Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > Clonage. L’excédent de puissance

Clonage. L’excédent de puissance

Le 19 juillet dernier, le Président Bush a usé de son droit de veto pour bloquer un texte du Congrès qui autorisait le financement fédéral des recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines. Quelques jours plus tard, le 24 juillet, l’Union européenne approuve le financement communautaire d’un programme destiné à financer les mêmes recherches. Ce texte est un compromis entre des États comme la Pologne ou l’Autriche qui opposent un interdit radical à ces travaux et d’autres comme le Royaume-Uni ou la Belgique qui souhaitent autoriser la production de cellules souches à partir d’embryons créés par clonage. La France ou l’Espagne se situent au juste milieu en autorisant la production de cellules souches à partir d’embryons « orphelins » c’est-à-dire d’embryons surnuméraires produits par la fécondation in vitro.

Les débats que provoque cette question se situent, dans un processus de grande confusion bien connu, sur tous les registres de l’argumentation morale. Inspirée de la morale religieuse pour le Président Bush et certains États européens ou de la morale du « moindre mal » pour d’autres, dans tous les cas, la discussion éthique intervient avec force dans le processus de la recherche scientifique. La politique entre confusément dans le champ de la science par la porte de la morale. Que signifie cette intrusion ?

Tout au long de l’histoire de l’humanité, et jusqu’à un passé très récent, il était tenu pour évident que les actes ordinaires que nous faisions reposaient sur quelques principes moraux simples, descripteurs normatifs de la responsabilité : les devoirs négatifs comme le biblique « tu ne tueras point » l’emportaient sur les devoirs positifs tels que « tu viendras en aide à ton prochain ». Cette première norme édictait ainsi que l’on était davantage responsable de ce que l’on avait fait que de ce que l’on laissait faire. La deuxième norme limitait notre responsabilité à ceux qui nous étaient immédiatement proches. Cela signifie que l’on avait des obligations à l’égard de nos voisins mais pas du reste de l’humanité.

Ces deux normes restrictives sont absolument inadaptées aujourd’hui parce que la technologie et la science se sont tellement développées que désormais notre responsabilité s’étend au-delà de nous, non seulement dans le temps, mais aussi dans l’espace. Notre responsabilité s’accroît proportionnellement à notre puissance. Plus la puissance dont nous sommes dotés, par les technologies que nous avons développées, est grande, plus elle a d’impact et d’effets sur la réalité. Cette extension de la puissance est également une extension temporelle vers le futur puisqu’elle laissera non seulement des traces, des déchets, mais aussi parce qu’elle modifiera les caractéristiques de la réalité future. Les développements scientifiques et technologiques font que nous sommes capables aujourd’hui d’intervenir directement sur la nature de l’homme. Les expérimentations d’ores et déjà menées concernent notre venue au monde, notre fin et notre constitution héréditaire. Elles touchent aux questions ultimes de l’humanité, au sens de la vie et de la mort, à la dignité humaine et, avec les possibilités de clonage, à l’être humain lui-même.

Ici, il n’est pas question d’évaluation quantitative des risques par probabilités ou analyses coûts-avantages. Nous sommes dans un domaine purement qualitatif. C’est notre Être propre qui est concerné. Quand George W. Bush dit à propos de la recherche sur les cellules souches embryonnaires : "Cela franchit une limite morale que notre société doit respecter, c’est pourquoi j’y oppose mon veto" il évacue la logique des traditionnels principes de précaution ou de prévention pour se situer dans une logique qui met au-dessus de tout le jugement selon lequel telle ou telle chose « n’a tout simplement pas lieu d’être. »

Cet impératif, qui a la force du tabou, ne peut manquer de susciter des inquiétudes sur la liberté de la science, de la recherche et du développement. Certes, Bush adopte cette position violente dans sa simplicité sur le fondement de principes religieux touchant à la définition de la vie. Sa position est radicalement différente pour d’autres sujets majeurs comme l’environnement ou la signature du protocole de Kyoto pour lesquels il ne serait pas illégitime de prendre une option qui limiterait la liberté pour assurer la survie. Ce veto est pourtant particulièrement intéressant car il marque, pour la première fois, la nécessité d’ériger des tabous face à l’excédent de puissance dont la science actuelle est capable.


Moyenne des avis sur cet article :  3.6/5   (86 votes)




Réagissez à l'article

56 réactions à cet article    


  • Romain (---.---.10.200) 31 juillet 2006 11:32

    Peut être le gouvernement Us devrait penser à respecter la vie aprés la naissance plutot que de se torturer l’esprit pour la respecter avant.


    • Zamenhof (---.---.204.51) 31 juillet 2006 21:33

      Les deux se tiennent.

      Quand on prend l’habitude de trouver normal d’empêcher un enfant de maître (déjà c’est nier et chosifier le petit être qu’il aurait été, alvie qu’il aurait eu, si on est capable de faire ça on est capable de le faire aussien pensant à des gens nés !) on s’habitue à un égoïsme, à un cynisme, qui permet aussi d’autres choses.

      En plus avec l’apparition d’un « stock » important de foetus, apparaît l’exploitation commerciale de ceux-ci pour faire des médicament, etc. Commence la commercialisation des parties de corps humain fraîchement morts, quand on en est là (on en est là, ça « roule » ce marché) la suite de la dérive vient vite.


    • ropib (---.---.27.229) 31 juillet 2006 11:53

      Je m’interroge... savez-vous ce que veut dire tabou ? Parce que si vous avez raison cela voudrait dire que ce veto ne sert à rien du tout : nous ne vivons pas dans une micro-société.


      • Gérard Ayache Gérard Ayache 31 juillet 2006 12:03

        Vous avez raison de me demander de préciser. Si je prends tout simplement le dictionnaire, le mot « tabou » désigne dans son origine polynésienne des objets (choses ou personnes)investies d’une puissance sacrée (ou impure) et réputées dangereuses. Par extension, il signifie toute prohibition imposée notamment par la morale. Il en est ainsi du tabou de l’inceste.

        Nous ne vivons certes pas dans une micro-société mais l’être humain qui est avant tout un animal social conserve en mémoire les interdits ancestraux. Aujourd’hui encore dans les sociétés les plus avancées, et les plus développées technologiquement, certains tabous conservent toute leur puissance. Surtout quand il s’agit, comme ici, d’intégrité de la personne humaine ou tout simplement de survie de l’espèce.


      • ropib (---.---.27.229) 1er août 2006 10:22

        Justement je trouve qu’on utilise ce mot un petit peu à tort et à travers. Mais bon, comme beaucoup d’autres mots. Le tabou de l’inceste a des fondements plus fondamentaux qu’on ne pourra jamais inventer pour le clonage. D’ailleurs malgré la grande valeur de celui de l’inceste il est régulièrement transgressé. Dans les micro-sociétés le contrôle peut se faire de manière directe et l’apparition de nouveaux tabous est quasi immédiate, ça ne pourra pas se faire dans nos macro-sociétés même avec des politiques extrêmes.

        Bref le tabou, chez nous, ne fait pas loi, et inversement.


      • Johan Johan 31 juillet 2006 12:05

        Je me disais comme ca...

        Pourquoi met on ces limites sans les expliquer ?

        Par exemple pour l’avortement. Pourquoi choisir un terme de tant ou tant de semaines ?

        Les pro life diront : des la fecondation, c’est un etre humain. Dans ce cas il faudrait aussi interdire certaines pilules contraceptives qui declanchent les regles malgre la fecondation, de maniere a evacuer la cellule oeuf.

        Une de mes amie me disait que tant que le cordon ombilical etait fixe, on devait pouvoir avorter. Je n’etais pas d’accord avec elle, mais au moins il y avait le critere du lien physique a la mere.

        Un professeur de medecine parlait du moment ou le systeme nerveux pouvait sentir la douleur.

        L’ancien testament parlait du moment ou les doigts du foetus ne sont plus palmes. Apres quoi l’enfant meritait sepulture et deuil.

        En France, le seuil etait le moment jusqu’auquel on pouvait operer par aspiration. Desormais repousse, certains avortements necessitent de hacher le foetus avant de l’aspirer.

        Mais on ne nous dit jamais pourquoi c’est moral ou non. Juste si c’est moral ou pas.

        Ah positivisme quand tu nous tiens...


        • Gérard Ayache Gérard Ayache 31 juillet 2006 12:24

          Votre commentaire pose une question très intéressante. Sur certains sujets, la recherche de raisons tend à diluer l’impératif moral. Notre tradition positiviste qui recherche des causes à des effets nous pousse dans cette logique. Cela explique la difficulté à mettre en oeuvre une éthique dans certaines problématiques ; et notamment celles qui sont liées à la responsabilité à laquelle nous oblige notre excédent de puissance. C’est la raison pour laquelle il ne faut peut être pas chercher de raisons et invoquer la simple peur (bien humaine) d’enfreindre un tabou.


        • Xavier (---.---.148.35) 31 juillet 2006 20:49

          Pourquoi met on ces limites sans les expliquer ? Par exemple pour l’avortement. Pourquoi choisir un terme de tant ou tant de semaines ? Le délai de l’avortement est un très bon exemple de ces limites de l’éthique. Pour juger (à titre personnel) si on doit, si on peut, s’il est acceptable d’avorter, on essaie souvent de distinguer ce qui est vivant de ce qui ne l’est pas, ce qui est humain de ce qui ne l’est pas, ce qui est un individu de ce qui ne l’est pas (encore). Si on voulait pousser le vice à faire reposer une réponse sur la science (ce qui ne serait pas inédit ; des thèses discriminatoires ou religieuses par exemple ont déjà essayé de se trouver une telle légitimation), cette science serait de toutes façon bien obligée de reconnaître son incapacité à juger objectivement de la chose. Alors tout le problème devient en fait une question d’opinion, de compromis et d’arbitraire. D’aucuns diront que le stade « gastrula » de développement est la limite acceptable. D’autres diront « neurula ». Mais personne n’a raison. On décide que la grossesse peut être interrompue volontairement jusqu’à X ou Y semaines après la fécondation, parce que cette solution laisse le choix de l’IVG à certaines femmes et que, globalement, l’opinion publique ne se soulèvera pas.

          Selon vous, on ne dit pas pourquoi c’est moral ou pas. On dit juste si c’est moral ou pas. Je crois que ce n’est pas même en ces termes que l’on s’exprime. On fixe simplement une mesure, un seuil en deça duquel et au-delà duquel se trouvent des affronts différents. Il n’existe pas de réponse objective.


        • Zamenhof (---.---.204.51) 31 juillet 2006 21:34

          c’est ça le problème du juridisme. Mais on n’y échappe pas !


        • Xavier (---.---.148.35) 1er août 2006 18:01

          Je ne suis pas sur de comprendre votre point de vue sur « le juridisme ». Il faut comprendre le pourquoi de l’éthique (ou de la bio-éthique), bien que cette question soit rarement posée. Est-ce que l’éthique a pour but d’aider à préserver notre espèce ? Ou est-ce pour défendre une morale héritée d’une religion particulière ? Ou est-ce un moyen de se donner du temps en ménageant la chève et le choux en attendant que les générations futures soit plus enclines à outrepasser une morale religieuse qui s’oppose aux progrès techniques (ceux-ci ébranlant la base de l’édifice de la foi) ? Je pense que c’est un peu tout ca à la fois.

          Enfin, on pourrait rapprocher l’éthique d’un précepte bouddhiste qui dit que lorsque la route est large, mieux vaut marcher au milieu qu’au bord.


        • Gérard Ayache Gérard Ayache 1er août 2006 18:09

          @ Xavier

          Pour répondre à toutes ces questions je vous recommande (à moins que vous ne l’ayez déjà fait) la lecture d’un petit très grand livre de Hans Jonas : « Pour une éthique du futur » publié chez Rivages Poche.


        • CP (---.---.241.200) 31 juillet 2006 13:00

          Les raisons de Bush ne sont pas les bonnes, mais il existe d’autres raisons pour s’opposer à ce type de recherches :

          QUI EN CONTROLERA LES RESULTATS, LES APPLICATIONS... ?

          A terme, LES MULTINATIONALES, LES REPRESENTANTS DES OLIGARCHIES...

          Dans l’actuel système, qui peut sérieusement croire que ça sera utilisé pour le bien de l’humanité ? On a vu avec les bombes d’Hiroshima et Nagasaki. Avec la génétique humaine, on peut faire beaucoup pire.


          • Jesrad (---.---.20.126) 31 juillet 2006 14:24

            Hiroshima et Nagasaki : les bombes qui y sont tombées étaient issues d’un projet de recherche gouvernemental, la décision de les employer était un ordre politique de l’Etat. Les « multinationales » n’ont jamais rien eu à voir là-dedans. Et, que je sache, personne ayant été impliqué dans ces recherches ou cette décision n’a jamais été puni, contrairement à ceux qui portent le poids de la catastrophe de Bhopal.

            A moins bien sûr que vous ne cherchiez à mettre en lumière les liens troublants entre les chefs d’Etat, et la création et la défense de ces fameuses multinationales. Qui est vraiment au sommet de l’oligarchie ?


          • Mizo (---.---.21.178) 31 juillet 2006 13:29

            C’est tout de même incroyable que les gens puissent être aussi suivistes avec la propagande sur le « progrès scientifique », etc... Il n’y a pas que la bombe. L’électronique a permis des guerres de plus en plus destructrices qui ont tué les populations comme des mouches. A présent c’est la puce, etc...

            MAIS LA GENETIQUE HUMAINE, C’EST LE PIRE IMAGINABLE.

            La base matérielle ultime de la démocratie réside dans le caractère aléatoire de la transmission de la qualité de l’intelligence. C’est ce qui empêche une caste éternelle de dominer l’humanité : que les enfants des pauvres ne sont pas plus cons que les enfants des riches. Le jour où il sera possible de faire en sorte que les enfants des puissants aient systématiquement une intelligence supérieure à celle des « simples citoyens », IL N’Y AURA TOUT SIMPLEMENT PLUS DE CITOYENS.

            L’aristocratie n’a pas pu monopoliser à jamais le pouvoir parce qu’elle n’a pas su faire en sorte que ses enfants soient « supérieurs » à ceux des autres humains. Mais, lorsqu’il deviendra possible d’obtenir par des bricoles génétiques que les enfants des puissants disposent d’une intelligence supérieure, le rêve des aristos se réalisera implacablement.

            Le tout, dans un monde où la santé devient de plus en plus une composante du secteur privé, et la recherche également. Qui contrôlera, dans quelques décennies, les résultats des recherches, les traitements appliqués aux nouveaux nés dans les hôpitaux où ailleurs... ? Personne, si l’évolution actuelle se poursuit.

            Il sera alors faisable, si le « progrès de la science » le permet, de séparer les humains en CASTES GENETIQUES. Je n’invente rien, d’autres l’ont dit avant moi et ça me paraît évident.


            • idoine (---.---.189.236) 31 juillet 2006 13:34

              Et que fais-tu du grain de sable qui, depuis les origines à ce jour, mène notre destinée ?


            • Gérard Ayache Gérard Ayache 31 juillet 2006 14:02

              Bien avant les biotechnologies certains « humains » avaient inventé l’eugénisme et la sélection d’une race supérieure. Vous vous en souvenez ?


            • Ingrid (---.---.113.114) 31 juillet 2006 14:54

              « Bien avant les biotechnologies certains »humains« avaient inventé l’eugénisme et la sélection d’une race supérieure. Vous vous en souvenez ? »

              Mais entre « inventer » quelque chose et AVOIR LES MOYENS DE LA REALISER, la différence peut être très grande. Les racistes du XIX siècle, pas plus que les nazis du XX, n’avaient pas les moyens de leur doctrine.

              A présent, la « science » entreprend de CREER LES MOYENS permettant à terme d’agir sur tous les aspects de notre patrimoine génétique. Dans ce contexte, la VIOLENCE GENETIQUE devient un danger réel.


            • Jaimz (---.---.101.8) 31 juillet 2006 18:16

              Vous vous trompez de débat. La recherche sur les cellules souches et ses applications ne permettent pas de réaliser l’utopie de l’eugénisme. Par contre c’est actuellement la meilleure piste pour la régénérescence des cellules malades ou mortes et cela sans rejet si l’on part de gamètes sexuelles prélevées chez le patient. Pensez donc à Alzheimer, la leucémie, certains cancers, les atrophies osseuses ou articulaires ! Pour l’insant ces maux sont quasi incurables, alors que il est désormais prouver que l’on peut utiliser des cellules dites « différenciées » vivantes pour compléter et guérir ! On est loin d’une manipulation génétique moralement discutable.


            • Gérard Ayache Gérard Ayache 31 juillet 2006 19:16

              @ Jaimz

              Comme toujours en matière scientifique les apports positifs cohabitent de façon très intriquée avec les dérives négatives.

              Certes ces recherches sur les cellules souches sont pleines de promesses et d’espoir. Mais pour y parvenir, certains n’hésiteront pas à lever les couvercles des boîtes de Pandore. Par exemple, pour éluder le débat moral sur la vie avant la naissance, les anglais préconisent de travailler sur des embryons créés par clonage. Un premier pas vers l’inconnu.


            • CP (---.---.224.183) 31 juillet 2006 13:46

              « Et que fais-tu du grain de sable qui, depuis les origines à ce jour, mène notre destinée ? »

              C’est quoi, le « grain de sable » ?

              Ce que je constate, c’est que l’histoire de l’humanité est faite de guerres incessantes et de plus en plus meurtrières, de génocides de plus en plus vastes et effrayants...

              Et plus les moyens techniques sont puissants, plus on s’en sert pour tuer. Au nucléaire et à l’électronique, il faut ajouter les armes chimiques connues depuis la première guerre mondiale.

              Lire aussi « IBM et l’Holocauste » d’Edwin Black, sur l’usage par les nazis de la proto-informatique de l’époque.


              • Gnole (---.---.192.187) 31 juillet 2006 14:48

                J’ai un pierre, je tue quelqu’un avec... J’ai un fusil, je tue quelqu’un avec...

                Personne n’osera dire que c’est la faute de la pierre ou du fusil... c’est MA faute dans les deux cas... et la science (mathématique, baslistique, chimie, métallurgie etc..) qui a permis la création du fusil n’as rien de « mal » en elle.

                C’est une abstraction anthropocentrique ridicule que celle de « morale » pour authoriser ou interdire quelque chose et le « tabou » est tellement extensible qu’il en devient étouffant. Qu’il y ai des risques de dérive est une excuse valable pour interdire.

                De toutes façon, le clonage thérapeutique sera une réalité d’ici 15 ou 20 ans et l’idiotie des uns ou la frilosité des autres n’y changeras rien. Ce que la science peux faire, elle le feras. Mais il faut toujours gardé en mémoire que ce qui est fait des résultats de la science n’est pas la faute de la science qui n’est ni « bonne » ni « mauvaise », mais de l’homme qui l’utilise...


              • Ingrid (---.---.113.114) 31 juillet 2006 14:59

                « Ce que la science peux faire, elle le fera... »

                La « science » est au service de ceux qui la financent et la contrôlent, à savoir, LES CLASSES DOMINANTES.

                Les chercheurs le savent très bien et, malgré tout, ils les aident en général à renforcer les moyens de leur domination. Les exceptions sont très rares. Porquoi agissent-ils de la sorte ? Par simple carriérisme, parce qu’ils ont pas mal avalé l’idéologie du système.

                Mais les citoyens, s’ils détenaient un pouvoir réel, pourraient INTERDIRE ou LIMITER certaines recherches.


              • Gérard Ayache Gérard Ayache 31 juillet 2006 15:11

                @ Gnole

                « J’ai une pierre, je tue quelqu’un avec... J’ai un fusil, je tue quelqu’un avec... »

                Avec une pierre ou un fusil vous tuez le plus souvent intentionnellement quelqu’un que vous voyez. Votre puissance est limitée.

                La puissance des technologies scientifiques est telle aujourd’hui que l’on peut détruire ou modifier l’intégrité de l’ensemble de l’humanité présente et/ou à venir. Et on peut le faire avec les meilleures intentions du monde.


              • jeantho (---.---.116.190) 31 juillet 2006 15:21

                « La puissance des technologies scientifiques est telle aujourd’hui que l’on peut détruire ou modifier l’intégrité de l’ensemble de l’humanité présente et/ou à venir. Et on peut le faire avec les meilleures intentions du monde. »

                Voici une phrase qui ne dit peut-être pas tout ce qu’il y aurait à dire, mais qui en dit déjà un bout ! C’est une vérité de gros bon sens, qu’on se trouve en face de dangers sans précédent. Le pire, c’est le manque de sens critique de la part de « majorités scientifiques ».

                De ce point de vue, il paraît indispensable de se pencher dans la transparence sur le fonctionnement des institutions scientifiques elles-mêmes. Pour le secteur public, on peut encore le faire. Mais le secteur privé est d’ores et déjà devenu à peu près incontrôlable.


              • jeantho (---.---.116.190) 31 juillet 2006 15:34

                L’évolution de la recherche publique (la recherche privée nous échappe déjà !) mériterait un véritable audit citoyen.

                D’une part, elle se trouve de plus en plus liée par des contrats avec le secteur privé qui y font pénétrer le « secret industriel » et menacent la liberté de publication des chercheurs. Les hiérarchies soutiennent cette évolution, car c’est financièrement intéressant pour leurs petites personnes. Il existe également d’autres liens générateurs d’intérêts personnels : de plus en plus de membres de la coupole scientifique participent à des organes de direction d’entreprises.

                En même temps, les établissements scientifiques sont des institutions très protégées. Ils ont développé de nombreux liens avec le monde politique. Des magistrats du plus haut niveau sont des professeurs associés. Des professeurs accèdent à des responsabilités dans de nombreux secteurs de l’Etat. Les médias français ne cessent de courir après la coupole scientifique et s’intéressent très peu aux « dissidents », etc...

                Ce qui fait qu’il est très difficile dans la pratique de mettre en cause une institution scientifique et que, lorsque finalement ça devient inévitable, il s’est créé une situation extrême. Exemple : l’affaire de l’amiante de Jussieu.

                Vu les dangers croissants que peuvent comporter pour tous des dysfonctionnements des institutions scientifiques, il me semble qu’une profonde réforme serait nécessaire. Y compris pour la recherche privée, d’ailleurs.


              • Thucydide (---.---.101.8) 31 juillet 2006 13:56

                « Il sera alors faisable, si le »progrès de la science« le permet, de séparer les humains en CASTES GENETIQUES. »

                C’est bien probable, mais on en est encore relativement loin, il s’agit de maîtriser l’intelligence, et elle ne se mesure pas uniquemement en termes de volume crânien (autrement, nous serions tous des hommes de néandertal). D’ici là, il y a des problèmes qui se poseront de manière plus urgente, comme le retardement du vieillissement par génie génétique, dont abuseront les pays riches, et alors même que la démographie mondiale sera un problème toujours plus pressant.


                • Arthem (---.---.98.243) 31 juillet 2006 14:25

                  Le risque c’est celui décrit par Aldous Huxley


                  • Tonio (---.---.15.77) 31 juillet 2006 15:23

                    Il est intéressant de voir comment est percu le progrès technique.

                    Il y a trois siècles (Newton, Descartes, Leibniz, Pascal...), il fascinait, et était associé aux progrès artistique, philosophique, et social (instruction, libération des dogmes, etc)

                    Il y a deux siècles, il faisait peur à tout le monde, dont la classe dirigeante, aristocrate, bourgeoise, paysanne, travailleuse... Il intriguait quelques intellectuels. Même la médecine ou la manufacture d’armes avaient du mal à convaincre malgré leur efficacité nouvelle. Les innovations n’étaient adoptées dans la pratique qu’après de très longues périodes de doute.

                    Il y a un siècle, c’était le porte-étendard de tous les mouvements de gauche (socialistes, sociaux-démocrates, radicaux, libéraux, marxistes, etc.), dits « progressistes ». Le progrès était même vu avec presque bienveillance chez certaines populations traditionnellement « conservatrices » comme les paysans, le clergé, les militaires.

                    Dans la deuxième moitié du 20ème siècle, il a partagé les droites des pays riches entre libéraux et conservateurs, et les gauches entre sociaux-démocrates et communistes. Les premiers (libéraux et socio-démocrates) se retrouvent dans leur approche positiviste et philantrope (confiance en l’homme et en son usage des techniques, libération des tâches ingrates pour l’homme), les seconds dans leur position d’opposition au progrès (défiance sur les usages néfastes possibles, utilisation anarchique du progrès menant au chômage, chaos...). Le cas du communisme d’état du bloc soviétique était particulier. Le cas des mouvements écologistes (nombreux clivages sur de nombreux sujets, nucléaire, bio-génétique...) est encore particulier.

                    Aujourd’hui, par les peurs extrêmes, les enthousiasmes et les enjeux financiers qui l’accompagnent, le progrès scientifique et technique est un facteur de différentiation fort (comme quelques autres sujets : immigration, religion, orientation sexuelle...), souvent plus pertinent que le clivage droite-gauche.

                    Ce qui en fait un des sujets les plus intéressants à discuter !


                    • jeantho (---.---.116.190) 31 juillet 2006 15:39

                      Mais aujourd’hui l’intégration des hiérarchies scientifiques avec les milieux dirigeants des multinationales d’une part et avec la « classe politique » et l’appareil d’Etat de l’autre, est une réalité qui connaît de moins en moins d’exceptions.

                      Ceci, alors même que la recherche scientifique et technologique devient génératrice de moyens de domination de plus en plus extrêmes. C’est sans doute cette réalité qui est devenue de plus en plus perceptible depuis les bombes d’Hiroshima et Nagasaki.


                    • Alain (---.---.134.147) 23 septembre 2006 15:30

                      Pour la libération des dogmes, la régression actuelle est- elle un echec du progrès ?

                      Pour l’instant, sans doute.

                      Mais alors ou sont les Newton et Descartes d’aujourd’hui ?

                      peut-être perdus dans le fracas médiatique.


                    • Gérard Ayache Gérard Ayache 31 juillet 2006 15:42

                      @ Demian

                      Vous n’avez certainement pas tort : comme dans d’autres domaines, la tentation de la transgression est souvent la plus forte.


                    • Jesrad (---.---.20.126) 31 juillet 2006 18:37

                      Quand on lit les commentaires qui dénoncent une possible dérive vers l’apparition d’une caste dominante génétiquement, je ne peux m’empêcher de repenser aux X-Men.

                      Si l’intervention consciente et volontaire sur la capacité génétique (dont le champ est pourtant fort limité, on l’a bien vu, sans commune mesure avec les fantasmes cauchemardesques décrits plus haut) fait partie des moyens dont est doté l’être humain par la nature, s’opposer à cette intervention est-elle une tentative de s’opposer à l’évolution de l’humain ?


                    • Gérard Ayache Gérard Ayache 31 juillet 2006 19:10

                      Intéressante vision de notre dépendance à des impératifs de survie inscrits au plus profond de nos atomes.

                      Toutefois, le respect de processus évolutifs complexes dont la nature nous a pourvus ne peut occulter la nécessaire prise de conscience de notre propre interférence (par les technologies, les sciences et notre orgueil) sur la nature elle-même.


                    • Mizo (---.---.49.173) 31 juillet 2006 20:10

                      « Si l’intervention consciente et volontaire sur la capacité génétique (dont le champ est pourtant fort limité, on l’a bien vu, sans commune mesure avec les fantasmes cauchemardesques décrits plus haut) fait partie des moyens dont est doté l’être humain par la nature, s’opposer à cette intervention est-elle une tentative de s’opposer à l’évolution de l’humain ? »

                      Pardon, mais c’est n’importe quoi.

                      D’abord, pour ce qui est d’une séparation de l’humanité en castes génétiques, il ne s’agit pas d’un « fantasme cauchemardesque » du moment que ça peut, à terme, devenir faisable. Et ce danger n’est pas « l’évolution », car il s’agira d’une MODIFICATION ARTIFICIELLE comme on en voit déjà pour les OGM. 

                      S’agissant de quelque chose d’artificiel, la société humaine peut faire le choix de l’éviter et d’INTERDIRE certaines recherches. C’est un choix ETHIQUE.

                      L’autre question est de savoir si les citoyens détiennent encore un pouvoir quelconque ou si les oligarchies contrôlent tout et la « démocratie » n’est qu’une apparence pour nous endormir. Pendant qu’on s’apprête à nous achever avec l’aide des scientifiques et techniciens « bien pensants » qui n’y voient que du feu dès qu’on leur donne une sucette ou une petite médaille.


                    • Jesrad (---.---.20.126) 1er août 2006 12:25

                      @Mizo : Jesse Owens a été la preuve flagrante et vivante que « les castes génétiques » n’auront jamais d’existence réelle, et c’est tant mieux. Personne n’a jamais pu, personne ne peut, personne ne pourra jamais, prétendre comprendre l’Univers suffisament pour lui imposer un ordre conscient.

                      En plus vous passez complètement à côté du sujet : les moyens artificiels de modification humaine ne sont-ils pas une forme détournée d’évolution ?


                    • (---.---.76.14) 31 juillet 2006 20:02

                      Espérons simplement que les recherches sur les cellules souches soient des premiers pas dans l’avènement d’une société eugéniste, qui ne se préoccupera plus seulement de la quantité des naissances, mais également de la qualité des créatures débarquant nouvellement sur la terre.


                      • Mizo (---.---.49.173) 31 juillet 2006 20:12

                        On a vu, avec Hitler et d’autres, où mènent les idées eugénistes. Vous pouvez vous les garder.


                      • (---.---.41.255) 1er août 2006 09:59

                        « On a vu, avec Hitler et d’autres, où mènent les idées eugénistes. Vous pouvez vous les garder. »

                        Vous n’avez rien vu du tout. L’eugénisme est une invention de gauche, à l’origine de laquelle on trouve des socialistes suédois et un marxiste comme sir Francis Galton, le neveu de Darwin.

                        Les ouvriéristes étaient, comme les nazis - mais qui pourrait le leur reprocher ? -, soucieux de la qualité du cheptel humain, les stropiats et les idiots étant une charge, inapte au bonheur lucide, pour la société, donc une entrave à son développement harmonieux.

                        Pour ce qui est d’établir un lien entre la Shoah et l’eugénisme, il est parfaitement scurrile, mais bien à la mesure de l’ignorance des végétaux à faces humaines qui polluent ce début de XXIe siècle.


                      • L'enfoiré L’enfoiré 31 juillet 2006 20:04

                        Cher Gérard,

                        Quel « engin mouvant, parlant, inventant, découvrant » extraordinaire que l’Homme. Et oui, on ne posera jamais assez cet axiome en avant. L’animal est formidable, l’homme en est un aussi, mais avec quelques « puces » en plus dans le cerveau. Nous avons depuis notre arrivée sur Terre, cette volonté de vouloir connaître d’où on vient et où on va avec le maximum de clarté. On ne veut plus subir la nature, on veut la précéder. Donc, il faut en tirer les conséquences. Est-ce un mal de pousser la technologie, la médecine, la génétique dans ses derniers retranchements ? Non, pour les raisons ci-dessus, oui, quand on va à l’encontre de notre propre volonté de survivre à nos « conneries » voulues ou subies. La balance est toujours là pour peser le pour et le contre. A ceux qui sont sur l’autre plateau d’être assez clairvoyants et avisés pour contrer les erreurs et les enthousiasmes délirants. Je suis à 100% « pour » les gadgets, les découvertes, les inventions technologiques. J’aime un avenir meilleur, plus pratique, moins astreignant. Le clonage n’est pas nécessairement du côté des avantages. Je suis unique, me dis-je. Le moule est cassé et doit le rester. A+


                        • Mizo (---.---.49.173) 31 juillet 2006 20:21

                          Le grand danger n’est pas le clonage, mais le bricolage génétique des êtres humains. A terme, si on laisse faire les Dr. Strangelove et les oligarchies qui en tirent les ficelles, on pourra agir sur l’intelligence, la volonté...

                          Ce qui permettra de fabriquer des « races supérieurs », des « races moins performantes », des « races d’esclaves », etc...

                          Et qu’on ne vienne pas me dire que personne n’en rêve. Même Jules Ferry, dans son discours du 28 juillet 1885 devant la Chambre des Députés, avait dit :

                          « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures. Parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures.... »

                          Etc...

                          Et Jules Ferry était franc-maçon ! Comme le fondateur de l’apartheid Cecil Rhodes, d’ailleurs.

                          Va-t-on ouvrir la voie grande ouverte à ces dangers, au nom de l’ « extase de la découverte » ????

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès