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80% des parents Français battent leurs enfants

C'est le message qui apparait en filigrane dans le clip de la fondation pour l'enfance paru jeudi, dénonçant les maltraitances infantiles. Petite réaction à chaud suite au reportage de BFMTV sur le sujet.

Je suis d’un naturel assez calme, et aucunement porté sur la violence. Pourtant il m’est arrivé de prendre quelques gifles… 3 pour être exact… à des moments de mon enfance dont je me souviens parfaitement : ces moments où l’on prend conscience de son pouvoir de manipulation sur ses parents, et où on cherche à savoir jusqu’où ils sont prêt à aller pour exaucer nos moindres désirs. Ces moments où on teste les limites, pour mettre à l’épreuve l’autorité parentale. Avec le recul, je m’aperçois que mes parents ont toujours été justes, et que j’avais amplement mérité mes 3 gifles, car aucune discussion n’était possible quand je piquais des colères noires dans le seul but d’exercer ma tyrannie. Depuis, les limites ont toujours été claires pour moi, et cela ne m’a pas empêché de developper un esprit libre et de remettre en cause l’autorité quand elle me semblait à son tour tyrannique.

Et c’est pour cette raison que la campagne actuelle tentant de criminaliser les « punitions corporelles » me met hors de moi.  Le spot contient plusieurs messages, dont je trouve l’enchainement parfaitement sidérant. Tout d’abord on assiste à une scène où la mère gifle violement sa fille, qui vient de renverser son verre. Pour le coup, je suis plutôt en accord avec le spot : dans ce cas la gifle est clairement abusive. Ensuite vient la scène de la grand-mère qui s’excuse auprès de sa fille… Et c’est là que ça se gâte, car le message qui suit est le suivant : « des parents qui battent ont souvent été des enfants battus. Eduquons nos enfants sans violence, ni claques, ni fessées. ». Là le message est clair : mettre une gifle ou une fessée revient à battre son enfant, le terme "battre" évoquant plus volontier un sévice qu'une punition. Le sujet de BFMTV enchaine ensuite sur une statistique : 80% des parents français ont recours aux punitions corporelles. Cela signifie-t-il qu'il y a en France 80% d'enfants battus ? Vient ensuite l’interview du docteur Gilles Lazimi, qui nous explique qu’un enfant qui reçoit une gifle voit son estime de soi diminuer, et n’hésite pas à relier le chiffre des punitions corporelles à celui de la consommation de psychotropes en France... Si on résume, gifler son enfant revient à le battre, ce qui peut entrainer de grave séquelle psychologiques nécéssitant la consommation de psychotropes. Autant de raccourcis simplistes en 1 minute et 10 secondes de vidéo relève de l’exploit… Le spot se conclue par une phrase annonçant que 28 pays ont déjà interdit les punitions corporelles, et c’est là qu’on comprend de quoi il s’agit…

Car cette vidéo ne me ferait pas autant réagir si elle ne faisait pas écho à une proposition de loi visant à interdire les châtiments corporels envers les enfants, déposée par la pédiatre et députée UMP Edwige Antier, et en attente d’examen au parlement. Interdire les punitions corporelles me semble être un coup supplémentaire porté à nos libertés individuelles. Qui n’a jamais assisté à une scène au supermarché, d’un enfant hystérique jetant à terre tous les produits d’un rayon parce qu’on lui a refusé un paquet de bonbons ? Et de voir, médusé, les parents accroupis remettant au fur à mesure chaque produit à sa place, et expliquant avec l'air absent que "ce n’est pas bien" ? Seront nous tous désormais condamnés à être les acteurs impuissants de ce genre de scénario ? Si dans ces conditions, un parent s'emporte et gifle son enfant en public, verra-t-il la police débarquer au domicile familial et sera-t-il arrêté pour "punitions corporelles", mettant ainsi un terme définitif à la légitimité de son autorité parentale aux yeux de ses enfants ? Il est déjà suffisement difficile d'éduquer correctement ses enfants, à quoi bon rajouter la menace judicière ?

De plus, je pense qu'encore une fois les pédopsychiatres se trompent de sujet. Plutôt que de se focaliser sur les parents qui utilisent à tort les punitions corporelles pour éduquer leurs enfants, pourquoi ne partle-t-on pas des parents qui ne les éduquent pas du tout ? Car la deuxième situation est selon moi bien plus périlleuse pour l'avenir de l'enfant ! J’ai régulièrement croisé des parents qui étaient persuadés que "l’autorité c’est démodé", qui chantaient les louanges du "dialogue avec l'enfant", et faisaient parfois preuve d'un laissé aller total.  Et dans la plupart des cas, leurs enfants ont eu une adolescence terrible. Un de mes amis d’enfance a sombré dans la drogue et la délinquance à 13 ans, et une de mes amies d’enfance s’est fait avorter deux fois, à 14 et 15 ans. Et pourtant il n’y avait pas plus "moderne" que leurs parents, eux même se vantant de la relation d'égal à égal qu'ils avaient avec leurs enfants. Heureusement, ils s’en sont sortis, mais je reste persuadé que plus on repousse l’échéance de la confrontation de l'enfant avec l’autorité, et plus le choc est extrême. Car là est le problème… Un enfant qui ne trouve pas les points de repère dont il a besoin à la maison ira les chercher ailleurs : à la télé ou dans la rue. Je revendique donc le droit d’élever mes enfant comme bon me semble, afin qu’ils deviennent de bon citoyens, et non pas des consommateurs sans repères. Et si d'une part je suis tout à fait d’accord avec le fait que la gifle ou la fessée doivent rester exceptionnelles, il semble que le message va ici beaucoup trop loin : le spot n'essaye pas d’inciter les gens à avoir moins recours à la gifle, il tente clairement de criminaliser ce comportement pour préparer l’opinion à une future interdiction.

Je concluerais par cette citation dont j'ai oublié l'auteur : quand les politiques commencent à parler de « nos enfants », pensez à garder une main sur votre portefeuille et une autre sur vos libertés.

par Cbx vendredi 29 avril 2011 - 112 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Strawman (xxx.xxx.xxx.174) 29 avril 2011 10:31
    Strawman

    « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants,
    lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,
    lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,
    lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus, au-dessus d’eux l’autorité de personne,
    alors c’est là en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie. »
    Platon (IVe siècle av. J.C.)

    Quand on y réfléchit, la tyrannie n’est-elle pas le but recherché dans cette campagne ? En supprimant le relais de l’autorité que représente le parent, la seule forme d’autorité vient alors de l’Etat, qui peut ainsi façonner la jeunesse de façon directe (jeunesses hitlériennes) ou indirecte (société de consommation, MTV).

  • Par Cocasse (xxx.xxx.xxx.36) 29 avril 2011 10:19
    Cocasse

    Et si d’une part je suis tout à fait d’accord avec le fait que la gifle ou la fessée doivent rester exceptionnelles, il semble que le message va ici beaucoup trop loin : le spot n’essaye pas d’inciter les gens à avoir moins recours à la gifle, il tente clairement de criminaliser ce comportement pour préparer l’opinion à une future interdiction.

    L’ensemble de l’article est intelligent.
    Je me pose des questions sur ces réglementations qui n’ont rien à avoir avec la loi publique, mais s’immiscent dans l’intimité et la vie privée.
    Pourquoi interdire la fessée, la gifle, etc ?
    Quel sens cela a t-il dans la marche du nouvel ordre mondial ?

    Comme vous le soulignez, la punition physique, modérée et rare, est parfois le seul moyen du rappel à l’ordre. La stratégie de "l’enfant roi" peut mener à de plus grandes dérives.

  • Par Ronny (xxx.xxx.xxx.47) 29 avril 2011 10:24
    Ronny

    @ auteur

    Je suis entièrement d’accord avec les propos que vous tenez dans votre article.

    Parents de deux enfants, j’avoue sans honte aucune que j’ai eu recours en quelques occasions à des « chatiments corporels ». Mais pas la fessée, pas le fouet ou les coups de ceinture et pas la grosse beigne ! Non la simple et bonne petite claque, pas bien forte, donnée le plus souvent sur la main et parfois, pour vexer davantage, sur le visage. Cette petite claque est pratiquement toujours venue à des moments où les interdictions données oralement, à plusieurs reprises, n’ont pas été respectées. Et effectivement je me suis trouvé dans ces cas en présence d’un enfant, voir d’un préadolescent, dont l’objectif était de tester la résistance et la volonté de ses parents en désobéissant aux instructions reçues, et pire que cela, en refusant l’écoute et le dialogue.

    La démarche est quelque part similaire à celle qui régit la vie en société. En effet, lorsque nous transgressons des règlements ou des lois, nous recevons en général à un rappel au règlement, dont la nature somme toute dépend du degré d’écoute que nous luis accordons. La volonté manifeste de ne pas écouter, de ne pas obéir, qui ne vise certes pas à tester la résistance de l’Etat, mais plutôt à faire ce que je veux quand je veux, se traduis par des sanctions plus fortes, éventuellement vexantes, et possiblement physiquement très contraignantes (exemple d’emprisonnement). La petite claque reçue par nos gamins, de temps en temps, a donc une visée pédagogique, qui signifie « si tu refuses le dialogue, si tu n’écoutes pas, si tu n’en fais qu’à-ta tête et ne respectes pas l’autorité, tu seras puni »...

    Vu le nombre de mauvais comportements de gamins, de pré-ados, d’ados que les enseignants constatent tous les jours dans les classes d’établissements scolaires, que nous pouvons voir lorsque nous faisons nos courses au supermarché, ou tous les jours par exemple au volant, j’ai la faiblesse de penser qu’un certain nombre de baffes se sont perdus, qui auraient pourtant constitué des investissements rentables sur le long terme !

    Le but n’est pas d’ériger la claque où la fessée en mode d’éducation, de conserver cette possibilité dans les cas où le discours formateur, la tentative de persuasion, se heurteront à la volonté de l’enfant de tester ses parents. Je pense même que le non recours - qui bien sûr doit être rare - à cette petite claque pourrait renforcer les gamins dans ses convictions que sa volonté serait plus forte que ses parents, ce qui me semble, personnellement, à terme extrêmement déstabilisant et anxiogène pour l’enfant.

    Enfin, le but n’est pas, non plus, de faire mal physiquement à un enfant. Car si tel était le cas, il s’agirait à mon sens une perversion, d’un mauvais traitement, qui justifierait une levée de boucliers.

  • Par Cbx (xxx.xxx.xxx.6) 29 avril 2011 11:51
    Cbx

    C’est en effet selon moi un des buts non avoué de la politique de l’enfant roi, qui est hélas partagé par la gauche et par la droite. J’ai lu récemment "Une folle solitude" d’Olivier Rey, et il expliquait cela parfaitement bien :
    * D’un coté la gauche voulait abolir les valeurs bourgeoises (véhiculées selon elle par l’école des années 60) et donner naissance à une génération d’enfants "libres", libérés du carcans de toute autorité.
    * De l’autre, le dogme libéral avait besoin de consommateurs zélés pour faire marcher la machine productiviste. Des consommateurs, comme vous l’avez parfaitement expliqué, qui ne sont pas capables de gérer leur frustration et qui deviennent des acheteurs compulsifs.

    La logique est dans les deux cas mortifère, et aboutit aux même résultats : des individus sans points de repère et qui ne reconnaissent qu’une seule autorité, la leur.

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