Un Nobel anti-parisien - Le Clézio, l’ami public
« Le Nouvel Observateur » du 16 octobre 2008.
Voici qulques extraits suggestifs :
Le lendemain de l’attribution du Nobel de littérature, Houellebecq et Lévy étaient les invités de France-Inter. Interrogés sur Le Clézio, le premier a bredouillé qu’il ne l’avait jamais lu et le second s’est tu. Leur silence était éloquent. Il exprimait tout ce qui sépare les « ennemis publics », qui sont des stratèges de la communication et ont un fiévreux souci de leur image, de l’auteur de « Désert », qui se cache pour écrire et ne s’est jamais préféré. C’est un candide, et ils sont si rusés.
Mais le fossé est plus profond. Houellebecq et Lévy adorent leur époque, à laquelle ils collent parfaitement et dont leurs livres, pourtant différents, sont les miroirs grossissants ; Le Clézio la déteste, la fuit, la combat, c’est, ont dit les Nobel, « un écrivain de la rupture ». Il préfère les maisons en pisé du Michoacan aux gratte-ciel de New York et les mirages des mondes disparus aux chimères de la mondialisation. Pour avoir osé, il y a vingt ans, célébrer, avec « le Rêve mexicain », le génie de la civilisation aztèque, avant que les troupes espagnoles n’en eussent éradiqué les oeuvres et les mythes, Le Clézio fut traité de « barbare païen » et d’apologiste du « fascisme aztèque » par Guy Scarpetta dans « Globe » ; et pour avoir donné une nouvelle à la « Revue d’études palestiniennes », « le bon sauvage » fut, dans le même « Globe », accusé par Bernard-Henri Lévy d’être « un anti-sioniste déchaîné ».
La contestation est un caractère permanent de l’œuvre de Le Clézio
Le Clézio critique de l’Occident matérialiste
Je ne suis pas quelqu’un d’apaisé. Comme disait le biologiste Jean Rostand, « la vérité a nécessairement un goût de vengeance. » Enfant, j’ai vécu les dernières répliques du séisme qu’avait été la Seconde guerre mondiale. Je me souviens de propos racistes ou antisémites, entendus dans ma famille proche et éloignée : la guerre avait eu lieu, et ils n’avaient rien appris. Quand on est enfant, on ne comprend pas ce que cela signifie, mais instinctivement, on est choqué.
(...)Malheureusement, les hommes ne pensent pas comme des montagnes. C’est trop facile de dire à d’autres pays qui se débattent dans une situation de totale pauvreté : « Gardez vos loups, vos ours, nous irons prendre des photos chez vous... » (L’Express)