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Les vases communicants du bien et du mal

De manière régulière, et quasiment depuis l'entrée du Progrès-croyance dans l'Histoire, le mal a grandi aussi vite que le bien.

Bacon, Condorcet, Saint-Just, Renan et les autre demi-prophètes du Progrès n'avaient pas complètement tort. Ils ont même eu très largement raison sur le bien, le positif. Le problème, c'est que leur prophétie était hémiplégique. De manière régulière, et quasiment depuis l'entrée du Progrès-croyance dans l'Histoire, le mal a grandi aussi vite que le bien.

Dans le précédent chapitre nous avons vu à quel point il était difficile de savoir si l'homme moderne était plus heureux ou plus malheureux que ses ancêtres, alors qu'il s'agit pourtant d'une promesse centrale du Progrès. Il semble encore plus difficile, voire impossible, de juger le Progrès quant au bien et au mal. Quels critères utiliser ? Les modernes ? Les chrétiens ? Doit-on appliquer la morale kantienne (« Agis d'après une maxime telle que tu puisses toujours vouloir qu'elle soit une loi universelle ») ? Ou doit-on considérer la modernité « par delà le bien et le mal », comme Nietzsche ?

Il faut avoir l'honnêteté d'un José Ortega Y Gasset qui, abordant, dés 1930, « la révolte des masses » (c'est à dire, à peu de choses près, le Progrès), commence par lui reconnaître, en de longues pages, tout son aspect positif, toute sa vertu, ce qu'il appelle l'augmentation de « l'élan vital » du peuple, avant d'en dénoncer les conséquences dramatiques, selon lui, pour la civilisation. Ortega, libéral aristocrate (à ne pas confondre avec les aristocrates libéraux comme Tocqueville ou Montesquieu) sort de ce paradoxe en expliquant que les masses vivent dans une civilisation occidentale sophistiquée, évoluée, « géniale », mais que « l'homme-masse » s'y comporte comme s'il était un barbare. Il voit la culture comme si elle était de la nature. Il est en ville comme dans une forêt. Le Progrès est bien réel, mais les masses le considèrent comme naturel, acquis, ce qui est faux et dangereux.

En revanche, Ortega ne nous dit rien sur l'origine ou la raison de ce phénomène unique dans l'Histoire. Dire que le Progrès ne nous a apporté que du mal, comme les anciens réactionnaires et les actuels activistes de la Décroissance, est donc aussi absurde que de dire l'inverse, comme les progressistes classiques. Mais une civilisation ne possède pas de bilan, avec une colonne « actif » et une colonne « passif ». Le bien et le mal y sont inextricablement liés. Ils progressent ensemble. C'est ce que rappelle simplement le Pape Benoît XVI, dans son encyclique Spe Salvi :

« Sans aucun doute, le Progrès offre de nouvelles possibilités pour le bien, mais il ouvre aussi des possibilités abyssales de mal – possibilités qui n'existaient pas auparavant. »

 Triste planète

 Claude Lévi-Strauss, à la fin de Tristes tropiques, ce livre dépressif et génial, publié en 1955, se laisse ainsi aller à une confidence, qui est peut-être devenue, depuis lors, la hantise de l'homme moderne. Tout ce que nous a apporté le Progrès, dit-il, est peut-être annulé par tout ce qu'il nous a arraché : civilisations traditionnelles détruites, nouvelles maladies répandues sur tous les continents, nouvelles formes de guerre anéantissant le surcroît de natalité permis par la médecine moderne, augmentation du savoir technique et pertes de sagesses ancestrales… La population humaine, hors les pays industrialisés, continue d'augmenter, jusqu'à présent. Mais ce solde positif, arraché par le Progrès à la mort, est lui même porteur de menaces pour l'équilibre de la planète.

On peut continuer, en remontant dans le temps, la désolante liste de lieux communs, qui n'en sont pas moins des vérités, non solubles dans l'idéologie du Progrès. Dés l'aube de la révolution industrielle, la machine, qui devait soulager la peine de l'homme, l'a asservi dans les usines. Par la suite, le moteur des voitures automobiles a permis de transporter des soldats et des canons, parfois protégés par de lourds blindages, plus rapidement et plus loin. Les avions à hélice puis à réaction, porteurs du rêve d'Icare, ont permis de jeter des bombes sur des villes. La découverte de la radioactivité a permis de produire beaucoup d'énergie et de tuer beaucoup d'hommes en un instant. La science permet de toujours mieux guérir et de toujours mieux tuer.

A chaque stade, tout « jugement de valeur » sur le Progrès apparaît comme un défi à l'intelligence. Mais la valeur par construction positive que le Progrès s'attribue à lui même apparaît tout aussi problématique. Plus de cinquante ans après la publication du chef d’œuvre de Lévi-Strauss, le soupçon s'est infiltré en nous et a grandi jour après jour. Cet inquiétant parallélisme entre le bien et le mal, qui se vérifie à travers l'Histoire, nous inciterait presque à retomber dans la vieille hérésie manichéenne : le bien et le mal, le royaume de la lumière et le royaume des ténèbres, se partagent l'homme et le monde. Triste planète.

 La course contre la mort

 La médecine elle-même, vouée à soulager la souffrance humaine, donc dédiée au bien, est prise à partie. Elle doit déployer des trésors d'innovation pour soigner les victimes des armes nouvelles, mais aussi pour répondre aux dangers nés de la destruction de l'environnement. Elle court donc derrière les effets pervers du Progrès. Les modes de vie dans les pays industrialisés ruinent les effets bénéfiques de la médecine, parfois à l'intérieur d'une même maladie. La découverte de l'insuline dans les années vingt a permis de sauver d'une mort certaine les diabétiques « de type 1 » ; la surabondance de nourriture fait du diabète « de type 2 » un fléau majeur dans toutes les sociétés développées.

Les gigantesques développements de l'industrie pharmaceutique sont montrés du doigt. Bien des médicaments font plus de mal que de bien à grande échelle, où produisent plus de bénéfices financiers que de bénéfices de santé publique. Mais ce sont aussi les hormones et d'autres composants de médicaments que nous retrouvons dans nos rivières, fleuves, nos océans et qui empoisonne l'écosystème mondial, jusqu'aux ours blancs du pôle nord, devenus paraît-il, hermaphrodites ou stériles.

Le Progrès, c'est la lutte contre les épidémies et pour l'hygiène. Nous avons repoussé la saleté, la crasse, les ordures, les miasmes, les microbes hors de nos vies, de nos logements, de nos villes. Les résultats sur la santé publique sont tangibles. Mais cette gigantesque opération de nettoyage, cette grande lessive collective est gourmande en énergie et en eau. Nous avons déplacé la saleté, plus que nous ne l'avons détruites, vers l'environnement, les nuages, l'atmosphère et même l'environnement immédiat de la terre parsemé de débris de satellites. Nous avons créé des « déchets ultimes », non recyclables, que nous ne voulons plus voir et que nous avons simplement expulsés de notre vie quotidienne, loin de nos regards, faisant d'une grande partie de nos sols de notre espace et nos océans, des poubelles géantes.

Ce tableau rétrospectif des siècles du Progrès nous incite à jeter un regard de plus en plus inquiet sur les Progrès scientifiques à venir, surtout lorsqu'ils s'attaquent à l'humain. Le parallélisme du bien et du mal n'a aucune raison de s'arrêter. Ainsi, le séquençage de l'ADN permet-il de prévenir d'innombrables maladies héréditaires, mais très clairement aussi, de sélectionner de futurs humains sur des critères inavouables.

 Un équilibre secret

 Il existe donc de mystérieux vases communicants entre le bien et le mal. L'être humain ne fait jamais un effort louable, désintéressé, moral, vers l'amélioration du sort de ses semblables, sans que le mouvement inverse ne produise une catastrophe, c'est-à-dire une régression vers le mal. C'est un peu l'épître de saint Paul aux Romains, à l'envers : « Là où le péché abonde, surabondera la grâce ». Oui, mais l'inverse est également vrai. Là où la charité chrétienne ou laïque, l'amour du prochain ou la fraternité républicaine « abondent », par un systématique mouvement de balancier, le mal, la haine, les pulsions les plus basses de l'homme, la volonté de destruction « surabondent » aussi.

Au stade où nous en sommes, et compte tenu des connaissances historiques dont nous disposons, la tentation est grande de désespérer de l'homme et, pourquoi pas, de Dieu. Ainsi, on ne pourrait pas améliorer la condition humaine ! Tout ce qui œuvre dans ce noble but se contenterait de soulever un rocher de Sisyphe ? Cela vaudrait de tous les grands mouvements modernes qui tentent de soulager les souffrances des hommes, comme de toutes les œuvres de charité, commandées par toutes les religions. L’œuvre de mère Térésa, de saint Vincent-de-Paul serait donc vaine, comme serait vaine la lutte de Pasteur contre la rage ou la victoire sur les grandes épidémies ?

Pourtant, se dévouer pour son prochain est aussi le propre de l'homme. Il y a quelque chose d'intrinsèquement grand, sinon d'utile, peut-être de désespéré, à se mettre au service des autres. C'est une tendance innée chez certains êtres, que tous les autres regardent d'ailleurs avec un certain remords ou une certaine envie.

Quelle est la position du christianisme sur ce sujet ? Si l'on y regarde bien, cette utilité de l'inutile, ce parallélisme du Progrès dans le bien et du Progrès dans le mal, qui n'a aucun sens du point de vue laïque et moderne, possède un mérite secret, du point de vue chrétien. Si l'être humain était nécessairement entraîné vers le bien, en effet, la liberté de choisir entre le bien et le mal décroîtrait de génération en génération. Ainsi, souligne Benoît XVI :

« Un Progrès qui se peut additionner n'est possible que dans le domaine matériel. Ici, dans la connaissance croissante des structures de la matière et en relation avec les inventions toujours plus avancées, on note clairement une continuité du Progrès vers une maîtrise toujours plus grande de la nature. À l'inverse, dans le domaine de la conscience éthique et de la décision morale, il n'y a pas de possibilité équivalente d'additionner, pour la simple raison que la liberté de l'homme est toujours nouvelle et qu'elle doit toujours prendre à nouveau ses décisions. (...) La liberté présuppose que, dans les décisions fondamentales, tout homme, chaque génération, est un nouveau commencement. »

L'augmentation parallèle du bien et du mal n'a rien d'une absurdité. Si l'homme est libre de faire le bien et le mal dans sa vie, l'homme est libre de faire le bien et le mal dans l'Histoire. D'un point de vue chrétien, se dévouer pour les autres, faire la charité, soulager la souffrance d'autrui, possède une valeur en soi, indépendamment du résultat, et surtout, indépendamment de tout Progrès, qui voudrait que cette souffrance, ces malheurs, ce mal régressent inexorablement, ce qui est une illusion. Mais Chantal Delsol rappelle que progrès terrestres et salut éternel ne sont pas pour autant incompatible aux yeux de l’Église :

« L’Église chrétienne cherchait à améliorer la condition de l’homme sur la terre en s’occupant activement de la santé, de l’éducation, de la pauvreté. Car pour elle, « la vie éternelle est déjà commencée », et l’au-delà est déjà dans l’ ici-bas, au moins par l’élan. »

Henri-Irénée Marrou, dans sa Théologie de l'histoire augustinienne, donne la clé théologique de cette évolution de l'homme, du point de vue chrétien. Dans la Cité terrestre, l'homme ne va donc pas nécessairement vers le bien, et la société chrétienne ne va pas fatalement en s'affermissant. En revanche nous dit-il, la Cité céleste qui va « pérégrinant » au cœur de la Cité terrestre, grandit de tous les sacrifices, de toute les vertus des saints, de toutes les bonnes actions. Au sein de la Cité terrestre le bien et le mal s'accumulent de manière approximativement égale. Dans la Cité céleste, le mal disparaissant au fur et à mesure, du fait de son absence de réalité (selon saint Augustin), seul le bien demeure. Toujours d'un point de vue chrétien, et de ce point de vue uniquement, il ne saurait donc y avoir de véritables Progrès que dans la Cité céleste, la Cité intérieure et spirituelle.

Autrement dit, si nous étions nécessairement meilleurs, sur le plan moral, que la génération précédente, nous serions aussi nécessairement moins libres. C'est la négation sans appel du Progrès de Condorcet et les Lumières. Les ruses de la Raison qui assouplissent quelque peu cette nécessité, en admettant un retour provisoire en arrière de quelques générations sacrifiées, ne changent rien à l'affaire, sur le long terme. L’homme, s'il devient nécessairement meilleur au cours de l'Histoire, devient aussi de moins en moins libre.

 Le diable s'habille en plastique

 Nos sociétés, marquées par l'idée de Progrès, font parfois une certaine place à Dieu, mais jamais au diable. Le péché originel est probablement l'idée chrétienne la moins acceptable aux yeux des modernes. Comment imaginer un seul instant que les individus d'aujourd'hui payent pour un péché commis par un de leurs ancêtres, qui d'ailleurs devait ressembler à un « homme préhistorique » ?

C'est évidemment une accusation, particulièrement grave à ses yeux, portée par le courant néo-pélagien et les Lumières contre le catholicisme. Le Progrès est un mouvement inexorable et général vers le mieux. C'est donc aussi, à l'inverse, une élimination présentée comme inéluctable du mal. Celui-ci n'est plus une constante de la condition humaine, il est au contraire résiduel. Pour Rousseau, l'homme est bon, et c'est la société qui le rend mauvais. Chez les marxistes, le mal, le crime, la violence ne sont que la conséquence de la lutte des classes et devront donc disparaître, fatalement, à mesure que celle-ci se dissoudra dans la société sans classe. C'est la raison pour laquelle la criminalité de droit commun était occultée dans les pays communistes, car elle devait disparaître avec l'exploitation de classe.

Mais le courant calviniste créateur de la culture américaine aboutit, paradoxalement, au même résultat. Dieu ayant prédestiné l'Amérique, ses entreprises, ses armées, il ne saurait y avoir rien de mal dans l'empire américain. Le mal, le diable est donc tout entier dans le camp adverse, celui des ennemis de l'Amérique, communistes, terroristes, ou islamistes. La société de consommation, et sa vitrine d'images, doit offrir le spectacle d'une prospérité bénie par Dieu. Le paradis capitaliste concurrence donc le paradis communiste dans sa tendance à épurer toute chose de la souillure du mal.

D'un côté comme de l'autre, le Progrès expulse le diable, ignore sa présence, doute de son existence. Cet angélisme perdure, alors même que le mal, que le Progrès devait faire disparaître, ne cesse de se manifester. La grande révélation du Progrès, c'est qu'il salit, qu'il souille, qu'il brûle, qu'il sent mauvais, autant si ce n'est plus que le Malin d'autrefois, cornu, les pieds fourchus, sentant le bouc et le souffre. Image d’Épinal qu'il nous faut aujourd'hui mettre à jour. Le prince de ce monde vit avec son temps. Il pète du gaz carbonique et rote radioactif. Habillé de sacs plastiques, Méphisto offre à Faust de maîtriser les OGM et les nanotechnologies. Connecté en permanence sur Facebook et Twitter, où il possède un nombre incalculable d' « amis », Belzébuth guette les enfants et les pédophiles, qu'il met obligeamment en relation...

C'est la grande revanche du diable. Qui veut faire l'ange fait la bête, dit Pascal. Les deux paradis capitalistes et communistes s'effondrent en même temps, révélant que l'enfer moderne est « pavé de bonnes intentions » progressistes. Mais qui diable pouvait croire que le diable disparaîtrait un jour ? Le péché originel du Progrès, c'est de ne pas croire au péché originel. Le spectacle de la société moderne, les horreurs du XXe siècle, les effets pervers du Progrès scientifique et technique, devraient nous inciter à considérer, au contraire, le mal dans la nature humaine, comme permanent, comme une constante, avec laquelle il faudrait vivre.

Ce retour du péché originel, sous la forme de la culpabilité écologique, n'a pas échappé à des observateurs laïques, progressistes et vigilants comme Claude Allègre, à sa manière assez brutale, ou Pascal Bruckner, beaucoup plus prudent. A leurs yeux, le simple fait de mettre en lumière l'origine chrétienne d'une idée suffit à la discréditer. Leur raisonnement ne va pas plus loin. Ils ne s'interrogent pas sur le fait de savoir si le Progrès, et l'Occident en général, ont eu raison ou tort de nier la présence du mal dans la nature humaine pendant si longtemps. Il leur suffit de dénoncer le retour du péché originel comme une « mode » pour prouver la fausseté de l'anti-progressisme initié par Hans Jonas.

Nous pensons au contraire que la crise du Progrès, avec le retour brutal de l'idée de culpabilité est une vraie leçon de chose, une vraie démonstration : l'homme, même avec les meilleures intentions du monde, et surtout dans ce cas, porte en lui, de manière inexplicable quelque chose de mauvais, qui l'entraîne vers le mal. Aujourd'hui, à nouveau, il s'en aperçoit.

Il n'en demeure pas moins qu'un péché originel placé « avant nous » dans l'Histoire, comme l'enseigne parfois maladroitement le catholicisme et, plus durement encore, le protestantisme, n'explique rien et brouille la compréhension du problème.

Les progressistes n'auraient donc pas totalement tort lorsqu'ils soulignent l'injustice d'une conception dans laquelle les hommes actuels paieraient pour un crime commis par un de leurs aïeux. Mais nous nous égarons... si la sainte Église catholique avait reçu le don de convaincre les hommes sur le bien et le mal, et de leur enseigner la droite vérité, avec des mots absolument convaincants, les hommes seraient parfaits. Donc, ils ne seraient pas libres...On a parfois l'impression que la maladresse de l’Église catholique fait partie du projet divin.


Cet article est un chapitre de L'Apocalypse du Progrès, un essai inédit de Pierre de La Coste que vous pouvez retrouver sur le site In Libro Veritas, sous forme de livre électronique (pour liseuse et tablette).

 

 


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36 réactions à cet article    


  • philouie 11 avril 2013 07:20

    Si le monde a une structure morale, celle-ci se déploie dans le temps : les actes ont des conséquences qui ne se manifestent pas à l’instant mais qui peuvent rejaillir des générations plus tard. certains appellent ça le karma, ce n’est pas pour rien que le jugement est reporté à la fin des temps : il ne peut avoir lieu en cours de partie lorsque le temps ne c’est pas encore complêtement déployé et que l’on croit à la victoire alors que les germes de la ruine sont déjà présents.

    le XXI siècle verra une mutation de l’humanité comme elle n’en a jamais connu jusqu’alors : la raréfaction des ressources l’imposera d’elle même à un monde qui n’a connu l’oppulence que grace au pillage et à la prédation.

    mais le monde est ainsi fait que tout ce paye, un jour.

    ce jour est proche.


    • Gollum Gollum 11 avril 2013 12:20

      Assez d’accord avec l’ensemble de ce texte. 


      Mais il ne va pas assez loin à mon goût et il oublie aussi une grande voix qui a annoncé à l’avance tout ce qui nous arrive aujourd’hui : il s’agit de René Guénon qui à mon sens éclaire beaucoup mieux la modernité qu’un Benoît XVI..

      Je renvoie ici à ses ouvrages La crise du monde moderne et surtout la suite Le règne de la Quantité.

      Guénon intègre bien cette donnée traditionnelle qu’est la chute progressive tout au long des millénaires du psychisme humain au sein de la Matière.

      Chute qui se trouve contrée parfois, par l’émergence du Christianisme notamment, mais pas suffisamment pour que le diable, ou les forces des Ténèbres, pour utiliser un autre vocabulaire, ne finisse par remporter une victoire qui ne peut bien évidemment qu’être temporaire.

      C’est cette victoire temporaire des forces des Ténèbres qui caractérise notre époque. Tout le monde le sent plus ou moins sans encore oser se l’avouer bien en face.

      Il faudra donc bien tôt ou tard oser affirmer que le temps a une nature qualitative qui se dégrade.. avec le temps. Autrement dit il faudra retrouver le regard des Anciens qui ont toujours affirmé le côté qualitatif du temps et des cycles comme ils affirmaient aussi l’aspect qualitatif de l’espace, ce qui fait que les temples étaient orientés selon certaines directions...

      Et que l’Ouest notamment était vu comme la direction fondamentale de l’émergence des Ténèbres.

      • Pierre de La Coste Pierre de La Coste 11 avril 2013 14:08

        Bonjour Gollum,
        J’ai lu Guénon, il y a vingt ans, quand j’en avais trente. J’ai été amené à lui par Henri Montaigu, que je connaissais alors.
        J’ai relu « La crise du monde moderne » pour écrire ce livre, « Apocalypse du Progrès » et j’ai été déçu. D’abord parce que l’Islam a évolué depuis lors, et pas dans la bonne direction, celle des « soufis » comme Guénon, mais dans celle du fanatisme. Or il faut, de temps à autres, juger un arbre à ses fruits.
        Ensuite, je me suis plongé dans toutes conceptions cycliques de l’Histoire, pour essayer de comprendre mon objet, le Progrès (y compris Joachim de Flore et O. Spengler ainsi que celles des Anciens, grecs et romains). Toutes ces théories ont leur part de vérité (elles s’inspirent de la vision de la nature et elles expliquent bien des choses sur la chute des empires). Mais au bout du compte, elles ne nous donnent pas de clé sur cette étrange civilisation qui est la nôtre, précisément non cyclique, vivant dans le « temps orienté » de la Bible et de Saint Augustin, et qui, pour le meilleur et pour le pire, a dominé la planète.
        Je me permet de vous renvoyer vers l’introduction de mon livre, publiée sur le site In Libro Veritas (adresse donnée en fin de cet article), en espérant que nous pourrons approfondir ce dialogue.


      • Gollum Gollum 12 avril 2013 09:51

        J’ai lu Guénon, il y a vingt ans, quand j’en avais trente. J’ai été amené à lui par Henri Montaigu, que je connaissais alors. 

        Pas encore lu Montaigu qui fait partie de ceux que je souhaiterai aborder mais je suis un peu surchargé là...

        J’ai relu « La crise du monde moderne » pour écrire ce livre, « Apocalypse du Progrès » et j’ai été déçu. 

        La crise du monde moderne est juste une introduction. Le règne de la Quantité est bien meilleur et l’on voit mieux dans ce deuxième opus la différence de mentalité entre la moderne et la traditionnelle.

        D’abord parce que l’Islam a évolué depuis lors, et pas dans la bonne direction, celle des « soufis » comme Guénon, mais dans celle du fanatisme. 

        Ben ça c’était prévu la dégradation de l’Islam. J’ai trouvé cela sur le web : Le Prophète a dit :
        Les gens connaîtront une époque où leur dieu sera leurs ventres, leur qiblah (direction de la prière) leurs femmes, leur religion, leurs dinars, leur honneur leurs marchandises. Il ne restera de la Foi que son nom, de l’Islam que son dessin (sa forme), du Coran que sa leçon. Leurs mosquées seront bien construites, mais leurs cœurs en ruine sur le plan de la guidance,.
        Cité par Jâmi’ al-Akhbâr

        Mais de toute façon Guénon fait très rarement référence à l’Islam dans ses ouvrages. Il oppose simplement deux mentalités, la mentalité traditionnelle et la mentalité moderne.

        Quant à la prétendue conversion de Guénon à l’Islam, mise en avant par les musulmans, elle n’a jamais existé, même si celui-ci a fini sa vie auprès d’un maître soufi au Caire. Il l’a dit textuellement : « Nous ne nous sommes jamais converti à quoi que ce soit ». Sa position étant une position hors confession et tournée vers le cœur des différentes confessions religieuses qui pour lui est un socle commun. Autrement dit il aurait tout aussi bien pu terminer sa vie auprès d’un sage Indien.

        Or il faut, de temps à autres, juger un arbre à ses fruits.

        Oui, bien d’accord. Hors le propre de la pensée de Guénon est qu’elle unifie en parvenant à l’essence de la doctrine par delà la diversité des formes religieuses et qu’elle explique beaucoup mieux que toute autre pensée les caractéristiques du monde moderne.


        Ensuite, je me suis plongé dans toutes conceptions cycliques de l’Histoire, pour essayer de comprendre mon objet, le Progrès (y compris Joachim de Flore et O. Spengler ainsi que celles des Anciens, grecs et romains). Toutes ces théories ont leur part de vérité (elles s’inspirent de la vision de la nature et elles expliquent bien des choses sur la chute des empires). Mais au bout du compte, elles ne nous donnent pas de clé sur cette étrange civilisation qui est la nôtre, précisément non cyclique, vivant dans le « temps orienté » de la Bible et de Saint Augustin, et qui, pour le meilleur et pour le pire, a dominé la planète.

        Pas vraiment d’accord là-dessus. M’enfin bon...

        Au contraire, toute la « civilisation » occidentale (notons ici qu’elle se dénomme elle-même occidentale c’est à dire caractérisée par l’ouest la direction même de la montée des Ténèbres et dont les USA sont la quintessence) a pour caractéristique la montée progressive du matérialisme, du mécanisme (réduction du Vivant à des objets), du rationalisme (valorisation totalitariste de la Raison comme seul critère exclusif de vérité ce qui entraîne une vue borgne des choses) avec un vécu de temps de plus en plus resserré alors que l’esprit traditionnel insiste lui sur l’instant présent, porte de l’Éternité. Bref, le temps échappe de plus en plus à l’homme moderne.

        Enfin mise en avant de la notion de Progrès qui n’est rien d’autre que la doctrine des cycles, mais mise à l’envers, puisque celle-ci dit exactement le contraire : qu’il y a au contraire involution et dégradation progressive des choses. Et d’en faire une caractéristique linéaire alors que la Tradition voit des cycles partout. Là aussi, inversion.

        J’en profite pour dire que l’inversion est la caractéristique centrale de tout ce qui est satanique.

        De telle sorte qu’il suffit bien souvent, de prendre les traits modernes, et de les inverser à leur tour pour retrouver le sens authentique des choses.

        C’est d’ailleurs ce qu’a fait Guénon tout au long de son œuvre et bien mieux que les représentants d’Église, dont le discours, totalement inefficace, n’intéresse plus personne...
        Raison pour laquelle d’ailleurs on accorde encore un certain crédit aux Églises.. Le système sait pertinemment qu’il n’y a pas de véritable danger de ce côté là, le discours métaphysique des confessions chrétiennes étant profondément dégradé. Il n’en reste pas moins que ces Églises sont assises sur une spiritualité authentique qu’il s’agira à terme de détruire aussi...

        Je me permet de vous renvoyer vers l’introduction de mon livre, publiée sur le site In Libro Veritas (adresse donnée en fin de cet article), en espérant que nous pourrons approfondir ce dialogue.

        Pas eu le courage d’aller voir cette introduction (manque de temps) mais nous pouvons continuer ici sur Avox. Cordialement.

      • philouie 13 avril 2013 07:49



        Quant à la prétendue conversion de Guénon à l’Islam, mise en avant par les musulmans, elle n’a jamais existé, même si celui-ci a fini sa vie auprès d’un maître soufi au Caire.

        M’enfin, on ne peut pas laisser dire ça. que Guénon soit musulman fut un fait suffisament attesté, et pas seulement par les musulmans. Il se trouve qu’il a fait ce choix là et ce n’est pas lui faire honneur de ne pas le reconnaître.

        ce qui n’empêche pas, par ailleurs, qu’il est pu faire sien les propos du maître des maîtres ibn Arabi.

        il est prairie pour les gazelles, couvent pour les moines,
        Temple pour les idoles, Mecque pour les pèlerins,
        Tablettes de la Torah et livre du Coran.
        Je suis la religion de l’amour, partout où se dirigent ses montures,
        L’amour est ma religion et ma foi.


      • Gollum Gollum 15 avril 2013 09:20

        Non seulement il a fait siens les propos d’Ibn Arabi mais il l’a fait bien avant de se tourner vers l’Islam..


        Je précise bien que la phrase que je cite est de lui quand il dit qu’il ne s’est jamais converti à quoi que ce soit.. Je n’invente rien.

        La conversion dans son esprit étant une conversion à une forme exotérique : La charria donc..

        Lui ce qui l’intéressait c’était la Haquiqat, l’ésotérisme musulman.. donc bien le fond immuable et commun à toutes les formes religieuses..

        Jamais on aurait vu Guénon par exemple critiquer le christianisme comme vous le faites en essayant de montrer la primauté de l’Islam et sa supériorité supposée sur le christianisme..
        Ce n’était pas dans son esprit, attaché qu’il était à ce qui unit et rassemble. D’ailleurs il y a christianisme et christianisme comme différentes approches et façons de voir l’Islam..

      • philouie 15 avril 2013 13:02

        "critiquer le christianisme comme vous le faites en essayant de montrer la primauté de l’Islam et sa supériorité supposée sur le christianisme.."

        Je voudrais apporter une précision : je ne critique en aucun cas le christianisme pour montrer la primauté de l’Islam.

        Je critique le christianisme pour critiquer le christianisme et l’Islam n’y a rien à voir sauf en cela qu’il me sert de point d’archimède.

        Ma critique, si elle a un fondement théologique dans l’Islam, a pour principaux arguments la psychologie des profondeurs de CG Jung.


      • COVADONGA722 COVADONGA722 15 avril 2013 13:29

        Ma critique, si elle a un fondement théologique dans l’Islam, a pour principaux arguments la psychologie des profondeurs de CG Jung.



        yep avec de tels fondements et arguments vous ne craignez pas d’être aveugle ?
        La« réalité de l’âme » , quel meilleur moyen de dissimuler ses doutes et insuffisances ?
         de la même manière la religion
        domestique et asservit le libre arbitre que le « créateur »nous aurait offert !
        Yep l’engeance humaine se dirige benoîtement vers l’anéantissement que cela soit dans les affres de la douleur ou l’extase de l’accomplissement pfffff !

        Yep longtemps j’ai envié la connaissance l’éducation la culture chez d’autre puis avec l’age
            et les yeux ouverts.....

        Les savants et les sages les plus illustres ont cheminé dans les ténèbres de l’ignorance.
        Pourtant, ils étaient les flambeaux de leur époque.
        Ce qu’ils ont fait ?
        Ils ont prononcé quelques phrases confuses, et ils se sont endormis.

        Omar Khayyam , poete, philosophe , mathématicien , Perse accessoirement musulman .

      • philouie 11 avril 2013 12:51

        Il faudra donc bien tôt ou tard oser affirmer que le temps a une nature qualitative qui se dégrade.

        Je ne comprends pas ce que tu veux dire.

        Pour ma part, je crois au contraire, que la nature - en tant que vivante - possède des propriétés de développement et de régulation.

        Je crois que c’est l’homme qui pertube la régulation naturelle du vivant et je crois que le christianisme en cherchant à diviniser l’homme au lieu de l’humaniser qui en est grandement responsable.
        Avec le christianisme, l’homme se prend pour Dieu, il se fait démiurge, mais un démiurge au service de ses intérêts égoïstes, c’est à dire au détriment de l’autre.


        • Gollum Gollum 11 avril 2013 13:49

          Il faudra donc bien tôt ou tard oser affirmer que le temps a une nature qualitative qui se dégrade.

          Je ne comprends pas ce que tu veux dire.

          Ben c’est simple. Il s’agit de faire sienne l’idée selon laquelle le psychisme n’est pas indépendant du temps qui s’écoule et que celui-ci a un aspect qualitatif. Autrement dit plus le temps avance et plus l’homme s’éloigne de son Principe, de Dieu donc, pour s’enfoncer de plus en plus profondément dans la Matière et ce malgré lui. C’est ce qu’exprime la Genèse avec Adam qui succombe à la dualité en mangeant l’Arbre du Bien et du Mal, sous influence du Serpent et de la Femme, qui sont d’autres aspects du matériel. 

          L’Hindouisme dit cela autrement avec sa théorie des cycles progressivement entropiques, le dernier âge (Kali Yuga) voyant le Mal prendre une ampleur jamais vue avant. La fin de ce dernier âge voit le rétablissement brutal de la Vérité avec un nouveau cycle qui commence, les choses ayant été régénérées et rajeunies. C’est la même chose d’ailleurs que ce que dit Saint Paul : Là ou le péché abonde la grâce surabonde, cité par l’auteur...


          Pour ma part, je crois au contraire, que la nature - en tant que vivante - possède des propriétés de développement et de régulation.


          Ce n’est pas incompatible et il y a des microcycles croissants intégrés à des cycles plus vastes qui peuvent être décroissants.. et inversement.

          Je crois que c’est l’homme qui pertube la régulation naturelle du vivant et je crois que le christianisme en cherchant à diviniser l’homme au lieu de l’humaniser qui en est grandement responsable.


          Franchement j’ai du mal avec cette affirmation qui me semble vouloir chercher des poux dans la tête du christianisme qui n’en est pas totalement responsable. D’ailleurs l’accélération du pillage du vivant va de pair avec une déchristianisation croissante. Ceci dit il est vrai qu’en montrant la Création comme étant au service de l’homme, les vues bibliques ont une part de responsabilité..


          Avec le christianisme, l’homme se prend pour Dieu, il se fait démiurge, mais un démiurge au service de ses intérêts égoïstesc’est à dire au détriment de l’autre.


          Non c’est l’homme moderne qui se prend pour Dieu.


          Je rappelle quand même puisque vous êtes musulman que la divinisation de l’homme n’est pas totalement étrangère à cet univers mental puisque Hallaj a déclaré « Je suis Allah » ce qui lui a valu des déboires.. et il ne doit pas être le seul.


          L’Hindouisme aussi connaît une divinisation de l’Homme.


          Si l’homme ne se divinise pas il sera toujours le jouet des forces du mal, de la dualité.. Bref il ne sera jamais heureux. 

          Autre chose est la contrefaçon de l’homme moderne qui reste le jouet de ses concupiscences et qui même les augmente tout en ayant un comportement de démiurge prométhéen qui nous mène collectivement à la catastrophe..


        • philouie 11 avril 2013 13:02

          Au détriment de l’autre, signifie bien sûr au détriment de soi puisque les intérêts égoïstes se contrarient entre eux et qu’à vouloir toute la place, on se prend en retour le coup de celui qui la veut aussi et a qui elle manque.

          Ainsi la régulation naturelle contrarie les intérêts égoïstes par retour de bâton.

          Le renoncement au fruit des actes, doctrine tel qu’esquissée dans la baghavad gita, consiste à laisser aux évènements leur déroulement naturel et harmonieux de sorte que tous en sortent satisfait et que ce qui est source de conflit disparaît de lui-même.


          • Gollum Gollum 11 avril 2013 14:08

            Oui la place à l’autre est quelque chose de fondamental. Pierre de La Coste dit ceci :


            Dieu ayant prédestiné l’Amérique, ses entreprises, ses armées, il ne saurait y avoir rien de mal dans l’empire américain. Le mal, le diable est donc tout entier dans le camp adverse, celui des ennemis de l’Amérique, communistes, terroristes, ou islamistes. La société de consommation, et sa vitrine d’images, doit offrir le spectacle d’une prospérité bénie par Dieu. Le paradis capitaliste concurrence donc le paradis communiste dans sa tendance à épurer toute chose de la souillure du mal.

            Hors cette attitude globale qui consiste à dire : « je suis irréprochable et dans la vérité » ce qui engendre toujours une ombre au sens de Jung, proprement diabolique, on le voit aujourd’hui avec les USA, précipitant en toute bonne conscience la planète entière dans le chaos, on la doit à l’Église de Rome qui a toujours eu cette attitude dès le début, pourfendant l’hérétique et le schismatique...

            On en a les fruits aujourd’hui. Notons ici que le monde musulman ne fut guère enclin a une grande ouverture d’esprit non plus...

            Le remède à tout ceci se trouve dans la logique taoïste qui a toujours affirmée que tout pôle Yin contient du Yang et inversement, ce qui est la base même pour reconnaître l’autre en soi.
            Et donc ici se trouve pointée du doigt la logique dualiste binaire occidentale qui a été le support sous-jacent de toutes ces exclusions et anathèmes, puisque un pôle, étant pur, ne peut reconnaître le pôle contraire... (L’Église de Rome étant dans la Vérité ==> l’hérétique est forcément dans l’erreur..)

            Bref il faut se tourner vers le monde chinois (traditionnel, pas les marxistes avides de pognon et de puissance, actuels). Là est notre salut.

          • Amoribonde Amoribonde 11 avril 2013 17:15

            Bonjour et merci pour votre article,

            Vous parlez de « vases communicants du bien et du mal ».

            Ne faut-il pas plutôt évoquer un rapport complexe de l’ Homme à la nécessité, à « ce qui ne peut pas manquer » ?

            Certains veulent combler le vide trop vite (les gens de bien) et les autres préfèrent reculer l’échéance autant qu’ils le peuvent (ou inversement).

            Cependant, quand c’est l’heure, c’est l’heure. La nécessité met tout le monde d’accord.
            Vous écrivez : « De manière régulière, et quasiment depuis l’entrée du Progrès-croyance dans l’Histoire, le mal a grandi aussi vite que le bien. »

            Je dirais plutôt depuis que l’Homme est Homme, c’est à dire depuis qu’il a pris conscience que son monde n’est qu’une interprétation de la Terre qui continuera de tourner, même si notre monde, lui, ne tourne pas rond.

            Le Bien et le Mal sont des attitudes par rapport au même objet : l’Etre. Certains le prennent en amour et d’autres en haine. Et cela, à l’arrivée, ne change pas grand chose.

            Le Bien et le Mal, c’est comme la couleur d’un moteur, cela ne change rien à sa finalité (entraîner) ni à sa fin (à un moment il casse).

            Après on préfère certaines couleurs à d’autres, c’est une question culturelle.


            • Pierre de La Coste Pierre de La Coste 11 avril 2013 17:32

              Oui, je suis d’accord avec vous, sur l’Homme en général. Pour l’Occidental, c’est plus compliqué. Ce que j’essaie de faire comprendre, chapitre après chapitre, c’est son rapport avec le Progrès, cette étrange conception qui lui est propre. Il ne s’agit donc pas d’une étude sur le Bien et le Mal dans l’absolu, mais relativement à l’Histoire de l’Occident, qui est devenue celle de la planète.


            • Amoribonde Amoribonde 11 avril 2013 18:44

              « l’Histoire de l’Occident, qui est devenue celle de la planète. »

              Oui, mais plutôt l’histoire de la vie humaine sur Terre, qui peut être remise en cause par notre technologie.
              L’histoire de l’Occident deviendrait celle de la planète, si elle passait sous notre contrôle (si on pouvait l’agrandir, ou contrôler sa trajectoire dans le cosmos, qui sait, un jour...).

              En attendant, notre existence est bien précaire, et si un énorme corps céleste nous percute un jour, l’Histoire de la Terre continue, et la nôtre cesse.

              Et ne nous inquiétons pas pour notre planète, elle s’en remettra vite, elle a longtemps vécu sans nous.

               


              • philouie 11 avril 2013 21:51

                A Gollum et à l’auteur :

                Je n’ai pas le temps ni l’énergie de revenir en détails sur le « devenir Dieu. »

                je renvoie à un échange avec P Régnier :

                http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/dites-nous-m-ramadan-126853#forum3560006

                je pense que c’est dans le sujet de l’auteur puisque ça traite de la violence de la culture chrétienne.

                ça commençait ainsi :

                Vous dites que la violence des églises chrétiennes et du monde occidental sont faites contre l’évangile.

                Je dis que cette violence est à cause de l’évangile et de la théologie du Dieu suprêmement bon.

                Paradoxe ?

                Gollum, je reviendrais à propos d’Hallaj.


                • Gollum Gollum 12 avril 2013 10:14

                  Quelque part je me sens en accord avec vous.. Je crois que le christianisme a été très mal compris par les Églises.. Le Christ dit quelque part des phrases qui montrent amplement qu’il n’est pas bon... (ce qu’il dit d’ailleurs lui-même : seul le Père est bon)


                  Notamment celle où il dit qu’il parle en paraboles afin que ceux du dehors ne comprennent pas et ne se convertissent pas et ne soient point sauvés...

                  Les théologiens ne s’appesantissent jamais sur ces phrases extrêmement problématiques, scandaleuses, que l’on ne peut résoudre qu’avec une métaphysique forte, une métaphysique notamment où le libre-arbitre serait vu comme une illusion...

                  Ailleurs le Christ dit qu’il faut avoir la candeur des colombes et la prudence des serpents. Hors cette phrase est une parabole aussi car elle contient les contraires : colombe, oiseau du bien et de l’innocence, serpent, créature du diable, mais ici, présenté comme ayant de la valeur...

                  Et le Christ dit de façon imagée qu’il faut s’appuyer sur ces deux piliers du bien et du mal...

                  Ce sont les Églises chrétiennes qui ont fait du Christ un être exclusivement bon, ce qui est une aberration... Dostoïevski il n’y a pas si longtemps voyait le Christ de cette façon. Hors les textes nous montrent un Jésus capable de compassion mais aussi capable de phrases très dures, capable de colère... On est très loin d’un sage impassible de l’Orient.

                  Bref, pour moi, il y a eu dégradation sentimentaliste de l’image de l’homme Jésus.

                  Quant à la violence des Églises chrétiennes elle ressort à mon sens, plus comme je l’ai déjà expliqué de cette prétention à la Vérité totale et exclusive, qu’à autre chose..

                  Je ne crois pas d’ailleurs que l’Islam ait un rapport à la violence bien différent de ce que l’on a connu chez nous. Et les causes en sont les mêmes : une prétention là aussi exclusive à la Vérité.

                • Pierre de La Coste Pierre de La Coste 13 avril 2013 22:11

                  Le côté parfait de Jésus m’a toujours hanté. C’est Dieu fait homme. La simple existence du mal le « cruxifie », au sens propre comme au figuré. Il est « tenté » par le mal. Il est fait de chair, mais il est Dieu, et sa nature divine reprend le dessus. Dieu est descendu parmi nous. On y croit ou n’y croit pas...Mais ce n’est pas plus mystérieux que l’existence du mal, ou que l’existence d’un monde imparfait. Seul, le fait que Dieu voulait l’existence de la liberté nous fait entrevoir une solution.


                • Gollum Gollum 15 avril 2013 09:12

                  Je crois que la solution réside dans le fait que le Verbe incarné est parfait selon les vues de Dieu mais que l’homme Jésus était imparfait selon les vues humaines (capable de violence, de colère, etc...).


                  La perfection divine n’est pas la perfection humaine. Le tord de Dostoïevski est d’avoir confondu ces deux notions et de s’imaginer un Jésus parfait selon des critères humains ce qui est une notion sentimentaliste..

                  Ne pas confondre l’homme Jésus avec l’Oint consacré dont il est l’incarnation au même titre d’ailleurs que n’importe quel être humain qui se trouve dans la même situation comme Hallaj, Eckhart, Ramakrishna...

                  C’est le tord du christianisme officiel d’avoir fait de la notion de Fils unique une notion qui se trouve attribuée à un seul corps, ce qui donne des problèmes théologiques insolubles : quid de cette notion dans d’autres galaxies par exemple ?

                  Avec la notion classique, la Terre aura vu l’incarnation du Fils unique alors que les autres galaxies n’y ont pas eu droit de ce fait puisque le Fils est lié à l’homme Jésus... Bref on a touché le gros lot avec une probabilité encore plus extravagante que pour le Loto..

                  Je dis que cette conception est à la limite du ridicule... Il faut donc détacher la notion d’Oint, de Fils Unique de Dieu, du support charnel qui l’incarne..

                  C’est ce que propose l’Inde avec ses avataras de Vishnou. Mais St Paul aussi le propose en filigrane quand il dit que Ce n’est pas moi qui vit, c’est Christ qui vit en moi..

                • L.F. L.F. 13 avril 2013 13:50

                  Une réponse à ce texte ici http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/quand-un-esprit-catholique-s-134195?debut_forums=0#forum3687953 ( non non, vous ne rêvez pas, je me fais de la pub )


                  • philouie 13 avril 2013 19:33

                    Hallaj.

                    Le désir d’être Dieu est le désir fondamental de l’être humain. Ca tient du fait qu’il en provient et qu’il y retourne.
                    Mais ce désir d’être Dieu, c’est aussi bien le sexe, que la voracité ou l’avidité. C’est la volonté de puissance, la tyranie.
                    C’est du désir d’être Dieu que nait l’égo.


                    • philouie 13 avril 2013 19:39

                      Lorsqu’Hallaj affirme « Je suis la Vérité », il faut bien l’entendre comme venant d’un état où le moi est anéanti pour ne laisser la place qu’à Celui qui subsiste Seul.
                      Il ne saurait y avoir de Je qui est la Vérité.


                      • philouie 13 avril 2013 19:47

                        Cela n’évidement pas grand chose à voir avec ce que fait l’église lorsqu’elle oriente le désir d’être Dieu vers l’idée d’un homme qui serait supérieurement bon. C’est l’Eglise bourgeoise qui se satisfait d’elle même mais qui a besoin pour garder l’estime de soi de diaboliser l’autre.
                        ça produit de l’inquisition comme du colonialisme.


                        • philouie 13 avril 2013 19:49

                          Le problème d’Hallaj quand il dit « Je suis la Vérité » ou de Jésus quand il se prétend Fils de Dieu, c’est qu’il nie l’altérité : il n’y a en effet, en Dieu, pas de place pour l’autre.


                          • philouie 13 avril 2013 20:19

                            Les sociétés traditionnelles, et c’est particulièrement vrai de la société musulmane, sont fondées par le fait que l’autre est reconnu, et de cette reconnaissance l’idée de l’égalité et que la jouissance doit-être partagée.

                            Et c’est ce que remettent en cause à la fois Hallaj et Jésus et c’est pour cela qu’ils sont condamnés.


                            • philouie 13 avril 2013 21:56

                              Dans les sociétés humaines la vérité ne peut être que le fruit d’un consensus né de la discussion d’individus éclairés.

                              Celui qui dit « Je suis la Vérité » rompt le pacte humain et ce, quelque soit le degré de justesse de son affirmation.

                              leur condamnation était légitime.


                              • Pierre de La Coste Pierre de La Coste 13 avril 2013 22:17

                                @philouie : celui qui dit « je suis la vérité » n’est pas un homme, mais Dieu. Dieu fait homme, certes, mais Dieu. Il dit aussi « je suis la vie ». On peut y croire ou pas, mais le christianisme n’est pas incohérent.

                                 


                              • philouie 14 avril 2013 10:08

                                Le conseil des prêtres qui a jugé Jésus avait manifestement en face de lui un homme.
                                un homme qui se prétendais Fils de DIeu.

                                Vous pensez que c’était vrai et qu’il fallait le croire.

                                Je dis que c’est précisément le problème et que sa condamnation était légitime parce que de tel propos brisent le pacte humain, celui de la jouissance partagée.

                                Maintenant que faites vous de Hallaj et de son « Je suis la Vérité ».

                                Il est évidement que du point de vue de l’expérience humaine, il n’y a aucune différence entre celle de Jésus et celle de Hallaj. Alors que fait-on ?


                              • Pierre de La Coste Pierre de La Coste 14 avril 2013 12:03

                                Que fait on ? Je ne sais pas. Doit on faire quelque chose ? On a d’un côté un soufi (que je connais mal) mais qui est dans la vérité humaine et de l’autre Dieu fait homme, qui (c’est tout son mystère) ne pouvait pas ne pas être condamné. Il y a un « scandale de la Croix ». René Girard dit que Jésus a rompu la loi traditionnelle du « bouc émissaire », puisque tout le monde savait qu’il était innocent. Il ne peut donc plus « débarrasser » le peuple de ses péchés.


                              • Gollum Gollum 15 avril 2013 08:55

                                J’arrive un peu après la bataille mais pour moi il n’y aucune différence entre Hallaj et Jésus..


                                Tous les deux ont leur ego anéanti et de ce fait Hallaj ne peut que dire Je suis Dieu, tout comme Jésus n’agit pas par lui-même et fait les œuvres de son Père, ce qui lui permet à lui aussi des affirmations scandaleuses du genre : Je suis la Vérité, Avant qu’Abraham fut Je suis, etc...

                              • Gollum Gollum 15 avril 2013 08:57

                                Donc quand l’auteur dit que l’on a un soufi qui est dans la vérité humaine, je ne suis clairement pas d’accord...


                              • philouie 15 avril 2013 13:16

                                A Pierre de la Coste :

                                Que fait on ?

                                Effectivement, il n’y a rien à faire, nos points de vue sont irrémédiablement inconciliables, et si il aurait matière à discussion, celle-ci, non seulement serait stérile mais nous éloignerait de votre sujet.

                                ce que je voulais dire, à ce propos, c’est qu’il faut bien avoir à l’esprit qu"aussi bien le progrès que les dommages collatéraux qui en résultent sont le fait du Christianisme et de sa théologie.
                                On comprend très bien en effet que pousser l’homme vers un idéal d’homme bon, invite au dépassement, au surpassement et à la recherche.

                                Mais cet idéal de l’homme bon à le fâcheux défaut de se faire au détriment de l’autre. Ce que je formule ainsi, le christianisme c’est l’idéalisation de l’homme et la diabolisation de l’autre.
                                diabolisation et idéalisation étant les deux faces d’une même pièce.

                                Dans l’histoire, cette diabolisation c’est exprimé à travers les buchers, l’antisémitisme et le colonialisme.

                                Le christianisme est une religion perverse dont le mal s’est nettement accru depuis que la chrétienté s’est émanciper de son église : les rites contenaient en eux-mêmes le contre-poison que la théologie distille.

                                ce n’est plus vrai aujourd’hui, où l’homme s’arroge la toute-puissance divine à son seul usage, il a prétention a être mettre de tout, à vouloir contrôler son destin et a plier le monde à son désir. le problème est que cette attitude crée un déséquilibre dans l’ordre divin, en particulier au détriment des peuples du tiers monde (mais pas que puisque le règne animal souffre également)

                                Dans cette perspective, le mal, ou ce qui est perçu comme le mal, n’est que la tentative du divin de rétablir l’équilibre, de rabaisser ce qui trop haut s’élève, d’anéantir ce qui veut la place pour soi seul.


                              • Pierre de La Coste Pierre de La Coste 15 avril 2013 14:54

                                Je reprend seulement deux points de votre argumentation (je laisse de côté le caractère pervers par essence du christianisme, êtant chrétien...)

                                Le Progrès est issu de la théologie chrétienne : parfaitement vrai, et même doublement. Il est issu de la prédestination calviniste d’un côté (capitalisme anglo-saxon), du culte de la liberté de l’autres (Lumières, marxisme). Il s’agit des deux hérésies strictement opposées l’une à l’autre.

                                Le mal moderne s’est aggravé lorsque le christianisme s’est séparé des Eglises qui servaient de « contre-poison » : oui, mais cela va tout de même un peu plus loin... La modernité, sous toutes ses formes, ne s’est pas simplement écartée des Eglises, elle s’est opposée au christianisme lui même, par la laïcité puis l’athéisme. C’est une révolte, au final, contre Dieu lui même. On ne peut pas reprocher au christianisme la négation du christianisme.


                              • philouie 15 avril 2013 21:13

                                C’est une révolte, au final, contre Dieu lui même. On ne peut pas reprocher au christianisme la négation du christianisme.

                                non , ce n’est pas mon opinion : la révolte n’est pas contre Dieu lui-même mais contre le Dieu chrétien, et ce qui fit cette révolte c’est simplement l’usage de la raison.

                                « Dieu est mort, c’est nous qui l’avons tué » a dit Nietzsche. le nous dont il est question ce sont les chrétiens.
                                En particulier à travers l’absurdité de leurs dogmes.


                              • soi même 15 avril 2013 00:26

                                c’est un article très superficielle qui ne fait effleurer le sujet, je m’attendais à une véritable réflexion et on a juste des commentaires sirupeux et en prime ce de Benoîts XVI.

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