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Accueil du site > Tribune Libre > Mali : les démiurges d’incertitudes

Mali : les démiurges d’incertitudes

Murray Gell-Man expliquait que l’entropie peut être considérée comme une mesure de l’ignorance. Partir du connu pour imposer l’inconnu, implique que l’on sache qui l’on est, où l’on va et ce qu’on veut, autant que la nature de l’adversaire. Sinon, prévient Sunzi, on perd inéluctablement toutes les batailles. La question sur le conflit en cours au Mali, n’est pas de savoir s’il est justifié. Après tout, selon Machiavel une guerre est juste quand elle est nécessaire. Mais l’est-elle vraiment et si oui, pourquoi et pour qui ? Selon n’énoncé - la « justification » comme disait Rome qui s’est créé un empire sans jamais mener une guerre offensive -, sans intervention extérieure le Mali était perdu. Mais ne s’était-il pas perdu de lui-même, noyé dans des montagnes de cocaïne que les plus hauts gradés de sa propre armée acheminaient vers l’Europe, avec l’aide d’une partie de ceux que l’on désigne aujourd’hui comme des terroristes du désert et contre lesquels on part en guerre ? Ne l’avons nous pas déjà sabordé avec les plans de réajustement structurels que le FMI lui avait imposé cassant croissance rationnelle, économie durable, celle-là même que l’on propose comme modèle à une Europe économiquement déboussolée ? Ses institutions démocratiques que l’on montrait comme modèle à suivre, n’étaient pas elles-mêmes ce que l’on désirait à défaut d’être celles dont le pays avait besoin ? 

Dans un gigantesque troc des dupes, une grande partie de l’Afrique (dont le Mali, la Mauritanie, le Tchad, la Cote d’Ivoire, le Sénégal, le Ghana, le Niger et le Nigéria) exportent ce dont nous avons besoin (matières premières et « stratégiques », services immatérialisés, produits des cultures de rente, etc., et importent nos institutions. Ils exportent aussi ce dont on fait semblant de ne pas vouloir, car en réalité il sert à perpétuer des discours aussi maximalistes que ceux que l’on accuse d’être des terroristes, et qui participent « informellement » à notre propre économie que ce soit pour des activités « intégrées » (bâtiment, services) qu’interdites (trafics, contrefaçon, etc.). Cette partie, dite « informelle », floue et obscure n’en procure pas moins des profits et des dividendes, concentrés à plus de leurs deux tiers dans nos propres pays. Ils sont le fait du crime organisé, européen et international, dont les Africains perçoivent une part (pour une fois non négligeable). Les bandits caravaniers (aujourd’hui considérés comme la « menace terroriste prioritaire ») jouent dans ce trafic leur rôle, et des potentats (plus ou moins à notre solde) « rationalisent » et supervisent leur trafic, et garantissent, entre autres, les « quotas supportables » car, pour paraphraser Emmanuel Kant, on mesure l’intelligence à la quantité d’incertitudes qu’on est capable de supporter. La destruction systématique des sociétés africaines, vendue comme des bonds en avant vers son intégration à la ville - monde et la mondialisation, connaît aujourd’hui des soubresauts qui auraient dû, de la part des protagonistes de cette déstructuration structurelle, être au moins attendus. Qu’elles prennent la forme du printemps arabe, des coups d’Etats, de la renaissance fondamentaliste (faute de mieux) de l’atomisation et de l’autonomie de certains de ses acteurs « informels » dans les casernes les ports ou dans les déserts, ces contestations ne sont que le feedback, la fuite contrôlée de vapeur permettant que la cocotte minute n’explose pas. Les considérer comme la menace principale et partir en croisade contre elles, ne fait, comme dit Dominique de Villepin, qu’augmenter le chaos dans la région, c’est à dire qu’il atteigne un niveau d’incertitude que les dirigeants de l’Occident ne peuvent plus supporter. Il propose de faire semblant de laisser l’initiative aux forces africaines, en les « soutenant », comme l’explicite formellement le mandat onusien, ce qui permet d’intégrer le feedback entropique au sein du « connu ». Le président de la république a décidé de partir en guerre, et en sortira quand il pourra, toujours selon Machiavel. L’ancien Premier ministre voudrait que rien ne change sous une forme de fausse autonomie africaine assistée. Tous les deux, cependant, ont tort. Car l’un et l’autre sont les victimes d’une idée et d’une réalité qu’ils ont voulu perpétuer et promouvoir mais qui n’est plus hégémonique. Martin Heidegger insistait sur le fait que l’Histoire est une projection dans le passé que l’homme se choisit. Jusqu’ici, cette Histoire n’était pas projetée de manière égale : celle qui est à nous était à nous, et celle de l’Afrique était à nous aussi. Dès lors que l’histoire de l’autre est niée et le présent continue à être raconté comme une fable qui en découle, il y na des fortes chances que toute version désirant maitriser le chaos de manière unilatérale en génère un autre, complètement inattendu et surtout insupportable

Ce à quoi la France et les chancelleries occidentales devraient méditer, c’est le comment un pays comme le Mali s’est effondré en un coup d’œil, à peine deux ans, détruisant son propre Etat à force de saper l’Etat de droit.

Après la partition du Soudan, n’est-il pas justifié de penser qu’il est temps de ne plus faire semblant que le peuple Touareg n’existe pas ? Que la gestion des frontières coloniales engendrera de plus en plus de conflits. Et que surtout ces derniers sa radicaliseront à l’air du temps, fabriquant des « terroristes islamiques » gérant (souvent da manière crapuleuse) des espaces que plus personne ne peut contrôler. Au lieu de partir à la reconquête totale du Mali, comme le propose le ministre de nos armées, n’est-il pas plus rationnel de l’aider à accéder à l’Etat de droit, à reconnaître ses diverses composantes, à lui laisser la possibilité de mettre en place une économie rationnelle, à l’aider à se débarrasser des hommes d’affaires véreux - locaux et étrangers et à lui donner les moyens de lutter contre la seule vraie armée qui compte dans la région, celles des trafiquants de cocaïne. 

Je rêve, bien sûr…

 

P.S. Entre temps, posons-nous la question : après quatre jours de combats sanglants qui ont coûté la vie à des dizaines d’otages en Algérie, y a-t-il un seul gazoduc endommagé ? 


Les réactions les plus appréciées

  • alberto (---.---.---.216) 22 janvier 2013 11:11
    alberto

    Qui fait la loi en Afrique et ailleurs, y compris en Europe ?

    L’OMC, le FMI, leurs cohortes de banquiers avides, bornés et mercantiles !

    Allez donc leur parler d’altruisme...

  • Georges Yang (---.---.---.204) 22 janvier 2013 12:42

    A l’auteur

    Vous évoquez la partition du Soudan, mais ce n’est pas la solution

    Le Sud-Soudan qui était méprisé et expoité par les gouvernements de Khartoum est devenu un état corrompu dominé par une clique de prédateurs Dinkas et Nuers aux dépens des autres ethnies (Shillouk, Madi, Kakwa, Azande...)

    Un Sahel indépendant (rêve de Khadafi) serait hélas sur le même modèle que le Sud-Soudan

    Par contre, un fédéralisme avec des ministres touareg et songhai avec une large autonomie est souhaitable au Mali, et un modèle similaire au Niger en Mauritanie et au Tchad

    Or dans ces pays c’est une ethnie (ou un groupe ethnique) qui accapare le pouvoir en brimant soit les sudistes (Mauritanie, Tchad) ou les nordistes (Mali, Niger)

    Ce n’est pas un affrontement Arabes et Touaregs contre noirs, car il existe des inimitiées internes et que des noirs sont parmi les islamistes (comme au Darfour)

     

     

  • Georges Yang (---.---.---.204) 22 janvier 2013 12:28

    Morice,

    Si l’on compare votre prose amphigourique illisible avec cet article, il n’y a pas photo

    Hélas, vous êtes plus lu, c’est dommage pour la qualité du site

    L’auteur sait de quoi il parle quand il écrit sur les drogues, vous non !

  • Alinea (---.---.---.153) 22 janvier 2013 10:51
    alinea


    « méditer » et « penser », voilà bien deux fonctions du cerveau qui ne servent plus guère !
    « Aider à accéder à un État de droit », voilà bien une attitude altruiste qui, si jamais elle a eu cours dans l’Histoire, ne peut venir à l’idée d’enfants gâtés, avides et déstructurés que sont devenus nos dirigeants ! C’est peut-être ce qui a été empêché par les mêmes, de toutes leurs forces !


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53 réactions à cet article

  • ZEN (---.---.---.211) 22 janvier 2013 09:49
    ZEN

    n’est-il pas plus rationnel de l’aider à accéder à l’Etat de droit, à reconnaître ses diverses composantes, à lui laisser la possibilité de mettre en place une économie rationnelle, à l’aider à se débarrasser des hommes d’affaires véreux - locaux et étrangers et à lui donner les moyens de lutter contre la seule vraie armée qui compte dans la région, celles des trafiquants de cocaïne. 

    Le bon sens même !

    Mais trop tard, sans doute. La gestion à courte vue risque de nous enfermer dans un piège : non pas tant l’éviction nécessaire des quelque 2000 infiltrés, mais l’exacerbation des tensions entre les deux Mali

  • Alinea (---.---.---.153) 22 janvier 2013 10:51
    alinea


    « méditer » et « penser », voilà bien deux fonctions du cerveau qui ne servent plus guère !
    « Aider à accéder à un État de droit », voilà bien une attitude altruiste qui, si jamais elle a eu cours dans l’Histoire, ne peut venir à l’idée d’enfants gâtés, avides et déstructurés que sont devenus nos dirigeants ! C’est peut-être ce qui a été empêché par les mêmes, de toutes leurs forces !

  • ROBERT GIL (---.---.---.196) 22 janvier 2013 11:07
    Robert GIL

    a mediter aussi le fait qu’ aucun grand média ne cherche à expliquer les raisons et les dessous de la guerre contre le terrorisme ni l’alliance des Occidentaux avec les défenseurs du terrorisme islamique (Arabie Saoudite et Qatar)...

    voir : CRIME MEDIATIQUE ET DESINFORMATION

  • alberto (---.---.---.216) 22 janvier 2013 11:11
    alberto

    Qui fait la loi en Afrique et ailleurs, y compris en Europe ?

    L’OMC, le FMI, leurs cohortes de banquiers avides, bornés et mercantiles !

    Allez donc leur parler d’altruisme...

  • morice (---.---.---.98) 22 janvier 2013 11:52
    morice

    Ce à quoi la France et les chancelleries occidentales devraient méditer, c’est le comment un pays comme le Mali s’est effondré en un coup d’œil, à peine deux ans, détruisant son propre Etat à force de saper l’Etat de droit.


    la drogue, la drogue, et ses fabuleux revenus dans des pays pauvres, Michel, je ne vous apprend rien....


    un Etat (faible) n’a pas résisté à ça :




    « Durant l’enquête qui suit le crash, quelques uns ont remarqué une chose : le rôle trouble du maire de Tarkint, où s’est écrasé l’avion. «  L’accident remonte t-il à bien avant le 2 novembre comme semblent le penser certains ? Possible. Le fait est que la découverte officielle de l’épave date du 2 novembre.  » Mieux encore :« l’incontournable arabe (le maire de Tarkint) connaît le désert comme sa poche et a été de toutes les négociations pour les libérations d’otages gardés dans le Nord malien, de 2003 avec les otages allemands à 2008 avec les otages canadiens. Il agira toujours avec discrétion et tact et ne laissera transparaître sa déception qu’une fois avec l’affaire des Canadiens révélée, il y a un trimestre par le Mail and Guardian »… l’homme qui a négocié la rançon des otages en servant d’intermédiaire est celui qui aurait retardé l’information sur le crash ? Le même quihabitait à deux pas de l’épave ? A Tarkint, les jeunes du coin en savent bien davantage, visiblement… »

     « à 45 000 dollars le kilo (30 500 euros), prix moyen aux USA,les dix tonnes de coke valent au bas mot 450 millions de dollars (305 millions d’euros !), sur le marché actuel, pas loin d’un demi milliard !  »

    « C’est le plus tranquillement du monde, par l’aéroport deBamako,que l’équipage du vol « coke 007″ s’est volatilisé, apprend-on de bonne source. Venu du Venezuela, le Boeing 727 des trafiquants de cocaïne avait atterri début novembre sur une piste de fortune au nord de Gao. Comme les pilotes étaient de type européen, ils ne passaient pas inaperçus. Ils se sont donc procuré de faux papiers, ont pris la route Gao-Bamako et ont quitté le Mali par un vol régulier. Étonnés d’une telle audace, les enquêteurs cherchent activement d’éventuelles complicités du côté de la sécurité d’État  »
  • morice (---.---.---.98) 22 janvier 2013 11:57
    morice

     Au lieu de partir à la reconquête totale du Mali, comme le propose le ministre de nos armées, n’est-il pas plus rationnel de l’aider à accéder à l’Etat de droit, à reconnaître ses diverses composantes, à lui laisser la possibilité de mettre en place une économie rationnelle, à l’aider à se débarrasser des hommes d’affaires véreux - locaux et étrangers et à lui donner les moyens de lutter contre la seule vraie armée qui compte dans la région, celles des trafiquants de cocaïne. 


    le problème, Michel, c’est qu’il n’y avait PLUS d’Etat.


    Cette libération infâme, cet été, marquait la fin déjà de la démocratie au Mali : seul un état dictatorial peut autant se permettre de pactiser avec des assassins ayant fait des aveux complets. La junte au pouvoir, toujours dirigée par l’énigmatique Sanogo qui a prétendu jusqu’ici avoir respecté les formes constitutionnelles a franch hier le cap : à la place d’un ATT protecteur des trafquants de drogue, voilà l’armée, principale bénéciaire du trafic, qui reprend le pouvoir ! Pour Sanogo, ce débarquement du premier ministre nommé est son second coup d’état en moins d’un an. Et ce véritable coup d’état bis bloque tout le pays, car il empêche l’intervention militaire commune décidée récemment. C’est avant tout son but,en réalité, Diarra en étant un ferme partisan.

    • Georges Yang (---.---.---.204) 22 janvier 2013 12:28

      Morice,

      Si l’on compare votre prose amphigourique illisible avec cet article, il n’y a pas photo

      Hélas, vous êtes plus lu, c’est dommage pour la qualité du site

      L’auteur sait de quoi il parle quand il écrit sur les drogues, vous non !

    • lionel (---.---.---.93) 23 janvier 2013 07:09

      D’autant plus que là, les môrices, ils ne nous parlent plus de coke, ils glissent doucement vers des domaines de la politique intérieur du Mali dont on peut bien se demander d’où ils tirent leurs informations pour faire des analyses si sur d’elles même... Nous parle t’il jamais du cannabis qui est pourtant la « drogue » qui arrondissait doucement les fins de mois de nombreux militaires et cacique du régime tant loué par les médias occidentaux ces dix dernières années pour son exemplarité démocratique ?

  • Ariane Walter (---.---.---.147) 22 janvier 2013 12:01
    Ariane Walter

    Bonjour Michel,

    P.S. Entre temps, posons-nous la question : après quatre jours de combats sanglants qui ont coûté la vie à des dizaines d’otages en Algérie, y a-t-il un seul gazoduc endommagé ? 

    Etait-ce une expédition qui devait arriver plus tôt pour déterminer une entrée en conflit plus évidente ?
    En tout cas,oui, ce sont des terroristes très respectueux du matériel. Rien à voir avec papa ben laden, plus casseur !!

  • easy (---.---.---.174) 22 janvier 2013 12:30
    easy

    La question des nomades et des pirates s’est toujours posée aux sédentaires qui sont surtout des bâtisseurs donc des fixateurs.

    Les religions sont utililisées par ceux qui préfèrent une vie nomade et pirate. Comme elles ont longtemps servi de support à autorité de parole, elles servent de prétexte à tous les pirates. Parfois même en repoussoir « Ni dieu, ni maître »

    Tant que les gens fixés par l’idéologie sédentaire et hyper grégaire (d’où surgit la cité et l’anonymat) y trouvent leur compte en se débrouillant pour devenir des acteurs soit formels soit informels du système construit, ils ne le renversent pas. Mais ceux qui n’y trouvent pas leur compte augmentent leur pouvoir de nuisance pour défaire les constructions et disposer de plus de marge afin de mieux pirater. 


    Un pirate sait qu’il n’est pas bâtisseur. Il n’envisage jamais de construire un pont, une raffinerie, un gazoduc. En revanche il fantasme d’en tenir les clefs pour en récolter les fruits. Un pirate qui s’empare d’une usine à gaz mais ne la fait pas sauter indique qu’il escompte l’exploiter (Jusqu’à ce qu’elle tombe en ruine faute d’entretien, mais le pirate ne fait pas de projets à travers les générations, il est dans l’immédiateté)


     
    Lorsque les pirates des siècles précédents écumaient les mers, tant qu’ils n’avaient pour repaires que des criques, les Etats se contentaient de les contrer au coup par coup.
    Mais lorsque les pirates ont semblé prendre possession d’un pays, les Etats ont réagi de manière plus lourde. S’alliant parfois, se disputant parfois entre eux pour le contrôle de ces points stratégiques. En fait, les pirates ont très souvent révélé aux Etats quels étaient les endroits stratégiques. Plus globalement, les transgresseurs des lois établies ont toujours montré où étaient leurs failles. Les Lois ainsi que les Etats ont par nature un coup de retard sur les transgresseurs.
    En dépit des Lois qui nous courent après (car nous désobéissons tous) il reste toujours des espaces de liberté qui peuvent s’exploiter de façon plus ou moins gentille (Le fait de pratiquer de l’ULM hors toute balise légale au début de cette aventure, bien que gentil d’apparence, comportait aussi des nuisances)

    Disons, pour simplifier, que les transgressions vraiment pas gentilles sont celles qui utilisent des armes, que les méchants pirates sont ceux qui sont armés.

    Or c’est cela qui a changé depuis la guerre contre Kadhafi, dans ce secteur du Monde. De même que l’armement des Afghans -par qui vous savez- a fortement changé la donne, l’armement des nomades sahéliens -par qui vous savez- a fortement changé la donne.

    Dans notre stupide guerre contre Kadhafi, le choix avait été fait de clamer qu’on n’intervenait pas au sol afin de se donner des airs d’anges.
    Comme nous n’avons réellement mis quasiment personne au sol, comme nous l’avions laissé aux révoltés Libyens à qui nous avions distribué des armes, comme nous leur avons laissé les accès aux stocks du colonel, nous ne pouvions avoir le contrôle sur le devenir de ces armes et nous savions que ça allait engendrer un piratisme très armé dans le Sahel si le nouveau gouvernement libyen manquait de structure.


    Intervenir en force un an après pour bloquer le piratage du Mali en est la suite inévitable et responsable. C’est la France qui a conduit à ce déluge d’armes, c’est à elle de s’efforcer de les neutraliser.


    Un pays de 13 millions d’individus se prend avec seulement 10 000 pirates armés. Le fait que surgisse une bande armée pirate fait plier ceux de la population qui sont les moins constructeurs et les plus portés au vol. Les pirates font très vite des émules et en peu de temps une grande part de la population se convertit au piratisme.

    Le Mali venait de tomber aux mains des pirates, intervenir aussi vite que la France le fait est une excellente chose pour limiter la conversion de la population.

    Une fois les villes reprises, il suffira d’y maintenir une police forte pour que les armes des pirates restent planquées et finissent par être oubliées.
     
    Le problème n’est pas dans notre réétatisation du Mali mais dans la future police qui devra s’y montrer suffisamment présente et intègre afin que le piratisme n’y soit plus que marginal.




    Mais au-delà de ces actions, comment résoudre la problématique du caravanisme ?
    En dehors de l’Amérique et de l’Australie, il y a toujours eu de gens qui ont pratiqué quelque sorte de caravanisme consistant essentiellement à faire commerce du différentiel des ressources entre deux régions.
    Le caravanisme a donc fondamentalement dénié les frontières politiques et les principes douaniers.
    Au début furieux des douanes et des passeports, le caravanier a fini par trouver intérêt aux douanes afin de gagner davantage à les contourner. 
    Contourner la douane, même avec des produits licites, devenait lucratif en soi. 

    Les frontières naturelles sont intéressantes à exploiter pour les caravaniers puisqu’elles engendrent un différentiel de ressources entre des populations situées de part et d’autre mais les ponts, les tunnels, les camions, les avions, leur font perdre la cause même de leur gagne pain. La route du sel, la route de la soie n’ont plus lieu d’être.

    Restent alors aux caravaniers à exploiter le fait qu’il y ait des frontières fictives, invisibles sur un terrain plat et séparant deux états à faible police afin de profiter du transfert de choses interdites. De commerçants courageux transportant des produits licites, les voilà devenus pirates transportant de la drogue ou des armes. 
     
    Comment résoudre le cas de peuples culturellement démarqués par le caravanisme qui, d’honnêtes et peu armés sont devenus pirates très armés ? 
    De quoi pourraient-donc vivre les Touaregs alors que nous transportons les produits au-dessus de leur tête ?
    C’est cette question que nous aurions dû nous poser à partir de 1902 ?
    Mais c’est la même question qui se pose au sujet des Roms. 

    Bien entendu, sans le dire, nous, les fixés, nous espérons que tous les nomades du monde finiront par se fixer. Et cette sédentarisation se produit effectivement chaque jour.
    Mais tous ces ex nomades ont la nostalgie de leur époque libre et j’ai idée qu’ils en resteront nostalgiques pendant dix générations.
    D’autant que de notre côté fixiste, c’est pas la joie. 

    La religion ne sert que de prétexte aux pirates nourrissant des fantasmes étatiques. Ils l’utilisent en toute logique sous forme radicaliste afin de sanctifier leur entreprise et se voir une légitimité supérieure de tuer quiconque leur résiste.

    Nasser avait piraté le canal de Suez avec un slogan nationaliste et c’était très adroit en cette époque où surgissait l’ONU.
    Comme les pirates se jouent des frontières, ils utilisent la religion comme slogan.
     
    Les Etats qui sont plus attachés à leur frontière qu’à leur religion ont tort d’attaquer les dictateurs nationalistes et d’offrir alors la place aux pirates qui ne le sont pas.

    • ptimarc (---.---.---.78) 22 janvier 2013 14:32

      vraiment excellent,si je peux me permettre.

      et excellent aussi de s’interdire le qualificatif de « terroriste »

      une question« robin des bois » était il un « terroriste » ?

    • Lisa SION 2 (---.---.---.244) 22 janvier 2013 18:11
      Lisa SION 2

      Auteur brillant et commentateur en forme, voilà qui remonte le niveau et répond à la question.

    • lionel (---.---.---.93) 23 janvier 2013 07:19

      « Une fois les villes reprises, il suffira d’y maintenir une police forte pour que les armes des pirates restent planquées et finissent par être oubliées.
       
      Le problème n’est pas dans notre réétatisation du Mali mais dans la future police qui devra s’y montrer suffisamment présente et intègre afin que le piratisme n’y soit plus que marginal. »


      Traduction : Une foi que nous aurons imposé à nouveau notre modèle de gouvernance aux Maliens, il faudra que le nouveau régime ressemble à ceux des régions de l’empire, c’est à dire qu’il soit policier, répressif , qu’il contrôle ... Les zétazuniens, les zisrahelliens, nous même, viendront équiper leur policiers avec nos technologies, viendront les encadrer, les former à nos techniques de réppression bien rodées...

      Bienvenu au Nouvel Ordre Mondial ! Bienvenu au Mali de Easy, le Mali d’après la Stratégie du Choc...
    • easy (---.---.---.174) 23 janvier 2013 09:39
      easy

      Oué, dans le fond, vous avez raison Lionel

      La police, l’ordre toussa, c’est une très mauvaise idée. 

      Même ici on ferait mieux de laisser les gens devenir pirates

    • lionel (---.---.---.125) 23 janvier 2013 11:05

      Eazy,


      Pour moi l’ordre commence par un haut niveau d’éducation (et la trique n’est pas un instrument pédagogique de premier ordre et doit )êtr e en équilibre avec le calin (rires)) qui permet une stabilité psychologique. De plus, une assise morale est indispensable. 

      Reste les personnalité pathologiques, mais si leur comportement est clairement dénoncé par la culture ambiante, ils n’ont pas la loi. Si les dirigeants sont des psychopathes, les valeurs sont invertis et alors la police devient synonyme de coercition fascisante.

      PS : savez vous comment on traitait les voleurs en Afrique, avant que les blancs ne viennent leur enseigner la police, la prévarication, matérialisme etc...etc...

      On les tuait direct ! On les tue toujours d’ailleurs autant que possible.
      Les sociétés Africaines ne connaissait pas vraiment la délinquence !!
    • ptimarc (---.---.---.78) 23 janvier 2013 15:28

      quelqu’un disait autrefois

      « on mène l’esclave à la trique et l’homme libre par la gueule »

      mais bon... quand on voit ou on en est aujourd’hui...

    • lionel (---.---.---.125) 23 janvier 2013 17:17

      Oh, cela est anecdotique. Si l’on ne veut pas de délinquance, on oeuvre à la prospérité... On éduque.

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