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L’extrême droite ou l’odyssée de M. Sarkozy

On entend nombre de gens se réjouir sur les ondes ou dans les journaux de la quasi-disparition du Front national. Le 22 avril, M. Le Pen n’a pas dépassé les 11 % des voix et le 10 juin, au premier tour des législatives, son parti n’a même pas atteint les 5 %. Le voilà, entend-on, renvoyé à la case départ du début des années 1980. La situation est-elle aussi simple ?

On aimerait pouvoir y croire. Mais il n’y a que dans « L’Odyssée » que la baguette magique de Circé transforme les compagnons d’Ulysse en cochons et inversement. Les mentalités ne se changent pas du jour au lendemain.

Le dégel imprévu de la banquise d’extrême droite

Les résultats tant de la présidentielle que des législatives le montrent. Si l’électorat d’extrême droite n’est plus là où on l’attend, c’est qu’il est passé ailleurs. Et nul ne peut le contester : il s’est porté massivement sur le candidat de l’UMP. C’est lui qui lui a valu de dépasser les 31 % du premier tour de la présidentielle tandis que M. Le Pen descendait à moins de 11 %. À cela rien d’étonnant, M. Sarkozy a repris des thèmes rabâchés par M. Le Pen depuis 20 ans, dont « Le mouton dans la baignoire » et le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale sont les plus représentatifs.
Toutefois, cette extrême-droitisation de M. Sarkozy aurait-elle suffi pour attirer à lui cet électorat aussi méfiant, si la situation n’avait pas présenté en 2007 des caractères spécifiques que M. Sakozy et son équipe ont su analyser et qui ont échappé à tout le monde ? Le démographe Emmanuel Todd, lui-même, ne cesse sur les ondes d’avouer son erreur : il s’en veut, lui aussi, de n’avoir pas anticipé cette sorte de réchauffement climatique qui a fait fondre la banquise d’extrême droite qu’on croyait indécongelable, persuadé, comme M. Le Pen le ressassait, que les électeurs préféreraient toujours l’original à la copie. Du coup, les terres de gauche ont été submergées non par la vague bleue mais par la brune. La confirmation en a été donnée aux législatives : quand l’extrême droite se déplace et vote UMP, celle-ci l’emporte, quand elle ne se déplace pas, comme le 17 juin dernier au 2d tour, la gauche redevient de peu majoritaire.

Une analyse audacieuse contraire aux idées reçues

Le coup de génie de M. Sarkozy et de son équipe a donc été d’analyser, contre les idées généralement admises, l’état d’esprit de l’électorat d’extrême droite au soir du second tour de la présidentielle de 2002 et de concevoir la stratégie appropriée pour le capter. Ils savaient que la clé de l’élection était là. Et ses conclusions étaient rigoureusement opposées à celles que les autres familles politiques tiraient.
- Ces dernières ont vu, en effet, dans la qualification de M. Le Pen au 2d tour de la présidentielle 2002, la dernière marche dans une « résistible ascension » vers le pouvoir ; la prochaine allait être fatale, souvenez-vous de l’accession d’Hitler au pouvoir en toute légalité ! Il fallait empêcher ça prioritairement et donc « voter utile ».
- Les électeurs d’extrême droite paraissent avoir tiré la leçon rigoureusement inverse : Le Pen, 18 %, Chirac 82 % en 2002 ? Jamais Le Pen ne pourra être élu. Du coup, cette déception les rendait réceptifs à d’autres sirènes, pourvu qu’on leur chantât les mélodies connues qu’ils aimaient. Au surplus, l’âge du capitaine - sauf à se référer à Pétain dans des circonstances tragiques qu’on ne pouvait tout de même pas souhaiter - leur enlevait tout espoir.

Le lumpenprolétariat manipulé

C’est justement ce qu’a très bien compris M. Sarkozy. Pendant les cinq années qui ont précédé 2007, il a méthodiquement emprunté les thèmes frontistes, voire le vocabulaire frappant, et utilisé l’appareil d’État à envoyer des signaux non équivoques en direction de cet électorat, qualifié de « souffrant », à juste titre pour sa plus large part. L’avantage avec le « lumpenprolétariat » , c’est qu’on peut l’allumer quand et comme on veut, un peu comme le taureau devant lequel on agite le chiffon rouge. L’Histoire des années 20 l’a montré. Les émeutes de novembre 2005 sont donc venues à point nommé traumatiser une part de la population française. Or ces moments de crise sont propres à tous les amalgames et au déclenchement du réflexe inné prioritaire qu’est celui de la sécurité. Trois semaines avant le premier tour de la présidentielle, le candidat Sarkozy a en plus été servi par la chance qui ne sourit qu’aux audacieux : l’émeute de la gare du Nord a été une bonne piqûre de rappel pour les mémoires oublieuses. Le 22 avril, M. Sarkozy moissonnait au-delà de toute espérance, ce qu’il avait semé.

Comment ne pas être l’otage de l’extrême droite ?

Toutefois, le problème qui se pose à lui n’est pas mince : comment, quand, pour une part décisive, on est l’élu de l’extrême droite, ne pas en être l’otage ? Ses ouvertures à gauche sont-elles la parade pour éviter d’être entraîné corps et biens par un tel poids ? Les nominations de ministres issus de l’immigration - pardon ! de « la diversité » et des « minorités visibles » - ont-elles le même rôle que celui dévolu aux personnels de sécurité de même origine aux portes des grands surfaces ou des grandes parfumeries ? Est-ce pour mieux se prémunir contre toute accusation ethniste et pouvoir affonter le moment venu les conflits des banlieues en toute liberté ?

Certes le général de Gaulle réunissait en 1945 autour de sa personne, en raison de sa stature historique, des sensibilités de droite comme de gauche, mais non de l’extrême droite d’alors, et pour cause. Certes, le coup de force qui le ramène au pouvoir en mai 1958 est-il fomenté principalement par les extrémistes de « l’Algérie française », qui s’apercevront vite de leur bévue quand le Général finira par opter pour « l’Algérie algérienne ». Ce n’est, cependant, pas offenser M. Sarkozy que d’éviter toute comparaison possible avec son illustre prédécesseur à la présidence de la République, pas plus qu’avec la magicienne Circé après avoir joué les Sirènes. Est-ce à dire que son odyssée commence et qu’elle sera aussi, qu’on le veuille ou non, la nôtre ? Paul Villach

par Paul Villach jeudi 21 juin 2007 - 166 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Sam2004ecp (xxx.xxx.xxx.117) 21 juin 2007 12:47
    Sam2004ecp

    Vous êtes l’un comme l’autre dans la caricature. Non, Sarkozy n’a pas fait que des bonnes choses au ministère de l’intérieur, mais je ne crois pas qu’on puisse réellement mettre en place des choses qui donnent instantanément des résultats. Bref le bilan de Sarzkoy à l’intérieur n’est ni bon ni mauvais, il est, comme tous les bilans politiques, contrasté. Vous parlez d’augmentation des violences sans donner l’ensemble des chiffres. Par ailleurs, vous semblez penser que mettre en place certains dispositifs, notamment concernant la violence, va faire que du jour au lendemain celle-ci va s’endiguer.

    Certains ne retiennent que le bon, d’autres que le mauvais, pour se donner bonne conscience dans leur confiance aveugle ou dans leur haine démesurée d’un homme qu’ils ne connaissent pas personnellement.

    Concernant le FN, je pense que l’article voit en partie juste, à ceci près que le FN est tellement bien implanté dans les esprits, qu’on ne peut pas parler d’immigration sans être étiqueté. Bien entendu, il y’avait également de la manoeuvre électorale dans la formulation "immigration et identité nationale". Mais pourquoi traiter Sarkozy de menteur et de fourbe quand il fait des choses plutôt positives (ouverture), mais penser qu’il dit la vérité quand il emploie des formulations ambigues ? Chers antis sarko, quand il dit des choses avec lesquelles vous êtes d’accord, il ment, mais quand il dit des choses avec lesquelles vous êtes en désaccord, il dit la vérité ? Comment peut-il avoir un quelconque crédit à vos yeux ?

    Sarkozy a tué le FN, en reprenant à son compte des sujets étiquetés. Il lui a porté le coup de grâce en recevant Le Pen à l’Elysée. Ca m’a d’abord choqué, à vrai dire, mais en réfléchissant, la banalisation de le Pen (pas du FN) lui enlève toutes ses billes électorales qui reposent sur sa différence et sur la contestation. D’ailleurs il a plus d’humilité quand il lance son SOS, c’est assez jubilatoire pour le militant anti-FN que j’ai toujours été.

    Quelle est la différence majeure de Sarkozy et de le Pen ? Ils emploient des mots parfois très proches, c’est vrai. A ceci près que dans la bouche de le Pen, apotre de la préférence nationale, du négationisme, de l’Allemagne nazie (voir ses déclarations sur les bienfaits de l’occupation allemande), ces formulations si proches n’ont certainement pas le même sens. Ou alors effectivement, je ne comprends rien aux actions de Sarkozy (discrimination positive, nomination d’Amara, création du Conseil national du culte musulman, ...)

    Pour conclure, par pitié, avant de parler de fascisme, revoyez vos livres d’histoire. Vous ne savez pas de quoi vous parlez. Si Sarko était fasciste, les auteurs de certains commentaires seraient déjà pendus sur la place publique. Alors j’en ai assez d’entendre ces commentaires. Battez-vous si vous n’êtes pas d’accord avec certaines idées, et sur certaines je serai de ceux là. Mais commencez par laisser notre président (et donc le votre) travailler. Et nous jugerons après.

  • Par LE CHAT (xxx.xxx.xxx.49) 21 juin 2007 10:38
    LE CHAT

    de quoi te plains tu , il aurait pu appeler Marine dans son gouvernement d’ouverture , au nom des 10 % qui ont voté pour son père et ça aurait même amélioré la parité .

    Le FN est comme le feu sous la braise , s’il satisfait ses électeurs , il restera résiduel , s’il foire et se contente de demi mesures , il y aura des députés FN la prochaine fois . Notes que malgré le soutien de l’ump et du modem au candidat socialiste ,Marine le pen est passée de 24 à 41% ;

  • Par Bill (xxx.xxx.xxx.11) 21 juin 2007 10:32
    Bill

    pffffffffff

    Qui voulait mettre les adolescent dans des casernes, avec encadrement militaire ? Royal figurez-vous ! N’allez pas croire que ces thèmes soient typiquement de droite, la gauche en a et en a eut sa bonne part dans l’histoire.

    Non, il y a un réel problème dans la société, et les petits arrangements que faisait autrefois l’Etat n’ont rien donné. On nous disait ils cassent, mais c’est parce qu’il s’ennuit, les pôvres. On va leur donner un terrain de basket... Ils continuent à casser, oui, c’est vrai, mais c’est à cause des Français, ils sont racistes !

    Et j’ajoute une chose : Sarkozy est peut-être allé dans le discours de Le Pen, mais ces actes seront observés par les électeurs nationalistes, comme par les autres électeurs de droite, dont font souvent partie, figurez vous, de nombreux anciens électeurs de gauche...

    Bill

  • Par Tab (xxx.xxx.xxx.41) 21 juin 2007 14:21
    Tab

    L’allusion à Hitler est d’autant plus malvenue que Le Pen, c’est à mettre à sa décharge, était résistant...

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