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Accueil du site > Actualités > Société > Famille d’accueil : la démagogie de Christophe Hondelatte

Famille d’accueil : la démagogie de Christophe Hondelatte

Jeudi 3 février, 18 h. Christophe Hondelatte introduit « RTL Soir », présenté par Christelle Rebière, en annonçant dans les titres que la petite Cindy, 5 ans, venait d’être enlevée à sa famille d’accueil, coupable de « trop d’amour ». Un peu plus tard, il enfonce le clou : « Cette affaire est emblématique de l’état de l’aide sociale à l’enfant en France ! » Des propos en l’occurrence démagogiques et irresponsables qui illustrent le manque de recul de certains journalistes dans le traitement de l’information...

Séverine et François Boyer sont un couple de Terraube (Gers) agréé par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) départementale comme famille d’accueil. Jusqu’à ces derniers jours, ils avaient la charge d’une fillette de 5 ans, Cindy, qui leur avait été confiée en 2006, âgée de quelques mois seulement. Le mercredi 2 février, cette fillette leur a été retirée par l’ASE de Condom pour être placée dans une nouvelle famille d’accueil.

Des changements de famille comme celui-ci ou des placements interrompus, il en existe chaque semaine dans toutes les ASE de France pour les motifs les plus variés. Soit à la demande de la famille d’accueil lorsque, par exemple, l’enfant est entré en conflit aigu avec ses parents de substitution ou qu’il présente un danger pour lui-même ou les autres gamins placés dans le même foyer. Soit sur décision de l’ASE pour répondre à une évolution du statut juridique de l’enfant, à un déménagement des parents biologiques – qui interdirait de facto les visites –, à une évolution caractérielle ou psychiatrique qui nécessite un placement en centre éducatif ou hospitalier, ou bien encore, et cela a précisément été le cas pour la petite Cindy, en raison d’un lien affectif trop étroit des parents d’accueil avec l’enfant placé.

Présenté à l’état brut comme cela dans les médias, ce type d’information suscite, et c’est bien compréhensible, une réaction émotionnelle dans le public et, on le voit avec Christophe Hondelatte, jusque chez les animateurs de radio. Des gens de radio, pourtant censés, a fortiori lorsqu’ils sont journalistes, prendre le recul nécessaire et s’informer du contexte avant de réagir à chaud, au risque d’induire chez les auditeurs un réflexe d’indignation épidermique, voire de colère contre une institution froide et inhumaine qui n’a probablement fait que son travail.

Aussi dur que cela puisse paraître, les parents d’accueil, s’ils ont le droit de se montrer prévenants, voire complices, avec les enfants qui leur sont confiés, doivent absolument éviter de lier avec eux des relations affectives trop étroites. En un mot, ils doivent se montrer professionnels : trouver le juste milieu entre leur penchant naturel à l’affection et une distance excessive avec des enfants précisément en manque d’affect ; trouver le juste milieu entre leur légitime compassion pour des enfants au passé souvent douloureux et une autorité par trop détachée. De même doivent-ils faire comprendre aux gamins qu’ils ne sont, quelle que soit leur proximité au quotidien, ni leurs parents biologiques ni leurs parents adoptifs, mais des parents de remplacement dévoués qui feront tout pour assurer le mieux possible leur éducation et pour prendre soin d’eux, jour et nuit. 

Un investissement affectif dangereux

Les parents d’accueil – appellation officielle : assistants familiaux –, choisis sur des critères stricts de logement, de moralité et de motivation, suivent d’ailleurs une formation initiale de 60 heures pour apprendre, entre autres thèmes, à gérer ces situations avant tout agrément. Ils bénéficient en outre régulièrement de stages centrés sur le contexte juridique et, avec le concours d’assistants expérimentés, sur l’exercice de ce métier si particulier et parfois si difficile car il nécessite une disponibilité de tous les instants.

Un impératif donc : ne pas lier de relations trop étroites avec les enfants. Et pour cause : la plupart de ces jeunes disposent encore de parents biologiques dont la situation personnelle peut évoluer et qui, par décision de justice, peuvent à tout moment recouvrer leurs droits parentaux et reprendre, en toute légitimité, leur enfant sans que la famille d’accueil puisse s’y opposer. Et cela est bien normal. C’est ce risque qui a motivé, semble-t-il, la décision de l’ASE du Gers, alarmée par un excessif investissement affectif des parents d’accueil de Cindy à l’égard de la fillette. Un investissement dangereux tant pour eux-mêmes que pour la petite fille car susceptible d’être rompu dans le drame en cas de restitution ultérieure aux parents biologiques.

Inutile de s’étendre plus sur ce dossier précis qui a été volontairement médiatisé – jusque sur Facebook avec des photos de Cindy ! –, par la famille d’accueil, en violation des lois sur la protection de l’enfance et la confidentialité des placements, afin de créer un rapport de force vis-à-vis de l’ASE. Il appartiendra à cette famille et à Philippe Martin, président du Conseil général du Gers, de régler le différend qui les oppose et qui les conduira peut-être devant la justice. En tout état de cause, on peut regretter que la parole ait été très largement donnée dans les médias à M. et Mme Boyer ainsi qu’à leur avocat, Me Gilbert Collard – toujours prompt à se placer devant l’objectif des caméras –, et quasiment pas aux responsables de l’ASE.

Á ce stade de la lecture, sans doute se trouve-t-il des lecteurs qui se demandent à quel titre je m’exprime sur un tel sujet, sauf à être moi-même assistant familial agréé par l’ASE de mon département. Ce que je ne suis en aucun cas, pas plus que mon épouse. Le sujet ne m’est pourtant pas étranger car l’une de mes sœurs et mon beau-frère exercent ce métier en couple depuis plus de 15 ans et j’ai pu observer à de nombreuses reprises la manière dont ils se comportent avec les enfants qui leur sont confiés, le plus souvent au nombre de cinq ! Un comportement, pour reprendre un terme évoqué plus haut, très professionnel qui leur a valu, il y a quelques années, un reportage dans le journal du Conseil général de leur département et leur photo à la une de ce magazine.

Des enfants meurtris

Professionnel ne veut pas dire insensible, et rien n’empêche l’émergence bien naturelle de liens affectifs au fil du temps avec les gamins durablement placés. Mais des liens maîtrisés qui doivent impérativement protéger adultes et enfants de relations trop étroites et a fortiori privilégiées avec certains enfants, au risque de susciter des jalousies, voire des conflits de nature à mettre en péril les équilibres domestiques. Il s’agit là d’une nécessité absolue pour faire face, avec le discernement requis, à des situations éducatives parfois complexes. Car, ne l’oublions pas, la plupart des enfants placés par l’ASE en famille d’accueil sont le plus souvent meurtris par la disparition brutale de leurs parents biologiques, par un climat familial violent ou alcoolique, par le délaissement et la privation de soins, par les coups répétés, et trop souvent par les agressions sexuelles incestueuses, jusque sur des garçons et filles en bas-âge. Des enfants parfois mutiques, stressés ou apeurés, quelquefois caractériels, voire suicidaires, telle cette adolescente qui ne supportait pas le rejet affectif dont elle faisait l’objet de la part de sa mère biologique depuis la dénonciation du père violeur. Et que dire de cet autre gamin qui, malgré les précautions, est un jour revenu d’une visite chez son père incestueux avec du sang dans le slip ?

Tout cela, le personnel de l’ASE (éducateurs spécialisés, assistantes sociales, psychologues) mais également les juges aux Affaires familiales, le savent parfaitement comme ils savent parfaitement, au fil des visites de contrôle et des fréquents contacts avec les assistants familiaux, quelles sont leur implication et la nature de leurs relations avec les enfants placés.

Il est possible que Christophe Hondelatte ait été d’une totale bonne foi dans la manière dont il a ressenti et présenté l’affaire gersoise sur l’antenne de RTL. Comme il est possible qu’il ait, à l’instar de nombre de ses confrères lorsque survient un sujet sensible, voulu instrumentaliser l’émotion des auditeurs, voulu tirer avantage pour l’image de la station de la compassion du public pour une petite fille ballotée par la volonté de technocrates inconscients. Car c’est bien ainsi que, présenté ex-abrupto et sans enquête sérieuse, ce genre d’affaire est ressenti par l’opinion. Volontaire ou pas, cette présentation des faits est bel et bien démagogique, que Christophe Hondelatte l’ait ou non expressément voulu. Dommage, car l’aide sociale à l’enfance vaut infiniment mieux qu’un traitement aussi lapidaire et tendancieux.


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83 réactions à cet article    


  • Romain Desbois 7 février 2011 10:49

    Excellent article.
    Que dire d’autres ? Malheureusement je ne vois pas comment éviter l’investissement affectif des familles d’accueil tout comme les parents « indignes » ou pour le moins incompétents.

    Il ya tellement de gens qui ne souhaitent que faire le bonheur d’un enfant et tellement qui ne savent le faire. Mais quel qu’ils soient , pour l’enfant ses parents sont irremplaçables .
     
    C’est insoluble.

    Merci Fergus.


    • Fergus Fergus 7 février 2011 11:04

      Vous avez raison, Romain, on ne peut empêcher l’investissement affectif, mais il est impératif, pour le bien de tous, qu’il soit limité afin d’éviter des situations inextricables lorsque les enfants ne sont pas adoptables (s’ils l’étaient, la famille d’accueil pourrait dans ce cas postuler à cette adoption).

      Sans même parler de retour d’un enfant dans son foyer biologique après quelques années de placement, ce qui arrive régulièrement, il suffit que les parents biologiques d’un gamin soit amenés, pour des raisons professionnelles ou familiales, à déménager dans une autre région pour que leur droit de visite légitime impose un transfert de l’enfant placé dans une autre famille d’accueil du nouveau département d’habitat.

      Rien n’est simple en effet.

      Bonne journée.


    • tchoo 7 février 2011 11:05

      Que dire d’autres ?
      que j’ai exactement l’expérience inverse, dans mon entourage proche
      un enfant de quelques mois confié à une famille d’accueil,
      une intervenante des services sociaux absolument sourde à toute compassion humaine qui voulait appliquer strictement son savoir livresque sur le bonheur et le devenir d’un enfant.
      Des accusations éhontées contre la mère d’accueil, accusé de manipuler le gamin.
      La prédiction par tous que ce pauvre gamin ne serait pas capable d’être autonome.
      Celui-ci à 15 ans à écrit au juge (après maintes lettres avant mais pas prise en compte) qu’il ne voulait plus voir sa mère biologique (visite qu’on lui imposait, et dont il mettait trois à quatre semaines à se remettre)
      Aujourd’hui, le jeune homme à 28 ans, travaille, vit sa vie d’homme, a des relations d’enfant avec sa mère d’accueil et ses soeurs.
      Il a réussi à triompher grace à sa volonté et à l’amour de sa famille d’accueil de la raideur d’une administration et de l’incapacité des ses exécutants de prendre de la hauteur par rapport à leur « savoir ».
      C’est un simple témoignage, qui a autant de valeur que celui de l’auteur.

      Quand à la légèreté des journalistes à traiter des sujets complexes, là je rejoins entièrement l’auteur.


      • Fergus Fergus 7 février 2011 11:33

        Bonjour, Tchoo.

        Il en va ainsi de toutes les activités humaines : dans chaque métier, il existe des personnes au comportement dogmatique ou tout simplement inadaptées à leur fonction, et le personnel des ASE n’échappe sans doute pas à ce constat.

        Cela dit, pour autant que puissent en juger ma soeur et mon beau-frère dans leur département, la grande majorité des personnes impliquées dans le suivi des placements font preuve d’une incontestable compétence. Mais il existera toujours, hélas, des contre-exemples.

        Pour ce qui est des visites aux parents biologiques, ce n’est pas l’ASE qui est responsable mais le juge. Lui seul peut les suspendre, voire les interdire après avoir entendu les parties concernées, y compris l’enfant.

        Pour ce qui est des manipulations d’enfant, cela dit sans lien avec le cas que vous évoquez et que je ne connais évidemment pas, il faut reconnaître que cela peut exister de la part de familles d’accueil en conflit avec les parents biologiques. Cela peut conduire à des retraits d’agrément.

        Une décision qui, contrairement à ce que pourraient croire certains lecteurs, n’est jamais prise à la légère par les ASE (dans la mesure où l’on manque, en France, d’assistants familiaux) mais résulte de fautes avérées ou de comportements inadaptés de parents d’accueil qui confondent manifestement placement et adoption.


      • 2102kcnarF 7 février 2011 11:32

        Christophe Hondelatte...c’est pas l’homme qui s’aime devant la caméra et du fait-divers fait un commerce ? Celui qui a une relation spéciale avec une veste en cuir, qu’il ne cesse de remettre chaque semaine sur FR2, le dimanche soir. Car si c’est celui-là, je peux vous répondre avec certitude qu’il n’a jamais de toute sa vie éprouvé un seul sentiment sincère. Son amour de soi et de sa veste l’emportant sur tous les autres .


        • Fergus Fergus 7 février 2011 11:35

          @ 2012kcnarF.

          C’est cet homme-là, mais je vous laisse la responsabilité du jugement que vous portez sur lui.


        • rocla (haddock) rocla (haddock) 7 février 2011 12:03

          Article nécessaire Fergus .

          Il est étonnant que pour conduire une voiture il faille un permis 
          Faire des enfants et d’ une facilité déconcertante . Se conduire de façon responsable 
          ensuite et les élever harmonieusement est une autre partie . Combien de parents d’ enfants en bas âge divorcent en leur laissant un avenir pour le moins défavorable sur le plan psychique . Ballotés ici et là ....

          Ceci dit l’ amour a-t- il un curseur , un peu , pas beaucoup , assez , trop  ?

          Tout en comprenant le point de vue exposé ( ne pas être trop attaché aux éducateurs ) l’ amour c ’est ni plus ni moins , c’ est l’ amour .

          Bien à vous .


          • Fergus Fergus 7 février 2011 13:00

            Bonjour, Capitaine.

            Vous avez raison sur les sentiments, et cela vaut pour toutes les activités humaines. C’est pourquoi il est demandé aux assistants familiaux de ne pas s’investir trop, moins pour les protéger eux-mêmes que pour protéger les enfants dont ils ont la charge et qui peuvent, à tout moment, être sortis du foyer pour différentes raisons.

            Cela n’empêche évidemment pas le manifestations d’affection, particulièrement envers les petits, mais cela ne doit surtout pas déboucher sur un amour de type filial, potentiellement synonyme de graves déboires pour les uns et pour les autres. Par chance, la grande majorité des assistants familiaux maîtrisent parfaitement ces paramètres affectifs.

            Cordialement.


          • xbrossard 7 février 2011 16:31

            @Fergus


            et vous croyez sérieusement qu’un enfant en bas âge fasse une différence entre un amour de type filial et non filial, surtout quand l’amour filial n’est plus là ? Comment faits vous comprendre ça à un petit enfant dans la souffrance ?

            vous rêvez un peu là...ce n’est pas en pondant des directives sans tenir compte des émotions humaines que l’on fera avancer les choses

            Sinon, le communisme aurait marché, puisqu’il aurait suffit que les riches prennent sur eux et accepte la spoiliation de leur biens pour que tout marche...après tout, c’est quoi le plus dur, ne plus avoir de parents ou se faire déposséder ?

            Moi comme ça, je vous fait tout accepter si je veux...


          • Fergus Fergus 7 février 2011 18:44

            Bonjour, Xbrossard.

            Un enfant en bas-âge demande de l’affection et de l’attention, ce qui peut lui être donné par une famille d’accueil. Mais au fur et à mesure qu’il grandit, il est important qu’il comprenne progressivement son statut. Et cela semble fonctionner dans la plupart des cas, surtout s’il existe des parents biologiques que cet enfant peut rencontrer régulièrement dans le cadre d’un droit de visite.


          • Hadj Ahmed 7 février 2011 12:43

            Il y a sûrement des choses qui m’échappent mais pour bibi, la priorité n’est pas du tout « au cas où il faudrait éventuellement peut être sétonjamé, les restituer un jour aux parents biologiques ».

            La priorité d’entre toutes est que l’enfant reçoive un maximum d’amour pour se construire et vite !

            Et si après ça (admettons que la proba soit de 50%) il n’est pas restitué aux parents biologiques, qu’à cela ne tienne il sera armé à combien, 20, 30, 40 % Peut être mais sûrement pas 0.

            Si par contre il leur est restitué et alors ? Déchirement ? Oui, mais censé être temporaire non car rassurez moi, les biologiques sont également censés donner un max d’amour
            et surtout déchirement vécu par un enfant « armé ».

            Nerde alors !


            • Fergus Fergus 7 février 2011 13:11

              Bonjour, Hadj Ahmed.

              Les parents biologiques ne sont pas tous des brutes, des violeurs, des sans coeur ; ils peuvent aussi être momentanément hors d’état d’éduquer leurs enfants parce qu’ils sont confrontés à de terribles maladies ou à des situations financières désastreuses qui ont conduit au placement de leurs enfants. La maladie surmontée ou les problèmes financiers levés, n’est-il pas légitime qu’ils retrouvent au plus vite leurs enfants ?

              Je n’ai pas non plus écrit que les assistants familiaux doivent maintenir distance et froideur vis-à-vis des gamins qui leur sont confiés. Comme je viens de l’écrire en réponse à Rocla, il est même souhaitable qu’ils manifestent affection et complicité envers les enfants dont ils ont la charge, mais ils doivent absolument éviter d’engager une relation de type amour filial potentiellement problématique tant pour eux-mêmes que pour les enfants.


            • Hadj Ahmed 7 février 2011 19:18

              Bonjour Fergus,

              Vous savez mieux que moi que même entouré longtemps et depuis le début par ses seuls parents biologiques, avec en prime une vie aisée et un milieu idéal, il n’est pas dit (loin s’en faut), que lesdits parents aillent au delà de leur propre égoïsme, qu’ils soient suffisamment équilibrés et qu’ils aient eux même reçu suffisamment d’amour, pour pouvoir redonner à leur tour ce qu’ils auraient reçu en quantité suffisante pour élever un môme debout et prêt à affronter sereinement la vie.

              Qui n’a pas connu autour de lui des légions de gros nenfants (oh les ch’tits choux), entre 40 et 65 ans et qui en sont encore à la recherche d’une amourette, de LA paire de chaussures ou du week-end de rêve, alors que leur progéniture en est à la nième agression, au nième ratage de sa propre vie, à la nième overdose ou à minima au nième trouble de la personnalité.

              Alors pas d’accord mais du tout ! Que les parents biologiques soient ci ou pas ça n’est pas du tout mon propos. Car accident de la vie ou pas, c’est un fait qu’un de leurs enfants n’est plus (durablement ou pas nul ne le sait), avec eux et c’est un fait que c’est maintenant qu’il a sa chance de se construire pas dans une année pas dans trois. 

              Alors qu’est-ce qu’on fait ? On pare au plus pressé, nourriture vêtement et saint des saints … équilibre.

              Ou alors, on nourrit, on vêt, on sourit et on veille à garder des distances ? Juste au cas où un de ces quatre il soit de nouveau possible de le redonner à ses dits parents qui sauront n’en doutons pas rattraper le retard smiley


            • brieli67 7 février 2011 19:53

              Etonnant que notre auteur si tonitruant en général 


              ne continue ses échanges épistolaires

              lettre ouverte à Carla B. (i)
              lettre ouverte à Carla B. (ii)


              vite vit’ une interview, du vécu sur le(s) sujet(s), elle a !! 



            • Fergus Fergus 7 février 2011 19:58

              @ Hadj Ahmed.

              Il ne s’agit surtout pas de « garder ses distances » mais « la bonne distance » (un art difficile, je vous le concède). Une bonne distance qui n’exclut nullement des marques d’affection mais sans créer des rapports trop étroits porteurs de difficultés. Les parents d’accueil se doivent d’agir ainsi et, contrairement à ce que l’on peut penser, les enfants, dès « l’âge de raison », le comprennent bien et peuvent s’épanouir sans réserve jusqu’à leur majorité le cas échéant comme cette adolescente de 18 ans placée chez ma soeur depuis plus de 12 ans et très bien dans sa peau malgré une petite enfance douloureuse.

              Je vous souhaite une excellente soirée.


            • Fergus Fergus 7 février 2011 22:13

              Salut, Brieli.

              J’ai une 3e lettre ouverte à Carla B. (la fille Remmert) en préparation. Espérons qu’elle ne subira pas le sort de la 2e, disparue après quelques heures...


            • papi 7 février 2011 13:19

              OUPS !!!
               Mon ami Fergus retraité n’a rien compris à ce problème, je crois même qu’il n’en connait rien,
               Comment peut-on pondre un article sur un sujet comme celui-la sans en connaitre ne serait-ce
               que le B A BA .. je ne cmmenterai pas plus avant ..

               Pourquoi mettre tant de temps pour noircir du papier, renverser l’encrier sur la feuille est plus rapide pour le même résultat....


              • Fergus Fergus 7 février 2011 13:39

                Bonjour, Papi.

                Je ne demande pas mieux que vous nous fassiez part de votre expérience personnelle.

                La mienne, certes insuffisante, est basée sur les nombreux contacts que j’ai eu (et continue d’avoir) avec ma soeur et mon beau-frère, assistants familiaux reconnus et respectés dans leur département, ainsi qu’avec les nombreux enfants dont ils ont eu et ont encore la charge, et pour lesquels j’éprouve une grande sympathie et parfois même de l’affection.

                Eclairez-nous, Papi !

                 


              • rocla (haddock) rocla (haddock) 7 février 2011 13:30

                papi ,

                votre commentaire ressemble à un type ne disant rien et le faisant savoir ....


                • easy easy 7 février 2011 14:27

                  Cette affaire, par sa médiatisation, par sa récupération en télé ou sur AVox, permet essentiellement à ceux qui se jettent dessus, de se blanchir, en tant que parent.
                  Cent, mille, dix mille, un million de personnes bavasseraient dessus que ce ne sera jamais pour dire autre chose que l’incurie d’autrui et bien entendu, des parents, des vrais parents, à qui on a retiré les enfants.
                  Ces bavasseurs se retrouvant alors en position de donneur de leçon.

                  Je le dis souvent, nous ne savons pas faire autrement que juger de manière très binaire. Nous avons pourtant une expérience personnelle de la vie qui nous a plusieurs fois prouvé que tout en ayant écrasé un chien nous ne sommes pas salaud ; que tout en ayant trompé notre conjoint, nous ne sommes pas une ordure ; que tout en ayant oublié de déclarer un détail au fisc, nous ne sommes pas un bandit ; qiue tout en ayant une fois menacé un voisin, nous ne sommes pas terroriste.

                  Nous savons pourtant tous très bien que si des juges démagogues ou des concierges, alertés par quelque personne malveillante (et les enfants peuvent en faire partie), observaient tous nos comportements passés, les plus secrets, les mieux dissimulés, ils trouveraient dix fois matière à nous traiter de criminel.
                  Ne serait-ce que pour avoir refusé -par déni, par surdité- d’aider une vieille tante à payer son loyer, à s’acheter de quoi bouffer. Ou, plus d’actualité, pour avoir pris en photo notre fille dans son bain.

                  Nous savons que nous sommes limites mais nous sommes pourtant fort diligents et agiles à enfermer autrui dans une condamnation.

                  C’est qui nous ?

                  Ce n’est probablement pas tout le monde. Tout le monde n’a pas participé à la tonte des femmes ayant couché avec l’ennemi. Mais nous sommes suffisamment nombreux à aimer jouer les saints pour que les lynchages et les stigmatisations se produisent.

                  Nous ce n’est pas tout le monde, loin s’en faut ; Mais ça représente tout de même déjà beaucoup de monde.


                  Il y a plein d’effets de groupe qui influent sur nous, sur ce que nous disons ou écrivons, donc sur les jugements que nous émettons. Dont les divers effets Milgram (les chefs subissent également la pression de la masse) ou le paradoxe d’Abilene. C’est forcément sous l’effet de ces principes actifs que tous ceux qui jouent au bavardage (tout le monde ne bavarde pas, ne clavarde pas) adoptent des positions aussi binaires.

                  Par le OUI ou par le NON, il faut s’exprimer sans nuances pour faire autorité quand on joue au bavardage. Et sur tous les sujets susceptibles de nous envoyer en prison, il n’est pas question de ne pas se dire à fond dans un camp, le camp des plus forts, tant qu’à faire. Ou alors carrément dans le camp des groupuscules terroristes. Mais papoter, comme nous le faisons entre collègues, au bistrot ou sur AV tout en restant très nuancé en évitant soigneusement de plomber par exemple les parents désaisis de leurs enfants, ça ne se fait pas.


                  Il suffit de relire, ici et ailleurs, TOUT ce qui aura été raconté et commenté au sujet de cette affaire dans laquelle, à la base, rien n’a été dit de moche concernant les parents de cette fille, pour vérifier qu’effectivement, lorsqu’il y a un jugement d’émis concernant les parents déssaisis considérés en masse, il s’agit toujours de jugement infamant. Sur les milliers de réflexions lancées par les bavardeurs et bavardeuses autour de ce cas, pas une seule n’aura témoigné de pitié (je parle de pitié chrétienne, de celle issue de la tendresse) ou de compassion pour les parents dont on a retiré les enfants.

                  Ca fait un monde dur, très dur.







                  Cela dit.

                  L’ASE est une administration. Assez comparable à la Justice. Elle a été inventée par notre société pour essayer de résoudre des problèmes individuels. Comme le système carcéral, comme l’armée, comme la Justice, comme l’EN, elle n’est pas forcément bonne de manière absolue ou face à Dieu si vous préférez.

                  Rien ne dit que Dieu trouverait normal que les hommes organisent une armée, que des hommes en incarcèrent d’autres, que des hommes en fusillent d’autres, que des gens retirent des enfants à leurs parents. Par principe d’intelligence, nos machines sociales ne devraient jamais être considérées comme absolument, définitivement, constamment, universellement valables. Surtout quand on voit qu’elles n’ont rien résolu des souffrances individuelles et que de surcroît, il leur arrive de provoquer clairement de la souffrance.

                  Si on garde constamment à l’esprit qu’aucune de nos Machines sociale n’est absolument parfaite ou valable, alors nous ne devrions jamais les adorer ni immoler qui que ce soit sur leur autel ou pire encore, en leur nom.

                  « Au nom de la Loi, je vous arrête ! » Quelle connerie !


                  L’ASE, en tant que Machine, fait au mieux son travail. Et comme l’a précisé Fergus, elle a considéré qu’elle devait interdire l’amour entre les parents d’accueil et leurs petits pensionnaires.

                  Sachez, si vous n’en avez pas fait l’expérience, qu’il est assez facile, pour un parent élu parent d’accueil, de se comporter en machine. De ne pas s’attacher ni créer de lien en dehors de celui du respect. Oui c’est facile, beaucoup plus facile qu’on le croit.
                  C’est peut-être plus difficile si l’enfant est très jeune, c’est peut-être plus difficile si le parent d’accueil est lui-même sevré de gosses, mais globalement, s’occuper de gamins de manière mécanique, surtout avec la tutelle et la supervision permanente de l’ASE est facile. C’est du reste le seul et unique cas où l’on est parent encadré. C’est très agréable et encore une fois très facile à vivre sur le plan déontologique.

                  Que de son côté, l’enfant soit très demandeur d’attachement, ça va de soi. Mais encore faut-il le dire. A considérer les choses de manière naturaliste, on comprend que tout enfant a un intérêt vital à établir un lien solide avec celui qui le nourrit et l’abrite, quand bien même ne serait-il pas son géniteur. L’enfant a une stratégie de survie qui le pousse à se faire aimer par celui qui tient le frigo ou plus largement le pouvoir, fusse-t-il un CRS en titane.
                  Tout parent d’accueil, quand il est face à un enfant stratège-vampire d’affection, est tenté de le satisfaire. On a tous entendu parler du devoir que l’on a de répondre à la demande d’affection d’un enfant). Mais d’une part ce professionnel a ses propres enfants à qui il doit garantir l’exclusivité de son affection sous peine de gros clash familial, et d’autre part, il y a la forte présence morale de l’ASE qui lui dit que non seulement il n’a pas le devoir d’offrir au vampire l’affection qu’il réclame, mais qu’il en a même l’interdiction. 
                  De la même manière, un geôlier reste facilement distant vis à vis de son prisonnier parce que sa hiérarchie lui dit qu’il n’a ni le devoir ni le droit de s’en approcher. On lui inculque même l’obligation inverse, celle d’être sec, intraitable et inhumain.


                  Dès qu’il est question d’Armée, de Justice, d’ASE, on n’est plus dans l’humain-individu, on est dans un produit du groupe humain, dans la Machine. Et là il n’y a plus de câlins. Par contre il y a des pelotons d’exécution, de la prison, des barbelés et des gibets. Le tout étant encadré par la valeur DEVOIR.



                  Il ne faut donc pas, dans un article ou un commentaire, mettre dos à dos, l’une jugée bonne, l’autre jugée mauvaise, deux attitudes provenant de deux entités différemment organisées.

                  L’ASE + la famille d’accueil c’est une entité froide, agissant par le biais du devoir et qui tient clairement la prison dans la main, car quiconque la trahit devra la subir. Cette entité est humaine au sens où ce sont les êtres humains qui l’ont conçue et qui la font fonctionner mais on y pratique la non-humanité-singulière. On y pratique le respect froid. Comme on doit respecter un serpent, une araignée ou une méduse. Pas comme on se laisse aller à aimer un koala, un bébé phoque, un ourson, un chiot.

                  Différemment, les vrais parents de l’enfant constituent une entité passionnée, individuelle, caractérisée, singulière, personnalisée, déchirée, hocqueteuse, marquée par une histoire et bourrée de sentiments particuliers qui lui font comme une carte génétique à la fois historique et sentimentale. Dans cette entité, la notion de devoir est accessoire et personnalisée. L’attachement y domine le devoir.



                  A ceux, probablement effrayés à l’idée qu’ils puissent un jour se retrouver condamnés, qui s’empressent de dénigrer les parents ruinés en recourant aux poncifs de type « Parents indignes, irresponsables, incapables... » je dis qu’ils donnent aux Chefs l’impression de trouver la Machine meilleure que l’Homme. Ces chefs vont alors imposer plus de Machine qu’il n’y en a déjà et, à terme, en tant qu’individu singulier, vous ne vaudrez plus rien, pas même aux yeux de vos enfants. Sinon en termes de devoir « Tu es mon père, alors tu me dois ceci, cela »



                  Oui, des enfants peuvent grandir en kolkhoze, peuvent être élevés au sein d’une Machine asentimentale. Oui on peut le faire comme on a su le faire pour les poulets et les cochons.
                  Oui, bien sûr que oui, Gattica est possible.

                  C’est ça que vous voulez ?
                  Vous ne voulez plus que des films avec des personnages artificiels de type Avatar ? Vous en avez marre des films avec de vrais acteurs, des Nicholson, des Hopkins ?

                  A mon sens, nous sommes déjà à mi-chemin entre le concept familial tel qu’il était au XVIIIème siècle et Gattica.

                  De la même manière que les trentenaires actuels vivent leur célibat sans drame, sans panique, parce qu’ils voient des réservoirs immenses de type Meetic et que chacun va au zapping des liaisons, de même les adolescents et les préados zappent aussi en jouant d’un réservoir inépuisable. Et c’est de cette manière zappiste qu’ils regardent leurs parents.

                  Pour bien faire les choses, plus un parent est Machiné, plus il est standardisé, plus il est interchangeable, zappable.



                  Pour ma part, je crois qu’il faut supporter chaque personne avec ses défauts et même, paradoxalement, se féliciter qu’elle en ait au lieu d’en appeler constamment à la Police, à la Machine comme référence asolue du Bien ou du mieux-être.


                  • Fergus Fergus 7 février 2011 16:43

                    Bonjour, Easy, et merci pour ce long commentaire avec lequel je me sens globalement en phase.

                    Les choses en sont effectivement pas aussi simples qu’elles le paraissent et, tous autant que nous sommes, nous devons lutter contre la tentation d’une réaction épidermique à un évènement, quel qu’il soit. Pour une raison évidente : la précipitation est souvent mauvaise conseillère et les informations dont nous disposons souvent frgamentaires, voire dénaturées.

                    100 % d’accord avec vous lorsque vous soulignez, comme je l’ai en partie fait dans ma réponse à Hadj Ahmed, que les parents biologiques sont loin d’être tous des parents à problème, tout juste bons à être définitivement écartés de l’éducation de leurs propres enfants. Les causes d’enlèvement sont nombreuses et, en définitive, peu de parents sont définitivement déchus de leurs droits. Une chance, car même un couple de toxicomanes ou de trop jeunes parents totalement dépassés par la naissance d’un gamin peut se ressaisir et, quelques mois ou quelques années plus tard, vouloir construire avec leurs enfants le foyer qu’ils ont été incapables d’assumer auparavant.

                    Quant aux assistants familiaux, la plupart savent établir la bonne distance avec les enfants placés, y compris avec ceux que vous nommez les « vampires d’affection », sans que ces enfants aient la sensation d’être délaissés, bien au contraire. Et vous raison de souligner également qu’il faut savoir conserver un statut différent entre les enfants d’un couple de parents d’accueil et ceux qui leur sont confiés. Ces derniers l’acceptent d’ailleurs sans difficulté dès lors qu’ils ne sont pas victimes au quotidien de discriminations dans les activités de la maison. 

                    Pour terminer, il faut également casser le cou aux clichés concernant les ASE. Ces services territoriaux ne sont pas composés de technocrates indifférents, voire pervers, mais dans l’écrasante majorité des cas de personnels dévoués qui exécutent leur travail qu’ils peuvent. Exactement comme nous le faisons dans les autres domaines d’activité, en sachant qu’il peut toujours se glisser, ici et là, des personnes incompétentes ou désinvoltes. De plus, beaucoup de progrès ont été accomplis depuis l’époque des DDASS d’autrefois.

                    Cordialement.


                  • papi 7 février 2011 15:28

                    Mon cher Fergus, je vois que vous n’avez pas aimé mon post, et je vous remercie des informations complémentaires sur vos sources : votre sœur et votre beaufrère « reconnue et respectés » je n’en doute pas .. Votre article si étayé m’a fait pensé en le lisant que vous ne pouviez être qu’un spectateur , votre dernier post confirme donc ce que j’avais pensé en première instance.. vous ne vivez pas cette situation , et pourtant vous en parlez comme un proféssionel !!
                    voir même vous vous permettez de traiter les autres de démagogue, c’est bien. Quand à moi, je me réfèrerai aux statuts qui sont les miens : discrétion et confidentialité , ..
                     J’espère vous avoir comme lecteur assidu lors de mon prochain article sur la vie d’une famille de boulangers, reconnus et respectés dans leur département, sujet que je maitrise parfaitement du fait que la boulangère est la petite cousine de mon beau-frère..


                    • Fergus Fergus 7 février 2011 16:58

                      @ Papi.

                      Je n’ai rien contre les commentaires des uns ou des autres dès lors qu’ils apportent une argumentation. Et je suis tout prêt à convenir de mes erreurs lorsqu’il m’est démontré que je me suis fourvoyé. Mais dans votre nouveau post, vous restez tapi derrière votre souris au motif que votre statut vous impose « discrétion et confidentialité ». Etrange retrait car même un magistrat peut parler librement de l’exercice de son job. Vous préférez rester dans la dérision, et c’est votre droit, mais reconnaissez que cela n’est pas de nature à faire avancer le débat.

                      Pour ce qui est d’avoir traité Hondelatte de démagogue, je reconnais l’avoir fait clairement dans le titre, même si j’ai nuancé ce propos en conclusion de mon article. Hélas, je sais trop comment fonctionnent les salles de rédaction, promptes à saisir la moindre dépêche un peu croustillante sans la vérifier ou l’approfondir afin de ne pas être devancé par la concurrence. C’est probablement ce qui s’est passé dans cette affaire, d’où ce provocateur et surtout racoleur « coupable de trop d’amour ». Mais vous avez raison : Hondelatte a peut-être été simplement maladroit en réagissant de manière épidermique comme n’importe quel quidam !

                      Bonne journée.


                    • easy easy 7 février 2011 16:04

                      Quant à la vénalité.

                      En dehors des parents virtuellement enterrés, car quoi qu’on en dise, un parent qui se voit retirer ses enfants est socialement et familialement enterré, en dehors de des maheureux complètement décrédibilisés et régulièrement soupçonnés des pires attitudes, les seuls adultes qui seraient bien placés pour parler de l’ASE et de ce qui se passe dans une famille d’accueil, ce sont les personnels de l’ASE et les familles d’accueil.

                      De même qu’il n’est pas bon que ce soit un bâtonnier qui juge d’un litige entre un avocat et son client, (litige portant généralement sur une question, d’honnaires) de même il n’est pas bon de se faire une idée de l’ASE et de ses effets en n’écoutant que les personnes qui en vivent.


                      Hormis les enfants en jeu et les parents ruinés, les seuls à être bien placés pour voir ce qui se passe dans la Machine ASE sont des gens qui ont intérêt à défendre leur casse-croûte.

                      Chacun de nous connaît le sentiment de responsabilité non sociale, purement humaine, consistant à ramasser un bébé abandonné pour le nourrir, dans la mesure où ça ne priverait pas significativement ses propres enfants. Ce sentiment, même des animaux l’auraient (J’ai vu la vidéo d’une panthère ayant adopté le petit singe d’une guenon qu’elle venait de tuer)
                      Et chacun sait également le grand mal qu’il fait à des parents quand il leur vole leurs enfants.

                      L’ASE et les parents d’accueil ont à gérer in petto (car ce n’est jamais explicité) des deux sentiments antagonistes que sont le devoir d’assistance à enfant en danger et la cruauté qu’il y a à retirer des enfants à leurs parents.

                      En général, dans la nature, on ne s’occuperait d’un enfant seul qu’après avoir bien vérifié qu’il est abandonné. D’autre part, il y a aussi des parents qui abandonnent leur enfant en signalant très explicitement que c’est un abandon (par exemple on déposerait nuitamment l’enfant sur le seuil d’une église ou devant une crèche)

                      Dans les cas que traite l’ASE, très rares sont les cas où les parents sont heureux ou soulagés par l’intervention de l’ASE. Cela, les parents d’accueil le savent, le subdorent (car ce n’est jamais explicité par l’ASE). Du coup, ils subodorent qu’ils sont en train de participer à un acte de cruauté envers les parents. Mais aussi envers les enfants qui la plupart du temps, n’ont ni demandé ni souhaité cette déchirane séparation-dramatisation.

                      Alors aussi bien les parents d’accueil que les personnels de l’ASE, tous peut-être sauveteurs, mais sûrement cruels envers des parents, se jouent un film, celui du sauvetage, celui de la responsabilisation, celui du bon ordre, celui de l’équilibre, celui du contrôle. Et ça a pour effet essentiel de dénier, de taire, d’enterrer le geste de cruauté, peut-être d’injustice profonde, qu’on a commis envers des parents, envers leurs enfants, envers une famille.

                      J’ai vu, chez Aventis, dans un centre où il y avait un bâtiment très isolé réservé à la captivité des primates non humains à des fins de tests, que le personnel subissait une énorme pression dans l’axe de la propreté (strictement aucune contamination pour que les animaux soient purs avant les tests) qu’ils en oublaient l’horreur fondamentale que cette captivité constituait.


                      C’est comme si un colonel commandant une éxécution s’appliquait à demander à ses soldats de bien veiller ào ce que le condamné ait la possibilité de fumer un clope. « Il a eu sa clope, on a respecté sa dernière volonté, on est soulagé »


                      Les familles d’accueil font ce travail pour l’argent qu’il procure et les personnels de l’ASE y bossent aussi pour de l’argent

                      Il est logique que ces personnes soient particulièrement taiseuses sur les limites et les incongruités d’une Machine qui les fait vivre. Toujours, toujours, sans aucune exception, ces personnes vont à argumenter l’utilité de leur job, leur dévouement à la bonne cause, celle de l’enfant. Ah la bonne cause que celle de l’enfant à sauver !


                      Qu’il y ait des cas de cruauté manifeste de parents envers des enfants et qu’il faille alors les séparer, j’en conviens. Mais à force de trouver cette Machine fort belle et indiscutable, on en est aujourd’hui à voir qu’un plombier qui aurait laissé son fils seul dans le jardin du Luxembourg, le temps de quelque travaux, se le fait retirer. D’emblée, d’office.

                      D’ici, nous avons l’impression qu’un juge des enfants avait pris cette décision de placement en réfléchissant tout seul. En réalité, ce juge, comme tous les juges et chefs, a subi la pression de la masse. Ce juge a lu ce qui s’était raconté sur les foras, il a vait remarqué que la plupart des intervenants avaient lancé que ce père était irresponsable, indigne etc.. Ce juge aura décidé selon la rue. L’effet Milgram vaut dans les deux sens


                      Si on laisse la Machine briller d’un éclat toujours supérieur à celui des individus, on va bientôt se retrouver tous, parents indignes et ruinés.
                      A la limite, chaque parent, disqualifié en ce qui concerne ses propres enfants,et vu le problème quantitatif que ça poserait, se verrait confier les enfants des autres qu’il élèverait sous surveillance, en bon ordre et machinalement.



                      Je crois qu’il faut constamment considérer les Machines avec circonspection et ne jamais les idolatrer. Si l’on constate une anomalie dans une famille, il faut d’abord accompagner à distance. Par exemple en rendant visite à la famille une fois par semaine et en posant tout à plat. Une très grande part des problèmes pourraient être résolus dans défaire les familles.



                      • Fergus Fergus 7 février 2011 17:18

                        Re-bonjour, Easy.

                        Moins d’accord avec ce post qu’avec le précédent. S’il y a effectivement déchirement dans de nombreux cas lorsque les enfants sont retirés à leurs parents, nombre d’enfants sont également soulagés de se trouver dans un foyer équilibré et dans une ambiance familiale apaisée. Peut-être existe-t-il des statistiques dans ce domaine (quelle horreur !), mais cela doit fortement varier d’une époque à l’autre, d’une ASE à l’autre.

                        Moins d’accord également avec cette affirmation : « les familles d’accueil font ce travail pour l’argent ». Certes, elles sont rémunérés, mais plutôt mal eu égard aux obligations de présence et de soin 24 / 24 h*. Normal non ? Qui plus est, il me semble évident que la plupart des gens qui choisissent cette activité ne le font par esprit de lucre (ils se mettraient gravement le doigt dans l’oeil), mais parce qu’ils ont un bon contact avec les enfants et le goût de leur éducation. Ce qui n’empêche pas, dans ce domaine aussi, des exceptions, mais elles sont en général décelées par les ASE lors des entretiens préalables aux agréments.

                        Quant aux juges sur lesquels il est si facile de tirer, ils font un métier difficile et rares sont ceux qui, se montrant désinvoltes, prennent des décisions insuffisamment mûries. Leurs dossiers sont en général bien étayés et appuyés par des auditions des parties ainsi que des expertises.

                        * Ma soeur et mon beau-frère ont eu un gamin apprenti marin-pêcheur qu’il fallait amener à 3 heures du matin à l’embarquement du chalutier.


                      • easy easy 7 février 2011 19:10

                        Si les familles d’accueil ne font pas ça pour l’argent, alors elles sont perverses.

                        Posez précisément la question à vos parents, demandez-leur ce qui est dit par l’ASE à ce sujet ; Ils devraient vous répondre que l’ordre leur est donné de considérer qu’ils ne font ça que pour l’argent.

                        Cher Fergus, je vous vois redouter l’accusation de vénalité. Pour vos parents. Mais sur ce chapitre de la vénalité, il y a aussi à boire et à manger.
                        Il est parfois, pas toujours, extrêmement difficile de dire où et quand commence la vénalité dans notre rapport à l’argent.
                        Ne tremblez pas devant le risque d’accusation de vénalité ou d’égoïsme ou de cupidité ou de concupiscence ou de perversité ou de cruauté. Ne tremblez pas vis à vis de Dieu je veux dire. Car vis-à-vis des hommes, il y a de quoi trembler, en effet.

                        Je m’évertue à dire la Machine sociale et à préciser qu’elle ne devrait jamais être considérée comme parfaite.

                        Si donc la Machine doit toujours être considérée avec des pincettes, avec circonspection et prudence, si l’on convient de n’y recourir que dans les cas vraiment impossibles à traiter autrement, on doit se méfier de tous les qualificatifs au tranchant de guillotine.

                        Les qualificatifs comme égoïste, avare, cupide, vénal, vicieux, pervers, manipulateur....devraient être considérés davantage comme des troubles ou défaillances de la part de ceux qui les brandissent que de la part de leurs cibles.

                        Désacralisez le côté infamant du mot vénal, banalisez-le en considérant que l’un dans l’autre, nous sommes tous vénaux puisque nous tripotons tous de l’argent et que seuls quelques uns sont hyper vénaux ou essentiellement vénaux.
                        Mais oui, on peut être à la fois vénal et généreux (comme Eddy Barclays, comme Bill Gates, comme Coluche) alors que certains sont vénaux et également radins.


                        Cessons de trembler quand on nous dit qu’on travaille pour de l’argent. C’est normal. C’est normal de faire un métier susceptible de concilier une vie familiale intense et une rémunération. Je veux dire que Dieu n’y trouverait rien à redire. Ainsi, les parents d’accueil doivent dire, aussi bien à leurs supérieurs de l’ASE, qu’à leurs parents ou amis, qu’ils font ça pour l’argent.

                        Dans la réalité, ils déclarent leur vénalité aux gens de l’ASE car elle l’exige mais ils ont une nette tendance à dénier cette vénalité toute ordinaire vis-à-vis de leurs parents ou amis de sorte à paraître plus généreux qu’intéressés.

                        Et aux enfants placés, on leur dit quoi ? Qu’on est vénal ou généreux. Et bien on ne dit rien. Devant eux on n’aborde pas cette question (et bien d’autres). Quand l’enfant est placé à environ 15 ans, il n’est pas dupe. Il sait que les accueillants font ça pour l’argent, même s’ils font bien leur boulot, car rien n’empêche d’être à la fois intéressé et méticuleux, bien au contraire.
                        Quant aux enfants plus jeunes, qui ne pigent pas ce qu’est l’argent, les besoin de rentrer de la thune, on ne leur dit rien et on leur laisse donc la voie libre pour la reconnaissance. L’enfant peut croire qu’on s’occupe de lui par intérêt pour sa personne et il est tenté de se croire alors non interchangeable. L’illusion de générosité, bien que cultivée implicitement, ne trompe pas l’enfant très longtemps.

                        Car c’est un truc de fou l’ASE, sous bien des aspects. Ceux des enfants qui ont toute conscience des enjeux pécuniaires dont il est l’objet de soins tant de la part de l’ASE que des parents d’accueil, réalisent qu’ils sont interchangeables. Pour eux c’est déjà Gattica.


                        Tant qu’on reste à considérer, tous ensemble qu’une famille est irremplaçable, ça veux dire que ses individus ne sont pas interchangeables.
                        Mais quand on commence à dire que la Machine peut décider de défaire une famille et au pied levé, dans la journée, trouver de nouveaux quasi-parents pour l’enfant, alors tout le monde devient interchangeable. La famille est désacralisée et c’est la Machine qui le devient car elle, on ne peut pas s’en défaire.


                        Et dois-je aborder ce que les enfants naturel de la famille d’accueil balancent à la tronche des protégés ? « Mes parents n’en n’ont rien à foutre de toi. Ils ne font ça que pour l’argent »



                        Oui, dans certains cas, l’enfant est indiscutablement soulagé d’être exfiltré de sa famille. Placé, on le voit plus calme, plus concentré sur ses études... Mais qu’a-t-on fait au juste ? On lui a démontré l’interchangeabilité des gens. Quand dans ton entreprise tu ne fais pas exactement comme il faut, t’es viré, jeté sur le trottoir. L’enfant placé découvre très tôt l’interchangeabilité des gens, l’élevage en batterie.

                        D’autre part, l’enfant exfiltré n’a aucune preuve que ses parents sont également bien traités, soignés, considérés avec respect.
                        Il a plutôt les indices voire les preuves du contraire. Une lettre lui arrive, de ses parents. On va lui dire « Tu sais, tu n’es pas obligé de la lire, ni d’y répondre »
                        Sous un semblant de neutralité, car cette phrase semble neutre, on lui dit en fait que la famille n’est pas sacrée, qu’il peut la bouder, la jeter. On l’autorise à rejeter.
                        Il va de soi que ces assurances qu’il sera de toutes manières protégé par l’ASE peuvent calmer un enfant angoissé. Mais qu’on ne s’y trompe pas. L’angoisse est déjà sa drogue. Il ne peut pas s’en passer et va trouver d’autres prétexte pour l’entretenir.


                        L’enfant placé voit constamment et immanquablement ses parents être dégradés, humiliés, cernés d’interdits. Il voit que personne ne dit jamais du bien d’eux pendant que les compliment vont régulièrement aux autres adultes « Tu verras, madame Michu est très bien » . 

                        Par ce seule fait de la dégradation, méritée ou non, de leurs parents, les enfants font très naturellement une démarche en rejet. Il faudrait que l’enfant ait des couilles de tigre pour résister à la stigmatisation de ses parents et les défendre « Bin, quoi que vous en disiez, mon père qui m’a laissé tout seul dans le parc, je le trouve super et je l’adore »

                        Les enfants Cambodgiens, pourtant pétris de confucianisme, après seulement 4 semaines de bourrage de crâne de la part des nouveaux mâitres, les Khmers rouges, qui leur ont confié des fusils, ont tué leurs parents avec un regard froid.


                        Noooonn jamais l’ASE ne dénigre les parents, NOooonn surtout pas, quelle erreur ce serait. Bin dans les faits, implicitement, au travers des barrages mis en place pour leur interdire toute approche non autorisée, les parents sont sous-infantilisés mais en plus ils ne sont pas soignés et se retrouvent bien plus souvent en prison qu’en hôpital. Et cela leurs enfants le perçoivent très bien. Et les enfants, pas fous, stratèges et vulnérables à tous les effets du genre Milgram, se rangent du côté du plus fort. Ils dénigrent et rejettent leurs parents pour faire comme tout le monde.

                        Noooonnn jamais un parent d’accueil ne dira à un protégé que sa mère est une salope, noooon, bien sûr que non. Ca ne se passe pas comme ça le dénigrement. Il est sous-entendu. Le parent d’accueil, cisaillé par les questions dont j’ai parlé plus haut, cherche à calmer sa conscience en s’auto persuadant qu’il est un parent modèle. Le seul fait de se poser en parangon de vertu disposant de tous les droits mais aussi du respect et de la considération de la Machine, face à un enfant protégé, immole ses parents ou les envoie au Tartare sous ses yeux.

                        Histoire complètement hors ASE.
                        C’est un gamin, blondinet, fragile de naissance (il devait dormir presque debout pour ne pas vomir). Voilà que sa mère démarre un cancer de la thyroïde et en devient grosse, difforme. Vers 13 14 ans, ce gamin élevé très cocon, école religieuse etc. très doué en tout, se retrouve bête noire des autres élèves. Il ne sait pas quoi faire pour se faire adopter par la société des gamins de son âge. Il remarque que d’une part ses camarades se moquent de ceux qui sont encore accompagnés par leurs parents à l’école et qu’ils se moquent aussi d’une certaine grosse mère. La sienne, hélas.
                        Un jour de son anniversaire, il avait invité des camarades, la fête battait son plein et je l’ai entebdu dire à ses copains que sa mère est une grosse vache. Il dénigre sa mère (qui entre temps avait perdu son emploi, qui était dans la merde sur tous les plans) pour se faire bien voir de ses potes. Le cas de sa mère étant devenu indéfendable, il la jette.


                        Face au pouvoir énorme de l’ASE, de la Machine, quel gosse oserait lui résister et affirmer lui préférer ses parents ?
                        Aucun, ou alors un très jeune, paradoxalement. Mais dès 6 ou 7 ans, l’enfant stratège est là, et entre un néoparent plein de pouvoirs et de prestige, et ses parents ruinés enchaînés, il n’hésite guère.


                        Ceux et celles qui ont été longtemps chômeurs avec des ados à la maison doivent comprendre de quoi je parle. Ils ont vu leurs enfants chercher à les remplacer.



                        Que devient un enfant passé sous les fourches caudines de l’ASE ?

                        Alors qu’un enfant peut pousser ses parents à bout afin de vérifier la solidité spéciale du lien familial, il ne peut faire le mariole chez une famille d’accueil. Il sait vite, car on le lui dit les dents serrées, on le déplacera encore s’il ne se soumet pas. Et on se retrouve avec des jeunes gens à la fois désentimentalisés (voire pire, écoeurés du sentimentalisme) et affichant une image normative. (leurs saloperies, ils les feront bien en douce)

                        Ces enfants se retrouvent non seulement avec une ascendance ruinée et diabolidée, non seulement ils seront extrêmement hypocrites et changeants, mais ils découvriront quand ils seront parents s’ils le deviennent, qu’ils ont trahis leurs parents sur l’autel de la Machine.

                        C’est que s’il y a un temps où la Machine semble avoir du charme tant elle surclasse les parents, passés les 18 ou 23 ans, elle apparaît terriblement exigeante et sourde.

                        Ce que je dis là, ce ne sont pas les gens qui bossent dans cette Machine qui le diront.





                        Je ne suis pas pour la suppression de l’ASE et des prisons. Mais je suis clairement pour qu’on y recoure avec beaucoup, beaucoup plus de parcimonie.


                      • voxagora voxagora 7 février 2011 20:56

                        easy,

                        félicitations pour votre lucidité et votre courage : 
                        défendre un point de vue qui prend en compte un peu plus que le seul paramètre de l« amour » (? ????) auto-proclamé.
                        Moi je baisse les bras.

                      • Fergus Fergus 7 février 2011 22:21

                        @ Easy.

                        Votre dernier commentaires est totalement déconcertant. Je ne sais pas où vous allez chercher toute cela. Beaucoup de fantasmes dans ces relations imaginées dans le trio enfant- parents biologiques-parents d’accueil. Dans la majorité des cas, les choses se passent beaucoup plus simplement, fort heureusement. Ce qui ne veut pas dire que tout est parfait, loin de là, chacun pouvant, même en agissant le mieux possible, commettre des erreurs. Rien à voir cependant avec l’univers sombre que vous décrivez.

                        Et pour ce qui est de la rémunération des assistants familiaux, elle est correcte, sans plus, et ne peut en aucun cas justifier l’usage du mot « vénalité » ou alors la vénalité est présente partout, dans tous les métiers, y compris les plus humbles.

                        Bonne nuit.


                      • easy easy 7 février 2011 23:40

                        Je vous déconcerte, ça ne m’étonne pas. 
                        Dostoïevski vous renverserait.

                        Bon, le débat entre ceux qui voient et savent dire à peu près les complexités et ceux qui voient simplement et ne s’éloignent surtout pas des poncifs ne sera pas clos ce soir.

                        Je vous vois vous agiter encore comme grenouille sur feu devant mon assertion selon laquelle vos parents sont vénaux. Vous ne savez me répondre que leur petit salaire.

                        Je crois que sans surseoir, vous devriez interroger vos parents et leur demander si oui ou non l’ASE exige d’eux qu’ils fassent ce travail d’abord et surtout pour l’argent. Quand ils vous aurons répondu, quand ils vous aurons avoué que c’est bien le cas, vous descendrez d’un cran de votre nuage rose et commencerez à comprendre que c’est plus compliqué que ça en a l’air. Qu’en tous cas, il est impossible de simplifier la problématique du placement par le miel de l’amour.

                        L’ASE interroge les candidats qui, ayant fouillé sur le net, en ayant interrogé d’autres familles d’accueil, savent devoir répondre vouloir faire ce boulot pour l’argent qu’il rapporte. C’est effectivement un salaire modeste mais c’est correct, confortable et prestigieux ./. à un boulot d’égorgeur de moutons, de fileteur de morue ou de gratteur de moules.

                        L’ASE ne veut surtout pas de gens idéalistes, elle ne veut surtout pas d’enfiévrés. Elle veut des gens qui exécutent froidement et proprement les consignes officielles, qui sont prêts à se séparer d’un gamin élevé pendant des années (en se faisant des montagnes de soucis pour lui étant donné la responsabilité) sans sourcillier, sans pleurer ni sortir les violons ou les mouchoirs. C’est dans ces conditons vénales et très professionnelles que les choses peuvent se passer le plus correctement possible. (le mot vénal n’est jamais employé tant il a mauvaise presse, mais son concept est dans le filigrane des contrats)

                        Et c’est malheureusement parce que les employés de l’Ase refusent d’admettre leur vénalité, parce qu’ils refusent de se voir comme intéressés par la misère des autres, qu’ils dérapent et transpirent de quelque chose d’affectif. Cette sueur affective (je dis sueur car c’est un produit de soi qui ne se contrôle pas) opère soit en positif selon le biais « nous on t’aime » soit en négatif selon le biais « tes parents ne t’aiment pas ». Trop souvent l’enfant accueilli sent une de ces deux odeurs.

                        Simple, vous dites.
                        Simple l’intromission soudaine d’un ou de plusieurs enfants étrangers au sein d’une famille comprenant déjà des enfants en propre. Simple cette cohabitation ?
                        Oui c’est simple, vraiment simple, quand on élude toute la problématique que ça pose déjà à ses propres enfants. Oui, on peut se rassurer en affirmant que tout se passe très bien, que les enfants du foyer sont même enchantés de partager leur maison, le temps disponible de leurs parents. Oh que c’est simple !


                        Heureusement, l’ASE est d’expérience. Elle sait que ce n’est pas simple et qu’il vaut mieux que l’on parle d’argent, rien que d’argent et de règles éducatives froides. Heureusement qu’elle sait qu’il ne faut pas que les parents d’accueil s’égarent à donner à croire qu’ils font ça d’abord et surtout par bonté d’âme, par altruisme, par compassion, par pitié, par générosité, par amour.
                        Non, ces traits, ces sentiments doivent être placés le plus officiellement possible, derrière l’intérêt pécuniaire. Alors seulement on est pro.


                        Il y a un film qui s’appelle Dreamer. Il raconte l’histoire d’un cheval blessé, qu’en principe on abat mais qui là, à la demande de la fille d’un éleveur, est sauvé. Et c’est tant mieux. Son père lui rappelle que le métier d’éleveur oblige à ne pas s’attacher aux bestioles. On les soigne très bien, on se fait un sang d’encre pour leur santé et leur bien être, on se tue à la tâche pour leur confort et leur pleine forme mais on ne doit pas s’y attacher car on est pro et on les élève uniquement pour l’argent que ça rapporte.

                        Mais je vous en prie Fergus, je ne vous retiens pas plus longtemps. Passez donc un coup de fil à vos parents et demandez-leur si l’ASE préfère ou non qu’ils fassent ce job surtout pour l’argent.


                        Au fond, Fergus, je vous choque simplement parce que vous redoutez l’accusation de vénalité. Cette accusation vous aura peut-être traumatisé mais sachez que dans ma bouche, il n’y a pas de jugement. Je ne dis pas que c’est bien ou que c’est mal. Vous avez remarqué que je fais régulièrement référence à Dieu auquel je ne crois pas un instant, mais c’est pour dire que le jugement des hommes est une chose très critiquable, jamais universelle, jamais absolue à mes yeux.

                        Pour moi, la vénalité n’est pas une maladie honteuse. Ce n’est ni bien ni mal. On est intéressé par l’argent comme on l’est par le cul, les parfums ou les pizzas. Le tout c’est de ne pas en faire une obsession, de ne pas tout ramener à ça et de savoir faire sans, à l’occasion. La vénalité n’est déplorable que quand elle est sans partage, exclusive et jalouse de tout autre sentiment, quand elle obère la pitié, la magnanimité, le pardon ou la générosité par exemple.
                        Sinon, je la trouve normale, ni scandaleuse ni vilaine.

                        Bonne nuit



                      • Fergus Fergus 8 février 2011 09:39

                        @ Easy.

                        Je ne sais pas sur quoi vous avez bâti votre opinion mais permettez-moi de vous dire qu’elle relève très largement du fantasme. Que les ASE cherchent à collaborer avec des gens qui désirent exercer un métier de contact humain contre une juste rémunération n’est pas le fond du problème, toute activité méritant salaire, a fortiori lorsqu’elle doit s’exercer jour et nuit !

                        Ma soeur et mon frère ont abandonné leurs métiers antérieurs par esprit de lucre, mais par choix délibéré, précisément pour être au contact avec des enfants avec lesquels ils ont toujours eu d’excellents rapports et auxquels ils estimaient, ayant été parents de plusieurs enfants, pouvoir apporter leur propres expérience. C’est ce critère qui a été déterminant dans leur agrément par l’ASE, et aucun autre. C’est également ce critère que met en avant ma soeur lorsqu’elle intervient, à la demande de l’ASE, dans les formations des nouveaux postulants.

                        Ni l’ASE ni les assistants familiaux ne sont des machines que l’on fait fonctionner en introduisant des pièces de monnaie !

                        Bonne journée.


                      • antonio 8 février 2011 10:34

                        @ Easy,
                        S’il vous plaît, j’ignore ce qu’est l’effet Milgram : pouvez-vous l’expliquer ou donner des
                        références ? Merci.


                      • voxagora voxagora 8 février 2011 10:48

                        Et encore merci à easy d’avoir le courage de dire les choses telles qu’elles sont dans la réalité.


                        Que ce soit lui qui soit accusé de « fantasmer » montre à quel point l’opinion préfère se voiler la face (et accessoirement moinsser sur AV)
                        et surtout pas se poser la seule et vraie question :

                        QU’EST-CE QUE L’AMOUR ?



                      • Fergus Fergus 8 février 2011 11:06

                        @ Antonio.

                        L’expérience de Milgram, réalisée au lendemain de la 2e guerre mondiale, visait à évaluer la manière dont des sujets réagissaient, sous le contrôle d’une autorité, à des instructions infligeant des souffrances à d’autres sujets, et possiblement la mort. Cette expérience a été fort bien illustrée dans le film d’Henri Verneuil « I comme Icare » et plus récemment dans une émission de télévision intitulée « Le jeu de la mort » (France 2).

                        Bonne journée.


                      • Fergus Fergus 8 février 2011 11:13

                        @ Voxagora.

                        Je crois que cette question « Qu’est-ce que l’amour ? » dépasse très largement le cadre de ce débat.

                        On peut, comme le dit la comptine « aimer un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ». Disons pour schématiser qu’il n’est pas recommandé pour des parents d’accueil d’enfants non adoptables (ce point est en l’occurrence fondamental) d’en arriver à un amour passionné susceptible de déboucher sur de graves déboires tant pour les parents d’accueil que pour les malheureux enfants soudain déchirés entre deux familles.

                        Bonne journée.


                      • voxagora voxagora 8 février 2011 12:40

                        .

                        J’ai plussé votre article, Fergus, car c’est votre point de vue, qu’il est bien défendu,
                        et qu’il suscite sur un très grave sujet des commentaires très intéressants.

                        Quant à l’amour qui serait hors sujet ..
                        il n’est à mon avis question que de cela, ne serait-ce que dans la formule censée « résumer » les choses :
                        des adultes « coupables de trop d’amour » ........
                        Je reviens ce soir lire les développements, à bientôt.

                      • Fergus Fergus 8 février 2011 13:28

                        @ Voxagora.

                        Ne vous méprenez pas, je n’ai pas dit que c’était « hors sujet » mais que la définition de l’amour est une question trop vaste qui sort du cadre de l’article.

                        En réalité, tout cela est évidemment très subjectif et les mêmes ingrédients d’un conflit dans une ASE ne le seront peut-être pas dans une autre où la sensibilité sera différente. Mais il existe une constante : dans toutes ces ASE, les parents d’accueil qui auront tissé des relations trop étroites avec un gamin non adoptable se verront, tôt ou tard, retirer cet enfant.

                        Bonne journée.


                      • Surya Surya 7 février 2011 16:44

                        Bonjour Fergus,

                        Cet article m’a énormément intéressée car il expose un point de vue radicalement différent de celui de la majorité d’entre nous. Si vous aviez travaillé à l’aide à l’enfance, on aurait pu penser que vous défendiez votre boulot, les points de vue qu’on vous a appris à avoir, mais là c’est différent.
                        Personnellement, et si on parle bien de la même histoire, j’ai très mal réagi quand j’ai entendu dire que cette fillette a été retirée par excès d’affection. J’ai encore du mal à accepter ce genre de choses, car ce que j’aimerais savoir, c’est ce qui est considéré comme excès d’affection au juste. J’imagine que l’enfant n’est pas supposé appeler sa mère d’accueil « maman » ni son père d’accueil « papa », mais à part ça ? Est ce que faire un gros bisou au gamin et lui raconter une histoire avant d’éteindre la lumière le soir est considéré comme un excès ? Ca a l’air caricatural ce que je dis, mais après tout le môme vit bel et bien chez cette famille, et je me demande bien sur quoi ces personnes se basent pour juger qu’il y a excès. J’imagine que ce doit être sur des textes officiels, des directives administratives. Si ces textes changent aussi souvent que ceux de l’éducation nationale, demandant aux enseignants un truc et l’année suivante totalement l’inverse, ça promet...
                        Une famille adoptive n’est jamais contrôlée par l’Etat une fois l’adoption prononcée, j’imagine, et pourtant il y a eu beaucoup de cas où l’enfant n’y était pas si bien traité que ça, ou très aimé. Les familles d’accueil le sont visiblement, puisque du jour au lendemain on peut leur enlever les gamins sur un jugement qui, de plus, doit dépendre d’un inspecteur à l’autre.
                        Votre article va me faire réfléchir, et c’est bien.
                        Le gamin, lui, il s’en fiche que la famille soit « juste » d’accueil ou adoptive, ce qu’il a besoin c’est d’affection. Que la famille de cette fillette ait abusé en refusant de la laisser partir doit être regardé à la loupe. La petite était-elle maltraitée dans sa famille biologique, ou la placement résultait-il de gros problèmes financiers ? Pourquoi un gamin qui écrit des lettres disant qu’il ne veut plus voir sa mère biologique n’est-il pas écouté ? Et si le gamin est rendu à sa famille biologique plus tard, y a-t-il possibilité que l’ancienne famille d’accueil puisse avoir un droit de visite ?
                        C’est vraiment délicat comme sujet, mais je crois qu’une solution, ou un début de solution, serait de demander directement au gamin son avis, du moins s’il a l’âge de le faire. On ne lui demande jamais son avis, comme s’il n’en avait pas !! Ou comme si on s’en fichait, après tout, ce n’est qu’un gamin...
                        Merci pour cet article, qui en plus montre bien que les choses ne sont pas aussi simples qu’on voudrait qu’elles soient.


                        • Fergus Fergus 7 février 2011 17:38

                          Bonjour, Surya.

                          Je voulais précisément montrer que les choses ne sont pas aussi simples qu’on les énonce généralement, en grande partie à cause des médias qui ne prennent plus le soin d’approfondir une information avant de la délivrer sur l’antenne.

                          J’aurais également réagi comme vous et comme la majorité des Français il y a quelques années. Ce n’est plus possible désormais, compte tenu de ce que je sais de l’expérience de ma soeur et de mon beau-frère, de ce que je sais de la psychologie et du comportement des enfants placés qu’il m’a été donné de fréquenter et d’observer dans leur famille de remplacement.

                          Effectivement, les « papa » et « maman » sont remplacés par les prénoms des parents d’accueil, mais rassurez-vous, il n’y a en aucun cas excès lorsque des assistants familiaux font des bisous ou des câlins à des petits placés chez eux. Et c’est heureux car on ne peut prétendre offrir à ces enfants un climat familial si c’est pour les parquer dans une ambiance de caserne. Oui aux bisous, oui aux câlins, mais avec discernement .

                          Il y a excès lorsque, manifestement, les parents d’accueil dérivent vers un comportement de type adoptif en mettant progressivement en place une relation de type filial caractérisée, entre autres, par l’emploi abusif des mots « papa » et « maman » alors qu’il existe des parents biologiques non déchus de leurs droits. Ces cas sont, semble-t-il, assez rares mais ils existent et font l’objet, avant tout retrait des enfants placés, de mises en garde par les assistantes sociales ou les psychologues de l’ASE, le placement étant interrompu lorsque les enfants commencent réellement à voir leurs parents d’accueil comme leurs véritables parents.

                          Je ne me prononce pas sur l’affire de Cindy que je ne connais pas suffisamment. Il semble toutefois qu’il y ait eu ces dernières années des mises en agrde de l’ASE du gers, mais cela demanderait à être vérifié.

                          Cordialement.


                        • brieli67 7 février 2011 20:05

                          oui mais curieusement 


                          pas un mot sur le médecin de famille 
                          tant sollicité pour faire tourner la maisonnée. 

                          C’est le premier interlocuteur de la famille, de l’administration, de l’éducation.
                          Qu’il reste ou qu’il devienne le référent de ce « petit-être » avant son passage au statut d’adulte libre et responsable.





                        • Fergus Fergus 7 février 2011 22:25

                          Bonsoir, Brieli.

                          Un personnage souvent important, en effet, le médecin de famille. En règle générale car personnellement je fais un blocage avec ce genre de personne depuis que j’ai ramassé un jour ma mère inanimée, victime d’une grave déficience cardiaque que notre médecin de famille n’avait pas soupçonné. Belle clairvoyance : ma mère a été opérée à Henri Mondor, à temps fort heureusement.

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