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Le giratoire, ou plutôt le rond-point aurait cent ans cette année, et le premier a vu le jour en 1906. Il a été créé par Eugène Hénard, inspecteur de la Ville de Paris. Mais le rond-point moderne tel que nous le connaissons, avec priorité à ceux qui sont engagés, date de 1976. Depuis, les lobbies des bâtiments et travaux publics se sont emparés de ce système et les giratoires fleurissent même lorsqu’ils ne sont pas indispensables, quitte à nous faire tourner la tête !
Jusqu’à l’apparition de l’automobile, les places étaient des lieux de vie et de rencontre. Les premières autos empruntent ces places sans vergogne ni sens et en 1906, Eugène Hénard, inspecteur des travaux à la Ville de Paris, s’en inquiète. Il va donc créer les premiers ronds-points. Comme c’est toujours le cas à la place de l’Etoile (pardon ! du général de Gaulle), ces ronds-points sont à priorité à droite.
Le premier giratoire breton
En 1976, les services techniques de la ville de Quimper sont confrontés à un problème de circulation insoluble, au carrefour de Ludugris, à l’entrée de la ville. Le carrefour comporte plusieurs rues et routes, pourvues de feux, qui donnent lieu à des embouteillages interminables. Ils ont alors l’idée de créer un giratoire où les automobilistes déjà engagés ont priorité sur les autres. On les appelle parfois "giratoires avec priorité à gauche". Bien leur en a pris, car le nouveau système a pour effet de supprimer les embouteillages. La circulation devient plus fluide et le nouveau système de giratoire agit comme un « feu à la carte ». Le système ne tarde pas à se répandre, d’abord en Bretagne puis sur tout le territoire national. Parfois, ces giratoires permettent de supprimer jusqu’à dix feux ou « laissez le passage », les encombrements en moins. Bien évidemment, les entreprises de BTP comme la Colas, filiale de Bouygues, se frottent les mains.
Le giratoire de sécurité
Jusqu’en 1984, le giratoire avec priorité à gauche était illégal. En effet, la priorité à droite était inscrite dans les textes législatifs. Le gouvernement change donc la loi, ce qui contribue à multiplier encore les giratoires. D’aucuns, comme l’auteur à polémiques Jean Montaldo, ont écrit que cette multiplication permettait d’avantageuses commissions pour pas mal de monde, élus et partis politiques en tête. On a même dit que les techniciens des collectivités percevaient également des rétributions, ce qui leur est formellement interdit. Mais, à ma connaissance, ces informations n’ont pas été vérifiées. Toujours est-il que l’hexagone se couvre de giratoires, parfois même sans justification. Par exemple, quand un carrefour oppose une route importante à deux rues de bien plus faible circulation, un simple « laissez le passage » ou un bon vieux stop fait l’affaire. N’empêche ! Nous avons tous observé des constructions de giratoires dans des carrefours qui ne connaissaient pourtant aucun problème d’encombrement. C’est que les industriels du BTP ont trouvé un nouvel argument pour imposer des giratoires aux collectivités. Un sésame imparable : la sécurité routière.
Bric et broc aux carrefours
En effet, tout comme les « gendarmes couchés » et autres ralentisseurs qu’on devrait plutôt appeler des « tape-culs », un giratoire placé sur une ligne droite permet de briser la vitesse. Du coup, on trouve à présent des giratoires en ville, et de toutes les tailles. Les constructeurs ont même inventé « le giratoire franchissable » : souvent de petite taille, il est constitué d’un dos d’âne en son centre qu’un automobiliste pressé ou un camion peut tout de même franchir.
Mais les giratoires sont aussi devenus des lieux d’exposition. Les collectivités ont trouvé là un moyen de faire montre de leur exceptionnelle « créativité ». La construction du giratoire seul coûte en moyenne de 600 000 à 800 000 euros. Il faut y ajouter à présent le coût de la « décoration ». Dans le meilleur des cas, elle est confiée aux services des espaces verts qui y plantent fleurs ou arbustes. C’est un moindre mal pour le contribuable. Mais on trouve aussi de tout aux carrefours giratoires : de faux bateaux échoués, pour montrer qu’on arrive près de la mer (comme si on ne le savait pas !), des sculptures qui, étrangement, se ressemblent souvent, réalisées par des artistes grassement subventionnés, de faux avions, des tours Eiffel... J’ai même vu des murs avec des portes ouvertes pour indiquer que l’on arrivait à la ville « machin », vantant qu’elle soit ouverte sur l’Europe, par exemple... Un site, www.sens-giratoire.com, fait l’inventaire de toutes ces créations. Si certaines décorations ne sont pas excessives, l’ensemble est édifiant. Les constructeurs sont toujours bourrés de créativité pour faire passer leur projet. Voici ce qu’on peut lire par exemple sur le site de la ville d’Angoulème où les giratoires doivent symboliser la ville de l’image : « Le rond-point central sera aménagé avec cinq bastions symbolisant le nombre cinq correspondant au compte à rebours, rappelant le compte à rebours du début des films. »
Pour piétons qui tournent en rond
Evidemment, la « décoration » augmente sérieusement le coût. J’ai eu connaissance d’une décoration uniquement « paysagère » sur un giratoire qui se trouve non loin de Gometz-la-Ville, dans l’Essonne. Les entrepreneurs paysagers ont installé des monticules de terre, en forme de collines, etc. Ils ont aussi construit un... petit circuit piétonnier avec dallage et bornes en bronze ! Sachant qu’aucun piéton n’aurait l’idée de se promener ainsi sur un giratoire en plein milieu d’un carrefour hautement passager... Bref. Cet « environnement paysager » a doublé le coût !
La France s’est couverte de dizaines de milliers de giratoires, et il s’en construit encore tous les jours à un rythme soutenu. Alors que chacun sait que des problèmes de sécurité routière sur certaines routes mettent des années à être résolus par les collectivités, la construction de giratoires, elle, semble ne jamais poser le moindre problème, même lorsqu’elle n’est aucunement justifiée. Pourquoi ? Mystère... J’ai bien ri en lisant sur un site qui leur était consacré que le giratoire serait un symbole de la sexualité : le rond-point du centre figurant l’ovule et les voitures qui attendent à chaque voie figurant les spermatozoïdes. Que ne va-t-on pas chercher pour faire payer le contribuable...

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Bonjour Article intéressant. Il est exact de dire que les giratoires (remplaçant nos vieux (...)
16/01 14:07 - RadixAh de l’utilité des rond-points dans mon coin, on vous en colle à toutes les sorties de (...)
30/11 10:41 - tchooLe giratoire dans certains cas c’est bien et d’en d’autres parfaitement (...)
30/11 10:17 - brigitte.macreuseComplètement d’accord, il y a 3 ans je suis retourné visiter "ma" Bretagne avec mes (...)
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