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Merci, Google, pour le petit drapeau du 15 décembre : jour de l’espéranto !

Le 15 décembre est, pour les espérantophones, le « zamenhofa tago » (le jour de Zamenhof), « en l’honneur de la naissance de Ludwik Lejzer Zamenhof, l’initiateur de l’espéranto », dixit  Wikipedia. Cette année était en outre l’anniversaire des 150 ans (1859).


Les espérantistes portugais du site La Karavelo ont archivé des captures d’écran en plusieurs langues de ce Google du jour.

National Geographic
a lui aussi fait un article sur cet anniversaire, avec une lucidité et une honnêteté méritoires :
« Zamenhof would say [widespread use of English is] the right result with the wrong language, and therefore it’s not well done. It’s going to permanently classify most of the world as second-class citizens. »

Sur Libera folio (en espéranto).
Le site Excite a également fait un petit article à ce sujet.

Au-delà de l’hommage au génie linguistique autodidacte que fut Zamenhof (ophtalmologiste de son métier), beaucoup parmi les espérantistes considèrent ce jour comme un hommage plus large à ce que représente l’espéranto : c’est-à-dire un espoir, comme son nom l’indique par la racine "esper-". Lequel ? Que l’humanité puisse enfin disposer d’une langue commune simple et efficace, en sus de sa propre langue, celle dans laquelle on pense, qu’on aime, celle des études le plus souvent, et qu’on croit parfois la meilleure du monde... péché véniel excusé par la passion d’une langue maternelle étroitement liée aux souvenirs d’enfance.

En cette occasion, certains s’offrent, ou offrent, un livre en espéranto.

Google, cette année, sollicité par diverses associations espérantistes, nous a donc offert à son tour un joli cadeau : durant toute la journée, son logo est apparu orné du drapeau vert de l’espéranto. Merci.

Un commentaire rapide pourrait être « Bof, un petit drapeau pendant 24h, pour faire plaisir à des marginaux rigolos, des utopistes, ça ne veut rien dire. »

Ben si ! Pour la première fois dans l’Histoire, une langue construite s’est hissée jusqu’à la reconnaissance internationale, sans soutien d’une nation, d’une religion ou d’une ethnie, parfois malgré les persécutions ou le boycott des États et des médias. C’est un phénomène culturel aussi sous-estimé que révolutionnaire !

Grâce aux générations qui ont développé cette langue et à la conviction des militants, sa présence officielle s’est progressivement affirmée : ici sur des radios, là par quelques villes (Montpellier, Strasbourg, Herzberg, Nankin) ; parfois grâce à une discrète bienveillance de quelques pays (Pologne, Hongrie, Chine), une sorte de réseau culturel, associatif et parfois universitaire, peu connu, peu visible, mais présent internationalement.

France Culture, France 3, les journaux régionaux - tous ont progressivement remisé les clichés, fait taire leurs préjugés pour donner la parole à une nouveauté qui dérange le jeu de rivalité habituel des « grandes langues », et dont les journalistes ne savent trop que penser... 
Récemment, une université française l’a accepté en option parmi les langues possibles : 
Jean Moulin, Lyon3.

Parallèlement, Internet a permis à l’espéranto de s’afficher aux yeux de tous malgré le silence des médias : l’espéranto est une des dix langues les plus présentes sur Wikipedia, il est présent sur les réseaux sociaux, les forums, propose des cours gratuits par correspondance, offre de nombreux documents écrits, audios et vidéos en libre accès. Chacun peut ainsi juger sur pièce.

99% de tout cela repose sur le bénévolat !

Et cette langue construite, phénomène culturel sans précédent, est interdite de séjour à l’école : il est toujours impossible de la choisir en option au bac !

Il n’est pas inutile de rapprocher cela du soutien politique et financier massif dont bénéficie l’anglais, que je ne détaille pas en ce jour de fête... Citons simplement la coïncidence avec l’anniversaire des trois ans de French24, pardon - France 24, la télé anglophone France 24 (maquillée en polyglotte avec un peu d’arabe) où le champagne coule à flots, les salaires généreux, et qui coûte 160 millions d’euros par an à des Français qui ne peuvent même pas la regarder...

Ainsi, à 120 ans et des poussières, l’espéranto se rapproche pas à pas de son objectif : offrir au monde une langue seconde simple et efficace, donc démocratique, c’est-à-dire dont l’apprentissage serait possible pour la grande majorité de la planète sans trop de difficultés structurelles, afin que la communication ne soit pas l’apanage d’une élite. C’est un objectif qui peut paraître prétentieux, mais sans lequel l’espéranto n’aurait pas de raison d’être, à mon avis, sinon celle d’un jeu linguistique.

Rappelons que, malgré des efforts constants et un investissement massif et durable (pensons à l’Inde), un sixième seulement de l’Humanité parle anglais, dont beaucoup à un niveau médiocre.

Posons-nous quelques questions :

— Une langue nationale est-elle équitable comme langue internationale, sur le plan personnel, scientifique, financier et politique ?

— Une langue à la phonétique irrationnelle, dotée de nombreuses tournures idiomatiques, aussi difficile que le français (je sacrifie à notre côté masochiste), est-elle adaptée à la communication internationale ?

— A l’époque de la mondialisation, des méga-containers qui voyagent sur les autoroutes de la mer tout autour du globe, est-il logique que l’incommunicabilité règne entre les hommes ?

— Est-il plus simple d’espérer que cinq milliards de gens, dont beaucoup ont difficilement accès à l’école, apprennent l’anglais, ou que le milliard qui le connaît déjà (plus ou moins) apprenne aussi une langue simple ?

— Démocratie ou élitisme ? Veut-on réellement que les gens puissent se parler ?

Selon le linguiste suédois Mikael Parkvall (non-espérantophone), auteur d’un livre sur les mythes linguistiques (« Lagom » existe seulement en Suède, non paru en français), les Suédois pensent souvent que le monde entier parle anglais, se demandent pourquoi l’Union européenne soutiendrait l’usage d’autres langues comme le français ou de l’allemand, au point, raconte-t-il, qu’un article relatant un périple en Chine, écrit en suédois, rapportait les noms des sites chinois en anglais : "Three Gorges", "Oxbow Lake" et "Shennong Stream" !
Libera folio (en espéranto)
En somme, de leur point de vue, tout ce qui est étranger est anglophone...
Ici un entretien avec lui, traduit en Eo sur le site informatif espérantophone Libera folio.

Dans l’hypothèse d’un succès plus large de l’espéranto, rien n’empêchera un expatrié d’apprendre la langue locale, ni un ingénieur d’apprendre l’anglais s’il en a vraiment besoin dans son travail, il est bon de le redire. Le fantasme d’une langue unique étant persistant, rappelons qu’il s’agit d’une langue seconde ou troisième - excepté pour des natifs évalués à un millier, enfants de deux locuteurs ayant choisi l’espéranto comme langue domestique commune.

L’espéranto a raté le coche - à moins que ce soit nous - à l’époque de la Société des nations, ancêtre de l’ONU, puis a suscité un bel espoir dans l’entre-deux guerres, avant de connaître le purgatoire en partie à cause de la guerre froide et de la méfiance envers tout ce qui avait un air de supra-nationalité. Mais aujourd’hui, avec Internet, l’UE, les ONG, le TPI, la mondialisation, on sait qu’on peut concilier l’amour de son pays, de sa patrie, de sa langue, avec le soutien à une langue construite commune.
 
par Krokodilo (son site) jeudi 17 décembre 2009 - 125 réactions
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  • Par R.L. (xxx.xxx.xxx.40) 17 décembre 2009 10:36

    S’il ne fallait comptabiliser que ceux que ceux qui ont été immergés dans l’anglais (et pendant combien de temps ? Avec combien de piqures de rappel ?) pour dire qu’ils ont le droit de parler cette langue, alors, il y aurait un vrai problème...
    Affirmer lorsqu’on ne connaît pas, c’est courir le risque de dire des bêtises.
    Un seul exemple :
    J’ai eu l’occasion, plusieurs fois, de discuter dans des groupes internationaux en anglais. D’autres fois, et même parfois avec les mêmes interlocuteurs, ce fut en Esperanto.
    Devinez la langue avec laquelle on obtenait les meilleurs résultats ? Pratiquement aucun contre-sens ou approximation avec la seconde, mais le contraire avec la première et des incompréhensions totales qu’on découvrait au moment d’écrire les compte-rendus ?
    Sans parler qu’en Esperanto, que tout le monde se sentait à égalité pour développer ses idées, ses arguments, ses démonstrations que tout le monde comprenait de la même manière. Et rien que pour ça...

    Mais encore une fois, il faut savoir de quoi on parle et se méfier du sens commun, des à priori fondés sur des pré-notions qui nous ont bien formatés...

  • Par Markoff (xxx.xxx.xxx.98) 17 décembre 2009 16:15

    Tout le monde savait que c’était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas
    et qui l’a fait. ( Marcel Pagnol )

    Ceci pour tous les sceptiques et détracteurs qui sont contre une langue universelle et neutre, et qui ne savent même pas pourquoi ils sont contre.

    Réflexe de moutons de Panurge qui ne se sentent bien que dans la majorité bêlante ?
    Savent-il qu’on peut aussi bêler en esperanto ? et qu’un jour ils seront obligés de bêler en anglais ?

    L’esperanto est le seul moyen de sauver nos langues nationales et régionales.

  • Par Krokodilo (xxx.xxx.xxx.40) 17 décembre 2009 11:37
    Krokodilo

    Cet avis est bien triste
    Et même alarmiste
    Qui déplaira aux linguistes.

  • Par Aleks (xxx.xxx.xxx.2) 18 décembre 2009 03:00

    Jean-Paul,

    tu as de la chance, c’est pareil en espéranto, l’histoire du tutoiement / vouvoiement :)
    Ankau vi ne perdu vian tempon babilante kun homoj, kiujn vi opinias fanatikaj.

    Allez, vas-y, compare une langue lancée par UN type il y a 120 ans avec la langue internationale du moment soutenue par les EUA, le RU, la France et tous les pays du monde ou presque !!

    Je n’ai pas parlé de baragouiner, j’ai parlé de "parler" la langue (en réalité il s’agit du nombre de membres d’associations d’Eo ; si on parlait de sympathisants qui baragouinent plus ou moins, c’est plutôt dans les 30 000. Pour une langue qu’on ne peut PAS apprendre à l’école, je rappelle). Merci de ne pas dénigrer inutilement, comme dirait Typhon. 

    De toute façon on ne va pas parler chiffres, ce serait ridicule, on ne compare pas une langue construite parlée par un type à l’origine, qu’on ne peut apprendre que si on le veut vraiment, si on a eu la chance de la découvrir par hasard ... avec la langue du pays le plus puissant du monde, que tout le monde est obligé d’apprendre à partir de 7 ans. D’ailleurs qui est capable de dire combien de Français parlent l’anglais et le parlent bien ?

    Ce qui plaide avant tout pour l’Eo, ce n’est pas le nombre de locuteurs. C’est les idées derrière, tu sais, l’égalité entre les peuples, la fraternité, la paix, la facilité d’apprentissage, la justice. Est-ce que cela te parle, tout ça ou tu n’en as rien à battre ? Si c’est le cas, pas la peine de continuer à discuter. Si tu apprends juste la langue la plus parlée dans le monde, apprends le chinois, l’anglais, l’espagnol et tu seras content. L’Eo, tu as assez de gens pour parler avec des gens différents chaque jour de ta vie, tu as plus de locuteurs que tu auras jamais le temps de rencontrer, mais ce n’est pas le principal. C’est un concept, une idée de langue équitable. Si l’idée t’est étrangère ou incompréhensible, que veux-tu ? 

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