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Accueil du site > Tribune Libre > Biophysique quantique

Biophysique quantique

Nous avons plusieurs fois mentionné sur le site Automates Intelligents les hypothèses selon lesquels des mécanismes fondamentaux du monde vivant ne se produiraient pas sans l'intervention de phénomènes quantiques. Ceux-ci, par leurs propriétés fondamentales (superposition d'état, non localité notamment) rempliraient dans le vivant des rôles essentiels, que les atomes et molécules du monde dit macroscopique ne pourraient pas assurer.

Phénomènes quantiques dans les organismes vivants
Jean-Paul Baquiast 19/01/2014

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Microtubules reconnues par des anticorps anti-tubuline fluorescents (verts) dans une cellule eucaryote

On a souvent dit que le milieu biologique, chaud et humide, ne pouvait permettre aux particules quantiques de conserver leur « cohérence » c'est-à-dire de ne pas devenir des particules comme les autres au contact de la matière ordinaire. Mais un nombre croissant d'expériences confirment qu'il n'en est rien. La biologie quantique paraît une réalité dont aujourd'hui encore on n'étudierait qu'un nombre limité d'exemples.

Deux série d'expériences, ayant fait l'objet de publications, illustre cette constatation. Elles ne concernent pas des phénomènes nouveaux, car les domaines en cause avaient été évoqués depuis quelques années. Il s'agit de la fonction chlorophyllienne dans les cellules végétales et des vibrations se produisant à l'intérieur des microtubules des neurones cervicaux, susceptible de jouer un rôle dans la production de la conscience. Ce sont les mécanismes quantiques supposés les produire qui se précisent aujourd'hui.

La fonction chlorophyllienne

Les processus grâce auxquels les cellules végétales recueillent et utilisent la lumière afin de fabriquer les molécules de la chimie organique dont elles ont besoin semblent n'avoir pas d'équivalents dans la physique classique. Les macromolécules qui jouent ce rôle sont composées de chromophores (responsables de la couleur verte) attachés aux protéines de la cellule et constituant le premier stade de la photosynthèse. Elles capturent les photons de la lumière solaire et transfèrent l'énergie associée vers le reste de la cellule.

Aujourd'hui des chercheurs de l'University Collège London pensent avoir identifié des processus quantiques assurant l'efficacité de cette fonction, dont il n'existerait pas d'équivalents dans la physique classique. Selon leurs observations, les vibrations des chromophores responsables du transfert d'énergie ne pourraient pas se produire classiquement. Leur efficacité dépendrait de mécanismes quantiques.
Les vibrations moléculaires résultent de mouvements périodiques des atomes dans une molécule. Quand deux chromophores vibrent à l'unisson, une résonance apparaît et des échanges efficaces d'énergie peuvent se produire. Dans certaines conditions que nous ne décrirons pas ici, des unités discrètes d'énergie, autrement dit des unités quantiques, sont échangées. Ceci en un très court temps (inférieur à la pico-seconde) et à température ambiante.

Mais ne s'agit-il pas de processus de la physique classique ? . Les chercheurs montrent qu'il n'en est rien. En physique classique les probabilités de trouver les chromophores dans certaines positions et impulsions seraient positives, autrement dit il serait possible de prévoir ces positions et impulsions. Or l'expérience montre que ceci n'est pas possible. Les chromophores ne peuvent être identifiés en position et impulsion que d'une façon probabiliste, autrement dit collective, ce qui rend impossibles les prédictions individuelles. Il s'agit donc bien d'un mécanisme quantique, correspondant à l'échange cohérent d'un quantum d'énergie. Une superposition d'états quantiques, non prédictible en physique classique, s'établit entre excitations et transfert de charge à l'intérieur du chromophore.

D'autres processus quantiques proches ont été identifiés. Nous nous bornerons à les évoquer. Il s'agit des changements structurels qu'enregistrent les chromophores associés à la vision lors de l'absorption de photons ou de la reconnaissance d'une protéine par une autre lors de l'olfaction. Pour explorer plus en profondeur ces phénomènes indispensables au fonctionnement des organismes supérieurs, il faudrait examiner les dynamiques vibratoires associées. Elles constituent clairement, selon les chercheurs, des phénomène non-classique, c'est-à-dire relevant de la physique quantique. Les théories proposées sont très complexes et ne peuvent être présentées et moins encore discutées ici. On se bornera à retenir la conclusion générale qui s'en dégage : les organismes biologiques trouvent leurs origines dans la physique quantique. Ceci pourrait contribuer à l'idée que la vie serait universelle dans l'univers, car cette physique n'est pas associée nécessairement aux conditions observées sur la Terre par des organismes comme les nôtres, qui se sont développées en exploitant les propriétés déterministes de la physique macroscopique. Elle pourrait dominer dans d'autres planètes.

Résumé de l'article publié par Nature Communications

Advancing the debate on quantum effects in light-initiated reactions in biology requires clear identification of non-classical features that these processes can exhibit and utilize. Here we show that in prototype dimers present in a variety of photosynthetic antennae, efficient vibration-assisted energy transfer in the sub-picosecond timescale and at room temperature can manifest and benefit from non-classical fluctuations of collective pigment motions. Non-classicality of initially thermalized vibrations is induced via coherent exciton–vibration interactions and is unambiguously indicated by negativities in the phase–space quasi-probability distribution of the effective collective mode coupled to the electronic dynamics. These quantum effects can be prompted upon incoherent input of excitation. Our results therefore suggest that investigation of the non-classical properties of vibrational motions assisting excitation and charge transport, photoreception and chemical sensing processes could be a touchstone for revealing a role for non-trivial quantum phenomena in biology.


Reference :
Edward J. O’Reilly, Alexandra Olaya-Castro, Non-classicality of the molecular vibrations assisting exciton energy transfer at room temperature, Nature Communications, 2014, DOI : 10.1038/ncomms4012 (open access)


Le rôle dans la production de la conscience des phénomènes quantiques supposés s'exercer au niveau des microtubules neuronales

Stuart Hameroff et (Sir) Roger Penrose avaient présenté il y a une vingtaine d'années l'hypothèse selon laquelle la production des faits de conscience, dont la nature et l'origine demeurent largement encore inconnues, dérivaient d'activités se produisant aux niveaux profonds des neurones cervicaux. Seraient impliqués les microtubules. Celles-ci sont des fibres constitutives du cytosquelette ou « squelette des cellules » au même titre que d'autres filaments.

Or, dans la ligne de la découverte des vibrations quantiques dans les chromophores (dont sont évidemment dépourvus les neurones), des chercheurs japonais suivis par d'autres ont conclu que des phénomènes voisins se produisaient au niveau des microtubules neuronales. Ainsi se trouverait confortée l'hypothèse initiale de Hameroff et Penrose. Celle-ci était demeurée très contestée – d'autant plus que l'anesthésiologiste Stuart Hameroff s'était engagé ensuite dans des considérations considérées comme douteuses sur la vie après la mort.

Les auteurs de l'article référencé ci-dessous suggèrent que les ondes du cerveau identifiées depuis longtemps par les technique d'électro-encéphalographie dérivent de vibrations profondes au niveau des microtubules. L'origine de ces ondes était restée jusqu'ici non élucidée. Hameroff et Penrose avaient à l'époque suggérée que des phénomènes vibratoires au sein des tubulines modifiaient les réactions du neurone ainsi que celles des synapses. Ils participaient de ce fait à un grand nombre d'activités neurologiques, dont celles relatives à ce que l'on nomme la conscience chez l'homme et les animaux supérieurs. Mais Hameroff et Penrose n'avaient pu le prouver.

Roger Penrose vient, avec d'autres collègues, de reprendre ses hypothèses initiales à la lumière des phénomènes vibratoires quantiques mentionnés dans la première partie de cet article et se produisant dans diverses cellules, végétales et animales. D'autres chercheurs, dans le même esprit, suggèrent que l'anesthésie, qui fait disparaître la conscience, sans paralyser le reste des activité cérébrales, modifie également l'activité des microtubules.

Dès que l'on parle conscience, les esprits spiritualistes et religieux s'agitent, notamment aux Etats-Unis. La conscience ne serait-elle pas un don conféré par Dieu aux humains. Au contraire, selon l'hypothèse matérialiste, elle aurait émergé progressivement dans les cerveaux du fait de computations se complexifiant progressivement au fil de l'évolution. Pour Hameroff et Penrose, aujourd'hui, il parait clair que des vibrations quantiques dans les microtubules interviennent directement dans les fonctions neuronales et synaptiques. Elles connectent ainsi le cerveau aux processus auto-organisateurs pré-conscients qui constitueraient en profondeur la réalité quantique.

Les théistes pourront toujours suggérer, comme habituellement dans ces matières, que c'est en fait Dieu et non l'évolution qui a mis au point chez l'homme les processus générateurs de la conscience. Mais les scientifiques éviteront ces incursions métaphysiques. Ils ont devant eux suffisamment de travail pour étudier en finesse ce en quoi consistent effectivement les vibrations quantiques au sein des cellules. Il leur faut dorénavant montrer en effet qu'il ne s'agit pas d'une explication facile analogue – puisque nous avons évoqué l'anesthésie – à la " vertu dormitive" de l'opium ” .

Penrose, Hameroff et Bandyopadhyay ont exploré leurs hypothèses lors d'une session intitulée “Microtubules and the Big Consciousness Debate” lors d'un colloque de 3 jours organisé à Amesterdam les 16-18 janvier 2014 . Nous pourrons en reparler
(voir http://www.brakkegrond.nl/programma/1253/Penrose_Bandyopadhyay_Hameroff/
Lezing_Microtubuli_het_grote_debat_over_het_bewustzijn/#eng
)

Résumé de l'article Consciousness in the universe : A review of the ‘Orch OR’ theory

The nature of consciousness, the mechanism by which it occurs in the brain, and its ultimate place in the universe are unknown. We proposed in the mid 1990's that consciousness depends on biologically ‘orchestrated’ coherent quantum processes in collections of microtubules within brain neurons, that these quantum processes correlate with, and regulate, neuronal synaptic and membrane activity, and that the continuous Schrödinger evolution of each such process terminates in accordance with the specific Diósi–Penrose (DP) scheme of ‘objective reduction’ (‘OR’) of the quantum state. This orchestrated OR activity (‘Orch OR’) is taken to result in moments of conscious awareness and/or choice. The DP form of OR is related to the fundamentals of quantum mechanics and space–time geometry, so Orch OR suggests that there is a connection between the brain's biomolecular processes and the basic structure of the universe. Here we review Orch OR in light of criticisms and developments in quantum biology, neuroscience, physics and cosmology. We also introduce a novel suggestion of ‘beat frequencies’ of faster microtubule vibrations as a possible source of the observed electro-encephalographic (‘EEG’) correlates of consciousness. We conclude that consciousness plays an intrinsic role in the universe.

Références :

* Stuart Hameroff and Roger Penrose, Consciousness in the universe :
A review of the ‘Orch OR’ theory, Physics of Life Reviews, Aug. 20, 2013
*Microtubules http://fr.wikipedia.org/wiki/Microtubule

 


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14 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 20 janvier 2014 10:50

    L’univers est un hasard...comme le bigbang..notre galaxie aussi..comme notre système solaire...Les vies sur terre sont un hasard comme le sera notre mort..et le quantique lui même un hasard qui découle de tous ces hasards... !


    • claude-michel claude-michel 20 janvier 2014 11:10

      Tiens un mec venu du hasard vient d’appuyer sur le bouton rouge...par hasard.. !


    • SamAgora95 SamAgora95 20 janvier 2014 12:27

      Si je joue au loto une seule fois et une seule combinaison au hasard alors mes chances de gagner sont quasi nulles, par contre si joue des milliard de combinaisons et qu’en plus je tente ma chance tous les jours et sur plusieurs générations, alors mes chances de gagner sont quasi certaines.


      Il n’y a pas un seul système solaire mais des milliards de milliards, il en n’est probablement de même pour l’univers.

      Par contre rien n’empêche l’univers et la vie d’être bien plus complexe qu’ils nous paraissent, et pourquoi pas envisager un monde caché inaccessible peuplé uniquement de pures consciences, dont « notre » monde ne serait qu’un pale reflet, un terrain de jeu et d’expérience.

    • claude-michel claude-michel 20 janvier 2014 12:32

      Par SamAgora95...Un monde avec de la vie ne peut pas être parfait...pour la simple raison que le plus gros bouffe toujours le plus petit..(de l’infiniment petit a l’infiniment grand)


    • Neymare Neymare 20 janvier 2014 16:00

      @samAgora

      « et pourquoi pas envisager un monde caché inaccessible peuplé uniquement de pures consciences »

      Pourquoi inaccessible ? Lisez les témoignages des VEDA, des maitres bouddhistes ou simplement des NDE, vous verrez que ce n’est pas si inaccessible que ça (il existe en outre diverses moyens pour en avoir un aperçu sans pour autant mourrir ou passer sa vie a mediter au fond d’une grotte)
      Notre monde semble etre en effet le reflet, non pas de ce monde d’en haut, mais bien plutot de nos esprits à nous terriens, le monde d’en haut comprend beaucoup plus d’esprits et bien plus évolués que les notres (heureusement), et il n’est pas pure conscience, à cette conscience est liée toute l’information, y compris celle codant pour notre monde
      C’est pourquoi la seule façon efficace de changer notre monde est de changer notre esprit, puisqu’il en est le reflet


      • gaston gaston 20 janvier 2014 18:36

        Non l’Univers n’est pas un hasard, pas plus que le BIGBANG , car dès l’apparition du Big Bang les lois fondamentales comme la gravité par exemple sans quoi rien n’est possible ce sont mises en place immédiatement , ces lois ne peuvent pas apparaître « par hasard » c’est trop complexe puisque il faut une multitude de conditions en même temps pour que tout cela fonctionne , tout est prévu au moment du big bang comme quand un enfant naît ce n’est pas par hasard qu’il a une tête et des jambes , c’est parce que ses cellules ont chacunes un rôle précis , c’est ce qu’on appelle le code génétique !!!

        et bien pour le bigbang il y a un code cosmologique !!! tout ça c’est LA NATURE !
        Après les galaxies et les système solaire ce mettent en place « au hasard » et il faut des bonnes conditions pour que la vie se développe ici ou la mais il y en a tellement que sa arrive immanquablement , et c’est sans doute le « but » de la nature ......maintenant comment tout cela est possible ????? et qui ou quoi est derrière tout ça ????? voila les vrais questions !!!  

        • herbe herbe 20 janvier 2014 20:30

          Passionnant merci !

          Et très prometteur...
          Ca m’a rappelé cet article de veille sur le sujet photosynthèse (source fournie) :

          • HClAtom hclatomic 26 janvier 2014 14:46

            Et voilà : dès qu’il s’agit de mécanique quantique, tout est écrit au conditionnel. Il se pourrait que, les chercheurs envisagent, Certains pensent que, le phénomène serait du à ... Ce n’est plus de la science théorique mais de la science hypothétique. Et demain, c’est à dire dans 50 ans, vous allez voir ce que vous allez voir, on « parviendrait » à mettre l’univers en bouteille.

            Ce genre de supputation de chercheurs conditionnels ce n’est pas de la science, mais de la science fiction. La science ça s’écrit au présent de l’indicatif.

            Merci tout de même pour cet article.


            • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 26 janvier 2014 17:40

              Merci à l’auteur pour cet article très intéressant au thème de plus en plus actuel.
              Merci Herbe aussi pour le lien !


              • JC_Lavau JC_Lavau 25 juin 2014 11:22

                Désolé, la neurologie ça s’apprend aux écoles, et ni Roger Penrose ni JP Baquiast ne l’ont étudiée.
                Il n’y a pas de bon guieu, pas de voie royale, il faut étudier tous les cas de lésions particulières par lesquels les neurosciences cognitives ont fait leurs classes ; les cas de prosopagnosies par exemple, héminégligences, autotopoagnosies, etc. Il faut étudier les fonctions des différents noyaux du tronc cérébral, que Roger Penrose et JP Baquiast ignorent souverainement.

                Que les réactions biochimiques soient quantiques est une platitude ; toutes les réactions de la chimie et de l’électrochimie le sont aussi. L’ennui est qu’elles sont incalculables à l’échelle quantique, et qu’il a bien fallu élaborer des raccourcis pour les besoins macroscopiques usuels. De toute évidence, jamais JP Baquiast n’a calculé un hamitonien ni n’en a rien tiré. R. Penrose si, mais il y a très longtemps, au temps où il restait dans son domaine de compétence.

                Enfin sauf chez les éditeurs qui flairent le bon filon dans l’ignorance crasse du grand public, jamais la quantique n’a été les délires égocentriques d’Eugen Wigner. Hélas, c’est justement ce caractère délirant qui fait tout l’attrait du folklore de Wigner pour le malheureux Baquiast.

                Un naufrage, et c’est bien triste.


                • lsga lsga 25 juin 2014 11:45

                  Très bon article !

                   
                  « Les théistes pourront toujours suggérer, comme habituellement dans ces matières, que c’est en fait Dieu et non l’évolution qui a mis au point chez l’homme les processus générateurs de la conscience. Mais les scientifiques éviteront ces incursions métaphysiques. Ils ont devant eux suffisamment de travail pour étudier en finesse ce en quoi consistent effectivement les vibrations quantiques au sein des cellules. »
                   
                  C’est très bien dit !
                   
                  Personnellement, j’ai toujours adhéré à la théorie de Penrose d’une conscience produit par le cytosquelette. Les capacités d’apprentissage des Paramécies étant incontestable, et leur explication via des traitements d’ARN semblant totalement contradictoire avec un process de calcul rapide... 
                   
                  Heureux d’apprendre que le processus de photosynthèse est quantique !
                   
                  Pour tous ceux qui veulent connaitre la pensée de Penrose :
                   


                  • JC_Lavau JC_Lavau 30 juin 2014 18:49

                    Pourquoi ce présomptueux ne comprend-il pas un mot de ce qu’il raconte, que ce soit en neurosciences ou en physique quantique ?
                    Voyons sa biographie par lui-même : http://www.jean-paul-baquiast.fr/qui.html

                    Citation de : Jean-Paul Baquiast

                    Institut d’Etudes Politiques de Paris, DES de Droit Public et d’Economie Politique.

                    Ecole Nationale d’Administration 1960-1962

                    A consacré sa carrière administrative aux technologies de l’information, au Ministère de l’Economie et des Finances, à la Délégation Générale à la recherche Scientifique et Technique, ainsi qu’au niveau interministériel (Délégation à l’informatique 1967-1973, Comité Interministériel de l’informatique (CIIBA), 1984-1995.
                    ...

                    Septuagénaire, il est juriste, économique et énarque. Point.

                    A cet âge, non, il n’apprendra pas des sciences qui lui sont totalement étrangères. Roger Penrose aussi, âgé de 83 ans, peut tout au plus poursuivre ce qu’il faisait déjà très bien ; l’ennui est que depuis quelques trente ans, il se consacrait à ce qu’il ne comprend pas, et ne comprendra plus jamais : la psychologie cognitive.

                    NON, le système nerveux n’a pas été inventé par nos très lointains ancêtres des temps édiacariens pour « prendre conscience », mais pour agir. Dès les tous débuts de la course aux armements entre proies et prédateurs multicellulaires, les cellules nerveuses ont servi à mieux coordonner les mouvements : reptation, fouissage, et ultérieurement natation. Essentiellement pour faire plus rapide. La sensorialité est venue après, par ses avantages pour mieux repérer les proies, mieux fuir ou repousser les prédateurs.

                    « Prendre conscience » est bien le dernier des soucis des phylla de l’évolution, survivre est le premier, presque toujours le seul.
                    Structures fort anciennes, les microtubules n’en ont rien à secouer, des particularités ultraminoritaires de quelques espèces de mammifères survenues plusieurs centaines de millions d’années plus tard. Même chez nous, les phénomènes qui relèvent de la conscience demeurent ultra-minoritaires. Nous ne recevons pas de comptes du travail du foie, de la rate, des reins, de la thyroïde, ni de notre intestin grêle. Pourtant celui-ci, à chaque digestion inflige à son contenu des accélérations jusu’à 2,5 g en temps normal, jusqu’à 4 g lorsqu’il est en alerte et souffrance digestive. Et même parmi les phénomènes sensoriels cognitifs, nombreux et majoritaires sont ceux qui échappent à toute introspection.

                    En anesthésie générale, ou en coma accidentel, nous demeurons vivants tant que nous sommes protégés des prédateurs et des charognards (et que la fonction respiratoire demeure assurée, sinon début de décès en trois minutes, que la température centrale est préservée, sinon décès en trois heures, que l’hydratation est préservée, sinon décès en trois jours), et pourtant, de la conscience il n’y en a plus, ou très très peu. Penrose et Baquiast se sont-ils documentés sur l’anesthésie ? Evidemment non. Pas de danger qu’ils nous parlent des récepteurs GABA, ni de leur géographie dans le SNC. Pourtant ça se trouve quand on ouvre les manuels de neurosciences, et qu’on se maintient à jour en lisant les publications.

                    Mais ils ne les ouvrent pas. Comme Spaghetti et Prosciutto, ils nous font le coup du « Whashawhashawhashawhash » pour nous faire croire qu’ils parlent une langue étrangère qu’ils ne connaissent pas, présumant que nous non plus. Légèrement présomptueux...


                    • JC_Lavau JC_Lavau 29 juillet 2014 15:18

                      Il y a bien quelqu’un dans la fine équipe, qui a une pratique de l’anesthésie en milieu hospitalier : Stuart Hameroff.
                      Liens :
                      http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/conscience-et-physique-quantique-147238
                      http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1571064513001188
                      http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0378427498001623
                      http://journals.lww.com/anesthesiology/Fulltext/2006/08000/The_Entwined_Mys teries_of_Anesthesia_and.24.aspx
                      ...
                      De là à ce que sa théorisation tienne la route, il y a fort loin, un gouffre infranchissable.
                      Le clinicien demeure intrigué, il doit renoncer à apprendre grand chose du côté des biographies, de la demande individuelle en fautes de raisonnement préfabriquées : il s’agit d’un délire de groupuscule, où c’est l’offre de groupe en fautes de raisonnement préfabriquées qui tient le rôle dominant.

                      De tout le corpus disponible, un premier symptôme se dégage : le mot « consciousness » revient constamment, à tout propos et hors de propos, c’est un présupposé indiscutable, mais il n’a nulle part de définition : son usage est fluctuant, une polysémie à géométrie variable.
                      Sous la plume de Hameroff, son antonyme est presque défini : « unconsciousness » c’est quand le neurone est paralysé, par exemple quand la fonction trophique des microtubules est interrompue par un toxique, certains anesthésiants par exemple.

                      Suivre les détails de la structure moléculaire des microtubules me dépasse : il me manque au moins une année de biologie.
                      Toutefois, une faute saute vite aux yeux : Hameroff spécule dans le vide sur le prétendu transport d’informations par les microtubules. Elles transportent des matériaux. Point. Il n’existe en sortie aucun mécanisme de décodage de la séquence d’arrivée des dits matériaux. Or c’est toujours le récepteur qui qualifie ce qui est pour lui « information ».

                      Prenons une usine de synthèse de molécules médicamenteuses. Chaque processus, séquenciel et assez long, est commandé par un automate programmable, un modèle courant du commerce. Pour ces automates, une panne de courant est-elle une information ? En rien : ils redémarreront là où en était la séquence, et le processus reprendra. Les réactions sont assez lentes, et les pannes d’EDF (ERDF à présent) ont été jusqu’à présent rares et plutôt courtes.
                      En revanche, pour le terroriste dont un complice a dynamité un pylone, et qui doit commencer telle autre action à ce moment là, voir les lumières s’éteindre est une information, puisqu’il en fera quelque chose.

                      Prenons une usine qui n’existe plus : l’Usine de Carrosserie et Montage de Billancourt, sur l’île Seguin. Edifiée sur trois étages, trop ambitieuse pour la place réellement disponible... Le transport des sous-ensembles achevés vers la zone de montage des carrosseries était assuré par un transporteur à chaîne : un atelier accrochait au transporteur des portières, des hayons, des ailes avant, des ailes arrière, et c’étaient des R4 ou des R6. Des stocks intermédiaires assuraient la régularité des apports dans chaque sorte, en décrochant des pièces en excès, raccrochant des pièces en manque. Et à l’assemblage de toute la tôlerie avant bain phosphatant et peinture, on décrochait les pièces à mesure des besoins. Le transporteur sinuait ainsi sur 8 km, et il fallait 4 à 5 h pour une rotation complète.
                      C’était une solution peu satisfaisante, qui n’a été reproduite dans aucune usine plus récente, largement étalée sur des terres plates prises à l’agriculture, avec des allées spacieuses et un éclairage généreux, un flux tendu des pièces et des sous-ensembles.
                      Hameroff aurait-il tenté de trouver un code secret dans les séquences de pièces sur le transporteur de l’UCMB ? Voilà le ridicule où il se trouve.

                      Comme dans les usines, la pénurie en telle molécule ou la surabondance de telle autre ont des conséquences sur la vie de la cellule, et sur sa fonctionnalité. Certes, mais cela ne constitue pas une « information », au sens de la théorie de l’information.
                      En trois minutes d’anoxie, des cellules du système nerveux central commencent à mourir. Sont-elles « informées »  ? Mourir n’est pas une information, c’est mourir. Des molécules utilisées en anesthésie se lient aux microtubules, et les paralysent ? Je veux bien, ce doit être exact. La paralysie des fonctions du neurone n’est pas une information, c’est une paralysie, un blocage fonctionnel.

                      C’est là que le délire reprend Hameroff : « Anesthetics (lower right) appear to disperse dipoles necessary for consciousness, resulting in anesthesia ». Puis il reprend le discours hypnotique « spin, quantum, qbit »...

                      Là dessus, Roger Penrose prend le relais par un autre faisceau de sottises : "Théorème de Gödel, la compréhension n’est pas calculable, la mécanique quantique est incomplète, ‘measurement problem’, Diósi–Penrose proposal, ‘proto-conscious experience’, Eugen Wigner,  l’opposition rhétorique « classique-quantique » qui sert de support publicitaire à la clique Göttingen-København, the change in ‘knowledge’ that the result of the measurement has on the observer... before the intervention of the observer’s consciousness... Everett... ...". Soit un catalogue complet des inepties standard.
                      Puis Penrose développe sa propre idée d’une gravitation quantique, où toutefois « quantique » demeure le catalogue d’inepties mentionnées ci-dessus. Puis il corrèle ses spéculations gravifiques avec les potentiels EEG, et prétend non seulement qu’il y aurait là des résonances fréquentielles, mais en plus que cela serait dû aux microtubules dans les dendrites.

                      Son argumentation est exquisement contradictoire : les processus biologiques sont hautement hors-équilibre, donc on peut trouver deux états quantiques mais résonants stationnaires, tels que leurs battements donnent une fréquence en gros dans le domaine audible, 40 Hz dans son exemple, que Penrose recrute alors dans les ondulations EEG. N’ayant jamais fait de physique atomique, ni de physico-chimie des colorants, Penrose n’a aucune idée des ordres de grandeurs qu’on peut attendre dans les assemblages protéiques dans les cellules, ni n’a aucune idée des mouvements browniens dans les plasmas d’un être vivant, animal de préférence.

                      Un folklore qui leur est spécial : « moments of consciousness » désigne le basculement du neurone, qui envoie une onde de dépolarisation dans son axone.
                      ...

                      C’est à pleurer : Roger Penrose a-t-il appris la psychologie cognitive dans les bandes dessinées confessionnelles, genre Fripounet et Marysette  ? Au final il n’a rien, rien, rien compris. Il n’a rien assimilé ni des marqueurs somatiques, ni du rôle spécifique joué par le cortex frontal. Il ne fait jamais référence aux chercheurs qui ont marqué la psychologie cognitive insérée dans les neurosciences.

                      J’ai ici, oublié dans un coin, son livre de 1994 : en français « Les ombres de l’esprit ; à la recherche d’une théorie de la conscience ». En vingt ans très très peu a changé dans sa théorisation. Pages 253-258, on peut admirer son interprétation 100 % corpusculariste et kakarakamouchem des interféromètres Mach-Zender, et son interprétation magique du problème d’Elitzur et Vaidman, qui ne fera jamais l’objet d’une vérification expérimentale. Un aveuglement fort sélectif...

                      La rédaction (encore en cours) au sujet des hm, « originalités » de Roger Penrose et Stuart Hameroff demeure perfectible :
                      http://citoyens.deontolog.org/index...
                      http://deontologic.org/deonto-famil...

                      Un exercice particulièrement cruel est d’ouvrir côte à côte un des articles Hameroff-Penrose cités plus haut, et un manuel de neuroanatomie fonctionnelle, dans la même langue, puis d’interroger Hameroff sur sa connaissance et son usage des notions de neurologie qu’il aurait dû acquérir durant ses études. On y va ?
                      Amygdala, amygdaloid body : Inconnu.
                      Midbrain, pons : Inconnus.
                      Locus coeruleus : Inconnu.
                      Hypothalamus : Inconnu.
                      Reticular : Inconnu.
                      « Nucleus » n’intervient que pour le noyau d’un atome, ou pour l’anatomie externe d’un microtubule, jamais au sens du neuro-anatomiste.
                      Raphé, « raphe » en anglais : Inconnu.
                      Et on aurait pu continuer ainsi, détaillant tous les faisceaux du système sensitif et proprioceptif, qui sont tous impliqués dans la perception et éventuellement la « conscience » de tas de choses : tout cela est étranger au couple Penrose-Hameroff.

                      Quant à leur connaissance de ce qui est « quantique », ils s’en tiennent au folklore d’Eugen Wigner, et à la cruelle incertitude de Werner Heisenberg.

                      Rappelons quand même que le principe de cruelle incertitude de Werner Heisenberg n’est rien d’autre qu’un changement d’emballage et un réétiquetage fallacieux des propriétés de base de la transformation de Fourier. Ah wi, mais Fourier était français, et dans le contexte émotionnel de l’Allemagne en ce temps là... Regardez les dates de l’occupation française sur la Ruhr, et de l’hyperinflation :
                      http://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperinflation_de_la_R%C3%A9publique_de_Weimar


                      • JC_Lavau JC_Lavau 4 août 2014 23:59

                        A quelque chose malheur est bon : j’ai extrait d’un coin obscur de ma bibliothèque le second des livres où Penrose se jetait en pleine incompétence :
                        « Les ombres de l’esprit ; à la recherche d’une science de la conscience », InterEditions

                        La bouse à ne jamais acheter !

                        § 5.2 et 5.7 à 5.9, du dit Penrose, il se fait le chantre de la magie corpusculaire, avec un schéma basé sur un interféromètre Mach-Zehnde, pour vanter les miracles de la contrafactualité façon Elitzur et Vaidman.
                        Vous trouverez ça en ligne sur la Wp française : http://fr.wikipedia.org/wiki/Contrafactualit%C3%A9_%28physique%29

                        Le rédacteur français jure que ce schéma a été testé. Il commet là une grosse confusion avec celui testé à Innsbrück, qui faisait l’objet d’un article bourré de mots magiques, juillet 1997 dans Scientific American. Celui qui se trouve dans la Wp en langue anglaise, et qui n’est pas du tout équivalent.

                        Totalement méprisants et ignorants des lois de l’optique, ces sorciers ont juste oublié de calculer si leur expérience « à miroir tremblant » est seulement faisable.
                        C’est encore pis que je pensais : le recul de leur miroir serait de l’ordre d’un Å en 126 ans minimum, voire le triple ou le quintuple selon l’épaisseur réalisable pour un miroir.

                        Ça va être dur à mesurer en laboratoire !
                        Texte complet : http://citoyens.deontolog.org/index.php/topic,2091.msg4516.html#msg4516

                        Ceux qui rêvent d’un raccourci par Penrose pour accéder à la physique quantique sont sûrs de tomber dans un aven.

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