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Accueil du site > Actualités > Société > Un syndrome effrayant : l’« effet du témoin »

Un syndrome effrayant : l’« effet du témoin »

Dans le silence de la nuit retentit soudain un cri, suivi de déchirants appels à l’aide. Dans la rue, au pied des habitations, une jeune femme est violemment agressée par un homme. Malgré ses cris, personne, parmi les nombreux témoins, ne lui vient en aide, personne n’appelle les secours. La victime meurt un peu plus tard, après avoir été violée et poignardée d’une douzaine de coups de couteau. Une histoire effroyable, et pourtant véridique...

Quoi de plus terrible que ces visages d’hommes et de femmes réveillés dans leur sommeil au plus profond de la nuit new yorkaise ? Des visages qui, dans la pénombre protectrice des chambres, s’encadrent dans les fenêtres et observent ce qui se passe en bas de chez eux, dans l’allée chichement éclairée par les réverbères. Les visages d’hommes et de femmes ordinaires qui entendent les cris de la jeune femme, et pour certains voient la victime, jetée au sol et déjà poignardée à trois reprises par l’homme penché sur elle. Sortant de sa sidération mutique, un homme interpelle l’agresseur depuis son domicile et lui ordonne de « laisser cette femme tranquille ». Surpris, le prédateur s’éloigne malgré la frustration de n’avoir pu libérer totalement ses pulsions destructrices.

L’homme ne va pas bien loin : devant l’absence de réactions des habitants de cette résidence paisible, il revient à la charge alors que la jeune femme, grièvement blessée et déjà très affaiblie, tente, mètre après mètre et au prix d’efforts inouïs, d’atteindre son domicile, en espérant encore l’aide d’un riverain ou l’arrivée d’une patrouille de police. Le supplice recommence. De nouveaux hurlements brisent le silence nocturne. En vain. L’agresseur viole sa victime et lui porte encore plusieurs coups de couteau. La jeune femme, laissée agonisante sur le trottoir meurt sur le macadam, après 30 minutes de calvaire, dans les bras d’une femme, enfin sortie de son appartement. Victime d’un tueur psychopathe. Victime également de la terrible passivité des témoins : ses propres voisins !

Kitty Genovese avait 28 ans. En ce 13 mars 1964, elle revenait, à 3 h 20 du matin, du bar où elle travaillait, lorsqu’elle a trouvé sur son chemin Winston Moseley, à quelques dizaines de mètres de son domicile. Cette sordide tragédie s’est déroulée au cœur du Queens, dans la tranquille résidence de Kew Gardens. Comme on peut l’imaginer, les conditions dans lesquelles est survenu le meurtre de cette jeune femme ont fait grand bruit dans la ville et suscité dans la population un sentiment mêlé d’effroi, de honte et de révolte. Le paroxysme a été atteint le 27 mars lorsque le journaliste Martin Gansberg a, dans les colonnes du New York Times, pointé en gros titre un doigt accusateur sur les témoins passifs de cette mise à mort : « Thirty-Eight Who Saw Murder Didn't Call the Police » (38 ont vu le meurtrier, aucun n’a appelé la police).

 

Une responsabilité diluée

Cette affaire criminelle est, au fil du temps, devenue emblématique de la passivité des témoins confrontés en groupe à un acte de violence. Elle a eu deux conséquences :

La première a été la création par l’entreprise AT&T, à la demande des autorités américaines, d’un numéro d’appel d’urgence unique : le désormais célèbre 911 qui permet d’alerter les secours. Ce numéro a été mis en service en février 1968 dans l’Alabama avant d’être progressivement étendu à l’ensemble des États-Unis, puis du Canada.

La seconde, plus complexe, a été la mise en œuvre par des chercheurs en psychologie sociale d’une étude portant sur les mécanismes ayant conduit les témoins du meurtre de Kitty Genovese à rester passifs malgré le drame qui se nouait sous leurs fenêtres. À la base de ces travaux, deux questions qui ont hanté de nombreux New Yorkais longtemps après cet abominable drame : 1) Pourquoi, exception faite d'une voisine après le départ du meurtrier, aucun des témoins n’a porté secours à la victime ? 2) Pourquoi, à défaut de porter soi-même secours à la victime, personne n’a alerté la police durant toute la durée de l'agression ?

Dès 1968, les chercheurs américains John Darley et Bibb Latané ont, dans un rapport désormais considéré comme un document de référence, décrit les raisons pour lesquelles des témoins restent passifs lorsqu’ils sont confrontés à des évènements porteurs de violence : agression, accident, catastrophe. En l’occurrence, les deux chercheurs ont, en s’appuyant sur de très nombreuses expérimentations conduites en laboratoire sur la base de protocoles rigoureux, démontré ceci : plus le nombre de témoins d’un évènement traumatique ou dérangeant est élevé, plus la responsabilité individuelle d’assistance à la personne en danger est faible.

Autrement dit, plus il y a de témoins, plus la responsabilité est diluée, chacun escomptant inconsciemment qu’un autre va intervenir pour porter assistance à la victime, ou qu’un autre va alerter la police ou les pompiers. Or, plus la responsabilité est diluée, plus la probabilité est élevée que personne ne se porte au secours de la victime, que personne n’appelle les secours, au risque de précipiter une issue tragique dans les cas les plus graves.

C’est très exactement ce qui s’est passé dans le cas de Kitty Genovese. Darley et Latané ont nommé ce syndrome de non-assistance le « Bystander effect » (ou Bystander apathy), ce que leurs homologues français ont traduit par « Effet du témoin » (ou Effet spectateur).

Pour illustrer ce syndrome, d’autres cas sont régulièrement mis en lumière dans les médias. Parmi eux, un accident qui, survenu dans la ville chinoise de Foshan le 13 octobre 2011, a entraîné la mort d’une petite fille de 2 ans : Wang Yue. Une effroyable vidéo de télésurveillance existe. Elle montre cette petite fille renversée, puis écrasée par la roue avant droite d’une camionnette dont le conducteur – au téléphone avec sa petite amie ! – s’arrête avant de repartir presqu’aussitôt en écrasant une 2e fois la petite fille avec la roue arrière droite. Suit le défilé de l’horreur : des automobilistes, des cyclistes, des piétons passent à côté du petit corps agonisant sur la chaussée sans s’en préoccuper ; un conducteur va même jusqu’à rouler sur les jambes de la gamine !

Au total, 18 personnes appartenant au genre dit « humain » défilent durant 6 minutes sans tenter de secourir la petite fille, sans même arrêter la circulation dans ce quartier d’activité commerciale aux airs de Sentier. La 19e personne, une vieille dame compatissante, ramène enfin le corps inanimé sur le trottoir en attendant les secours. Wang Yue ne pourra être sauvée : elle mourra quelques jours plus tard, victime de ses graves blessures et d’une commotion ayant entraîné très vite un état de mort cérébrale.

 

Est-ce ainsi que les femmes meurent ?

Ce drame monstrueux n’a toutefois pas de véritable rapport avec l’« effet du témoin ». On a là affaire à une sordide illustration de l’indifférence face au malheur d’autrui : aucun des témoins successifs n’a effectivement pu, à la vue de cette petite fille gisant grièvement blessée sur la chaussée, se sentir menacé par un dangereux agresseur armé, et aucun n’a pu arguer d’une peur panique de l’environnement nocturne pour justifier son inaction. Point commun avec le cas de Kitty Genovese : les témoins ont été passifs. Mais l’effet de groupe est absent dans l’affaire Wang Yue, comme le montre la vidéo avec un réalisme glaçant : les témoins indignes se succèdent en effet sur le lieu de l’accident sans être confrontés ensemble à l’horreur de la scène. Les écœurantes conditions de la mort de la fillette chinoise et celles du martyre de Kitty Genovese n’en sont pas moins emblématiques de ce que peut être le comportement de nos semblables, mais elles ne relèvent pas complètement des mêmes mécanismes de psychologie sociale.

Beaucoup plus pertinente est la référence aux affaires qui, sans atteindre le niveau d’horreur du cas de Kitty Genovese, défraient régulièrement la chronique médiatique : les récurrentes agressions commises dans les transports en commun publics sans que quiconque, parmi les voyageurs présents, intervienne pour secourir la victime. Ces affaires-là relèvent indiscutablement de l’« effet du témoin », et cela sous sa forme la plus triviale dans sa banalité.

Pour en revenir à Kitty Genovese, deux excellents romans – ô combien dérangeants ! – ont décrit le calvaire enduré par la jeune new yorkaise : Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, du Français Didier Decoin, et De bons voisins (Acts of Violence), de l’Américain Ryan David Jahn. Mais si le premier de ces romans s’efforce – en conservant l’identité des protagonistes – de transcrire le plus fidèlement possible les évènements du 13 mars 1964, le second, plus décalé par rapport aux faits, n’en fait pas moins preuve d’un effrayant réalisme dans sa manière implacable de mettre en lumière la passivité des témoins. Au final, les deux livres posent implicitement à chacun des lecteurs cette terrible question : « Qu’auriez-vous fait si vous aviez vous-même été confronté comme témoin à une agression aussi violente ? »

À cet égard, le constat mis en évidence par Darley et Latané est clair : en observant qu’il y a de nombreux témoins d’un même évènement dramatique, chaque témoin pris individuellement se persuade qu’au moins l’un des autres témoins a d’ores et déjà appelé les secours. C’est en effet possible, voire probable, mais ce n’est pas certain, comme l’ont démontré les deux chercheurs. Et c’est ainsi que, chacun tenant le même raisonnement, une victime en grand danger peut n’être pas secourue, au risque de payer de sa vie ce consensus tacite de passivité spectatrice. De cela, il importe que chacun d’entre nous soit conscient : qui sait si, dans un mois, dans un an, dans dix ans, nous ne serons pas confrontés à une situation de ce type ? Mieux vaut alors avoir les bons réflexes.

À noter, pour terminer, que le nombre des témoins passifs du meurtre de Kitty Genovese a été contesté par quelques sources : y en a-t-il eu réellement 38, comme l’a affirmé le New York Times après avoir enquêté sur les lieux du meurtre à Kew Gardens ? 38, comme l’ont relayé depuis cette époque la presque totalité des médias qui ont consacré des articles à cette affaire criminelle ou des dossiers sur l’« effet du témoin » ? Ou bien une douzaine, comme l’ont prétendu des policiers ? En réalité, peu importe : le fait est que des personnes ont bel et bien entendu les cris déchirants de la victime, et pour certaines vu ou entrevu l’agresseur, sans que quiconque agisse alors qu’il était encore temps de sauver la victime. 38 ou 12 : la vérité divisée par trois est-elle moins terrifiante ?

 

Le roman de Didier Decoin a été porté au cinéma, dans une version assez largement transposée et tournée au Havre, par le réalisateur belge Lucas Belvaux sous le titre 38 témoins.

 

Autres articles en rapport avec des œuvres littéraires :

Écosse : au temps des orphelins déportés

Les passagers de la foudre

Les fous de Sula Sgeir

 

 


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61 réactions à cet article    


  • gruni gruni 14 septembre 2015 08:40

    Bonjour Fergus


    Pour répondre à ta question, " la vérité divisée par trois est-elle moins terrifiante ?
    La réponse est bien sûr non. Mais comme dans ton article précédent sur les héros du Thalys, personne ne sait vraiment quelle sera sa réaction dans cette situation. Pourtant décrocher son téléphone pour faire le 17 ne demande pas beaucoup de courage. Alors l’effet du témoin j’y crois volontier. Mais il y a aussi d’autres raisons malheureusement. Comme l’égoïsme. Ce qui se passe en bas de l’immeuble ne me regarde pas.

    Merci pour ce très bon article

    • Fergus Fergus 14 septembre 2015 09:00

      Bonjour, gruni

      « Pourtant décrocher son téléphone pour faire le 17 ne demande pas beaucoup de courage."

      Non, en effet. J’ai d’ailleurs moi-même appelé les flics une nuit à Rennes où, sous mes fenêtres, deux jeunes très alcoolisés se livraient à une violente altercation verbale alors que l’un des deux menaçait l’autre d’un long couteau de cuisine. Les flics sont par chance arrivés très vite et ont neutralisé les deux jeunes.

      « Ce qui se passe en bas de l’immeuble ne me regarde pas."

      C’est hélas très souvent vrai. Mais cela peut également valoir pour... l’intérieur de l’immeuble. A cet égard, j’ai vécu une expérience aussi instructive qu’écœurante avec la tentative de suicide de l’une de mes voisines au temps où j’habitais à Paris. J’ai raconté cela dans un article de 2008 intitulé Amalia.



    • Philippe Stephan Christian Deschamps 14 septembre 2015 11:49

      @gruni
      Il faut d’autres choses pour intervenir physiquement dans une scène violente qui demande une intervention immédiate.
      Être soit même violent ou capable de se mettre en état de colère ou de fureur
      c’est plus facile avec de l’alcool (qui est un désinhibiteur).
      Ou pratiquer un sport de combat suffisamment efficace pour régler le problème par
      immobilisation ,KO ou blessures incapacitantes, bien mesurer la dangerosité de la situation,et avoir un haut niveau de pratique du cran et du sang froid .
      Avoir été un ancien « professionnels » (voyous etc) du combat de rue et savoir improviser.
      être armé soit même.
       la localisation des faits est importante,proximité pour déclencher les secoures.
      Faire des photos est aussi une option,mais prévoir la sortie de secoure si cela se retourne contre vous. 


    • Alex Alex 14 septembre 2015 12:19

      @ Salut Fergus


      Globalement d’accord avec votre article.

      « Les flics sont par chance arrivés très vite »
      Qu’auriez-vous fait s’ils n’étaient pas arrivés très vite ?

    • Fergus Fergus 14 septembre 2015 12:59

      Bonjour, Alex

      J’étais sur le point de descendre, muni d’un pied de biche, lorsque mon épouse, restée à la fenêtre, m’a indiqué que le véhicule de patrouille venait d’arriver. 


    • gruni gruni 15 septembre 2015 07:44

      @Christian Deschamps


      Sans doute, tout le monde n’est pas apte ou n’a pas les moyens sous la main pour intervenir.
      Mais sur 12 ou 30 témoins, combien avaient le téléphone. Alors bien sûr l’effet du témoin existe, mais pas que. C’était là le sens de mon propos. D’ailleurs la loi nous oblige une intervention, d’une manière où une autre. 

    • Fergus Fergus 15 septembre 2015 08:58

      Bonjour, gruni

      Tu as raison, entre l’intervention personnelle contre l’agresseur et l’inaction totale, il existe de nombreuses possibilités d’agir, que ce soit en téléphonant pour appeler des secours ou par tout autre moyen (notamment bruit) capable d’ameuter le voisinage et d’effaroucher l’agresseur.


    • ZenZoe ZenZoe 14 septembre 2015 10:32

      Bonjour Fergus,
      Très inquiétant en effet. La peur du couteau et du procès, bien réels évidemment, n’expliquent pas tout. Pour preuve l’exemple de cette petite fille renversée, dont le sauvetage ne posait de danger à personne.
      La même histoire est arrivée il y a des années à un petit garçon, renversé à la sortie de l’école, et qui est resté 2 heures sans que personne ne réagisse. Interrogés plus tard, les témoins ont déclaré qu’ils étaient en retard, qu’ils risquaient de se faire taper sur les doigts par leur chef, qu’ils ne pensaient pas que le bambin était blessé, qu’ils pensaient que quelqu’un d’autre avait appelé les secours, etc. etc. De bien pauvres arguments.
      Personnellement, je suis certaine de ne pas être assez courageuse pour voler au secours d’une victime en cas d’agression, j’aurais bien trop peur, mais je suis certaine que je tenterais au moins d’appeler les secours.


      • Fergus Fergus 14 septembre 2015 11:09

        Bonjour, ZenZoe

        « les témoins ont déclaré qu’ils étaient en retard, qu’ils risquaient de se faire taper sur les doigts par leur chef, qu’ils ne pensaient pas que le bambin était blessé, qu’ils pensaient que quelqu’un d’autre avait appelé les secours, etc »

        Entre les mauvaises raisons des uns et le phénomène de dilution de la responsabilité qui conduit à ne pas appeler soi-même les secours, votre témoignage montre qu’aujourd’hui encore un travail pédagogique reste nécessaire.

        « je suis certaine de ne pas être assez courageuse pour voler au secours d’une victime en cas d’agression, j’aurais bien trop peur, mais je suis certaine que je tenterais au moins d’appeler les secours. »

        Je pense que peu de gens peuvent affirmer sans risque de s’illusionner être capables d’intervenir en cas d’agression violente par une personne armée, mais appeler les secours est à la portée de chacun (sauf été de sidération paralysante), surtout avec la généralisation des téléphones portables qui permettent d’envoyer discrètement des SMS. 


      • izarn 14 septembre 2015 10:54

        Dans un société totalitaire et policière, les malfrats font la loi, car les gens ont peur de se défendre. Se défendre contre l’état policier, qui leur interdit tout moyen de défense : Interdiction d’armes, de cutter en plastique, de manifester, etc, etc...

        Quand l’état policier disparait, les malfrats, les mafieux prennent le pouvoir sur les moutons.

        Un délinquand le devient quand il a compris que les braves gens ne se défendent pas.
        Le plus curieux c’est qu’aux USA, le port d’arme est autorisé.
        Bien entendu, devant des criminels pareil, Clint Eastwood aurait flingué. C’est le bon coté des USA.




        • Fergus Fergus 14 septembre 2015 11:14

          Bonjour, izarn

          Désolé de ne pas vous suivre. Etre armé ne peut en aucun cas être la solution car des armes mises entre n’importe quelles mains, notamment de personnes émotives ou manquant de discernement, peuvent-être à l’origine de graves dérapages. Dès lors, au problème de la délinquance vient s’ajouter le risque de bavure.


        • Lisa SION 2 Lisa SION 2 14 septembre 2015 10:55

          Bonjour Fergus,
          A la question « Qu’auriez-vous fait si vous aviez vous-même été confronté comme témoin à une agression aussi violente ? » ouvrir ma fenêtre et engueuler l’agresseur...
          Mais nous sommes à NY et appeler la police n’est pas une bonne idée pour ceux qui suivent les programmes d’enquêtes policières en lisant détective...tous suspects éventuels !
          Le contexte new-yorkais est tellement vicié que plus personne ne réagit quand il voit en vrai ce qu’il suit en direct sur sa lucarne interne peut être ?
          La solution : conserver chez soi quelques pétards de fête nationale, il n’y a rien de mieux pour affoler les chiens.
          Effarant en effet.


          • Fergus Fergus 14 septembre 2015 11:21

            Bonjour, Lisa SION 2

            « Le contexte new-yorkais est tellement vicié que plus personne ne réagit quand il voit en vrai ce qu’il suit en direct sur sa lucarne interne peut être ? »

            A l’époque de l’affaire Genovese, la télévision n’était pas encore présente dans tous les foyers. La cause ne peut donc être cherchée là, dans une confusion entre le réel et la fiction. Plus significatif est le fait qu’il n’existait pas de délit de non-assistance à personne en danger, et je ne sais d’ailleurs pas s’il a été introduit dans le droit américain.

            L’usage de pétards est sans doute une excellente idée, le bruit étant l’un des meilleurs moyens de mettre des agresseurs en fuite, ne serait-ce qu’en raison de voir débarquer une patrouille de flics.


          • krapom.deviantart.com krapom.deviantart.com 14 septembre 2015 10:58

            Rien de mieux qu’une affaire vieille de plus de 50 ans pour parler d’aujourd’hui. 

            Il n’y a donc aucun exemple récent pour illustrer le sujet ? Dans ce cas, à quoi bon s’alarmer ?

            • Fergus Fergus 14 septembre 2015 11:24

              Bonjour, krapom.deviantart.com

              Certes, il a existé depuis de nombreuses affaires qui sont venues illustrer la réalité de l’« effet du témoin ». Mais le cas emblématique de Kitty Genovese est resté dans l’histoire de la psychologie sociale comme l’affaire fondatrice de l’étude de ce syndrome, et c’est pourquoi j’ai choisi cet angle pour traiter le sujet.


            • krapom.deviantart.com krapom.deviantart.com 14 septembre 2015 13:14

              @Fergus
              C’est dommage, surtout pour tous ceux qui n’approchent pas de l’âge de la retraite et se foutent totalement de Kitty. Quand je pense à cette expérience qui a été menée en Suède il y a quelques mois, la simulation du viol d’une femme en public - et tout le monde poursuivait son petit bonhomme de chemin - je me dis que quelque part tu rates une grande partie du public.


            • Fergus Fergus 14 septembre 2015 13:29

              @ krapom.deviantart.com

              C’est possible. Par chance, je n’ai pas d’objectif d’audience. smiley


            • juluch juluch 14 septembre 2015 11:07

              Un sujet assez grave Fergus.


              Art 73 du Code Procédure Civile, le droit d’appréhension ; art 122-5 et suivant pour la légitime défense.

              Il m’est arrivé d’être témoin et d’intervenir sur un vol de sac à main sur une vieille dame il y a quelques années..... J’avais d’ailleurs passé une partie de ma soirée au commissariat pour les CR.

              L’étude que vous relatez est exacte et flagrante, plus il y a des témoins plus chacun va croire que l’autre a déjà appelé les secours.

              Un bon article comme en voit rarement ces temps ci sur agora, merci à vous.


              • Fergus Fergus 14 septembre 2015 11:30

                Bonjour, juluch

                Merci pour votre commentaire.

                « J’avais d’ailleurs passé une partie de ma soirée au commissariat pour les CR. »

                Il arrive malheureusement que la crainte de « perdre du temps » en procédures judiciaires soit un motif de non-assistance. Des témoins passifs l’ont reconnu dans certaines affaires.


              • juluch juluch 14 septembre 2015 11:48

                @Fergus

                J’ai perdu 2 heures.....d’ailleurs j’ai finis en discutions avec le major de garde qui a pris ma déposition, on avait des connaissances militaires en commun.............comme quoi....

              • Fergus Fergus 14 septembre 2015 12:07

                @ juluch

                Deux heures qui, en réalité, ne sont pas perdues, avec ou sans pôles d’intérêt communs avec le personnel de gendarmerie ou de police. smiley

                Pas perdues, ne serait-ce que parce qu’il s’agit en l’occurrence - et au risque d’être pompeux - de « faire son devoir de citoyen et d’être humain ».


              • juluch juluch 14 septembre 2015 19:18

                @Fergus

                c’est vrais....

              • foufouille foufouille 14 septembre 2015 11:07

                vu les séries télé et l’époque, le viol était considéré comme de la faute de la « femelle ».
                mais c’est les USA, le silencieux est légal : un bon coup de 9mm en AC danq le cul ça calme.


                • Fergus Fergus 14 septembre 2015 11:40

                  Bonjour, foufouille

                  Comme je l’ai indiqué plus haut, les séries télé étaient rarement suivies, la télévision étant encore absente de nombreux foyers à l’époque de Kitty Genovese.

                  Quant au regard sur le viol, il a en effet beaucoup évolué dans le bon sens, y compris aux Etats-Unis. A noter que dans cette affaire, le viol n’a pas été le principal motif de l’agression, le tueur ayant fait preuve d’une volonté de destruction qui l’a conduit dès le début à porter plusieurs coups de couteau à sa victime.

                  Pour ce qui est de l’action d’un témoin justicier, on peut en effet regretter que cela n’ait pas eu lieu si l’on donne la parole uniquement à son émotion. Mais c’est avec sa raison qu’il faut aborder la question de la possession d’armes létales. Or, comme je l’ai écrit plus haut, plus le nombre d’armes en libre circulation est élevé, plus grand est le risque que les porteurs de ces armes s’en servent en des circonstances pas forcément justifiées. Il y a donc là un risque accru pour la société, mais aussi pour les possesseurs de ces armes.


                • bakerstreet bakerstreet 14 septembre 2015 11:09

                  « Les gens sont de vrais rats »Entend on souvent. 

                  Les rats, ces altruistes toujours prêts à secourir un ...
                  http://bit.ly/1UOMCO4 ....Encore une fois la science et l’observation nous montre qu’en dehors du fait que les clichés, et nos peurs ont la vie dure, les animaux qu’on pense les plus détestables ont parfois plus de compassion et d’empathie, et de sens du sacrifice que nous.....Plus d’âme et de cœur tout simplement !....Plus de couilles pour parler virile, une notion un peu con et qui se ramollit parfois à toute allure quand le danger arrive. 
                  A 80 ans, ma mère avait fait les fait divers de ouest france en se jetant sur un pitt bull, qui s’acharnait sur son pauvre caniche. Elle l’avait mordu sauvagement à l’oreille et lui avait fait lâché prise, puis prendre la fuite, le tout sans une égratignure. 
                  Le pitt bull est depuis suivi par un thérapeute....

                  Que peut on faire dans une situation de violence ? Difficile de mettre cela en statistiques. La réalité est que l’on est bien mal préparé à intervenir, car la violence, pour beaucoup est occultée, et reste dans l’irréalité des séries TV. Bravo encore à ces gars qui sont intervenus dans le train dernièrement. Rien de mieux que ce genre d’exemple médiatique pour faire écho, car souvent il s’en faut d’un rien, d’une seconde, d’une hésitation pour intervenir ou non. Et nous sommes tous des êtres grégaires, fonctionnant par imitation. En dehors des grandes études qui peuvent aussi nous dédouaner en nous excusant moutonniers, pavloviens, il n’y a rien de mieux à dire que c’est la conscience de soi et des autres qui se joue là.

                  • Fergus Fergus 14 septembre 2015 11:53

                    Bonjour, bakerstreet

                    Merci pour ce lien très intéressant.

                    « les animaux qu’on pense les plus détestables ont parfois plus de compassion et d’empathie, et de sens du sacrifice que nous... »

                    En fait, je pense que cet altruisme est surtout lié à un instinct de survie collectif qui amène les membres d’une communauté animale à se montrer solidaires, quitte à mettre chaque individu en grand danger de payer de sa vie cette solidarité.

                    Un grand et sincère bravo à votre mère : personnellement, je regarderais à deux fois avant de m’en prendre à un pitbull. Il est vrai que je n’ai pas de chien à protéger. En fait, tout est là : dans le réflexe de protection d’un membre de sa famille ou de sa proche communauté, et le caniche en faisait partie sur le plan affectif.

                    D’accord avec vous : le poids de la télé est terrible dans la diffusion de l’irresponsabilité, du fait de la confusion qu’elle engendre entre le réel et la fiction.

                    « Bravo encore à ces gars qui sont intervenus dans le train dernièrement. »

                    Entièrement d’accord. Cela dit, il convient de souligner qu’ils étaient directement concernés car victimes désignées du terroriste, sans possibilité de fuite dans un espace confiné. C’est donc un réflexe de survie qui les amenés à agir. Mais leur mérite n’en est pas moins grand car ils ont su surmonter l’état de sidération qui guettait les voyageurs du Thalys. 


                  • bakerstreet bakerstreet 14 septembre 2015 12:08

                    @Fergus

                    Je pense tout simplement ma mère n’a pas regardé deux fois, et à peine une ; c’est simplement sa colère et son amour qui l’a guidé, de façon qu’on pourrait dire totalement irrationnelle. « Je ne sais pas comment j’ai pu faire ça ! » dira t’elle.... Une chose identique à cette force qui poussent les mères à défendre leur nichée, et à se sacrifier, en dépit du « bon sens » et malgré des prédateurs bien plus forts. N’en déplaise à ces théoriciens et théoriciennes infatués disant que l’amour maternel était une création culturelle.
                    Il suffit dans tout mouvement d’un type qui retourne l’opinion, ou potentialise les énergies, Dommage qu’il n’y en a pas eut dans les avions des twin towers...On ne blâmera personne. Qu’un événement positif comme celui du train est très positif, montre comme dans n’importe quelle lutte qu’on peut inverser la vapeur, ne pas être objet.C’est un peu la même dynamique de reprise de confiance qui permet aux femmes battues de relever la tête, à partir du moment où un jour elle se dira « ça suffit »....Se réplier ne pas agir est lourd de conséquences pour les victimes, mais aussi pour les témoins, leur propre estime d’eux mêmes. 

                  • Fergus Fergus 14 septembre 2015 13:10

                    @ bakerstreet

                    « Il suffit dans tout mouvement d’un type qui retourne l’opinion »

                    Exact. Et vous soulignez là un point très important.

                    A cet égard, les travaux effectués sur l’« effet du témoin » par les spécialistes en psychologie sociale ont montré qu’une victime ayant affaire à un groupe de témoins passifs n’a pas intérêt à solliciter l’aide du groupe, mais à cibler l’un des témoins pour le conjurer de lui venir en aide. Les études sont en effet formelles : la personne désignée perd aussitôt son statut de témoin passif parmi d’autres témoins passifs et collectivement déresponsabilisés pour se sentir personnellement responsabilisée, et dans la plupart des cas, poussée à intervenir. Ce faisant, son intervention désinhibe le groupe et cette personne reçoit des soutiens.

                    Ce phénomène est particulièrement fascinant !


                  • leypanou 14 septembre 2015 11:16

                    « Malgré ses cris, personne, parmi les nombreux témoins, ne lui vient en aide, personne n’appelle les secours.  » : voilà ce qui arrive quand l’individualisme est poussé à son paroxysme (il faut aussi voir combien de temps on risque de passer au commissariat si on se porte témoin et cela doit refroidir plus d’un), avec cette idée : j’en ai assez avec mes propres problèmes, pourquoi faut-il aussi que je m’occupe des problèmes des autres ?

                    Et la société etats-unienne est un exemple à cet égard : il ne faut pas s’en étonner.


                    • Fergus Fergus 14 septembre 2015 11:55

                      Bonjour, leypanou

                      Entièrement d’accord avec les différents aspects de ce commentaire.

                      L’individualisme qui caractérise de plus en plus notre société est sans doute à l’origine de beaucoup de dérives politiques et sociales, et du pain béni pour ceux qui tirent les ficelles !


                    • bakerstreet bakerstreet 14 septembre 2015 15:01

                      @leypanou


                      Sans compter la banalisation de ’l’incident« ou de »l’incivilité", comme on rebaptise parfois de graves passages à l’acte. 
                      Je ne doute pas que les services de police soient submergés, mais la banalisation et l’absence totale de suivi, dans certaines affaires, font que certains finissent par se lasser de porter plainte. Multiples pressions, comme des élus, pour que leur ville garde une bonne image, faisant preuve de lâcheté et de connivence avec le pire. 

                    • Fergus Fergus 14 septembre 2015 16:50

                      @ bakerstreet

                      « la banalisation et l’absence totale de suivi, dans certaines affaires, font que certains finissent par se lasser de porter plainte. »

                      Sans aucun doute. Ajoutons à cela le fait que de nombreuses plaintes ne sont pas reçues comme telles, en bonne et due forme, mais consignées sur des main-courantes qui, comme par hasard, ne sont pas comptabilisées dans les statistiques des plaintes.


                    • erichon 14 septembre 2015 12:06

                      Et Comment analyser notre comportement face à se qui se passe actuellement ?
                      Nous sommes pourtant tous témoins , à travers média interposés , de centaines de Kitty Genovese et de Wang Yue. Nous savons .... Et combien d’entre nous lève un petit doigt ?


                      • Fergus Fergus 14 septembre 2015 12:11

                        Bonjour, erichon

                        On est là sur une toute autre échelle, et les solutions à trouver sont évidemment de nature politique.

                        Mais vous avez raison de souligner en filigrane qu’il nous appartient à tous de faire pression sur les responsables politiques pour qu’ils agissent enfin, non seulement pour solutionner collectivement au niveau européen la question de l’accueil des migrants, mais aussi pour éradiquer les causes géopolitiques de ces déplacements de population.


                      • erichon 14 septembre 2015 14:04

                        @Fergus

                        Bonjour Fergus Je me posais juste la question du mécanisme psychologique qui nous amène à cette indifférence.
                        Peut être un mélange des 2 cas que vous citiez et probablement :
                        1) le fait que ces informations nous parviennent des médias, elles sont donc ressenties comme virtuelles
                        2) Endurcissement des esprits du à l’afflux d’images quasi quotidien de l’horreur du monde.
                        3) La douleur ne se transmet pas , ne se vit pas , par l’intermédiaire d’un écran.
                        Et certainement encore beaucoup d’autres raisons.

                        Quant aux solutions à apporter . On a pas besoin d’hommes politiques pour filer ne serait ce qu’un euro à un pauvre type qui crève la dalle dans la rue.


                      • Fergus Fergus 14 septembre 2015 16:55

                        @ erichon

                        Beaucoup de vrai dans ce que vous dites.

                        Pour ce qui est de la pièce donnée à un SDF, c’est en effet à la portée de quasiment tout le monde, mais il faut bien reconnaître qu’au delà de la bonne conscience que ce geste peut nous donner, cela n’apporte pas une once de solution aux problème de ces personnes à la rue


                      • Radix Radix 14 septembre 2015 12:15

                        Bonjour Fergus

                        Bon article.
                        Tu parles de l’effet de sidération, il existe aussi mais il ne dure pas et je pense qu’il peut fonctionner dans les deux sens.
                        Un agresseur qui est habitué à ne voir personne réagir au cours de ses agressions peut-être déstabilisé si une personne intervient, c’est peut-être une chose qui a joué en faveur des américains du Thalys, ce qui n’enlève rien à leur courage car il leur en a fallu beaucoup.

                        Radix


                        • Fergus Fergus 14 septembre 2015 13:21

                          Bonjour, Radix

                          L’effet de sidération sur les témoins n’est évidemment pas de même nature que celui que peut ressentir une victime*. Et il suffit sans doute d’un élément déclencheur, même ténu, pour que cet état cesse et que les témoins retrouvent un minimum de lucidité.

                          Tu écris « Un agresseur qui est habitué à ne voir personne réagir au cours de ses agressions peut-être déstabilisé si une personne intervient", et je suis d’accord. Cela a effectivement sans doute joué en faveur des intervenants du Thalys, et cela d’autant plus que le terroriste n’était probablement pas préparé psychologiquement à voir des personnes prêtes à affronter le canon d’une kalachnikov.

                          * J’ai eu à connaître aux Assises un cas de sidération de victime particulièrement impressionnant. Je l’ai décrit dans un article de 2009 intitulé Violée, humiliée... Détruite !


                        • Philippe Stephan Christian Deschamps 14 septembre 2015 12:46

                          Un jour en me promenant avec mon père en voiture je remarquai,dépassant du dessous de mon siège un gros fer à cheval tout rouillé,intrigué je lui posait la question quant à la présence de cet objet un peu insolite dans un véhicule automobile.
                          Il me répondit le plus naturellement du monde.
                          C’est pour mettre dans la gueule de celui qui voudrait n’emmerder... !
                          voyant ma mine réprobatrice il ajouta .
                          _ça porte bonheur.... !. smiley 
                          .
                          les anciens du batiment ils sont marrant ,mais faut pas les faire chier...
                          qu’il repose en paix...


                          • Fergus Fergus 14 septembre 2015 13:24

                            Bonjour, Christian Deschamps

                            Une anecdote que doivent partager, sous des formes différentes, nombre de nos compatriotes.

                            Personnellement, c’est un pied de biche (j’y fais allusion dans un autre commentaire) dont je dispose à la maison. Au cas où...

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