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Troïka : tout ce qui est à nous est à nous…

Tout a été dit de l’aspect inique, injuste et, tout compte fait, inefficace, sur le fond et la manière avec laquelle la troïka gère le problème grec. Les toutes dernières recommandations, suivies du traditionnel chantage consistant à remettre aux calendes grecques la nouvelle tranche du prêt européen à ce pays depuis longtemps à bout, indiquent, une fois de plus, que les comptables sont surtout des idéologues ivres de libéralisme. Que le pragmatisme auquel ils se réfèrent constamment, n’est qu’une volonté, si peu cachée, de créer un glacis tiers-mondiste à l’intérieur de l’espace Schengen, où n’existera plus que bonnes affaires et force de travail bradé. Sans vouloir entrer dans les détails, soulignons deux des multiples niet à la proposition du gouvernement grec d’économiser sur les dépenses militaires, la troïka estime que les clauses contractuelles des contrats portant sur des armes sont ficelés de telle manière qu’il coûtera plus cher de les annuler que de les honorer. En d’autres termes, les bailleurs – prêteurs – vendeurs (essentiellement français et allemands), qui s’offusquent des dépenses grecques, ne sont pas prêts, à un sou près, à les limiter si celles-ci concernent leur industrie militaire. Par ailleurs, n’oublions pas que les prêts successifs à la Grèce avaient comme destination directe et finale, les banques européennes exposées à la dette grecque, et que ce pays n’a pu in fine utiliser que moins de vingt pour cent de ce prêt en augmentant sa valeur réelle de plus de trente pour cent. En d’autres termes, la Grèce n’a été qu’une courroie de transition pour renforcer les secteurs industriels et financiers de pays tiers européens et pour faire cela elle s’est enfoncée encore plus dans le gouffre de sa dette. Exit donc du programme d’économies toute réduction de dépenses militaires. La troïka n’en veut pas.

Exit aussi les montants prévus qui concernent la fraude fiscale. Ce n’est pas réaliste disent le FMI, le Conseil et la Banque Centrale Européenne : les sommes prévues doivent être saisies sur les retraites, les salaires et le licenciement des fonctionnaires et, une fois faite la preuve de l’efficacité de l’Etat grec de prélever des impôts indus, alors, on verra. Pour faire clair : d’abord on affaiblit les services, on paie l’inspecteur d’impôts avec des cacahuètes, et après on lui demande de contrôler les milliardaires. Je parie ma toute nouvelle paire de pompes italiennes, qu’après aussi la Troïka va se plaindre du manque d’efficacité contre la corruption. Il faut donc privatiser tout et n’importe quoi, en urgence absolue, puisque l’Etat, corrompu, n’arrive pas à percevoir des impôts de ceux-la même qui s’apprêtent à l’acheter. Le rapport de la troïka est truffé de ces incohérences sémantiques, on ne s’y attarde plus. Sur les onze milliards d’économies proposées la troïka a refusé près de deux milliards et demi. A chacun de ces refus on y décèle la même idéologie, si chère à Nikita Khrouchtchev  : ce qui est à nous est à nous, ce qui est à vous on en discute. Ainsi, toutes les propositions du gouvernement grec qui consistent à baisser encore plus les salaires, les retraites, les prestations sociales ont été acceptées haut la main. A une exception près : la limitation des médicaments et de l’appareillage sanitaire (près de 800 millions) ; il est vrai que l’industrie pharmaceutique est européenne, et que Siemens, qui a en Grèce le quasi monopole sur ce marché vient de racheter sa mauvaise conduite corruptive pour la somme modique de deux cents millions espérant (sic) un nouveau départ plein de promesses. Pour qui ?

Obsédé par la récupération de la nouvelle tranche du prêt européen, le Gouvernement grec, plie systématiquement à toutes les exigences de la troïka. Son unique ambition politique étant de pouvoir emprunter plus et de perdurer. Mais il n’est pas moins sensible à la réalité explosive du pays et de ses citoyens et du fait que, minoritaire, il est à chaque instant sous la menace de l’implosion, et de nouvelles élections qu’il perdra certainement. Il essaie donc d’adoucir les mesures, par simple réalisme. Ce qui n’est pas le cas de la troïka qui, ici et maintenant veut tout et tout de suite, quitte à participer à la déchéance du peuple grec (de toute évidence, cela lui importe peu), mais aussi à une situation chaotique, à l’avènement d’une gauche radicale et le sursaut d’un peuple (ce qui, certainement, ne serait pas très plaisant pour les technocrates bornés qui gouvernent l’Europe). Comme quoi, les leçons des dernières élections, heureusement pour le peuple grec, n’ont pas été suffisantes. On peut tromper quelqu’un tout le temps et plusieurs une fois, mais pas plusieurs fois et tout le temps disait  Abraham Lincoln. 




par Michel Koutouzis (son site) lundi 10 septembre 2012 - 33 réactions
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  • Par Aldous (---.---.---.209) 10 septembre 2012 13:27
    Aldous

    Je ne voudrais pas répondre à la place de Michel mais j’ai mon sidée :

    - Le marché des transports maritimes internationaux se fait à la City de Londres où sont domiciliées toutes les compagnies maritimes « grecques » dont vous parlez.

    Je ne vois pas le gouvernement de sa très gracieuse majesté collecter et envoyer à la Grèce un tel impôt. Déjà qu’ils ne veulent pas rendre les marbres du Parthénon !

    - Si l’état grec avait la bonne idée d’appliquer le régime fiscal -disons français- au patrimoine immobilier de l’église, il serait légitime que l’église lui dise « faites comme la France : nationalisez le patrimoine religieux et entretenez les églises aux frais du contribuable ».

    Je doute que l’état grec y gagnerait. Vous avez visité la Grèce ? Vous avez vu le nombre d’église et monastères ? Vous croyez vraiment que l’état grec aurait de quoi entretenir ce patrimoine même en ne nationalisant que ce qui a plus de 200 ans ? Déjà qu’il peine à entretenir le patrimoine antique !

    Allez donc voir ce qui se passe en GB où le patrimoine ecclésiastique est à la charge de l’église comme en Grèce : vente d’église aux enchères partout.

  • Par ROBERT GIL (---.---.---.190) 10 septembre 2012 11:34

    La partie qui se joue actuellement en Europe est digne de figurer dans les annales du poker, et le coup de la Grèce semble être la carte-maîtresse qui donnera au « vainqueur » d’après ce grand coup de bluff un sérieux avantage pour la suite du jeu...........

    http://2ccr.unblog.fr/2012/05/28/grece-le-coup-de-poker-des-marches/

  • Par Jean-Louis CHARPAL (---.---.---.233) 10 septembre 2012 16:10

    Que des gens non élus ( BCE, FMI, Commission européenne) dirigent directement l’Europe est un scandale.

    C’est bien la preuve que l’ultra libéralisme est un système totalitaire et dictatorial,absolument incompatible avec la démocratie.

    Pourtant Hollandréou en est un chaud partisan. Avec le TSCG il s’imagine clochardiser à perpétuité le peuple français et émasculer de façon irréversible la République française, cible honnie des ultra libéraux

    Tout ça pour plaire à ses maîtres : les banksters de la city, dont la troïka est le grand inquisiteur.

    Le peuple français doit se réveiller pour ne pas finir comme les grecs ou les espagnols.

    Si nous en arrivons là , il sera trop tard.

  • Par Aldous (---.---.---.209) 10 septembre 2012 11:56
    Aldous

    La police grecque a manifesté aussi contre les plans de rigueurs de la Troïka.


    http://www.radio-canada.ca/nouvelle...

    Message entendu parmi les slogans : ’Si le peuple descend dans la rue, nous serons à ses cotés !’

    La manif des policiers a été l’objet de heurts avec... la police.

    Un flic anti emeutes a témoigné anonymement : ’Ils nous font nous battre contre nos frères’

    Y’a comme un air de prise des Invalides un certain 14 juillet 1789.

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