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Multiculturalisme, cohésion nationale et extrême-droite

 Multiculturalisme  : voilà un intrigant concept.

On dit que le multiculturalisme, c’est pour une société faire le choix d’accepter en son sein diverses cultures. Dit comme cela, qui pourrait ne pas y adhérer, hormis des nervis d’extrême-droite obsédés par le repli sur soi ?

La France n’est pas, en tout cas pour le moment, et depuis un bon nombre de siècles, multiculturelle. Ce n’est, selon toute vraisemblance, pas dans nos traditions d’accepter les divergences, peut-on penser.

Ceci étant dit, imaginons-nous un instant régner sur la France au temps du Roi Soleil ou encore présider au temps de la IIIe République. L’opposition religieuse protestante recouvre des oppositions politiques, une mise en danger de l’intégrité de l’État ; les Alsaciens-Mosellans parlent une langue germanique et les Allemands y voient la preuve de la germanité de cette aire géographique (conception notamment développée par l’historien renommé Theodor Mommsen, lien), ceci mettant en danger l’intégrité de la nation en interne comme en externe. Que faisons-nous ? Si nous sommes logiques et cohérents avec notre temps, nous révoquons l’Édit de Nantes et nous rendons obligatoire l’emploi du français. De fait, pour assurer la cohésion d’ensemble, pour assurer la cohésion de la construction civique à laquelle on adhère, nous rejetons le multiculturalisme.

Que peut-on lire à propos des pays s’étant adonnés au multiculturalisme ? Selon le sociologue Aje Carlbom, parlant de la Suède, pays revendiquant le multiculturalisme, certaines cultures s’enclavent, « fournissant un terreau favorable aux islamistes », et «  la société suédoise ne comprend pas ce qui arrive du fait de son climat de tolérance » (« Sociologist Aje Carlbom warns that such "enclavisation" provides fertile ground for Islamists and "Swedish society doesn’t understand what’s going on because of the climate of tolerance" », lien).

Eh oui, accepter chez soi toutes les cultures, toutes les traditions, ne pas fixer de tronc commun, et donc éviter le conflit immédiat, c’est aussi prendre le risque d’un conflit plus grave, plus sournois, qui ne se fera jour que lorsque certaines cultures autrefois minoritaires bénéficieront d’un autre rapport de force, comme c’est le cas de la culture musulmane jouissant d’un bénéfice démographique net (Jean-Louis Borloo : « Le taux de natalité de ces quartiers [de banlieue, à forte population musulmane] est deux fois plus élevé que sur le reste du territoire national », lien) et de la terreur créée par les islamistes (ils en jouent, puisque n’importe quel évènement n’étant pas de leur goût est mis par eux en parallèle avec les risques terroristes, comme nous l’avons vu dans l’affaire époustouflante des caricatures et à présent dans la lamentable affaire des propos pontificaux récents, lien).

La surprise, en matière de multiculturalisme, vient de l’extrême-droite. L’extrême-droite française arbore les signes de la nation, notamment le bleu-blanc-rouge, sur le logo du Front national, ou encore servant de noms à des fêtes. Pourtant, on trouve très facilement des passerelles entre l’extrême-droite et le multiculturalisme, notamment celle du régionalisme. On retrouve notamment la problématique de la langue, noir sur blanc, dans les textes du groupe de rock Vae Victis, disant en substance : « Aujourd’hui encore, On parle de patois, On appelle ça du folklore. Pour te persuader, Que c’est du passé, Que c’est un dialecte mort. Ils ont déjà brisé, L’âme des régions, C’est au tour des nations. Mélangées, diluées, Standardisées, Par la mondialisation » (lien). On retrouve là la patte touche-à-tout sans cohérence de l’extrême, qui fait que l’extrême-droite soutient sans aucune réserve en Palestine les islamistes alors qu’en France elle présente, grosso modo, tous les Arabes comme des dangers. Que les nations aient été bâties au détriment des cultures régionales, c’est un fait, mais on ne peut prétendre que les acteurs de la mondialisation sont ceux des nationalismes ; et il est d’autant plus incohérent que les nationalistes extrêmes rejettent le fait nationaliste (le drapeau tricolore est celui de la nation française, pas celui du Royaume de France ni celui du Royaume des Francs).

De nos jours, si en France nous apprécions sans complexe les cultures régionales, c’est parce qu’elles ne sont plus que touristiques (culinaires et autres) et que nous sommes devenus trop individualistes pour qu’un petit retour aux sources bouleverse des rapports de force au sein de la nation. Il en est autrement avec les nouveaux arrivants en France, qui eux adhérent encore profondément à des cultures, notamment par la langue. Nous pourrions aussi parler de religion. Plus personne, ou presque, en Europe, ne se réfère à notre civilisation comme la chrétienté, contrairement au monde musulman pour qui les termes Dar al-Islam et Dar al-Harb (lien) n’ont pas cessé d’être pertinents.

Le multiculturalisme est donc régulièrement présenté comme vertueux, que ce soit selon une vision humaniste nordique, qui semble absolument inapte à comprendre la différence à force de refuser de l’évaluer, ou une vision nationaliste extrême à la française, où il signifie souvent plus le refus de la mixité que l’acceptation de la différence. On observe qu’il ne permet des cohésions civiques que lorsque les cultures sont suffisamment diluées, faute de quoi le risque d’enclaves n’est pas nul.



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