je constate que mon post du 26 novembre est vide, alors je rétière...
On a rarement vu plus de mauvaise foi chez une journaliste. Même lorsque
les analystes interviewés se débrouillent pas mal, elle s’arrange pour
reprendre leurs propos de manière caricaturale. On se croirait dans un
documentaire soviétique des années cinquante destiné à montrer l’horreur du
capitalisme. Je ne sais si c’est ainsi que l’union sauve l’éthique.
Le film démarre sur l’affirmation : « l’autisme est un trouble
neurologique sur le sillon temporal supérieur, repéré en 2002 et reconnu par la
communauté internationale, ce que refusent les psychanalystes ». Ah bon ? À
l’époque où je m’occupais d’autisme, on claironnait sur tous les tons que
c’était un trouble génétique, sur un gène précis parfaitement repéré et reconnu
par la communauté internationale. Ah ! Les repères de la communauté
internationale ont changé ? Ce n’est plus génétique c’est organique maintenant
? Ah, d’accord … il se trouve qu’à l’époque j’avais largement étudié ces
publications « prouvant » l’origine génétique de l’autisme et j’avais été
sidéré du peu de sérieux des études menées. Une vraie catastrophe sur le plan
scientifique, sans aucune réflexion épistémologique (un peu de recul sur les
concepts qu’on emploie) une méthodologie à la masse, mais sous prétexte que
c’étaient des hommes en blouse blanche qui maniaient chiffres et éprouvettes,
ça avait tout le décorum pour passer pour scientifique.
A partir de là, on nous dit que l’idéologie est du côté de la psychanalyse…
Un autre exemple de manipulation : le commentaire dit « …et curieusement
les psychanalystes font appel à la biologie » : suit l’interview de deux
psychanalystes qui tiennent des propos assez censés, sans la moindre référence
à la biologie. Seul le troisième, curieusement en effet, cite la biologie. Un
seul sur trois, et avec ça, on fait une généralité.
Autre manipulation : on présente Aldo Naouri comme psychanalyste, ce qu’il
n’est pas, et d’ailleurs, il a protesté avec vigueur à ce propos. On nous
présente un rapport de « psychothérapeute » sur l’enfant servant de support à
la démonstration ; c’est vrai que c’est délirant, non seulement dans les
propos, mais aussi dans le fait de s’adresser ainsi aux parents d’un enfant,
quel qu’il soit. Mais on se garde bien de nous dire que la psychanalyse, ce
n’est pas la psychothérapie. D’ailleurs l’amalgame avec la psychiatrie
française se déroule tout au long du film.
Autres manipulations encore, faisant usage de la ponctuation, comme Lacan
de la scansion de séance, (ce qui fonctionnait déjà sur la séquence des
références à la biologie : on reste sur la dernière impression qui colore
l’ensemble a posteriori) : on en reste sur un sourire particulièrement
forcé d’une psychanalyste interrogée, lui donnant un air carnassier assez
désobligeant. Et puis, lors de la question : et les résultats ? Les interrogés
font silence, baissent la tête, et on en reste là-dessus ; que c’est
démonstratif !
Bon là, faut dire, nos collègues psychanalystes, j’ai pas trouvés qu’ils
étaient super pédagogues ou alors, on a vraiment forcé le trait dans la manipulation.
Moi, j’aurais dit sans hésité : j’ai fait marcher à 9 ans une petite fille qui
n’avait jamais marché, j’ai fait parler à 10 ans un garçon qui n’avait jamais
parlé ; j’ai guéri la constipation phénoménale d’un adulte de trente ans
enfermé depuis sa naissance à l’hôpital, et ça a déclenché ses premières
paroles. Etc. On est à la télé hein, faut quand même en tenir compte. Ensuite,
j’aurais peut-être apporté quelques nuances quant à l’idée de guérison en
psychanalyse.
Et puis par exemple cette psychanalyste qui trouve inquiétant quand
l’enfant mais la main dans la gueule du crocodile en peluche, c’est elle qui
m’inquiète, en effet, car tout le ferait ça, bien entendu ! il y a bien
d’autres déclaration de ces psychanalystes sur lesquelles il y aurait beaucoup
à redire, mais bon, là n’est pas le propos ;
La journaliste dit, en gros : la psychanalyse : résultats nuls. Pourtant il
existe des méthodes, Pecs, Teach, ABA, qui donnent des résultats formidables.
Et elle inscrit son discours dans celui d’une saine protestation contre un
obscurantisme uniquement français tandis que le reste du monde serait illuminé
par ces méthodes.
C’est bien une question de discours. Et d’ailleurs pas besoin d’aller dans
le reste du monde pour constater l’erreur et la mauvaise foi d’un tel propos.
Il suffit de regarder ce film lui-même. En contre exemple du discours «
délirant » des psychanalystes, on nous présente une famille bien normale, bien
tranquille dont les deux garçons sont dits « autistes ». Eh bien déjà, c’est
pitié de voir celui des deux qui parle débiter ce qu’on lui a appris : « je
suis un autiste à 80%, j’ai aussi des troubles du comportement… ». Pur radotage
du DSM. Mais pour ce qui est d’écouter ce qu’il aurait d’autre à dire, nous
avons un exemple un peu plus loin dans le film. Quand il est en promenade entre
ses parents, il dit quelque chose qu’on n’entend pas bien, mais auquel personne
ne prête la moindre attention. Les parents parlent pour lui. Par contre, il a
de très bonnes notes à l’école, on nous montre le carnet de correspondance.
Tout ça montre que ce qui est intéressant chez un enfant, ce n’est pas ce qu’il
peut dire spontanément, mais le fait qu’il récite bien ses leçons, y compris
sur ce qu’on lui apprit qu’il était sensé être lui-même.
Au fait, si c’était un trouble organique du cerveau, comme affirmé au début
du film, comment a-ton pu guérir un trouble organique avec des cartes à images
??? En six mois ?
Alors oui, il avait à la base les symptômes de ce qu’on reconnait
habituellement pour autisme : mutisme et balancements. J’ai connus des foules
d’enfants présentant ce genre de symptômes et certains s’en tirer très bien,
d’autres non. C’est ce qui m’a fait quitter complètement la notion de
diagnostic. Mutisme et balancements, ça ne veut strictement rien dire quant à
une soi-disant structure, fut-elle psychotique, comme se plaisent à le
souligner les collègues.
Il s’en est sorti celui-là, soi-disant grâce à la méthode Pecs. Puisqu’il
ne parle pas, on va le faire communiquer avec des images. Eh bien pourquoi pas
! On emploie d’ailleurs cette méthode avec tous les enfants, soit avec des jeux
d’images (mes petits enfants en ont) soit en leur montrant du doigt l’objet et
en l’accompagnant de la vocalisation du mot correspondant. Mon hypothèse, c’est
que lorsqu’on a proposé cette méthode à la mère, ça a réveillé son intérêt pour
son enfant et elle s’est occupée de lui avec ça ; bon ce n’est qu’une
hypothèse, je ne connais pas le cas.
Seulement voilà, si c’était si simple, pourquoi ça n’a pas marché sur l’autre
fils de la famille qui, à pas loin de 20 ans, ne parle pas, ne communique en
rien et est encore incontinent ? On nous explique que la psychiatre qu’il a vu
a refusé l’emploi des méthodes si fructueuses, qui ont marché avec l’autre.
Encore un coup des psychanalystes (ici nommés psychiatres). Pourtant elles sont
simplistes ces méthodes, elles peuvent être appliquées par les parents.
D’accord il est l’ainé, et ça se passait avant la rencontre du cadet avec la
méthode Pecs. On peut dire que la mère a pu bénéficier de cette expérience
antérieure pour ne pas louper le cadet. Mais lorsqu’elle a su pour le cadet,
pourquoi ne pas appliquer la méthode à l’ainé ? Ce serait trop tard ? Ou tout
simplement, comme pour la psychanalyse, parfois ça ne marche pas. Parfois rien
ne marche.
Mais parfois ça marche et parfois à un âge avancé. J’ai obtenu des
résultats non négligeables (dont la constipation phénoménale dont j’ai parlé)
avec des gens que j’ai rencontrés à 9 ans, dix ans, trente ans ! Oh, pas des
guérisons complètes, comme le petit miraculé de la méthode Pecs qui, à mon
sens, n’est tout simplement qu’un enfant comme les autres. Avec quelques
problèmes d’identité, puisqu’on lui a fourgué une identité d’emprunt (je suis
autiste etc.) et qu’on n’a pas trop l’air de s’intéresser à ses dires.
Encore un mot sur l’absence de pédagogie de nos collègues. Par exemple,
lorsqu’il est question de l’inceste maternel, la journaliste demande : « mais
d’où vous vient cette conviction ? » la psychanalyste répond : « mais… des
écrits psychanalytiques ! ». Ah bon. Ça c’est un argumentaire religieux : tout
est dans le Livre ! Moi ma conviction, elle vient de mon analyse perso et de ma
pratique et je peux la montrer : j’ai pondu deux ouvrages sur la question et
encore, pas très bons. Ça date d’il y a dix ans et je devrais reprendre ça
aujourd’hui, mais je m’intéresse à d’autres choses.
A propos de cet inceste… évidemment pour les gens, c’est le diable.
L’inceste, ils ne connaissent pas, c’est chez les autres. On ne peut pas leur
dire comme ça, brutalement : l’inceste, c’est la structure, il y a des désirs
incestueux chez toutes les mères. C’est insupportable. Freud avait bien raison
de dire qu’on ne peut pas apporter une telle interprétation à un sujet en
analyse, pas avant qu’il ne soit sur le point de le découvrir lui-même, le
mieux étant qu’il le découvre lui-même. Nous ne sommes pas dans le cadre d’une
cure ? C’est vrai. Justement, c’est pire. La journaliste a alors beau jeu de
caricaturer en parlant de « l’ogre maternel », ce qu’aucun des interrogés n’a
dit.
Ok, il m’est arrivé d’en laisser passer autant. Mais d’une manière
générale, si je parle d’inceste, j’essaie de me cantonner à celui dans lequel
je suis pris. Comme ça au moins, je n’incrimine personne d’autre. Ça laisse la
possibilité de s’y reconnaitre ou pas, chacun à son rythme. Après, bien sûr, on
peut lire des livres.