu comme modèle de référence (à un moment où l’on accueillait de nombreux enfants des classes populaires étrangers à le culture secondaire, bourgeoise par excellence) et la division territoriale « rationnelle » pour implanter les nouveaux collèges (carte scolaire).
               
              Ce qui a été fait par la suite a continué à creuser la faille originelle de la réforme de 1963 (modèle bourgeois et majorité populaire) et utilisation de la carte scolaire à d’autres fins que ce pourquoi elle avait été créée.

              Cette même réforme (ainsi que celle qui l’avait précédée) a surtout mis en place des éléments tels que « sélection » et « orientation » des élèves. Jusqu’alors, les enfants des milieux populaires ou défavorisés qui manifestaient un intérêt et des capacités pour les études pouvaient accéder (par un système de bourses) à des études longues. On peut retrouver cela dans notre littérature, et A. Camus, en est un exemple parfait (cf. « Le premier homme » ouvrage biographique).

              Désormais, le « navire Education nationale » avait viré de cap : on accueillait tous les enfants, mais on les sélectionnait et les orientait par défaut selon un découpage prétabli et incontournable a priori !

              Pas étonnant que nombre de parents des milieux favorisés et nombre de nos hommes politiques aient joué sur la carte scolaire pour obtenir l’établissement de leur choix... en jouant sur les langues étrangères ou l’enseignement du grec ancien, par exemple, puisqu’inévitablement, selon les lieux, il devenait impossible de distribuer des enseignements identiques !

              Cela dit, la suppression actuelle de la carte scolaire reste toute relative... et elle est tout à fait idéologique : elle en arrive à supprimer les établissements publics qui pouvaient encore distribuer des enseignements de type « long »... et à niveler par le bas, sans réussir pour autant à réaliser une réelle mixité sociale. Elle vise à casser notre enseignement public au profit d’officines privées, payantes, et déjà bien implantées sur l’ensemble de notre territoire. 


              • Eleusis Bastiat - Le Parisien Libéral eleusis 6 avril 2010 18:31

                Jusqu’alors, les enfants des milieux populaires ou défavorisés qui manifestaient un intérêt et des capacités pour les études pouvaient accéder (par un système de bourses) à des études longues. On peut retrouver cela dans notre littérature, et A. Camus, en est un exemple parfait 

                ==> mais unique ou du moins, rare.

                Ne connaissez vous pas l’expression « l’arbre qui cache la foret » ?


                Si vous n’en etes pas convaincu, relisez Pagnol et la description de sa classe a Marseille, ou relisez Bourdieu, qui a bien analysé le probleme.

                De plus, ces parcours « republicains » de banlieusards révélés par l’ecole existent encore, cf Eric Zemmour, Sc Po devenu journaliste, ecrivain, maitre de conf, 
                Simplement, comme le lycee s’est massifié, la concurrence est plus intense donc vous avez l’impression que des nouveaux Camus n’emergent pas.



              • Eleusis Bastiat - Le Parisien Libéral eleusis 6 avril 2010 18:37

                Les officines payantes, ce sont les profs qui les alimentent (il faut bien des enseignants, non ?) et elles ne datent pas de Sarkozy. Acadomia a ete cree en 1989, en pleine periode PS.

                De plus, cette distinction public privé est une blague. Louis le Grand, Henri IV, Fenelon, Fermat a Toulouse, le Parc a Lyon, sont publics ET elitistes.


                • Le péripate Le péripate 6 avril 2010 21:56

                  Finalement quel est l’argument central ? Qu’il y a des gens qui savent, des chercheurs en sciences de l’éducation,bref pléthore de Comités Crânes d’Œufs tout disposés à régir nos vies selon de bons principes.
                  Qu’il n’y a qu’à s’abandonner.

                  Ayez confiance.

                  Ben c’est con, parce que moi je suis un idéologue extrémiste : je ne crois pas que quelqu’un sait mieux que moi ce qui est bien pour moi.

                  Maintenant, pour vous, faites comme vous voulez.

                  Mais lâchez nous la grappe.


                  • JL JL 12 avril 2010 09:35

                    « Maintenant, pour vous, faites comme vous voulez. Mais lâchez nous la grappe » (péripate)

                    Mais c’est ce qu’on fait, péripate, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué : on fait comme on veut. Maintenant on n’empêche personne de croire qu’on ne lui lâche pas la grappe, si ça lui plait de croire ça ! Vous êtes libre de vous croire aliéné !  smiley


                  • eric 12 avril 2010 09:16

                    Cet article m’attriste beaucoup. Il vise à détourner l’attention de la vraie attaque ultra libérale contre notre système éducatif. L’égoïsme infernal des renard libres dans le poulailler libre : Une classe sociale égoïste s’est approprié notre école et fait prévaloir ses intérêts propres sur l’égalité républicaine, et elle se permet en plus d’accuser les parent !

                    Que les parents essayent de tout faire pour que leurs gosses s’en sortent est peut être un peu égoïste, mais après tout, cela vaut quand même mieux que le contraire. Mais prétendre que la réussite des moins favorisés dépend essentiellement de la mixité sociale dans les établissement et pourrait résulter de la carte scolaire est un triple scandale ultralibéral :
                    Cela revient à dire :

                    1 que les profs ne servent à rien ou presque : je vois là une tentative de dévaloriser notre remarquable corps enseignant

                    2 Que les gosses de privilégiés seraient naturellement plus doués que les gosses de pauvres et qu’il est indispensable de mettre quelques uns des premiers au milieu des second pour qu’ils aient une chance. Ce mépris du peuple me choque profondément, mais ne m’étonne pas ; Les sondages internes Education Nationale montre que les profs sont plus à l’aise avec les gosses de riches et font tout pour éviter les pauvres

                    3 Il ne faut pas oublier que l’ensemble du système éducation national, syndicats en tête, se bat absolument pour évite la seule mesure qui permettrait réellement de progresser dans l’égalité républicaine des chances, envoyer les meilleurs profs dans les établissements les plus difficiles.

                    l’ancienneté moyenne des enseignants dans les zones à problème est de deux ans ! On envoie les débutant mal formés manger leur pain noir avec les gosses de pauvres.

                    Affecter les meilleurs, les plus diplômés aux établissements à problème, voila où serait la logique républicaine ; Alors, vous verrez les parents du quartier latin se battre pour avoir des dérogations pour envoyer leurs enfants dans les lycées du 93.

                    Mais les syndicats de la gauche ultralibérale, préfèrent leur confort. Il est plus sympa d’évoluer au milieu de charmantes têtes blondes qui comprennent tout très vite et sans effort que de faire œuvre réellement pédagogique avec des enfants victimes de handicaps sociaux culturels.

                    Leur égoïsme est moins admissible que celui des parents, parce que eux, ils sont payés par la république pour cela. Alors bien sur, ils se cachent derrière une responsabilité des méchants parents bourgeois.....Honteux


                    • JL JL 12 avril 2010 09:38

                      « Les sondages internes Education Nationale montre que les profs sont plus à l’aise avec les gosses de riches et font tout pour éviter les pauvres » (Eric)

                      Très intéressant, en effet : un pauvre, ça dérange et pourtant les riches font tout pour qu’il y en ait de plus en plus !


                    • eric 12 avril 2010 11:26

                      JL Ce que vous dites est illogique. Plus les pauvres sont riches, plus ils achètent ce que produisent les riches qui de ce fait deviennent plus riches. D’ailleurs c’est aux Etats Unis qu’il y a le plus de riches et que les pauvres sont les moins pauvres (la famille pauvre américaine vie en moyenne dans un logement avec trois chambres à coucher et dispose de deux voitures source : census)


                      • JL JL 12 avril 2010 22:49

                        « Plus les pauvres sont riches, plus ils achètent ce que produisent les riches » (Eric)

                        Ben voyons ! Aux US ce sont les riches qui produisent, et les pauvres qui achètent !

                        Mais qu’êtes vous allé faire en Russie ?


                      • JL JL 12 avril 2010 22:59

                        Je crois que même lucilio n’aurait pas osé !


                      • eric 12 avril 2010 14:50

                        A chantecler

                        "D’autre part , ils n’agissent pas par piston, ce que sous entendent certains...Simplement la plupart des enseignants suivent de près la scolarité de leurs enfants , et particulièrement l’apprentissage des cours, et les devoirs à la maison ..."

                        Faux, vrai et ambigüe

                        Faux : ils agissaient par piston : 40% des élèves enfants de profs de la région parisienne échappaient à la carte scolaire, ce n’est possible que par relation

                        Vrai il n’agissent pas que par piston et ils ne mettent en général leurs enfants dans le privé que quand ils n’ont pas le choix (tout comme les autres parents)

                        Ambigüe : Oui ils sont souvent très motivé par l’éducation et notamment celle de leurs enfants, surveillent leurs devoirs. Mais il y a une grande ambiguïté,notamment dans le primaire. Pour des raisons politiques, on a interdit les devoirsà la maison. Les gosses de riche les faisaient et devenaient encore meilleurs, les gosses défavorisés ne les faisaient pas et s’enfonçaient ; Mais si certains profs politisés respectent l’interdiction pour les enfants des autres, ils veillent néanmoins à la maison à ce que leurs gamins travaillent.....

                        Enfin faux, le privé est segmenté. Il y a des boites pour meilleurs, des boites pour cancres adaptées à leur public. Pour l’essentiel, on va dans le privé soit par conviction ( catho qui en ont marre de la propagande politisé dans l’EN, soit parce que on a un gosse qui a des problèmes que l’EN ne sait pas prendre en compte. Les meilleurs vont en général dans le public,parce qu’avec la ségrégation organisée par la profession, les bons lycées avec de bons prof du public en centre ville sont en plus gratuits.


                        • eric 13 avril 2010 06:17

                          A leon, cela fait plaisir d’être parfois d’accord avec vous ! Bon prof, mauvais prof, c’est vrai qu’il y a quelque chose de subjectif. Cependant, sans gros risque de se tromper,

                          1 mettre les débutants là où c’est le plus difficile est certainement courir un risque.

                          2 Le rapport Obin montre que les système EN s’est organisé en ghettos partout, non seulement dans les banlieues mais dans les gros bourg ruraux, avec un établissement dépotoir et un de bonne qualité ( élèves, profs, moyens). Le modèle ségrégatif à l’œuvre va au delà des seuls quartiers très difficiles.

                          3 On peut avoir une vocation de pédagogue, et je pense que c’est le cas de beaucoup de profs, sans nécessairement avoir l’envie et la capacité de se coltiner des tonnes de problèmes lourds. Donc non seulement il faut les meilleurs, maturité, autorité, pédagogie, mais il en faut sans doute plus, et surtout il faut les motiver. Cela se heurte à la conception dévoyée de l’égalité de leurs syndicats. (égalité des droits, pas des devoirs). Mieux payés, moins de cours, plus de moyens, pour les profs volontaires. Cela peut passer aussi par des recrutement d’enseignants hors système EN voir par des contrat de service public sur objectif avec des écoles privées.
                          Je pense que ces choses se feront, notamment sous la pression de la réflexion menée par les écoles catholiques. Elles considèrent que leur vocation évangélique doit les conduire en banlieue plus qu’à faire des écoles pour privilégiés. Elles cherchent à le faire. Malgré les freins imposés par le ministère, elles le font et le feront. Si elles parviennent à prouver « qu’une autre école est possible » même dans les banlieues, même les syndicats s’aligneront. Encore une vertu de la concurrence....

                          Enfin vous dites "et tout particulièrement les parents enseignants trouveront toujours le moyen de la contourner. Vous n’imposerez pas à un parent de gauche, au nom de ses convictions, d’envoyer leurs gosses se faire tabasser." C’est au combien vrai et les chiffres le confirme, 40% d’enfant de profs hors carte dans la région parisienne. En revanche, ils persistaient à défendre le devoir des enfants des autres à assumer cette mixité sociale, voir par exemple l’article. 

                          L’école est au cœur de nos question sociales, culturelle et politique etc... La gauche y a une responsabilité particulière. C’est d’abord dans ce domaine qu’elle doit évoluer.

                          Vous savez quoi ? D’après les études de Perinneaud, parmi les revendication des électeurs frontistes, ceux qui vivent dans ces quartiers, des possibilités facilité d’accès au privé pour leurs enfants viennent pratiquement avant toute autre considération....

                          De ce point de vue aussi, l’échec de Jospin fut le résultat d’un vote pour l’égalité républicaine et pas d’un vote raciste ou fachiste ; L’électorat a envoyé paitre ceux qui leur disaient, vos enfants doivent payer le prix de nos prurits idéologiques, mais touche pas à MON gosse....
                          Fais ce que je dis, pas ce que je fais.
                          Vous me demandez souvent d’où vient mon mérpis ( et non pas ma haine) pour la gauche ; L’école est une des raison principale, parce que par ses comportements concrets dans ce milieu ou elle est dominante culturellement, elle y révèle l’hypocrisie de ses déclaration de principe.


                        • eric 13 avril 2010 09:41

                          A chanteclerc

                          Je tiens à vous dire que j’apprécie votre commentaire constructif et basé sur votre expérience car souvent, je vous trouve inutilement polémique et idéologique.

                           1 la mesure sur les devoirs n’est vraisemblablement pas une mesure de droite.

                          Elle ne correspond sans doute pas non plus à une demande des parents, et notamment des parents des 70% d’enfants qui faisaient leurs devoirs chez vous.

                           2 La demande des parents existe, je l’ai vue, mais je pense que beaucoup plus profondément, elle sert de prétexte aux enseignants qui dans ce domaine aussi sont un peu schizophrènes. Par définition ce sont d’ex bon en classe. Leur vocation « sociale » leur impose d’entonner la vulgate sur la non discrimination, mais en fait, ils croient aux devoirs à la maison. Personnellement en tant que parent, voir donner des devoir à la maison dans le primaire à des enfants qui sont déjà sur leur « lieu de travail » plus longtemps que certains adultes avec les 35 heures, ne me parait pas une absolue nécessité, d’autant que l’apprentissage du travail personnel pourrait se faire sur place.

                           3 dire que les établissements où on donne des devoirs ont une certaine réputation, c’est confirmer cette idée que les devoirs, « en fait » seraient un bonne chose pour les enfants ou au moins certains d’entre eux, mais que l’on ne souhaite pas en donner pour des raisons politique

                           4 Politisation 70% des enseignants voteraient à gauche d’après tous les sondages. Certes, c’est un engagement mou, certes, chacun reste isolé dans sa salle de classe, et on ne parle pas beaucoup plus de politique que de pédagogie, mais à tous les points clefs, définition des programmes, des manuels, combats syndicaux, Iufm, l’idéologie des minorités agissante est reine, et la masse des enseignants suit bon an mal an sans trop rechigner. Ex à nouveau, les devoirs. L’essentiel des profs pense que cela sert à quelque chose, mais il se garderaient de le dire collectivement et en public, ils en donnent en cachette… Ex aussi le refus de mieux payer les volontaires pour les zones dures.

                           5 Femmes de cadre, certes, mais cela veut sans doute dire que vous fûtes dans des écoles choisies parce que les femmes de cadres qui habitent les banlieues à problèmes ou accepteraient de s’y traîner….

                           6 Une grève par trimestre, sans commentaire

                           7 Salaires : c’est faux (http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/29/49/22/PDF/08025.pdf(

                           8) je ne fais pas un parallèle, au contraire, j’oppose, l’enseignement catho est en train de redéployer ses moyens pour intervenir plus dans les zones difficiles parce que cela lui parait plus prioritaire plus social,


                          • eric 13 avril 2010 19:37

                            Article touchant. Il me rappelle une discussion que j’ai eu avec Marcel Gaucher.
                            On retrouve cette générosité individuelle de beaucoup de militant de gauche, mais aussi leur difficulté à renoncer à leurs oeillières.

                            Il nous parle d’un ministre de gauche sous un gouvernement de gauche appliquant les délires de pédagogues de gauche généralement Bourdeusiens, et conclure à la culpabilité de l’ ultralibéralisme hyper mondialisé.

                            Il parait paradoxal d’affirmer dans le même temps, que le capitalisme a besoin de travailleurs obéissants et qu’il s’acharnerait à saborder le respect de l’autorité. Il est assez réaliste de constater que la gauche post 68 était par principe hostile à toute forme d’autorité. Il hérite des petits enfants des « il est interdit d’interdire »

                            Que le même capitalisme a besoin de travailleurs compétents et formés et qu’il se désintéresserait de l’acquisition des savoirs. En revanche nous avons tous en tête les discours Bourdieusiens sur le refus de la culture légitime aliénante. Et ce n’est pas la marchandisation parce que si ils sont nuls en philo, on ne sache pas qu’ils soient devenus des génies en mathématique.

                            L’exigence de supprimer les devoirs pour éviter les discriminations, n’est sans doute pas, on l’a vu une demande de parent et en particulier de parents de droite, mais bien d’idéologues de gauche.

                            Ce que dit l’article, c’est que les gosses dont il hérite n’ont pas acquis les bases. Pas l’ombre d’un doute pour lui, c’est en gros, la télé et adidas ;

                            Un enfant passe 8 heures par jour à l’école et en moyenne 2 heures par jour devant sa télé ’ en réalité, et l’âge aidant, les moins jeunes laissent tomber la télé au profit de leur ordinateur) ; Il n’y a pas apparence que ce chiffre ait considérablement évolué dans les 30 dernière année pour des raisons physiques.

                            Ce qu’il appelle comme Gaucher, la marchandisation de l’école n’est pas le résultat d’un « complot libéral » elle est le résultat conjoint de la libéralisation générale de la société, de la hausse du niveau général et du conservatisme enseignant. Les parents de ces enfants sont à 80% au niveau bac, ils s’estiment en droit d’avoir une opinion sur l’école, sur l’enseignement et sur le devenir de leurs enfants. Et cela est légitime. On ne peut pas dire que l’ouvrier devrait pouvoir participer à la définition de la stratégie de l’entreprise, le citoyen à la politique de crédit des banques, le faucheur à la définition de ce que l’on peut planter ou non, et dénier aux parents un droit de regard sur l’école de leurs enfants.

                            Le conservatisme des profs, c’est qu’ils ne comprennent pas que la société à changée. Aujourd’hui, le citoyen moyen a souvent une formation au moins équivalente à celle du prof. Il entend donner son avis « citoyen » sur l’école « citoyenne » pour laquelle il paye des impôts citoyens. 
                            Il y a 100 ans, il pouvait avoir l’illusion d’être un « sachant » ayant vocation à enseigner à la société un projet d’avenir défini par lui. ce n’est plus le cas, mais cela pourrait être un défi positif. Que les parents participent soit associé.

                            ce qui fait peur à l’enseignant, c’est que la démocratisation qu’il appelle de ses veux dans le reste de la société ne touche ce qu’il considère comme son école ;

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