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Critique du monde libre

Suite de la série d'articles sur les logiciels libres, après trois mots sur la philosophie qui sous-tend ceux-ci et un bref rappel historique, place à la contradiction, avec un résumé des principales critiques contre le modèle libre, et les réponses qu'on peut y apporter. Si le lecteur a des objections non recensées dans ce chapitre, il est tout à fait bienvenu de commenter celui-ci.

Quand on aborde le sujet des logiciels libres, on a le plus souvent affaire à deux types de réactions. D'un côté, ceux qu'on pourrait appeller les fanboys, prêts à défendre le modèle corps et âme, quitte à abandonner toute argumentation logique ; de l'autre, les sceptiques, qui objecteront la plupart du temps en posant certaines questions qui font mal. Nous listerons quelques-unes de ces questions, et d'autres interrogations qui se sont fait jour suite à la réflexion menée autour de la philosophie des logiciels libres, auxquelles l'auteur n'a pas forcément de réponse.

La première des objections courantes est la suivante : comment un produit « gratuit » peut-il constituer un modèle économique viable ?

Différents modèles économiques coexistent dans le monde du logiciel libre, rappelons tout d'abord que « free » signifie est entendu dans le sens de « libre », et non pas dans le sens de « gratuit ». Certaines sociétés proposent la dernière version de leur logiciel en payant, et les versions antérieures en gratuit. Certaines entités, comme la fondation Apache (Apache est un logiciel de serveur, qui équipe 65 % des machines en 2011, et qui possède sa licence libre spécifique, la licence Apache) basent leur fonctionnement sur le conseil, la formation et l'assistance. L'encyclopédie libre Wikipedia – qui n'est pas un logiciel, mais reste un produit intellectuel, fonctionne sur la base du mécénat. Il existe énormément de manières de gagner sa vie avec les logiciels libres, une réponse plus complète et plus rigolote en anglais est disponible ici : 11 open source business models.

Puis viennent une série d'interrogations auxquelles les réponses sont moins évidentes (même si pour les Bill Gates en herbe, on a déjà résolu la plus importante). La première concerne la capacité d'innovation. En mettant en libre disposition un ensemble de briques élémentaires, ne risque-t -on pas de perdre la capacité à innover ? Quand la Chine communiste ne respectait pas la brevetabilité des biens industriels, les industriels se contentaient de copier les innovations. En ne rémunérant pas le créateur, n'y a-t-il pas un risque de n'intéresser aucun inventeur ?

On pourrait commencer par objecter que la création ne naît pas forcément d'un intérêt financier direct, l'argument risquerait de paraître léger face à la complexité de l'appareil industriel. Prenons le problème autrement. Quand une société humaine veut innover, elle finance ce qu'on appelle la recherche fondamentale. C'est à dire qu'elle paie des gens pour avoir des idées bizarres et essayer de les mettre en œuvre. Pendant ce temps, ces chercheurs ne sont pas productifs. C'est pour cela que l'on finance aussi la recherche appliquée, pour essayer de valoriser les idées bizarres sus-citées. En gros, si on veut de l'innovation, il faut s'en donner les moyens, de ce côté-là, rien ne change donc.

Un autre point soulevé est celui du risque de dévaluation de la valeur-travail, par l'utilisation massive de contributeurs bénévoles. Ici je laisse la parole à Perlseb, qui faisait remarquer dans les commentaires de mon premier article : « la valeur travail ne baisse pas lorsque les bénévoles font du zèle. C’est la valeur travail rémunéré, c’est-à-dire travail soumis, ce qui n’est pas la même chose. […] Le travail (rémunéré) d’un informaticiemmencé par créer les outils dont ils avaient besoin, des outils le plus souvent sans interface graphique, c’est à dire, sans bouton où cliquer, juste un écran noir et un point d’insertion clignotant : la ligne de commande, le terminal, peu importe comment on l’appelle. Ensuite, et pour répondre à un besoin d’ouverture, ils ont commencé à écrire des interfaces graphiques. Alors bien sûr, au début, elles ressemblaient à Windows, à Office, à Photoshop. Mais aujourd’hui les recherches en termes d’ergonomie du bureau par exemple, sont légion dans le libre. Et Gnome 3, est nettement en avance en termes d’ergonomie sur, par exemple, Windows 7, alors qu’ils sont sortis en même temps. Si on n’aime pas Gnome 3 - on a le droit - on peut tester Unity, Cinnamon pour rester dans les systèmes novateurs, Maté ou XFCE si on est plus conservateur. Et si vous privilégiez la vitesse de votre PC à son aspect visuel, vous utiliser Fluxbox ou Openbox, ou pas de gestionnaire de bureau du tout. L'utilisateur a le choix.

Enfin, on peut parler des problèmes de compatibilité des jeux video. La plupart de ceux-ci sont en effet conçus pour fonctionner avec Windows. La seule solution jusqu'à présent était d'utiliser un implémenteur, comme Wine, sans que le fonctionnement de tous les jeux soit garantis. Heureusement, et ceci risque de faire sauter définitivement le pas à de nombreux utilisateurs, Steam, une boutique de vente de jeux en ligne, se propose, via l'équipe des développeurs de Valve Software (qui a réalisé Half-Life notamment), de créer un client 100 % compatible Linux. L'équipe qui travaille sur ce projet donne des nouvelles sur son blog, une version de test va être lancée d'ici quelques semaines. Les choses, pour les gamers, vont ici dans le bon sens.n ne sera donc pas de développer des logiciels mais de les assembler selon les besoins précis d’une entreprise. Et effectivement, ce travail d’assemblage sera nettement moins valorisant (moins créatif). » Le développeur a ses propres briques, plus celles des autres programmeurs, bénévoles ou non. Il a donc juste plus de matière première.

Le point le plus gênant reste, dans ce chapitre consacré à la critique du modèle libre, l'exigence de renouvellement. Le logiciel libre fonctionne, par rapport à l'industrie classique, en cycle court. Ubuntu sort une nouvelle version tous les six mois, en contrebalançant cette cadence par un cycle de support long de deux ans (versions LTS, Long Term Support). La survie des entreprises du libre passe par cette recherche permanente de l'innovation, et on peut se demander si cette exigence du modèle est fiable à long terme, si elle est « tenable ». Mais six mois, c'est aussi le temps qu'il faut pour faire mûrir du blé en semis de printemps... les temporalités sont encore gérables.


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56 réactions à cet article


  • nicolas_d nicolas_d 17 octobre 2012 10:06

    « comment un produit « gratuit » peut-il constituer un modèle économique viable ? »
    Vouloir répondre à cette question c’est partir du principe que le plus important c’est le modèle économique.
    En changeant de paradigme, on pourrait se demander :
    « Est ce que notre modèle économique peut s’adapter à un modèle social qui repose sur la gratuité ? »
    Paul Ariés en parle très bien


    • mozee mozee 17 octobre 2012 10:45

      Oui, les positions de Paul Ariès sont très intéressantes.


    • Croa Croa 17 octobre 2012 15:32

      C’est le modèle économique le problème !

      Un système basé sur la propriété, la compétition et la croissance ne pourra pas tenir éternellement de toute façon.

      - Partager est aujourd’hui iconoclaste mais c’est pourtant tellement mieux !  smiley


    • Klef63 Klef63 17 octobre 2012 11:25

      Un logiciel quelconque libre, s’il est abandonné par les développeur principaux, peut être repris par n’importe qui car les sources sont libres, il n’y a donc pas de perte en terme d’innovation.
      Un logiciel fermé (gratuit ou payant), si la société mets la clé sous la porte,ou que les dévs décident d’arrêter, personne n’a les sources, et c’est définitivement perdu.
      Libre n’est pas gratuit, mais c’est une ouverture d’esprit qui peine à convaincre dans un monde fait de brevets et de menottes...


      • Yvance77 17 octobre 2012 12:35

        Salut,

        Exactement, je crois qu’il y a un flou (volontaire ou non ?) dans votre billet. Libre ne veut pas forcément dire gratuit (ou égal nécessairement gratuit) et cela peut constituer une bonne base commerciale (ou non) du reste.

        Le monde Linux en est un formidable exemple ou une partie (serveurs) est payante - et j’ajoute que plus de 50% des serveurs dans le monde sont sous Unix et non pas sous DOS comme le pense la majorité - et la seconde part alimente le secteur des particuliers à dominante gratuite ou des dons peuvent être fait.

        Et ce modèle se porte pas trop mal.

        Après chacun fait avec ce qu’il a et je prends mon cas, j’ai participé à la traduction de logiciels - dont le dernier en date est cover-thumbnailer ou j’ai crée la majeure partie pour le support en roumain.

        La pierre à l’édifice se fait aussi ainsi.et si cela a profité au moins a une personne dans le pays de Dracula et bien cela me ravit.


      • nicolas_d nicolas_d 17 octobre 2012 13:13

        La partie « serveur » de linux n’est pas forcément payante...


      • calimero 17 octobre 2012 12:05

        N’étant pas conçu pour le profit pécuniaire, le logiciel libre ne subordonne jamais les impératifs techniques à une logique financière. Le code source est ouvert, et peut donc être vérifié et débugué de manière participative, ce qui accroit sa qualité comparé à un logiciel propriétaire où le nombre de développeurs est un numerus clausus.

        En termes sociaux il est intéressant de constater que des gens peuvent travailler en équipe de manière volontaire, non rémunérée et auto-organisée pour le bien commun.
        Pourquoi le font-ils ? D’abord parce qu’ils ont besoin de tel outil technique, tel type de logiciel. Ensuite pour la gloire : la reconnaissance de la communauté est un rouage essentiel de la motivation d’un contributeur libre : satisfaction d’avoir participé à l’édification d’un truc utile, fierté d’un code de qualité, service que le logiciel rends au quotidien.


        • Croa Croa 17 octobre 2012 15:50

          La reconnaissance est effectivement un moteur humain essentiel. Il arrive juste après les besoins primaires (se nourrir). La tare de notre société dite « de consommation » vient de ce que la reconnaissance se mesure à la puissance de la voiture (pour les politiques à la marque de la montre qui doit être une ROLLEX  smiley ), le capitalisme ayant trouvé ainsi un moyen de prolonger un esclavagisme inutile de fait.

          Potentiellement nous vivons dans l’abondance, le partage est dans la nature de notre avenir et dans ce contexte le « libre » est un précurseur et c’est pour ça que ça marche !


        • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 12:26

          La seule solution jusqu’à présent était d’utiliser un implémenteur, comme Wine,
          Aujourd’hui on passe un OS à l’intérieur d’un autre OS (VirtualBox par exemple gratuit mais pas libre). Ceci ne dispense pas d’avoir des licences valides pour les OS virtualisés.


          • mozee mozee 17 octobre 2012 12:34

            J’ai failli écrire « émulateur », oubliant que Wine Is Not an Emulator depuis 1997.


          • Croa Croa 17 octobre 2012 16:04

            Il faudrait juste qu’il y ait des développeurs de jeux qui aiment LINUX !

            Les developpeurs qui cherchent un impact de masse tiennent à Windows, les developpeurs de jeux en font parti... les émetteurs de virus également !

            LINUX est encore une niche qui a ses inconvénients mais aussi des avantages...  smiley 


          • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 12:27

            Ah, voilà un article bien plus ’fouillé’ que les deux précédents.


            • mozee mozee 17 octobre 2012 12:29

              L’ensemble des réactions est très pertinent. Quand j’en aurai terminé avec cette série, je collationnerai l’ensemble des articles et des commentaires en un document de synthèse. Il faudra fournir un travail d’harmonisation, je pourrai le faire tout seul, mait ce sera bien mieux avec deux ou trois acolytes. Ce serait un bon exemple de travail collaboratif.


              • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 12:40

                Ubuntu sort une nouvelle version tous les six mois, en contrebalançant cette cadence par un cycle de support long de deux ans (versions LTS, Long Term Support).
                Oui et les motivations profondes de Mark Shuttleworth ne sont pas claires. Enfin c’est un individu atypique, mais il est difficile de savoir comment il finance Canonical (totalement à perte ?). La tendance d’Ubuntu aujourd’hui est de plus en plus commerciale (petits arrangements avec google, amazon, etc.) mais le but qu’il s’est fixé est atteint, Ubuntu est bien aussi convivial que Windows (peut être même plus en ce qui concerne les mises à jour, les synchronisations, les backups).
                Personnellement j’ignore les updates réguliers (je n’installe que les LTS). Un changement d’OS tous les 6 mois me parait abusif. Enfin je me tiens prêt pour un retour à Debian en cas de déviation grave.
                Habitué au confort des distros Linux et (de mon point de vue) à leur simplicité, je n’envisage pas de sortir de ce système aussi longtemps qu’il sera possible d’y rester.
                Pour ce qui concerne les choix de Canonical en matière d’interface (Unity, etc.) c’est à mon avis Shuttleworth qui est dans le vrai contre l’avis des programmeurs et des pros. Simplement il faut faire un effort. Unity avec Cardapio et Compizconfig c’est du grand luxe.


                • mozee mozee 17 octobre 2012 12:49

                  La tendance d’Ubuntu aujourd’hui est de plus en plus commerciale  : tout à fait, et un examen superficiel de la Logithèque Ubuntu permet de constater une mise en avant claire des programmes payants, même si les gratuits restent disponibles - et référencés comme tels. Je pense que Shuttleworth voit le marché du logiciel un peu à la manière de Google avec Androïd, l’OS n’étant qu’un « support » pour les applications. Il a peut-être joué un coup commercial fin, et malgré ce qu’on ne manquera pas de lui reprocher, il aura au moins eu le mérite de permettre à de nombreux utilisateurs de passer sur Linux.
                  En ce qui concerne Unity, je suis assez d’accord avec vous, même si je préfère Gnome 3. Shuttleworth [...] est dans le vrai car il met en avant les qualités intrinsèques du monde libre en termes d’innovation.


                • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 13:29

                  Il a peut-être joué un coup commercial fin, et malgré ce qu’on ne manquera pas de lui reprocher, il aura au moins eu le mérite de permettre à de nombreux utilisateurs de passer sur Linux.
                  Tout à fait d’accord sur ce point.


                • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 13:56

                  Il existe énormément de manières de gagner sa vie avec les logiciels libres, une réponse plus complète et plus rigolote en anglais est disponible ici : 11 open source business models.
                  Parfaitement exact !
                  On peut prendre pour modèle OPEN ERP (les ERP sont très à la mode actuellement dans l’entreprise). Une boîte en Belgique fait tout son business autour de la formation des consultants et leur certification (comme autrefois Novell). Les consultants se paient leur formation, parfois plusieurs milliers d’euros et obtiennent le tampon. Par la suite ils ’vendent’ leur compétence auprès des utilisateurs finaux (les PME) à prix d’or souvent. Là, c’est clair on sort complètement du libre, même si le code python de Open ERP reste accessible (pour la plupart des gens cela ne sert à rien) pas plus que le noyau Linux en C.
                  Je n’ai pas de position de principe quant à ces pratiques, il faut bien que les gens gagnent leur vie, mais enfin nous sommes typiquement dans un cas de figure où le ’libre’ n’est qu’un prétexte.
                  Seul avantage peut-être le client final peut changer de prestataire pour autant qu’il n’y ai pas d’add-ons propriétaire dans son système, pratique qui n’est pas interdite.
                  La frontière est parfois difficile à cerner.


                  • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 14:10

                    Mais aujourd’hui les recherches en termes d’ergonomie du bureau par exemple, sont légion dans le libre.
                    L’austérité, la rusticité et le manque de fonctionnalités, de l’univers windows sont pour moi parfaitement incompréhensibles. Windows, pour pouvoir être vraiment utilisé par un programmeur nécessite l’emploi de nombreux outils de développeurs. C’est complètement inacceptable de fournir un truc aussi mal ficelé à ce prix là.
                    Avec un système windows j’ai vraiment l’impression de perdre le contrôle de ma machine, il me semble que la machine fait sans arrêt des choses que je ne lui ai pas demandées (updates, antivirus, firewall, etc...) et qu’elle tarde toujours à répondre à mes instructions.
                    Les comportements windows affichent un mépris total de l’utilisateur, votre tâche peut être interrompue d’office par une tâche préprogrammée (le plus souvent pas par vous) et vous pouvez perdre la main si elle est estimée propriétaire.
                    Même la fermeture est un processus long et complexe (fermeture linux : 10 secondes, fermeture windows : 60 secondes et des fois plus).


                    • Croa Croa 17 octobre 2012 16:18

                      Avec Linux on a le choix de son interface graphique ce qui est un gros avantage. L’auteur préfère Gnome mais d’autres Lxfce ou d’autres...

                      Longtemps KDE3, que ressemble beaucoup à Windows a dominé. Mais beaucoup d’utilisateurs ont renoncé à suivre les évolutions de cette interface : KDE4 était une véritable usine à gaz  smiley et c’est dommage !

                      Ceci dit l’arrêt de LINUX n’est pas si bref que ça, en général.


                    • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 14:25

                      En réfléchissant à l’avenir du libre peut-être ne faut il pas prendre comme postulat que :
                      « Le capitalisme est immortel ».
                      La reconnaissance et la récompense des innovateurs resteront des problèmes ouverts, mais peut-être résolubles dans une logique un peu différente.


                      • mozee mozee 17 octobre 2012 16:39

                        Ce serait quand même beau qu’une alternative à l’ultralibéralisme soit générée spontanément sur la base de la philosophie libre, exactement comme Linux est devenu meilleur que Windows - sans s’opposer frontalement, mais juste en existant à côté. C’est l’ère d’après qui m’interroge mais quoi qu’il arrive, je serai mort bien avant que la première n’advienne, si ça arrive un jour ^^

                        Il faut de toutes façons résoudre le problème énergétique d’abord.


                      • fb 17 octobre 2012 17:24

                        C’est amusant de parler de coexistence, pourrait-on presque croire pacifique, entre les systèmes GNU et Windows. Les relations n’ont jamais vraiment été au beau fixe, sans parler des moyens disproportionnés de propagande et de lobbying employés pour freiner le libre.

                        Quand IBM, dans les années 2000, s’est positionné très clairement en faveur de Linux le rapport de force a commencé à changer, lentement.

                        L’innovation majeure du logiciel libre (je ne parle pas de l’open source) est juridique. Richard Stallman et Eben Moglen se sont appuyés sur le droit d’auteur à la française plutôt que le copyright américain.
                        Avec une licence reposant sur le droit moral mais rendant les droits patrimoniaux inintéressants ils ont réussi à asseoir le principe du logiciel libre sur un socle juridique en béton massif : on ne peut pas attaquer juridiquement le libre sans foutre en l’air toute la « propriété intellectuelle ».
                        De fait, le libre ne s’applique plus qu’au seul logiciel (j’imagine que l’auteur a prévu un article à ce sujet smiley ), c’est un principe. Chaque strate « libérée » est intégrée à une vitesse incroyable et même les concurrents peuvent l’utiliser ; ça ressemble presque à du libéralisme et à de la concurrence non faussée !

                        Il y a énormément à dire mais je ne vais pas griller la politesse à l’auteur.


                      • Traroth Traroth 17 octobre 2012 17:14

                        « La première des objections courantes est la suivante : comment un produit « gratuit » peut-il constituer un modèle économique viable ? » : Je vous arrête tout de suite. Le logiciel libre ne répond à aucun modèle économique. Comme le rappelle très souvent Richard Stallman, le logiciel libre, c’est « liberté égalité fraternité ». C’est un pure acte de philanthropie. Vous confondez avec l’open-source, qui est quelque chose de très différent, et qui lui répond à une logique économique ou en tout cas essaye.


                        • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 17:38

                          C’est vrai que la confusion entre ’libre’ et ’open-source’ a déjà fait l’objet d’une ou deux interventions dans les discussions précédentes. Enfin, en pratique elles sont souvent rapprochées ou assimilées. Si on veut être puriste il faut suivre rms avec son projet GNU qui a le mérite d’être clair, y compris juridiquement.


                        • Traroth Traroth 17 octobre 2012 17:34

                          Il pourrait être utile de placer le mouvement du logiciel libre dans une perspective plus large :


                          • Logiciel libre
                          • Contenu libre (musique : Jamendo, Dogmazic, Boxson ; savoir : Wikipedia, OpenStreetMap...)
                          • Hardware (RepRap, Raspberry Pi...)
                          • Plein d’autres projets (OpenCola, Free Beer...)
                          C’est vraiment un principe qui est en train de largement dépasser le monde du logiciel.

                          • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 17:40

                            projet Free Beer.
                            Je marche en tant que testeur bénévole.


                          • tikhomir 17 octobre 2012 17:55

                            @Abou Antoun

                            Sinon, pour la bière, il y a toujours moyen de tenter de mettre son travail sous la licence libre Beerware smiley

                            http://fr.wikipedia.org/wiki/Beerware


                          • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 18:01

                            Bonne trouvaille tikhomir !


                          • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 18:38

                            Tiens allez, je me lance je vais me faire l’avocat du diable, en plaidant un peu pour Billou.
                            Windows apparaît donc à l’utilisateur comme un système fermé, qu’il est . Il y a peu de façons d’améliorer ou de modifier le fonctionnement de cette interface (qui est en même temps un OS et c’est là l’erreur fondamentale).
                            Néanmoins du point de vue du développeur MicroMou a bien fait les choses, et j’ai pu, par le passé apprécier les API rassemblées dans le SDK. La documentation est très bien faite, et dans le passé Microsoft proposait même un support papier.
                            Donc pour celui qui veut faire du développement ’dans le dur’ il peut pisser du code C et appeler les primitives de l’API et on peut dire que l’éditeur lui facilité la tâche (c’est son intérêt).
                            Par la suite, Microsoft n’a pas raté le virage de l’orientation objet en lançant les MFC (Microsoft Foundation Classes) qui constituent une remarquable enveloppe-objet de l’API avec une hiérarchie de classes.
                            Objectivement la doc est bien faite et les outils fournis au développeur sont de qualité.
                            Ce qu’on peut reprocher à Microsoft c’est de n’avoir pas développé une hiérarchie d’objet indépendante des systèmes windows. Cela n’aurait pu qu’accroître son prestige.
                            Un bon point pour Bill, donc.
                            Mais le libre cette fois encore fait mieux.
                            La librairie wxwidgets (librairie de classes elle aussi) est indépendante des OS, on a donc un degré de liberté, un degré d’abstraction supplémentaire. En outre, si la bibliothèque est indépendante des OS elle possède des versions pour des langages de bas niveau comme C et C++ ou des langages de scripts comme Python Perl et Ruby très populaires aujourd’hui (un peu à l’instar du framework .NET qui une fois de plus privilégie des langages ’maison’ comme ASP, C" Vbasic, etc. et une EDI maison ’Visual Studio’).
                            Ainsi si Bill a montré la voie, d’autres sont allés plus loin dans le domaine du libre.
                            J’ajoute que ces classes peuvent être intégrées à des RAD (Code blocks sous C/C++, Boa constructor sous python, etc...). A tel point que je ne comprends plus les gens qui font du développement windows exclusif. Si vous êtes capable d’écrire une appli windows, vous êtes capable d’écrire une appli universelle. Je ne parle pas de java qui reste également une solution ’universelle’ avec ses bibliothèques propres (Le cas de Java doit également être traité dans cette discussion autour du libre, quel est le jeu de sun ?).
                            Dans toutes les initiatives Microsoft on voit donc cette volonté de se couper du monde, de rester dans l’univers Microsoft (systèmes, langages, EDI, etc...).
                            Pour ce qui concerne la bureautique c’est exactement la même chose, alors que LibreOffice propose de lire et décrire les documents à tous les standard microsoft, MS ne rend pas la politesse alors qu’avec xml c’est un jeu d’enfant.
                            Donc on voit bien d’un côté un effort d’universalité, de l’autre un effort d’emprisonnement. Mais les outils qui sont mis à la disposition du développeur sont de qualité, Visual Studio qui doit beaucoup à Delphi (là encore MS n’est pas novateur mais sait récupérer l’acquis).


                            • Traroth Traroth 17 octobre 2012 18:51

                              Sous l’influence des logiciels open-source, on imagine souvent que les libertés défendues par le logiciel libre sont d’ordre technique. Ce n’est pas du tout ça.


                              L’objectif du logiciel libre est bien de préserver les libertés fondamentales des utilisateurs, quel que soit leur niveau de compétence informatique.

                              Les principes du logiciel libre permettent notamment de protéger la liberté de donner un logiciel qu’on aime bien à quelqu’un d’autre, mais aussi d’être sûr (puisqu’on peut consulter le code source) qu’il fait bien ce qu’il prétend faire (et pas plus, par exemple en transmettant des informations à des tiers sans avertir l’utilisateur. Bref, il permet de s’assurer que votre système informatique « roule » bien pour vous et pas pour d’autres.

                            • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 19:08

                              Sous l’influence des logiciels open-source, on imagine souvent que les libertés défendues par le logiciel libre sont d’ordre technique. Ce n’est pas du tout ça.
                              C’est aussi ça. D’un côté vous avez une vision tentaculaire de l’informatique. MS construit une vraie pieuvre en essayant de dominer, les OS, les interfaces graphiques, les outils bureautiques, les langages, les environnements de développement en intégrant toujours plus. C’est un tout dont on n’arrive pas à se sortir (les macros des applis de MsOffice sont en Visual Basic, etc, etc...). c’est bien un système hermétique qui est conçu pour rendre l’utilisateur prisonnier quel que soit son niveau de compétence.
                              Les développeurs ont aujourd’hui beaucoup de mal à s’affranchir de l’emprise MicroSoft parce qu’ils sont payés par les entreprises qui ont largement joué la carte MS quelle que soit leur taille. C’est surtout à cause de l’ignorance crasse des décideurs, pensant par exemple que hors de MsOffice point de salut (impossibilité de communiquer avec les autres, etc..) C’est ce genre d’arguments que j’ai pu entendre chez certains de mes proches, chefs d’entreprise un de mes fils en particulier pour qui MS c’est la simplicité et la facilité. Cette chanson je l’ai entendue un grand nombre de fois. Si vous essayez d’aller contre on vous qualifie de ’geek’ de ’nerd’ et autres noms d’oiseaux. La pub est redoutable, elle marque les esprits.
                              Si on passe un peu plus de temps à installer et à configurer un système libre, on passe beaucoup moins de temps en entretien et dépannage.


                            • mozee mozee 17 octobre 2012 20:52

                              Si on passe un peu plus de temps à installer et à configurer un système libre, on passe beaucoup moins de temps en entretien et dépannage : décidément vous tapez juste. Mais l’utilisateur lambda veut un système out-of-the-box, contrairement à une structure qui comporte des experts. Comme vous le dites plus haut, Ubuntu s’est là encore démarqué.

                              Pour revenir sur M. Gates, et là je parle en tant qu’utilisateur lambda, il a eu ce mérite de permettre la diffusion de l’ordinateur personnel en le rendant compréhensible très tôt. Quand vous parlez de l’écosystème Microsoft, je ne peux m’empêcher d’être impressionné par la « vision » de cet entrepreneur, qui a su, pendant vingt ou trente ans, et avant tout le monde, détecter les tendances. Ce qu’il a fait de cette prescience reste néanmoins plus que critiquable, car pour s’assurer et conserver la suprématie, il a usé de stratagèmes hautement préjudiciables à la construction des savoirs.


                            • Abou Antoun Abou Antoun 17 octobre 2012 21:56

                              Pour revenir sur M. Gates, et là je parle en tant qu’utilisateur lambda, il a eu ce mérite de permettre la diffusion de l’ordinateur personnel en le rendant compréhensible très tôt.
                              Une fois de plus Bill a copié, a emprunté. Il y a eu des recherches de XEROX à Palo Alto sur les interfaces graphiques (développement du pointeur connu maintenant sous le nom de ’souris’).
                              C’est Apple avec son MacIntosh qui a le premier récupéré le fruit de ses recherches.
                              Ce n’est que bien plus tard que Gates a développé Windows alors que d’autres interfaces graphiques étaient opérationnelles sur PC (GEM).
                              Mais bon, Bill Gates avait du flair et même s’il n’était jamais le premier il s’est toujours engagé dans la bonne direction. Oui, c’est peut-être le mérite de Bill Gates que d’avoir cru très tôt à la popularisation l’ordinateur individuel.
                              Gates est un commerçant et un communiquant hors pair, cela on ne peut lui enlever. Un autre de ses mérites a été de favoriser pour les petits systèmes une architecture réseau décentralisée par rapport aux systèmes Unix existant à l’époque principalement conçus comme des structures étoilées autour d’un serveur.


                            • Traroth Traroth 19 octobre 2012 11:54

                              @Abou Antoun : Vous confondez libre et open-source. C’est justement ce que je dis.


                            • mozee mozee 17 octobre 2012 19:08

                              Effectivement, l’objectif de cette série d’articles est de présenter au public d’Agoravox ce que j’appelle la philosophie libre, on peut l’appele parfois autrement. C’est aussi la raison pour laquelle les premiers articles rappelaient en termes simples tout d’abord l’importance de toute contribution intellectuelle, puis ce qu’est un logiciel, les deux « grandes écoles de pensée » (si on peut utiliser ce terme pompeux) qui gravitent autour du logiciel depuis les années 1970. La suite sera consacrée à la présentation des enjeux de cette philosophie, sur les plans technique bien sûr, mais aussi en termes de gestion collective de l’information et ses corollaires, les incidences sur les systèmes politiques (open data et toutes les ouvertures dans ce domaine), la production artistique et la rémunération des auteurs et des intermédiaires, la production scientifique (validation par les pairs, systèmes critiques).

                              C’est à mes yeux, comme à ceux de nombre d’entre vous je le constate, une révolution qui se met en place, un changement de paradigme comme je le disais il y a quelques jours. Et j’essaye de me placer dans cette perspective en essayant au maximum d’intégrer vos contributions. Car nous sommes, comme Babbage et Lovelace (cheers à fb), plus forts et plus intelligents ensemble.


                              • calimero 18 octobre 2012 08:15

                                On pourrait aussi toucher un mot des contenus sur le web car on assiste à une dérive depuis la relativement récente mainmise des gros sites.

                                Ceux-ci n’utilisent pas de formats universels pour donner accès à leur données aux développeurs mais des API maisons, ce qui va contre la logique d’universalité et enferme les développeurs dans une logique propriétaire : si vous voulez exploiter des données vous devez passer par l’API locale, chaque fois différente, au lieu d’utiliser des formats universels. Je pense en particulier à tous les développements autour de rdf, très prometteurs.

                                Le web est entrain de se privatiser : la liberté d’accès aux données est bafouée, détournée et l’esprit originel est violé. Le net s’est construit grâce au libre ne l’oublions pas. Le mouvement actuel de propriétarisation des données est un gros frein à l’évolution. Les alternatives viendront s’imposer grâce à leur supériorité fonctionnelle : avec le web sémantique la toile entière est une base de données ouverte en quelques sorte, ce qui ne va ni dans le sens de Google ni dans celui des gros sites sociaux qui cartonnent en ce moment.


                              • mozee mozee 18 octobre 2012 08:58

                                Je n’ai aucune culture API, mais en ce qui concerne la deuxième partie de votre commentaire, je voulais juste rappeler, sans j’en suis sûr vous l’apprendre, que le Web n’est qu’une partie d’Internet. On pourrait presque parler de « partie de la partie émergée de l’iceberg ».

                                Au-delà des modes traditionnels (ça me fait bizarre d’utiliser ce mot) de valorisation du réseau, certaines initiatives vont dans le sens d’un « évitement » du Web, je pense notamment à Tribler ( http://www.tribler.org/trac ), un client torrent qui permet de se passer d’explorateur Internet, et de lire en streaming.

                                Il y aurait beaucoup à dire, d’ailleurs, sur le ratio systèmes centralisés/pair à pair, et ses implcations dans l’avenir du réseau. Le cloud c’est bien, mais Kim Dotcom nous a prouvé à ses dépens qu’un système centralisé est bien plus vulnérable qu’une architecture maillée, sans parler de la technique pure (débits, disponibilité des sources, anonymisation).


                              • calimero 18 octobre 2012 10:41

                                Absolument je parle juste du web où j’observe une évolution depuis qu’un nombre limité de très gros sites monopolisent l’audience, acquérant un pouvoir sur l’information et une influence sur ses moyens de circulation.

                                La logique qui gouverne ces entreprises commerciales s’oppose au principe d’universalité des formats qui a toujours gouverné le web, en ce sens qu’elles limitent l’accès aux infos via des canaux propriétaires pour leur propre profit. Au sens capitalistique c’est parfaitement moral, au sens universaliste - le web ouvert par tous et pour tous - c’est nuisible. Encore une illustration de logique de profit directement opposée au bien commun.


                              • mozee mozee 18 octobre 2012 12:04

                                Tout à fait d’accord, même si ce n’est pas un angle d’attaque que je privilégie, il est en partie à l’origine de mon raisonnement, et parfaitement justifié.


                              • 123OpenData 24 octobre 2012 15:28

                                C’est une philosophie nouvelle de transparence et d’ouverture, notamment l’Open Data qui prend place dans notre vie quotidienne. Néanmoins ce phénomène n’est pas encore très connu du grand public... Afin de savoir ce que le citoyen français connaissait de la libération des données publiques et ce qu’il en pensait, un micro-trottoir a été réalisé par 123OpenData, accessible à cette adresse : http://123opendata.com/blog/micro-trottoir-open-data/.

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