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Benoît XVI et le préservatif : premier pas

En tenant mieux compte de l’imperfection du monde, le pape laisse entendre que l’utilisation du préservatif est nécessaire dans certains cas. Une avancée, certes timide, qui rompt définitivement avec …sa mise à l’index.

Le 19 avril 2005, Joseph Alois devenait à 78 ans Benedictus XVI, autrement dit Benoît XVI, deux cent soixante-cinquième pape de l’Église catholique romaine, à la fois chef de l’État et chef de l’Église.

Le cardinal Ratzinger, puisque c’était son patronyme d’avant, a toujours montré qu’il était plus un intellectuel qu’un communiquant.

Au contraire de son prédécesseur Jean-Paul II qui était un très fin politique (j’encourage à lire son homélie du 22 septembre 1996 lors de sa visite à Reims), Benoît XVI n’a jamais été très porté sur les considérations très politiques ou sociales en s’élevant toujours dans un langage théologique qui pourrait passer largement au-dessus de beaucoup de ses contemporains même si parfois, son message pourrait être révolutionnaire (ses trois premières encycliques "Deus Caritas Est", publiée le 25 janvier 2006, "Spe Salvi", publiée le 30 novembre 2007, et "Caritas in Veritate", publiée le 7 juillet 2009, sont des textes très progressistes).

Lorsqu’il s’était rendu au Cameroun, le 17 mars 2009, Benoît XVI avait soulevé une profonde incompréhension lorsqu’il avait réaffirmé son opposition à la contraception et prôné l’abstinence pour éviter la transmission du sida (lire ses propos exacts ici).

Si l’idée n’est pas forcément inopportune (l’abstinence est un moyen efficace, il faut le reconnaître), elle n’est cependant pas réaliste et ne correspond qu’à un monde idéal où l’amour ne se consommerait que dans les liens indissolubles du mariage, ce qui, il faut bien le reconnaître aussi, n’est pas un gage de lucidité des habitudes sociales d’aujourd’hui.

Pire qu’un manque de lucidité, c’était aussi un manque flagrant d’habileté en communication, puisque c’était la première fois qu’un pape parlait explicitement de préservatif. Car jusqu’à maintenant, jamais ce sujet n’avait été abordé directement par un souverain pontife. Manque d’habileté ou naïveté face à un piège de journalistes ?


Mardi 23 novembre 2010, va paraître en allemand et en italien un livre reprenant vingt heures d’entretiens avec le pape réalisés entre le 26 et le 31 juillet 2010 à Castel Gandolfo. C’est un journaliste allemand, Peter Seewald, qui était en face de lui.

Benoît XVI a voulu corriger l’opinion de l’Église sur le préservatif.
Principe de précaution et principe de réalité.

Certes, selon lui, « se polariser sur le préservatif signifie une banalisation du sexe et c’est exactement le danger que beaucoup de gens considèrent le sexe non plus comme une expression de leur amour, mais comme une sorte de drogue, qu’ils administrent eux-mêmes ».

Mais il reconnaît que l’utilisation du préservatif peut devenir nécessaire de façon très exceptionnelle : «  dans certains cas, quand l’intention est de réduire le risque de contamination, cela peut quand même être un premier pas pour ouvrir la voie à une sexualité plus humaine, vécue autrement  ».

Pour donner un exemple, il envisage ainsi un homme prostitué et considère que l’utilisation du préservatif « peut être un premier pas vers une moralisation, un début de responsabilité permettant de prendre à nouveau conscience que tout n’est pas permis et qu’on ne peut pas faire tout ce qu’on veut  ».

Même si les services de communication du Saint-Siège affirment ce dimanche 21 novembre 2010 que « le raisonnement du pape ne peut pas être considéré comme un tournant révolutionnaire », ces nouvelles déclarations confortent tous ceux qui, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Église, veulent rapprocher les préceptes religieux de la réalité du terrain. Une pensée trop idéalisante étant, par définition, sans efficacité sur un monde qui est loin d’être parfait.

Le livre s’appelle "Lumière du monde". Il aurait pu s’appeler "Premier pas".

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 novembre 2010)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Benoît XVI le 14 septembre 2009 à Paris.
Deus Caritas Est.
Spe Salvi.
Caritas in Veritate.


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