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Tous héritiers de Michel Rocard sur l’immigration et la misère du monde ?

« Nous nous trouvons face à trois problèmes : la régulation de la production de richesses, celle de la circulation de l’argent et les menaces écologiques. Tous ces défis planétaires renvoient les hommes à leur aptitude à réguler leurs activités, à trouver un équilibre, à établir des seuils à ne pas dépasser. Cela nous interroge sur notre capacité en tant qu’humanité à nous organiser et à prendre des décisions ensemble. » (Michel Rocard, le 11 juin 2015).



L’ancien Premier Ministre socialiste Michel Rocard est né il y a 90 ans le 23 août 1930. Disparu il y a un peu plus de quatre ans, cet ambitieux dévoré par l’intellectualisme politique a marqué l’histoire de France par son pragmatisme dans sa capacité à gouverner, très éloigné de son caractère très cérébral qui théorisait toutes les problématiques. Le problème avec une "pensée complexe" (comme l’a dit plus tard un fidèle du Président Emmanuel Macron), c’est qu’elle propose trop de nuances dans une communication qui nécessite simplicité et clarté pour être comprise du plus grand nombre.

Comme avec beaucoup d’autres personnalités majeures de la vie politique, on peut toujours se poser la question qui tue : que restera-t-il d’eux dans les décennies prochaines ? Les Gambetta, Thiers, Clemenceau, Poincaré, De Gaulle, eux… on sait qu’ils ont vraiment marqué et la république pourrait se résumer exclusivement à eux dans une première esquisse, mais les autres, ceux qui ont été majeurs mais pas hypermajeurs ? Hélas, parfois, la postérité se réduit à un rien, toute une existence réduite à un incident (par exemple, Paul Deschanel), ou à une petite phrase.

Très étrangement, la mémoire de Michel Rocard continue régulièrement à vivre dans des conditions très farfelues. Il a quitté vraiment les devants de la vie politique intérieure en été 1994. Certes, il est resté encore une quinzaine d’années à agir dans les institutions européennes, mais il n’était plus "le" candidat putatif à l’élection présidentielle, et il avait compris très vite qu’il lui fallait éviter d’être réduit à une "petite phrase" qui avait fait polémique au moment où il l’avait prononcée : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. ». Or, cette petite phrase a été contestée par son auteur lui-même, en ce sens qu’il estimait qu’elle aurait été tronquée. Je peux m’avancer aujourd’hui pour affirmer que non, elle n’a jamais été tronquée et je peux le prouver à la fin de cet article.

Cette petite phrase a eu la même destinée, le même retentissement, qu’une autre, prêtée faussement à André Malraux : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas. » (on peut remplacer aussi "religieux" par "spirituel" ou "mystique"), qui a connu le même succès (et je ne parle pas de la phrase très faussement attribuée à Voltaire sur la liberté d’expression à cause d’une Britannique parmi ses meilleurs biographes). Mais revenons à la misère du monde de Michel Rocard.

Au moins deux Présidents de la République ont déjà participé à cette postérité involontaire, Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron. Si le second pourrait volontiers reprendre l’héritage du rocardisme, une sorte de social-démocratie europhile et entreprisophile, le premier a une tradition politique, une origine, une philosophie qui l’ont très longtemps éloigné de Michel Rocard. Et pourtant…

Et pourtant, dans une interview télévisée le 16 novembre 2010, le Président de la République Nicolas Sarkozy a évoqué la fameuse "petite phrase" de Michel Rocard sans préciser le contexte dans lequel il l’avait prononcée. C’était une récidive puisque dans son fameux discours sécuritaire le 30 juillet 2010 à Grenoble, Nicolas Sarkozy avait déclaré : « Je ne reprendrai pas la célèbre phrase de Michel Rocard dans laquelle je me retrouve : "La France ne peut accueillir toute la misère du monde". Je dis simplement, c’est un constat lucide. ». Déjà le 4 juillet 2008, intronisant ses nouvelles fonctions de Président du Conseil Européen, Nicolas Sarkozy, Président de la République, avait repris la formule rocardienne à la sauce européenne : « L’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde. ».

Candidat à la primaire LR de novembre 2016, Nicolas Sarkozy a encore récidivé dans "L’Émission politique" diffusée en directe le 15 septembre 2016 sur France 2 en répondant à une question de Léa Salamé : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Ce n’est pas un problème d’humanité, c’est un problème de pragmatisme. L’Europe est le continent le plus généreux au monde, arrêtons de culpabiliser ! ».

De même Emmanuel Macron, Président de la République, lorsqu’il a évoqué sa politique migratoire le 21 novembre 2017 dans un centre des Restos du cœur, dans le 10e arrondissement de Paris, a cité explicitement Michel Rocard : « On ne peut pas accueillir tous les gens qui viennent sur des visas (…) et qui restent après. Donc, après, il faut retourner dans son pays, je vous le dis franchement. Après, on aide les gens quand ils sont malades, mais je ne peux pas donner des papiers à tous les gens qui n’en ont pas. Sinon, comment je fais après avec les gens qui sont déjà là et qui n’arrivent pas à avoir un travail ? Il faut protéger les gens très faibles qui sont en insécurité chez eux, mais si vous n’êtes pas en danger dans votre pays, il faut retourner dans votre pays. Au Maroc, vous n‘êtes pas en danger. La France est un pays qui est généreux et fait respecter le droit d’asile et l’accueil de ceux qui sont fragiles. On prend notre part, mais on ne peut pas prendre toute la misère du monde, comme disait Michel Rocard. C’est très important de faire de la pédagogie. Quand des gens demandent des papiers, on a aujourd’hui beaucoup de gens qui ne sont pas dans la situation de demander l’asile, qui sont en grand fragilité, qui demandent des papiers, à qui on dit non et qui ne repartent pas dans leur pays. ».

"Comme disait Michel Rocard", probablement l’expression convenue pour instrumentaliser Michel Rocard qui s’en est mordu les doigts bien avant de s’éteindre.

Même Manuel Valls, rocardien sécuritaire notoire soutenu pour cette raison par Serge Dassault, à l’époque sénateur, a utilisé cette phrase à propos des Roms alors qu’il était Ministre de l’Intérieur, le 11 septembre 2012 sur BFM-TV : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde et de l’Europe. ». Et il a ajouté : « Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous permettre d’accueillir toutes ces populations qui sont souvent des damnés de la Terre, qui sont pourchassés dans leur pays, qui sont discriminés. ».

Voyant venir la mauvaise postérité de sa petite phrase, Michel Rocard a publié dès le 24 août 1996 une tribune dans "Le Monde" pour mettre en garde contre sa mauvaise interprétation : « "La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part". Prononcée par moi en 1990, la première partie de cette phrase a eu un destin imprévisible. Elle soulignait les limites inévitables que les circonstances économiques et sociales imposent à toute démarche d’immigration, et cela d’autant plus qu’on veut la conduire dignement. Ce rappel des contraintes pesant sur les responsables politiques a été perversement interprété comme un ralliement à une doctrine d’immigration zéro qui n’a jamais été la mienne et qui serait aussi irréaliste pour la France que dangereuse pour son économie. Au point qu’aujourd’hui, cette phrase (…) est séparée de son contexte et sert de caution tous azimuts pour légitimer, sans aucune considération des droits de la personne humaine, des impitoyables lois Pasqua de 1993, qui doivent être abrogées tout comme mon gouvernement avait fait abroger la loi Pasqua de 1986. ».

N’hésitant pas à citer De Gaulle, il a poursuivi : « J’ai déjà dit souvent, et je veux écrire explicitement ici, qu’on ne peut plaider pour le tout ou rien en matière d’immigration. Que nous ne puissions, à nous seuls, prendre en charge toute la misère mondiale ne nous dispense nullement de la soulager en partie. Au contraire. Dans la fidélité à elle-même, à ses principes, à son histoire, la France doit prendre loyalement, fièrement et généreusement sa juste part de cette misère. N’est-ce pas De Gaulle, qui proclamait : "C’est beau, c’est grand, c’est généreux, la France !". Ouvrons les yeux ! La France est la quatrième puissance économique de la planète et quelles que soient les difficultés actuelles, elles sont sans commune mesure avec celles de l’immense majorité du reste de l’humanité. La France prend sa part dans la misère du monde quand elle participe au développement d’un certain nombre de pays, notamment en Afrique. (…) L’histoire de la République nous oblige. La France n’est elle-même que lorsqu’elle est juste. Elle ne l’est pas quand on se laisse enfermer dans le paradoxe qui consiste à obéir aux injonctions de Le Pen sous prétexte de limiter son influence. Que les partis républicains réfléchissent tous ensemble à la question de l’immigration est une tâche urgente. Je l’avais engagée avec succès en 1990. Tout ce qui s’est produit depuis démontre qu’il est grand temps de la reprendre. ».

Michel Rocard a expliqué dans cette tribune que la petite phrase en question avait été initialement prononcée lors du 50e anniversaire de la Cimade (Comité inter-mouvements auprès des évacués, un service œcuménique d’entraide rassemblant des chrétiens de toutes confessions) à La Villette, à Paris, le 18 novembre 1989 (et pas en 1990 comme il l’écrivait dans sa tribune, ni en février comme certains l’ont évoqué, et peut-être que ces erreurs proviennent de la diffusion des deux émissions religieuses "Le Jour du Seigneur" et "Présence protestante" le matin du dimanche 18 février 1990 sur Antenne 2 qui ont rendu compte du rassemblement de novembre 1989 qui n’avait pas eu d’écho médiatique à l’époque).

Michel Rocard a confirmé cette version à l’éditorialiste politique de France Inter, Thomas Legrand, le 17 octobre 2013, car entre-temps, il aurait retrouvé les notes de son discours pour le 50e anniversaire de la Cimade de novembre 1989 et qui disait, selon lui, un petit peu différemment : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, raison de plus pour qu’elle traite décemment la part qu’elle ne peut pas ne pas prendre. ». Aucune preuve que cette phrase ait été réellement prononcée mais qui reste crédible, selon le journaliste de "L’Obs" Pascal Riché le 17 octobre 2013 : « La complexe double négation est très conforme au style de l’homme, ce qui rend la phrase crédible. Mais on est loin, dans le sens, de "mais elle doit en prendre sa part". Tout ce qu’il dit, c’est qu’il faut bien traiter les immigrés qui sont déjà en France. ». En fait, il n’a pas prononcé cette phrase précise (voir plus loin).

Cependant, à l’époque, personne n’avait encore retrouvé ces mots prononcés par Michel Rocard, alors Premier Ministre, à cette occasion (ce qui est très étrange pour l’occasion). Rue89, qui s’était penché le 5 octobre 2009 sur le sujet, avait réussi à avoir le témoignage d’une ancienne proche collaboratrice de Michel Rocard : « On ne saura jamais ce qu’il a vraiment dit. Lui se souvient l’avoir dit. En tout cas, dans son esprit, c’est ce qu’il voulait dire. Mais il n’y a plus de trace. On a cherché aussi, beaucoup de gens ont cherché mais on n’a rien. Il pense l’avoir dit à la radio il y a très longtemps. C’est un monsieur qu’on peut croire, il est de bonne foi. ».

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Le 26 septembre 2009, à l’occasion du 70e anniversaire de la Cimade, Michel Rocard a voulu enfoncer le clou contre les (supposés) détournements de ses propos : « Chers amis, permettez-moi, dans l’espoir, cette fois-ci, d’être bien entendu, de le répéter : la France et l’Europe peuvent et doivent accueillir toute la part qui leur revient de la misère du monde. (…) Que nous ne puissions à nous seuls prendre en charge la totalité de la misère mondiale ne nous dispense nullement de devoir la soulager autant qu’il nous est impossible. Il y a vingt ans (…), j’ai déjà voulu exprimer la même conviction. Mais une malheureuse inversion, qui m’a fait évoquer en tête de phrase les limites inévitables que les contraintes économiques et sociales imposent à toute politique d’immigration, m’a joué le pire des tours : séparée de son contexte, tronquée, mutilée, ma pensée a été sans cesse invoquée pour soutenir les conceptions les plus éloignées de la mienne. Et, malgré mes démentis publics répétés, j’ai dû entendre à satiété le début négatif de ma phrase, privé de sa contrepartie positive, cité perversement au service d’idéologies xénophobes et de pratiques répressives et parfois cruellement inhumaines que je n’ai pas cessé de réprouver, de dénoncer et de combattre. (…) Si j’ai été compris à l’inverse de mes intentions il y a vingt ans, c’est qu’à cette époque, une très large partie de la classe politique et de l’opinion française, de droite à gauche, s’était laissé enfermer dans le paradoxe consistant à obéir aux injonctions xénophobes de l’extrême droite sous prétexte de limiter son influence. Paradoxe qu’hélas, l’Europe politique tout entière s’est mise à partager. Le résultat en est que les vingt années écoulées ont été marquées par le développement d’une réglementation européenne sur l’entrée et le séjour des migrants fondée sur une vision purement sécuritaire. Comme si le seul rapport à l’étranger désirant la rejoindre que l’Europe puise avoir devait être la méfiance et le rejet. ».

Et de montrer les conséquences désastreuses d’une telle politique qu’il combattait : « Les conséquences de cette politique d’inhospitalité sont tout simplement tragiques et souvent criminelles : des milliers de morts en Méditerranée, dans l’Atlantique, ou au milieu du désert et, pour les candidats à l’exil, jamais découragés, des trajets toujours plus longs et dangereux, nos pratiques de rejets encourageant les filières mafieuses à s’engouffrer dans cette nouvelle manne de la traite des êtres humains. À l’intérieur de l’Union Européenne, ces législations fragilisent partout le respect des droits et des libertés de tous, en contribuant à renforcer une vision fantasmatique de l’immigration, un repli frileux sur soi et la peur de l’autre. (…) Il n’en reste pas moins, évidemment, que dans nos sociétés si complexes, si fragiles sur tant de points, les États ne peuvent pas laisser leurs portes grand ouvertes, mais ils ne doivent surtout pas les fermer non plus : il faut en finir avec le tout ou rien ! Le droit à l’émigration et le devoir d’hospitalité doivent s’exercer selon des règles qui les rendent acceptables par tous. ». Je reviendrai sur ce discours en fin d’article.

En fait, la première fois que Michel Rocard avait prononcé sa petite phrase, c’était le 3 décembre 1989 dans l’émission télévisée "Sept sur sept" sur TF1, animée par Anne Sinclair. À l’époque, chef du gouvernement, il avait adopté une politique très ferme sur l’immigration, et il venait s’en vanter devant les Français (ce qu’il avait aussi fait dans sa tribune du 24 août 1996 : « Je l’avais engagée avec succès en 1990 », déjà cité) : « Il faut lutter contre toute immigration nouvelle : à quatre millions… un peu plus, quatre millions deux cent mille étrangers en France, nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde : ce n’est pas possible (…). Les réfugiés, ce n’est pas une quantité statistique, c’est des hommes et des femmes qui vivent à Vénissieux, aux Minguettes, à Villeurbanne, à Chanteloup ou à Mantes-la-Jolie. Et là, il se passe des choses quand ils sont trop nombreux et qu’on se comprend mal entre communautés. C’est pourquoi je pense que nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde, que la France doit rester ce qu’elle est, une terre d’asile politique. ».

Il était même fier de l’efficacité de sa politique : « Nous sommes signataires de la Convention de Genève qui prévoit de donner accueil à tous ceux dont les libertés d’expression ou dont les opinions sont réprimées sur place, mais pas plus. Il faut savoir, le chiffre n’est pas encore public, je peux le donner aujourd’hui, qu’en 1988, nous avons refoulé, refoulé, à nos frontières 66 000 personnes ! 66 000 personnes refoulées aux frontières ! À quoi s’ajoute une dizaine de milliers d’expulsions depuis le territoire national pour l’année 1988. Et je m’attends à ce qu’en 1989, l’année n’est pas finie, les chiffres soient un peu plus forts. Autrement dit, je ne peux laisser personne dire que rien ne se fait. Cette politique est dure, il n’est pas question qu’elle soit médiatisée, mais nous devons le faire pour maintenir la cohésion de la société française et pour pouvoir intégrer, insérer, dans des conditions décentes ceux des immigrés qui sont chez nous en situation régulière, et qui sont, Dieu merci !, le plus grand nombre. ».

Sur les immigrés clandestins : « La France est un pays de droit : on ne les embarque pas par charter sans que la justice y mette son nez. Les tribunaux doivent se prononcer. Nous sommes un pays de droit. Mais nous ne pouvons pas en accepter davantage. ».

Dans cette intervention télévisée du 3 décembre 1989, Michel Rocard a clairement évoqué la politique de fermeté de son gouvernement, et sa petite phrase n’a pas été compensée par la seconde partie de l’idée, celle de devoir y prendre part. Michel Rocard, voyant l’étendue des dégâts médiatiques, s’est alors attaché à rajouter cette seconde idée pour réduire la portée de la première, mais il semble maintenant établi que l’interprétation que ses (supposés) "héritiers" ont faite à sa phrase n’a pas été finalement décontextualisée, au contraire de ce qu’il affirmait.

La preuve, c’est que Michel Rocard a répété à peu près le même message pendant les mois qui ont suivi. À l’Assemblée Nationale, le 13 décembre 1989 : « Tout cela se conjugue pour accroître dans des proportions insoutenables la pression de l’immigration venant du monde entier vers les pays développés. (…) L’importance de ces pressions nouvelles dit amener tout gouvernement responsable à adopter une démarche nouvelle. Puisque, comme je l’ai dit, comme je le répète, même si comme vous, je le regrette, notre pays ne peut accueillir et soulager toute la misère du monde, il nous faut prendre les moyens que cela implique. Cela se traduit par le renforcement nécessaire des contrôles aux frontières ; cela se traduit également par la mobilisation de moyens sans précédent pour lutter contre une utilisation abusive de la procédure de demande d’asile politique. (…) C’est cela même, cette volonté affichée, affirmée, traduite dans les faits, de lutter contre l’immigration clandestine, qui est la condition du traitement harmonieux que nous voulons tous pour les étrangers en situation régulière qui, eux, doivent pouvoir s’intégrer à notre nation (…) Rigueur à l’extérieur, intégration à l’intérieur ne sont pas seulement pour nous des slogans. Nous nous dotons des moyens de notre volonté. ».

Lors d’un colloque parlementaire sur l’immigration, quelques semaines plus tard, le 7 janvier 1990, face à des amis socialistes surpris du ton sécuritaire : « Aujourd’hui, je le dis clairement, je n’ai pas de plaisir à le dire, j’ai beaucoup réfléchi avant d’assumer cette formule, il m’a semblé que mon devoir était de l’assumer complètement : la France n’est plus, ne peut plus être une terre d’immigration nouvelle. Je l’ai déjà dit et je le réaffirme : quelque généreux qu’on soit, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde. (…) Le temps de l’accueil de main-d’œuvre étrangère relevant de solutions plus ou moins temporaires est désormais révolu. ». Encore à l’Assemblée Nationale le 22 mai 1990 : « Nous ne pouvons pas, hélas, soulager toutes les misères de la planète. ».

Même un de ses ministres, Lionel Stoléru (chargé du Plan), a alimenté cette idée lors d’un débat télévisé face à Jean-Marie Le Pen le 5 décembre 1989 sur la Cinq : « Le Premier Ministre a dit une phrase simple, qui est qu’on ne peut pas héberger toute la misère du monde, ce qui veut dire que les frontières de la France sont une passoire et que quels que soient notre désir et le désir de beaucoup d’êtres humains de venir, nous ne pouvons pas les accueillir tous. Le problème de l’immigration, c’est essentiellement ceux qui sont déjà là. ».

Mais Michel Rocard avait déjà développé toute une argumentation de fermeté à propos de l’immigration dans la politique qu’il menait. Ainsi, il déclara à l’Assemblée Nationale, dès le 6 juin 1989 : « Au-delà des divergences et sans chercher la polémique, je voudrais évoquer avec vous la réalité sous un double éclairage ; l’absolue nécessité de limiter l’afflux d’étrangers en France, l’impérieux devoir d’offrir à ceux qui vivent en situation régulière sur notre territoire la dignité et la sécurité auxquelles ils ont droit. Sur la nécessité de faire échec à l’immigration clandestine, tout le monde s’accorde et les divergences ne naissent que sur les moyens à mettre en œuvre. Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l’Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elle. Aussi bien, et si pénible que cela soit pour les fonctionnaires quotidiennement confrontés à des situations humaines déchirantes, nous faut-il résister à cette poussée constante. Pour autant, nous savons tous que nul gouvernement n’a le pouvoir, quand bien même il en aurait l’intention, de faire de notre pays une sorte de bunker parfaitement étanche. Notre histoire ne nous y porte pas et, de toute façon, notre géographie nous en empêcherait. À partir de ce constat, certains considèrent que la seule solution consiste à nous bâtir à l’étranger une réputation de rigueur suffisante pour dissuader l’immigration. Faisons en sorte, disent-ils, que tous les candidats à l’immigration clandestine sachent nos frontières infranchissables, et ils renonceront à venir. Je ne sous-estime pas cet aspect. Et Pierre Joxe [Ministre de l’Intérieur] n’a cessé d’attirer l’attention du gouvernement sur le fait que la France avait, dans certaines nations du tiers-monde, la réputation d’être moins inaccessible que d’autres pays européens. Nous en tenons compte et plusieurs dispositions adoptées par l’Assemblée la semaine dernière permettront une amélioration. ».

En fait, selon lui, aucune politique nationale ne pourrait dissuader un candidat à l’immigration à venir en France : « Au-delà, je voudrais que le problème soit enfin perçu au niveau où il se pose. Vue du fin fond de l’Afrique ou de l’Asie, la France est toujours la France, que son Premier Ministre soit socialiste ou président du RPR. Il y a quelque illusion à croire que des étrangers se livrent à une analyse juridique des dispositions applicables avant d’entamer un voyage auquel le désespoir les pousse. Il y a quelque naïveté à penser qu’il y ait pour eux une différence dans le fait que la loi en vigueur porte le nom de Pierre Joxe ou de Charles Pasqua. Non, mesdames et messieurs, si des lois strictes sont nécessaires, ce n’est pas à travers elles qu’on peut décourager les flux migratoires. Ceux qui vivent, ou plutôt, qui survivent, dans le plus extrême dénuement voient la France comme une terre de liberté et d’opulence. Et dans la situation où ils se trouvent, ils sont bien souvent prêts à affronter n’importe quel risque pour atteindre des pays qui, vus du leur, leur apparaissent comme une espèce d’Eldorado. Ainsi, pour lutter efficacement contre l’immigration, il faut agir sur les causes et pas seulement sur les effets. (…) Cela exige donc avant tout de mener une politique de coopération ambitieuse (…). La solution réelle du problème, elle est là, et là seulement. (…) Il nous faut avoir la volonté d’exercer un contrôle très strict aux frontières, et nous l’avons. Mais il nous faut aussi avoir la lucidité de savoir que cette solution ne pourra jamais être à la mesure du problème, qu’elle ne sera pas suffisante à le régler. Elle est un pis-aller nécessaire, tandis que le remède unique et véritable ne réside que dans le développement du tiers-monde. ».

Il faut aussi revoir le contexte : l’affaire du voile islamique à l’école allait démarrer le 18 septembre 1989 au collège de Creil et a provoqué une polémique qui a duré quinze années. Toute la classe politique était polarisée sur ce problème de l’immigration. Dans une interview diffusée le 10 décembre 1989 sur Antenne 2 et TF1, François Mitterrand, alors Président de la République, avait déclaré : « Ne me demandez pas mon avis sur le caractère moral, bien que j’aie quelque opinion, mais le seuil de tolérance a été atteint dès les années 1970 où il y avait déjà 4 100 000 à 4 200 000 cartes de séjour, comme à partir de 1982. ». L’expression "seuil de tolérance" utilisée par François Mitterrand avait provoqué une polémique et le Président se justifia dans le journal "Vendredi" le 12 janvier 1990 en expliquant qu’il n’avait fait que reprendre l’expression utilisée dans la question qui était : « Monsieur Mitterrand, est-ce que vous acceptez, comme une grande majorité de Français, cette notion qu’il y a en fait un seuil de tolérance ? Est-ce que c’est une notion que vous acceptez ? ».

Cela dit, c’est toujours instructif de voir ce qu’un gouvernement dit de gauche ressent lorsqu’il est au pouvoir à propos d’immigration : généralement, la fermeté l’emporte, car il est dans un esprit de responsabilité. La successeure de Michel Rocard à Matignon, la socialiste Édith Cresson a ainsi créé une polémique en justifiant l’emploi de "charters" pour expulser des étrangers en situation irrégulière, lors d’une interview dans le journal de 20 heures sur TF1 le 8 juillet 1991 : « Je comprends très bien qu’un pilote n’accepte pas qu’une personne extrêmement perturbée, extrêmement agitée, entre dans son avion. Il ne faut pas faire de cette façon-là, il ne faut pas prendre des lignes régulières. Il faut prendre un autre système, et ce sera fait (…). Vous appelez cela des charters. Les charters, ce sont des gens qui partent en vacances avec des prix inférieurs. Là, ce sera totalement gratuit et ce ne sera pas pour des vacances. Ce sera pour reconduire des gens dans leur pays lorsque la justice aura établi qu’ils n’ont pas le droit d’être chez nous. ».

On se souvient aussi du mot "sauvageons" pour qualifier de jeunes délinquants des banlieues (laissant même entendre une équivalence immigration/délinquance), mot employé le 10 janvier 1999 sur TF1 par le Ministre de l’Intérieur de l’époque Jean-Pierre Chevènement. Manuel Valls a montré aussi beaucoup de fermeté sur l’immigration lorsqu’il était au gouvernement (voir plus haut). Même Arnaud Montebourg, le 23 avril 2012, dans un odieux souci de récupération un peu grossière des 18% de voix de Marine Le Pen, a osé affirmer que la politique d’immigration du PS était la même que… celle du FN !! (dans l’émission "Mots croisés" animée par Yves Calvi sur France 2). Il a balancé en effet : « Dans le programme de Marine Le Pen, il y a cent dix mille cartes de séjour supplémentaires. Et quand Nicolas Sarkozy lui-même dit qu’il faut arrêter l’immigration, lui-même a plus régularisé que sous Lionel Jospin, je ne lui jette pas la pierre. Il y a un consensus dans la nation qui s’installe, y compris dans le langage du FN, pour dire que nous avons besoin d’immigration. ». Ce qui a fait réagir le politologue Olivier Duhamel, sur le plateau : « Je sais que vous avez besoin de ses électeurs pour le second tour, mais vous entendre dire qu’il y a un consensus, les bras m’en tombent ! ».

Du côté de l’opposition de la droite parlementaire, lorsque la gauche est au gouvernement, la surenchère est de mise. Ainsi, lors d’un dîner-débat à Orléans le 19 juin 1991, Jacques Chirac a lâché : « Le travailleur français qui habite à la Goutte-d’or et qui voit sur le palier d’à côté de son HLM une famille avec un père, trois ou quatre épouses, une vingtaine de gosses, qui touche 50 000 francs de prestations sociales sans travailler. Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, le travailleur français sur le palier, il devient fou. Ce n’est pas être raciste que de dire que nous n’avons plus les moyens d’honorer le regroupement familial. ». Ou encore l’emploi mûrement réfléchi et assumé du mot "invasion" pour parler d’immigration dans une tribune savamment dosée publiée par Valéry Giscard d’Estaing dans "Le Figaro Magazine" du 21 septembre 1991, la veille de son passage dans "Sept sur Sept" sur TF1.

En revanche, lorsque la gauche est dans l’opposition, il est généralement de bon ton d’affirmer que le gouvernement est beaucoup trop ferme avec l’immigration et qu’il ne respecte pas les droits de l’homme. C’était ainsi le cas de Michel Rocard dans sa tribune du 24 août 1996 où il demandait la régularisation des 300 personnes qui s’étaient réfugiées dans l’église Saint-Bernard et que le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Jean-Louis Debré, qui n’avait pourtant rien à voir avec Charles Pasqua dans sa philosophie générale, voulait déloger avec les forces de l’ordre. C’était le cas également lorsque Michel Rocard a fait sa déclaration le 26 septembre 2009 (citée plus haut) pour s’opposer à la politique migratoire de Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux.

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C’était le cas encore lorsque Michel Rocard, de nouveau invité par Anne Sinclair le 4 juillet 1993 dans l’émission "Sept sur sept", est revenu sur sa fameuse petite phrase. Le contexte avait complètement changé. Alors probable futur candidat à l’élection présidentielle, il était devenu le premier secrétaire d’un PS complètement lessivé par la défaite électorale de mars 1993, revenu dans l’opposition, et Charles Pasqua était revenu place Beauvau : « Nous sommes dans l’agitatoire d’une majorité qui veut consolider la sympathie de ses électeurs même quand ils pensent des bêtises. ». Et il a précisé à propos de sa formule sur la misère du monde : « C’est tragiquement une évidence. Et c’est précisément celle qui fait le problème. Mais laissez-moi lui ajouter son complément, à cette phrase. Je maintiens que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. La part qu’elle en a, elle prend la responsabilité de la traiter le mieux possible. Mais à partir de là, ce n’est pas non plus une raison pour que la France se charge de toutes les xénophobies du monde. ». Une rectification légèrement modifiée dans "L’Express" du 25 avril 1996 : « Si la France ne peut accueillir toute la misère du monde, elle peut tout de même en accueillir une petite partie. » (cité par Jean-Paul Alaux en juillet 1996 dans "Plein Droit" n°32).

Pour résumer, les rectificatifs de Michel Rocard n’ont pas été très convaincants : la formule qu’il avait énoncée le 3 septembre 1989 était sans seconde partie positive. Pourtant, au-delà de Michel Rocard, plusieurs rocardiens ont continué à citer cette seconde partie de la phrase, avec des différences si fantaisistes qu’elles prêteraient à sourire pour un tel manque de rigueur si le contexte n’était pas aussi tragique (le naufrage d‘un bateau transportant des réfugiés le 19 avril 2015 au large de la Libye). Ainsi, Michel Sapin le 20 avril 2015 sur France Info : « Souvenez-vous de ce que disait Michel Rocard, l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle peut prendre sa part de cette misère. ». Ou encore Bernard Kouchner le 21 avril 2015 sur LCI : « Complétons la formule de Michel Rocard, il a dit "on ne va pas prendre toute la misère du monde, encore faut-il s’y efforcer". »

Dans la presse, trois enquêtes ont cherché à trouver la preuve de cette seconde partie de phrase, mais aucune d’elles ne l’a trouvée.

Thomas Deltombe, dans "Le Monde diplomatique" du 30 septembre 2009, en est arrivé à la conclusion d’une imposture de Michel Rocard sur la fameuse phrase : « On ignore si la formule sur la "misère du monde" fut utilisée par le Premier Ministre lors de cette rencontre [de la Cimade le 18 novembre 1989]. On ignore également si la fantomatique "seconde partie" de la phrase, supposément "tronquée", a également été prononcée. Quand bien même ces deux morceaux de phrase auraient été prononcés, ils sont passés totalement inaperçus. Presque personne, à l’époque, n’a fait mention des propos, ni même du passage de Rocard à La Villette, exception faite des émissions religieuses chrétiennes. (…) Contrairement à la mystification qu’il inventera plus tard, Rocard n’a en réalité utilisé son intervention devant les militants d la Cimade, en incluant opportunément ces derniers dans son cercle d’amis, que pour laver son image. ». En fait, on n’ignore plus puisque le texte de son discours est maintenant connu, voir plus bas.

Zineb Dryef a enquêté pour Rue89 le 5 octobre 2009 et a terminé ainsi (Michel Rocard était encore en vie) : « Selon son entourage, harcelé à ce sujet depuis des années, Michel Rocard a eu besoin d’apporter une réponse définitive à la polémique sur cette petite phrase. Ou de renier la très sévère politique d’immigration menée par son gouvernement à la fin des années 80. Si vous avez assisté au cinquantième anniversaire de la Cimade ou que vous disposez d’une trace de l’intervention de Michel Rocard, n’hésitez pas à nous écrire. » (lire maintenant le discours intégral ci-dessous).

Juliette Debord, de "Libération", a conclu son enquête le 22 avril 2015 ainsi : « Que ces mots aient été, ou pas, prononcés, devant la Cimade, ne change rien au fait qu’entre 1989 et 1990, la phrase a bien été assénée par Michel Rocard sans cette seconde partie, comme une justification de sa fermeté vis-à-vis de l’immigration. Et non comme un encouragement à l’accueil des immigrés, dont veut se souvenir le PS aujourd’hui. ».

À cette époque (dans les années 2010), le site Vie Publique qui retranscrit de très nombreux discours politiques n’avait pas encore publié le texte du fameux discours du 18 novembre 1989 à la Cimade, mais le site consulté ce jour, le 23 août 2020, on peut y lire le texte intégral de Michel Rocard et aucun passage n’évoque ni la première ni la seconde partie de la fameuse phrase.

On peut seulement y lire : « Les politiques menées actuellement semblent marquées par une vision emprunte d’anachronisme : elles visent trop souvent encore à accueillir des gens en transit, alors qu’il s’agit, nous le savons bien désormais, d’intégrer dans notre société des hommes, des femmes et des enfants qui vont, dans leur grande majorité, demeurer sur notre sol. Mais si nous voulons cette politique, qui seule est humainement admissible et conforme à nos valeurs, il est clair que nous tiendrons bon sur la politique de restriction sur l’immigration décidée dès 1974 et que nous devons appliquer strictement. C’est dans ce sens que nous allons agir. ».

Poursuivant sur le droit d’asile (les dirigeants de la Cimade venaient de critiquer la politique du gouvernement Rocard sur la remise en cause du droit d’asile) : « Cela m’amène, bien entendu, à la question du droit d’asile (…). Il s’agit d’accueillir les personnes persécutées pour leurs opinions et leurs engagements notamment politiques, et elles seulement. Certes, les déséquilibres de la planète sont tels que dans bien des nations, la misère s’ajoute à l’oppression. Nous ne méconnaissons pas la situation difficile des hommes et des femmes privés de perspective de travail dans les pays de grande pauvreté. Les ONG qui se consacrent plus spécialement au développement savent bien que l’unique et durable solution à la misère d’un trop grand nombre de peuples, ce n’est pas leur déplacement vers les pays développés, mais le développement de leur pays. Nous ne ménageons pas nos efforts en ce sens. Mais il n’est pas normal, il est même dangereux, de vouloir faire passer les uns pour les autres. Car à confondre les réfugiés politiques et les demandeurs d’emploi, nous finirons par mettre en danger la Convention de Genève elle-même, et, par conséquent, tous ceux pour qui elle est faite. ».

Donc, à cette lecture, il est très clair que Michel Rocard, voulant se refaire une virginité à gauche à propos de la politique d’immigration, a tenté et réussi à effacer ses propos très fermes de ses années à Matignon. Était-ce avec une visée présidentielle ? Évidemment, puisque chef du PS, seul leader populaire, il était le seul à pouvoir relever le défi de l’élection présidentielle de 1995 pour le compte des socialistes, mais pour gagner le premier tour (c’est-à-dire, pouvoir être qualifié au second tour), il fallait convaincre la gauche du PS de se rassembler dès le premier tour sans attendre le second tour. Or, sa fermeté sur l’immigration était un obstacle au rassemblement des gauches. Les justifications après 1995 n’ont plus de visée présidentielle mais seulement une volonté de réécrire l’histoire pour sa postérité.

Et puis, même s’il n’a pas dit ce qu’il prétend avoir dit en 1989, donnons-lui au moins le droit qu’il puisse changer d’avis, ou plutôt, nuancer son avis. Finalement, sur l’immigration, son discours du 26 septembre 2009, toujours devant la Cimade, paraît comme un testament politique intéressant à lire et à méditer, au-delà des autojustifications que j’ai citées plus haut.

Je termine ainsi par ces quelques autres extraits de ce discours du 26 septembre 2009 qui pourraient encore servir plus de dix années plus tard.

Quitter la vision eurocentrée : « Au niveau international, c’est un gouffre d’incompréhension et de rancœurs qui se creuse avec les populations du Sud et leurs gouvernements, qui se voient souvent contraints de se plier à un marchandage humiliant entre l’aide au développement et la participation au contrôle policier des mouvements migratoires. (…) Dans le même temps, la prévision d’une croissance démographique soutenue, notamment pour l’Afrique dont la population devrait doubler d’ici à 2050, accompagnée des dérèglements climatiques et de leurs conséquences sur la vie des populations, n’annonce-t-on pas plus de 100 millions de "réfugiés climatiques" pour le milieu de ce siècle ?, souligne encore, si besoin en était, que les migrations sont encore pour longtemps non pas derrière mais devant nous. ».

Garder son humanité : « La réglementation actuelle ne proposant aucune solution réelle au problème, il y a donc urgence pour l’Europe à inventer d’autres règles, se fondant sur le respect du droit international et les principes des droits humains dans le cadre d’une vision réaliste des conditions économiques et sociales de l’intégration des immigrés basée sur une nouvelle lecture du monde, des risques et des chances de son avenir prévisible. ».

I have a dream : « Cette nécessité impérieuse de transformer les logiques à l’œuvre depuis vingt ans, j’aimerais qu’elle trouve en premier lieu sa concrétisation par un changement des pratiques politiques développées en France à l’égard de la question de l’immigration prise dans son ensemble. Je fais le rêve que la France ouvre là-dessus le chemin de l’avenir, en osant poser les bases de cette politique d’hospitalité sans laquelle elle-même et l’Europe perdront inévitablement le sens des valeurs politiques et éthiques qui les fondent, et l’art de vivre en commun qu’elles peuvent seules garantir. ».

Nicolas Sarkozy et Edgar Morin : « Le Président Sarkozy, reprenant à son compte le concept d’Edgar Morin, a soutenu la nécessité de promouvoir une "politique de civilisation". Il me paraît clair qu’une politique de civilisation implique une vision tout à fait neuve du fait migratoire et de la façon de le penser et de le traiter en France et en Europe. C’est un pas symboliquement fort que de renoncer au recours aux tests ADN voulu par la majorité parlementaire. (…) Mais il y a d’autres aspects où une semblable intervention s’impose si l’on veut que notre politique d’immigration renonce aux inhumanités qu’elle entraîne parfois et qui défigurent notre pays. ».

Trois points à faire évoluer selon lui, le premier sur les quotas : « Le premier porte sur la fixation de quotas annuels d’expulsions du territoire. Pas besoin de longues phrases pour dire ce qu’il y a d’humainement inacceptable dans le fait de donner à la police un objectif chiffré de ce type. Je ne nie pas la nécessité de recourir dans certains cas à des expulsions. Mon gouvernement aussi l’a fait. Mais c’était dans le cadre des actions de police normales de maintien de l’ordre public. Les quotas entraînent, au contraire, les services policiers à mener une sorte de traque pour atteindre l’objectif fixé par les préfets, avec le risque permanent des drames que l’on déplore trop souvent. ».

Le deuxième sur les atteintes à la vie familiale : « Aujourd’hui, la politique de rétention et d’expulsion des migrants, en effet, n’épargne pas les couples et les familles, enfants compris, et semble souvent bien éloignée du respect élémentaire des libertés individuelles, banalisant des législations d’exception. ».

Le troisième point sur les permis de séjour : « On estime qu’il y a en France entre 100 000 et 150 000 immigrés en situation irrégulière mais pourvus d’un travail, logés, pratiquant le français et donc pleinement intégrés à notre vie sociale et dont la grande majorité est originaire de nos anciennes colonies, et relèvent donc tout spécialement de "notre part". Je ne plaide pas pour une régularisation massive, comme on dit, car je pense au contraire qu’une politique d’intégration implique l’examen cas par cas. Mais à condition que l’objectif soit de donner un permis de séjour à tous ceux dont l’intégration constatée établira la vocation à vivre parmi nous. L’éthique des droits humains nous l’impose, mais aussi bien une politique responsable, car quel sens y a-t-il à maintenir sans permis de séjour des hommes et des femmes dont le travail contribue à l’activité du pays, souvent dans des secteurs où les Français ne se bousculent guère, et dont les enfants sont scolarisés dans l’école de la République ? ».

Identité et immigration : « Pour une politique d’hospitalité en Europe, il est temps de sortir de la logique folle qui voudrait protéger nos libertés et notre identité en sapant les fondements même de notre humanisme. Il est urgent de redonner sens et contenu aux principes d’égalité et de fraternité, en restaurant un droit stable et protecteur, permettant à celles et à ceux qui ont vocation à rester sur le territoire européen d’accéder à une véritable citoyenneté de résidence. ».

Les logements sociaux : « Je suis heureux d’avoir pu faire adopter la loi qui oblige toutes les villes à construire au moins 20% de logements sociaux dans toutes leurs constructions neuves. Il y a encore des réticences à son application. Il faut en chercher les raisons, et peut-être durcir les sanctions. ».

En finir avec une législation surréaliste : « Il faut (…) débarrasser notre législation de toute disposition ou contradiction tendant à créer cette catégorie inadmissible d’étrangers non régularisables non expulsables. ».

…Alors, reste-t-il encore des rocardiens dans la salle ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours de Michel Rocard le 18 novembre 1989 à Paris pour le 50e anniversaire de la Cimade (texte intégral).
Tous héritiers de Michel Rocard sur l’immigration et la misère du monde ?
Victime du cynisme socialiste.
Pierre Mendès France.
Méthode, combat politique et personne humaine.
Michel Rocard (1930-2016).
Michel Rocard, ambassadeur chez les pingouins et les manchots.
Le congrès de Metz.
Rocard et la Libye.
Rocard et Ouvéa.
Rocard roule pour Delanoë.
Opéré du cerveau le 30 juin 2007 à Calcutta.

_yartiRocardH03
 


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55 réactions à cet article    


  • Mon proche (je peux le dé« voiler ») a fait de longues promenades en vol à voile avec lui. Ce que je peux révéler : Mitterrand,( on s’en doutait : UN TUEUR). Un véritable héritier de Pierre Mendès France....Pour le reste des crapuleries n’aimant pas la délation (comme le gus MYTHE,...) je me réserve,... 


    • Gollum Gollum 24 août 17:04

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      D’une : on s’en fout complet.

      Deux : votre proche qui plane, tout comme vous, a l’air d’avoir une bonne dose de mythomanie, tout comme vous.

      Mais comme je l’ai déjà dit : qui se ressemble s’assemble..

      Mais à vrai dire je ne crois même pas que vous ayez un proche...

      Car franchement je me demande comment sont les conversations entre vous.


    • @Gollum Mais je m’en fous que vous ne me croyiez pas. Tiens, mon amie qui vient de me quitter après un bel échange est l’amie de la nièce de Mitterrand. Le monde est petit vous savez,...http://www.volavoile.net/index.php?showtopic=12336


    • Le421 Le421 24 août 19:03

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Et au fait, vous prenez quoi comme produit ?
      Parce que ça « poque » sévère...
      Doit y’avoir du pognon à se faire chez les dealers !!  smiley


    • mmbbb 24 août 22:11

      @Mélusine ou la Robe de Saphir. c est du passe : Le temps fait toujours son oeuvre et le mythe Miittérand entretenu par la gauche s effritera L histoire le remettra à sa juste valeur . En l occurrence lorsqu il fut ministre sous la quatrieme republique et qu il couvrit les exactions en Algerie Desormais cette guerre ne se limite plus a l OAS . Une autre erreur , Mitterrand le statege , voulait clouer l Allemagne avec l Euro , L Allemagne n a pas ete clouee , nous, nous sommes coulés . Sa période trouble durant la guerre dont PEAN n a fait que confirmer l ambiguité du personnage . C est plutot de Gaulle qui demeure une image , un repere , 
      Mitterrand , l historien integre ne retiendra de Mitterrand , celui de la quatrième , l image qui lui sied , l homme politique de la compromission , l opportuniste , le magouilleur 
      Cette gauche est désormais morte ! Et la France regresse !


    • Pierre Régnier Pierre Régnier 25 août 07:36

      @mmbbb

      La fin de votre commentaire est ambigüe. On pourrait croire que c’est parce que la « Gauche » mitterrandienne (celle de la compromission, de l’opportunisme, de la magouille) est morte que la France régresse.

      Je crois que si, malgré les médias qui font tout pour les en dissuader, les jeunes solidaristes de la France actuelle réanimaient, en en corrigeant les erreurs, l’idéologie de la Gauche rocardienne ou, mieux encore, chevènementiste (même si Chevènement ne se dit plus de gauche) La France pourrait redevenir un pays porteur d’espoir.


    • Et je peux même vous dire que se retenir de faire ce que le corps exige durant 7 heures de vol est un vrai problème dans les airs. Et quand mon proche lui a expliqué comment fonctionnait le socialisme en Belgique, Rocard était plié de rire. Mais sur Mythe errant : à vomir...


    • @Pierre Régnier Rocard était surtout mendésien. Rako a zappé. 


    • Pierre Régnier Pierre Régnier 25 août 10:31

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Oui, Rocard était mendésien (ou mendésiste). Nous l’étions tous plus ou moins, au PSU, et je le suis toujours. Cette filiation - Mendès France, Rocard et encore, pour les anciens de la JOC comme moi, Emmanuel Mounier - n’a plus beaucoup de suite dans la politique actuelle, et je pense que c’est l’une des raisons qui la font si peu porteuse d’espoir.

      Toute politique qui, aujourd’hui, n’invite pas les jeunes à rejeter les idéologies sans distinguer leurs contenus est considérée comme dépassée


    • chantecler chantecler 25 août 10:35

      @Pierre Régnier
      M. Rocard sorti du PSU avec un groupe , est entré au PS et y a amené « la 2 ème gauche » réformiste autrement dit la collaboration avec le capitalisme , et plus tard le néolibéralisme .
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Rocard


    • Pierre Régnier Pierre Régnier 25 août 11:14

      @chantecler

      Je suis assez d’accord là-dessus. Le principal défaut de Rocard c’est qu’il voulait absolument occuper un pouvoir politique au plus haut niveau. D’une certaine manière cette « exemplarité-là » a, elle, bien des adeptes aujourd’hui « à gauche ».
      C’est évidemment le Rocard d’avant cette dérive qui reste pour moi une bonne référence. Il reste l’un de ceux qui m’ont conduit à ma certitude politique actuelle.
      Nous avons à réaliser l’idéal républicain amélioré : LIBERTÉ, ÉGALITÉ (mais pas seulement en Droit) et SOLIDARITÉ (la FRATERNITÉ ne se décrète pas).
      Ça peut se dire résumer mieux encore ainsi : Socialisme Écologique et Libertaire.


    • @Pierre Régnier
       Le pouvoir, c’est toujours le déni de la castration et ne peut que conduire à se pervertir...Etant malgré tout assez droit dans ses bottes il s’est inconsciemment arrangé pour se faire éjecter. Pierre MENDES FRANCE aussi n’a pas tenu longtemps. Mais l’important est qu’il ont laissé une filiation. 


    • chantecler chantecler 25 août 12:22

      @Pierre Régnier
      Ben oui, ça le démangeait le Rocard de ne pas avoir eu de poste de ministre ...


    • mmbbb 30 août 14:24

      @Pierre Régnier  Je me suis mal exprime donc acte . Mitterrand a ete elu puisqu a l epoque , Chirac avait savonné la planche de Giscard et que la presse de gauche tout entiere etaient dévouée et tres peu critique , L educ pourtant neutre sur le papier distillait aussi la propagande , Il est aussi a noter que Giscard bien que diplome n a a pas fait preuve d une grande intelligence , On ne va pas se compromettre avec un empereur de pacotille . Quoi qu il en soit , de la gauche, il ne reste plus grand chose , ce n est pas Melenchon et encore moins Hollande et son fils putatif Macron qui ont ete et seront une force de proposition . Quand dans un pays , un chauffeur de bus peut se faire tuer comme jadis le faisait les nazis , et que lors des funérailles ces leaders de gauche ne se sont pas déplaces , ces personnes de gauche sont exécrables , Les mêmes qui soutiennent la famille Traoré , Hollande ayant ete au chevet d un noir , a l hopital , délinquant notoire , ayant donne une fausse plainte , concernant l usage d une matraque de CRS . Cette gauche , n est pas l avenir , Je croirais plutôt a un rassemblement de personnes pronant l etat souverain et le retour a l etat de droit et la stricte appliquée des lois Mais ce n est qu un vague espoir .
      Quoi qu il en soit on laisse a ces jeunes un pays delabre , pas tres beau avoir 
      et leurs aieux dont les politiques ont la responsabilté 


    • Il aurait simplement dû s’exprimer autrement : on ne peut pas accueillir tous les délinquants du monde. Mais là, cela aurait fait « BOUM ». 


      • Septime Sévère 24 août 12:32

        Rocard était vélivole. Il lui sera beaucoup pardonné. 


        • Septime Sévère 24 août 13:41

          @Septime Sévère
          .
          Tiens, je n’avais pas lu Mélusine à propos du planeur. C’est de sa faute, hein, parce que si elle n’écrivait pas des pages et des tonnes de n’importe quoi !


        • @Septime Sévère J’écris n’importe quoi pour que vous arriviez à déchiffrer,... Quand on fait le tour de la Suisse en vol à voile, certaines choses se disent qu’il vaut mieux ne pas crier sur la voie publique,.. CAPICE.


        • Octave Lebel Octave Lebel 24 août 12:58

          Pourquoi délayer ainsi votre propos ?


          L’immigration, c’est un sujet d’importance, pas le gloubiboulga indigeste que l’on nous sert à chaque fois qui suscite des débats sans fin qui nous divisent encore un peu plus.

           

          Ce serait bien de distinguer méthodiquement l’immigration légale, les réfugiés qui relèvent du droit d’asile et les clandestins. Que nous puissions avoir un observatoire indépendant de l’immigration avec un rapport annuel, des projections démographiques pour ne pas laisser le sujet aux apprentis-sorciers, un débat démocratique public comme en principe une république sait le faire sur qui fait, a fait quoi, quels sont les objectifs  et quelles sont les mesures à prendre. Pas la vieille technique du rapport qui finit dans un tiroir ou permet toutes les mises en scènes et comédies en vue de survie ou d’ascension électorale que nous avons trop vues.

          Parce que pour le moment, c’est typiquement la boule puante électorale avec laquelle jonglent quand c’est utile nos habiles pêcheurs d’électeurs en joutant entre eux et avec les leaders identitaires trop contents de l’aubaine de conforter leur emprise, leur petite carrière et leurs petits chantages locaux et nationaux . Autrement dit, gueule de bois garantie pour le plus grand nombre après les élections.

           

          C’est un sujet structurant puisque chacun peut voir que la composition démographique de notre société du point de vue des origines géographiques et culturelles évolue et que ne pas y réfléchir et en débattre c’est laisser le terrain aux démagogues et aux aventuriers.

          C’est structurant aussi parce que les sonneries de cor médiatiques associées aux petits arrangements locaux plus discrets ont abouti lentement mais sûrement à des ghettos dont personne ne revendique la responsabilité maintenant .Beaucoup pourraient se donner la main.

          C’est structurant parce qu’il y a évidemment un travail à faire sur la politique de la ville et plus largement sur l’aménagement du territoire (transports, présence des services publics, implantations des établissements scolaires et carte scolaire etc.).

          Vous voyez, il y a de quoi se concentrer au lieu de délayer, de réfléchir  et se relever les manches.


          • Octave Lebel Octave Lebel 24 août 13:00

            @Octave Lebel

            Oublier le logement !

            "C’est structurant parce qu’il y a évidemment un travail à faire sur la politique de la ville et plus largement sur l’aménagement du territoire (transports, logements, présence des services publics, implantations des établissements scolaires et carte scolaire etc.)."


          • mmbbb 30 août 14:37

            @Octave Lebel Vous êtes naif ? deux chiffres qui ne sont jamais cites , le cout indirect de cette immigration : logement sante educ et le cout de la délinquance
            Le seul economiste ayant aborde ce sujet et qui n est jamais cite « Maurice Allais » .
            Les francais paient , ne cessent de payer . Lorsque que lors de la crise du COVID 19 ceux ci ont ete classe dans la rubrique perte et profit , cela démontre l etat de notre societe
            Le departement , Mayotte est un bon exemple de ce qui arrivera !

            Quand Macron ( la il fut de bonne volonte ) convoqua Borloo pour un n ieme plan banlieue, et que ce dernier lui annonca la note , pres de 50 milliards d euros , il renonça !

            Quant au projection demographique , relisez les travaux de la demographe Michele Tribalat 
             
            Vous êtes naif ! Vous semblez decouvrir l eau tiede 
             


          • Septime Sévère 24 août 13:36

            Il faut beaucoup pardonner à Rocard qui n’a pas eu la vie facile. 

            Déjà, ce n’est pas facile d’être le frère de la bombe atomique, puisque son papa en était le père.

            Ensuite, Mitterrand l’a mis premier ministre pour avoir des motifs à le balayer.

            Enfin, Rocard a raconté sur France Culture que son papa l’a fait embaucher comme préparateur de manips à l’Ecole Normale Supérieure afin qu’il ait un salaire pour payer sa pension chez ses parents, papa Rocard ne voulant pas entretenir un garçon qui voulait faire du droit au lieu de sciences. 

            Je connais moi-même un physicien, un vrai, pas un formé par O.C., qui a même créé une boîte d’appareillages de mesure, et qui jeune sans être normalien a fait le même boulot à l’ENS-Sciences. Il connaissait le papa de Rocard qui l’a initié à l’art du sourcier, un dada du père de la bombe atomique. Ce physicien élève de Rocard père a voulu m’initier moi-même. On n’emploie plus le coudrier, mais des tringles de fil de fer en équerre tenues à la main par des manchons cylindriques. Il m’a dit de marcher avec les trucs jusqu’à ce que je passe au-dessus de sa conduite d’eau, et alors les machins allaient se mettre à trembloter. C’est bien ce qui est arrivé, juste au-dessus de la conduite. 

            Suis-je donc convaincu par la sourcellerie ? Non, pas du tout, car ce physicien en infraction flagrante avec toute méthode scientifique a commencé par me dire d’abord où passait la conduite !


            • Emin Bernar Emin Bernar 24 août 14:17

              c’est indigne de réduire Rocard à une phrase ! Rocard ce sont des décisions (pour sortir de la crise en Nouvelle Calédonie), des réalisations (le RMI), des engagements (en faveur de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne), des idées qui dérangent (réformer l’orthographe,le français phonétique), une façon de parler stylée, attachante,des erreurs aussi (un propos élogieux sur Céocescu), des ennemis, un ennemi ignominieux... Au total pour moi le seul homme politique de gauche des 50 dernières années ,le meilleur d’en nous !


              • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 24 août 14:32

                @Emin Bernar

                Et pis de grandes douleurs familiales ...il venait tous les ans passer un mois a Raiatea.


              • Pierre Régnier Pierre Régnier 24 août 21:55

                @Emin Bernar

                Rocardien du PSU, j’ai été déçu quand notre secrétaire national a rejoint le PS. Mais je pensais qu’il allait au moins y animer un fort courant de gauche. Même si Rocard n’a pas démérité, comme vous le dites, c’est Chevènement qui animait la Gauche du PS.
                Rakotoarison nous dit que celui-ci aurait contribué à établir la sotte équivalence immigration/délinquance, mais le texte auquel il renvoie ne montre rien de cela.
                Chevènement est toujours là, et toujours intéressant, mais il a contribué activement a l’islamisation de la France.

                On ne peut plus attendre de Rocard qu’il revienne sur ses erreurs. Mais j’espère que Chevènement reconnaîtra la sienne, énorme, et s’efforcera d’en détruire les effets.


              • sylvain sylvain 24 août 14:32

                Il faut (…) débarrasser notre législation de toute disposition ou contradiction tendant à créer cette catégorie inadmissible d’étrangers non régularisables non expulsables. 


                 nous n’acceptons pas que tous les étrangers viennent, en même temps, nous sommes humainement incapable de les renvoyer ailleurs quand ils sont là, soit que personne ne veuille les accueillir, soit qu’il nous semble trop inhumain de forcer une personne à retourner dans un pays ou elle ne veut plus vivre .

                Ce n’est donc pas un problème de loi, c’est un problème de sensibilité ou un problème technique  : comment virer manu militari des individus de notre monde un peu confortable, ou comment accepter les flots incessant d’arrivants ou les faire cesser d’arriver


                • babelouest babelouest 24 août 17:07

                  Une amie un jour s’est retrouvée face à Rocard : deux listes de gauche, obligeant à une primaire. Malgré les énormes réticences des militants, par des pressions il a réussi à être LE candidat pour des législatives. Et mon amie de noter dans son autobiographie :

                  Et de moi, Rocard dira :

                  Tu es charmante, mais nous avons des sensibilités différentes.

                  Ça, c’est sûr !

                  Elle, avait pour co-listier.... un communiste ! C’était à la fin des années 70.


                  • Claudec Claudec 24 août 17:48

                    Ce qui se réduit au contrôle du binôme économie-population, dont l’évolution se confond avec l’histoire de l’humanité.

                    Voir à ce sujet : https://pyramidologiesociale.blogspot.com

                    Mais encore faut-il en avoir conscience, ce qui ne semble pas avoir été évident de la part de Rocard plus que de tout autre politicien, lesquels se perdent trop facilement dans des analyses aussi alambiquées que le présent article ; lequel, bien qu’un peu longuet, ne manque pas d’intérêt. 


                    • ZenZoe ZenZoe 24 août 17:49

                      Laissons donc Rocard en dehors de tout ça ! Il faudrait arrêter de ressortir cette phrase, tronquée ou pas, à tout bout de champ. Qu’est-ce qu’on en a à faire de l’opinion personnelle d’un simple ministre, même cultivé, et plus de 25 ans plus tard ?

                      En démocratie, il n’y a pas de parole divine, pas d’avis supérieur qui serve d’argument définitif. Il n’y a que l’avis de la majorité. La majorité veut accueillir toute la misère du monde ? Ouvrons grand les portes. Elle préfère laisser la misère du monde dehors ? Fermons les portes.

                      C’est tout simple au fond, mais certains ont du mal avec le concept de démocratie.


                      • Claudec Claudec 24 août 19:59

                        @ZenZoe

                        Et d’autre avec celui de majorité, ce qui par les temps qui courent peut se comprendre.


                      • Surya Surya 25 août 11:45

                        Bonjour ZenZoe,
                        .
                        Sur le principe, vous avez raison, mais vous oubliez, me semble-t-il, deux choses :
                        .
                        La première, c’est que ce que vous dites est valable uniquement si des référundums réguliers prennent le poul de l’opinion de la majorité à un instant T. Alors, seulement, on sait ce que la majorité veut. Seule une démocratie du référundum est une vraie démocratie.
                        .
                        La deuxième est que vous avez mis la charrue avant les boeufs. Je m’explique : comme vous le faites remarquer, l’opinion majoritaire est quelque chose qui peut changer. Et elle peut changer aussi, et surtout, en fonction de ce qu’on fourre dans le crâne des gens. Les gens ne sont pas des imbéciles, loin de là, mais il est parfois très difficile de détecter, et ensuite résister à, la propagande...
                        .
                        C’est pour ça que si un gouvernement pro « portes grandes ouvertes » arrive au pouvoir, même s’ils n’ont pas mentionné l’immigration dans leur campagne électorale, il ne se passera pas longtemps avant que la majorité veuille « accueillir toute la misère du monde.
                        Au contraire, si un gouvernement anti immigration arrive au pouvoir, vous allez soudain voir des milliers de monsieurs et madames tout le monde qui n’avaient jusque là aucun problème, ou peu de problèmes, avec l’idée d’accueuillir des immigrés, devenir, plus ou moins rapidement, les pires des xénophobes.
                        .
                        Malheureusement, la phrase »la France ne peut accueillir toute la misère du monde« (sans les rectifications ultérieures), de part la récupération dont elle a fait l’objet, a fait monter la xénophobie en France.
                        .
                        C’est donc pour cette raison qu’une démocratie du référundum est non seulement la vraie démocratie, mais également quelque chose de finalement assez dangereux : on commence par manipuler l’opinion publique, de façon volontaire, puis ensuite quand le peuple est prêt, on organise un référundum et on peut alors lui faire voter les lois les plus inhumaines et impitoyables que l’on souhaite mettre en place.
                        Sans système de référendum avant chaque décision, le bourrage de crâne aura alors pour effet que le peuple restera indifférent aux lois inhumaines qui seront votées, et à ceux qui les subiront et en auront, parfois, leur vie complètement brisée.
                        .
                        D’une certaine façon, ça revient au même.
                        .
                         »il est temps de sortir de la logique folle qui voudrait protéger nos libertés et notre identité en sapant les fondements même de notre humanisme."
                        L’identité de la France étant, justement, l’humanisme, c’est en sapant son humanisme que l’on détruit son identité. Les personnes xénophobes passent complètement à côté de cela.


                      • S.B. S.B. 25 août 13:26

                        « si un gouvernement pro « portes grandes ouvertes » arrive au pouvoir, même s’ils n’ont pas mentionné l’immigration dans leur campagne électorale, il ne se passera pas longtemps avant que la majorité veuille « accueillir toute la misère du monde »

                        C’est un leurre d’imaginer cela. C’est une vision naïve et enfantine des choses.

                        « si un gouvernement anti immigration arrive au pouvoir, vous allez soudain voir des milliers de monsieurs et madames tout le monde qui n’avaient jusque là aucun problème, ou peu de problèmes, avec l’idée d’accueuillir des immigrés, devenir, plus ou moins rapidement, les pires des xénophobes  »

                        C’est également un leurre. 

                        Plus que ce qu’« on leur fourre dans le crâne », les gens se font surtout leur propre opinion d’après ce qu’ils voient, entendent et constatent par eux-mêmes. 

                        J’ignore si l’humanisme est l’identité de la France, quoique je doute que les Italiens ou les Espagnols, par exemple, soient moins humanistes que nous, mais le premier mot de la devise de la France est « liberté ». Une liberté de l’individu à laquelle nous tenons beaucoup. La liberté des femmes de mener leur vie personnelle comme elles l’entendent sans le joug d’un père, d’un frère, d’un groupe qui leur dicte plus ou moins gentiment sa loi, la liberté de vivre au grand jour une homosexualité, la liberté de conscience, la liberté de rire de ce que l’on veut y compris de ce qui est considéré comme sacré par d’autres...

                        Or, si on voit (et on voit) que des immigrés ou de leurs descendants sont, culturellement, foncièrement hostiles à ces libertés fondamentales, qu’ils élèvent leurs enfants dans cette hostilité, on est en droit de s’interroger sur cette immigration et sur ses effets délétères dans la société, sans pour autant que « on » nous ait fourré quoi que ce soit dans le crâne. L’humanisme, d’ailleurs, consisterait justement dans ce cas à s’interroger sur comment préserver ces libertés fondamentales. Cette interrogation n’a d’ailleurs pas de rapport avec la « xénophobie », qui est par définition l’hostilité de principe à tout étranger en tant que tel et quel qu’il soit. C’est un mot-valise qui vise à empêcher un débat et à nier la complexité des situations. 

                        Un immigré n’est pas un hologramme évanescent intrinsèquement bon et victime, à la cause duquel il faudrait automatiquement adhérer de façon théorique juste parce que « immigré ». C’est une personne qui a un passé et une culture, comme un non-immigré d’ailleurs. 


                      • Surya Surya 25 août 15:18

                        @S.B.
                        Non, ça n’est justement pas un leurre (vous ne vous embarrassez pas à donner le moindre argument pour expliquer pourquoi, selon vous, c’est un leurre, alors moi je ne perdrai pas mon temps à vous expliquer pourquoi ç’en est pas un du tout.)
                        .
                        (Ps, c’est vraiment rigolo de voir comme les commentateurs me disent très souvent que mes raisonnements sont enfantins, ou puérils, depuis que j’ai changé mon avatar et mis une photo de moi à 8 ans à la place. Avant que je ne fasse ça, on ne me le disait jamais... smiley )
                        .
                        Excusez moi mais pouvez vous nommer ouvertement, au lieu de faire juste allusion à eux en vous planquant derrière des gros mystères, les immigrés dont vous parlez qui empêchent leurs femmes de vivre comme elles veulent, sont contre les libertés (et leurs descendants aussi, forcément...) etc ?
                        Parce que vous accusez les autres d’empêcher les débats, mais vous, avec votre hypocrisie, vous faites exactement pareil.
                        .
                        Mais c’est vrai que, c’est bien connu, la xénophobie n’existe pas... c’est juste une invention de bobos-gogos-gauchos-bien pensants...
                        Le jour où vous aurez des yeux (et un coeur) pour voir, vous vous rendrez compte que beaucoup d’immigrés, ou descendants d’immigrés, se replient sur eux-mêmes non pas en raison de leur « passé » (surtout ceux qui sont nés en France, hein... que l’on nomme quand même « immigrés » dans un grandiloquent élan de confusion générale) ni de « leur culture », mais en raison du rejet (grandissant) dont ils sont victimes, et ce dès leur arrivée, ou dès leur naissance, qui fait qu’au bout d’un moment, ils en ont ras le bol de faire des efforts pour s’intégrer ou se faire accepter dans une société qui s’obstine à refuser [par des remarques déplacées, des fausses blagues qui dont en fait des attaques hypocrites et dissimulées, des regards de travers ( je plains les femmes voilées qui doivent pas pouvoir mettre le nez dehors sans se prendre au moins deux ou trois regards haineux en pleine poire chaque jour), des questions idiotes (genre : « de quel pays tu viens ? » à un gamin né en France)] à les intégrer (s’ils sont immigrés) ou les reconnaître (s’ils sont nés enfants du pays). Ils se cherchent alors d’autres valeurs auxquelles s’identifier, auxquelles ils ont le sentiment d’appartenir, bref, une autre communauté.
                        .
                        Un jour, peut-être, espérons-le, vous vous rendrez compte que j’avais raison, mais pour l’instant vous êtes dans le brouillard le plus total.
                        .
                        Et par pitié, ne commencez pas à me parler des délinquants, par exemple les mecs (« issus de l’immigration », comme on les appellera jusqu’au restant de leurs jours) qui font du traffic de drogue dans certains « quartiers », pour essayer de prouver que l’immigration est responsable de cela, comme si la délinquance en règle générale, ou le traffic de drogue en particulier, n’existaient pas avant eux. 
                        .
                        Bonne fin de journée.


                      • S.B. S.B. 25 août 17:42

                        @Surya

                        D’abord, je constate que, comme d’habitude, vous éludez le fond de la question, à savoir : comment vivre avec des gens qui sont contre la liberté de conscience, contre l’apostasie, la liberté des femmes, la liberté de l’humour, la liberté de vivre comme on est pour un homosexuel. C’est une question que vous évitez, 
                        peut-être ces choses n’existent-elles pas pour vous ? Je vous renvoie dans ce cas au dernier rapport du Sénat (juin) sur l’extension de la radicalisation islamiste en France. Et à ce qui est arrivé à Charlie Hebdo. Ou aux enfants juifs tués par Merah (on est loin du trafic de drogue, n’est-ce pas ?). Quand vous aurez des yeux pour voir, et un cœur, vous vous rendrez compte de ces dangers réels qui font souffrir beaucoup de gens, y compris des musulmans. 

                        Votre vision d’une opinion qui suivrait aveuglément les positions pro ou anti immigration d’un gouvernement est naïve et déconnectée de la réalité (et cela n’a rien à voir avec votre photo) car depuis longtemps les enquêtes d’opinion sur ce sujet, en France, se suivent et se ressemblent quels que soient les gouvernements.
                        Les phrases d’un tel ou d’un tel n’y change pas grand-chose. 

                        Il n’y a pas d’hypocrisie et je ne me planque pas (à l’inverse de vous qui esquivez le débat de fond), car tout le monde sait en France qui menace les libertés fondamentales. Tout le monde sait quels adeptes de quelle religion empêchent à toute force leurs filles de suivre les cours de natation obligatoires à l’école. Tout le monde sait quels adeptes, chauffeurs de bus, refusent de s’asseoir sur un siège précédemment occupé par un chauffeur femme. Tout le monde sait qui aimerait bien instaurer la charia. Tout le monde... sauf vous. Vous plaignez les femmes voilées qui ne peuvent pas mettre le nez dehors. Vous ne connaissez visiblement pas certaines villes françaises, où au moins un tiers de toutes les femmes que je vois dans la rue sont voilées. Moi, c’est les femmes qui ne peuvent pas mettre le nez dehors si elles ne sont pas voilées que je plains, ou qui ne peuvent pas mettre le nez dehors tout court sans le soutien d’une association qui organise des marches collectives pour montrer que l’espace public appartient aussi aux femmes. On est où là ? En France au 21e siècle ou au Paléolithique ? Où sont vos yeux pour ne pas voir cela, puisque vous êtes une humaniste avec des yeux ? 

                        Et donc, vous parlez sans savoir. Vous imaginez. Vous essentialisez le pauvre immigré victime de questions déplacées, d’inquisitions incessantes.
                        Je suis petite-fille d’immigrés dont les enfants ont subi quolibets, mépris et rejet dans les cours d’école. Pour autant, ils ne se sont pas repliés sur eux-mêmes, ils ne se sont pas « jetés sur le premier Jésus-Christ qui passe », ils n’ont pas cherché d’autres valeurs ou une autre communauté à laquelle appartenir. Ils ont fait leur vie dans ce pays qu’ils aiment, tout en maintenant des liens forts avec le pays de leurs parents. Cela a été facilité, et c’est important, parce que les deux cultures étaient proches, sans antagonisme fondamental de valeurs.

                        Je conçois tout à fait que des enfants nés en France de parents venant d’une culture très différente aient des problèmes d’identité et aient du mal à s’identifier aux valeurs d’un pays qui ne sont pas celles qui sont vécues à la maison. Il y aurait trahison vis-à-vis de leurs parents, et c’est une chose quasi impossible à vivre pour un enfant. Je comprends qu’un enfant se sente rejeté par un pays, fut-il son pays de naissance, si le mode de vie de ce dernier ne correspond pas à celui de ses parents, je comprends même qu’il rejette ce pays pour cette raison alors que celui-ci n’y est pour rien. Je comprends encore mieux que si cet enfant est systématiquement rejeté ou soupçonné en raison de ses origines, il nourrisse un ressentiment légitime et se réfugie et se replie dans sa communauté d’origine pour y trouver force et réconfort, même si (ou surtout si ?), cette communauté rejette le pays en question. C’est un cercle vicieux.

                        Seulement, encore faudrait-il prouver que cet enfant ou cet adolescent a subi ce rejet systématique de la population, et ça, vous le croyez mais ne pouvez pas le prouver. Il me semble au contraire que beaucoup de choses sont faites pour eux, que beaucoup d’associations et de gens se dévouent pour eux, que l’Etat donne beaucoup d’argent public avec par exemple des classes de CP à 12 élèves, alors que chez moi, nos enfants sont dans des classes de CP à 28 (je dis ça sans amertume). Et que les grands médias minimisent pudiquement les déchaînements de violence en banlieue contre les policiers et les pompiers, pour que les habitants ne se sentent pas « stigmatisés ». Et donc, dans le cas où ces enfants n’auraient pas vécu de rejet systémique et général en raison de leur origine, d’où viendrait la radicalisation islamiste agressive et revendicatrice ? 

                        Bref, j’ai non seulement des yeux et un coeur, mais aussi un cerveau. Cette question de culture, d’acculturation et d’identification est complexe et je vous invite à vous servir du vôtre pour ne plus voir le monde en noir ou blanc, façon binaire. 
                         


                      • Surya Surya 26 août 17:21

                        @S.B.

                        « C’est une question que vous évitez, »
                        vous avez à la fois tord et raison. Je l’évite dans le sens où, bien que je sois parfaitement consciente de ces problèmes, contrairement peut-être à ce que vous pensez (je ne suis pas aussi stupide que je le laisse paraître), je ne sais pas du tout quelles solutions on peut y apporter.

                        La seule chose que j’essaye de faire, c’est de rechercher la racine du problème, et il me semble avoir trouvé une partie de l’explication.
                        En ce qui me concerne, je suis intimement persuadée que le racisme et la xénophobie ont largement contribué à la montée du communautarisme, qui augmente d’année en année, et lorsque le communautarisme s’est installé, ça favorise la montée des extrémismes.
                        Tout ça, je le sais bien, mais je crois qu’il faut remonter à la racine du problème pour en avoir une vision complète et globale, pas juste ne voir qu’une tranche du problème. Mieux comprendre le problème, prendre en compte toutes ses dimensions est, j’en suis sûre, indispensable pour celles et ceux qui cherchent à y remédier. Or, personne ne le fait. Personne ne tient compte du rejet que certains subissent, ou plus exactement personne ne veut l’admettre, et qui fait que quand on se sent rejeté, eh bien on se replie sur soi. 
                        .
                        Vous avez tord dans le sens où je suis parfaitement ouverte à tout débat sur tous les sujets, mais à quoi ça servirait de parler de ça pendant des heures quand on n’a aucune solution à proposer ?
                        .
                        « Et donc, vous parlez sans savoir. Vous imaginez. » non, du tout. Je suis moi même fille d’immigré, et petite fille d’immigré de l’autre côté de ma famille. Et puis j’ai suffisamment, dans ma vie, fréquenté d’immigrés de toutes origines pour avoir pu être l’oreille écoutant attentivement (les oreilles ayant aussi un coeur, pas que les yeux) ce qu’ils me racontaient de leur quotidien, du racisme qu’il subissaient, parfois un racisme subtil, sournois (mais les petites gouttes d’eau font de grands lacs à la fin) et être même témoin moi même de xénophobie et de racisme.
                        .
                        Pourquoi certains se replient sur eux mêmes et pas d’autres ? Je ne le sais pas plus que vous. Ca dépend de tellement de choses ! Notamment le degré de rejet que l’on a subi, son niveau d’instruction, son niveau social, ou par exemple vivre dans des banlieues horribles oubliées des services publics, banlieues qui étaient la fierté de la France des trente glorieuses lorsqu’elles ont été construites, mais qui ont immédiatement été décriées lorsque dès que les premiers habitants s’y sont installés (dès le tout début des années 60, on a commencé à parler de « sarcellite » par exemple)....
                        Pour les familles ayant un niveau social élevé, qui ont des diplômes élevés, un niveau de vie très bon, l’intégration s’est faite dans de meilleures conditions, mais pour beaucoup de familles d’ouvriers non qualifiés immigrés, ça a été très dur. N’oubliez pas que certaines familles immigrées vivaient dans des bidonville horribles, sans eau et sans électricité (ex : le bidonville de La Folie, à Nanterre).
                        .
                        Vous ne pouvez pas nier que si un jeune d’origine maghrébine, disons, donne à un employeur une adresse située à la Grande Borne, aux 3000, aux 4000, au Val Fourré, à Grigny 2**, aux Francs Moisins, au Val d’Argent, aux Mureaux, Tarterêts, au Mirail ou aux Minguettes, pour ne citer que ces « quartiers », il a moins de chances de voir son CV aboutir que s’il donne une adresse dans un coin plus bourgeois.
                        .
                        Ce genre de quartiers, coupés du reste, que certains jeunes ne quittent jamais car c’est le seul endroit où ils se sentent chez eux et où on ne les regarde pas de travers, sont le lieu idéal pour une concentration des problèmes. C’est monstrueux d’avoir construit des horreurs pareilles, coupées de tout en plus, mais à la fin des années 50, et durant les années 60, c’est ce qui semblait le mieux. Personne, à l’époque, ou en tout cas pas grand monde (bien que le terme « sarcellite » date du tout début des années 60 comme je le disais plus haut) ne s’est posé la question de savoir si la vie allait y être agréable et encore moins s’ils ne risquaient pas de devenir des ghettos. Les pouvoirs publics se seraient même rendu compte que ce n’était pas forcément une bonne chose de mettre tous les services de proximité (école, supermarché...) à l’intérieur même de la « cité » car du coup, les gens n’en sortaient plus du tout !
                        .
                        Petit à petit, les tout premiers habitants ont réussi à en partir, montant en niveau social et parvenant ainsi à accéder à la propriété (le rêve de la maison individuelle), mais les personnes suivantes qui les ont remplacés, la plupart d’origine immigrée, avec le chômage qui s’est brutalement installé après 75, la discrimination à l’embauche... etc... n’ont pas réussi à s’en extraire. N’oublions pas que ces quartiers avaient une bien meilleure mixité sociale à leurs tout débuts, parce que les gens y croyaient, à coup de publicité alléchantes, certes, mais ils y croyaient, à ces nouveaux quartiers, ces « villes nouvelles », ces « grands ensembles », mais les gens se sont vite rendus compte qu’en fait c’était pas génial de vivre dans cet environnement, et les plus aisés en sont partis assez rapidement. Les autres n’ont pas pu partir.
                        C’est donc, je crois, le chômage en tout premier lieu, le niveau social bas, la non mixité sociale, et le tout pimenté d’une sacré dose de racisme et de xénophobie (si, si), qui sont la racine des problèmes que nous vivons actuellement dans certains de ces « quartiers ».

                        .
                        Maintenant, quelle solution apporter ? Quelle solution est la meilleure ? J’en sais rien, moi. Comment pourrais-je le savoir ? 
                        .
                        « (et cela n’a rien à voir avec votre photo) » ben je viens de la changer, na ! Comme ça au moins si on me redis ce genre de choses, je ne pourrai plus faire le rapprochement avec la photo. J’espère qu’un soleil souriant (surya veut dire soleil en sanscrit) vous convient.  smiley
                        .
                        .

                        ** Bien que Grigny 2 soit une copro, pas des HLM, mais cette copro cumule beaucoup de problèmes. L’état rachète apparemment les logements mis en vente à des prix ridiculement bas -personne ne veut aller là bas ! pour les empêcher de tomber entre les mains de marchands de sommeil, ce qui a été le cas auparavant, mais à ma connaissance ça reste encore une copro, et Grigny 2 a mauvaise réputation.


                      • foufouille foufouille 26 août 17:35

                        @Surya

                        c’est surtout des grosses conneries ton racisme.

                        le mirail à un métro et pas mal de bus comme le reste de la ville, pareil pour les services qui existent.

                        quand tu fais une demande de hlm, tu choisis ton quartier et ta ville. mais pas de mosquée dans certains quartiers.

                        juste faire le guet pour un dealer, c’est 50 à 100€ par jour .........

                        les écoles sont gratuites dans les grandes villes.


                      • Surya Surya 26 août 18:55

                        @foufouille

                        Si j’en juge par un grand nombre de tes commentaires que tu ponds depuis quelques années, le racisme en France n’est pas une légende. . Je te l’ai déjà dit foufouille, tu as changé. Je ne te juge pas, mais ça n’empêche que dans tes propos transpire souvent un certain racisme, islamophobie plus exactement. Ou les deux, j’en sais rien, je ne lis pas la totalité de tes coms. . Sauf qu’il parait que le mot « islamophobie » en fait n’existe pas, tout comme « xénophobie » d’ailleurs, on vient de m’en informer... donc je suppose que si le mot n’existe pas, ce qu’il décrit n’existe pas non plus... C’est simple, la vie, sur Agoravox... . De plus, je ne vois pas le rapport avec le fait qu’il y ait ou non une station de métro proche des « cités ». . Tant que les gens resteront campés sur cette attitude bornée de déni total du racisme et de la xénophobie en France, les choses évolueront en mal. C’est inévitable. Parce qu’en niant farouchement une partie de la cause des problèmes actuels, en la niant jusqu’à refuser même l’existence des mots pour la décrire, il devient impossible de trouver une solution vraiment adaptée prenant en compte le problème dans sa globalité. . Et il arrivera un moment où plus aucune solution ne sera envisageable parce que le mal sera devenu trop profond, et la rupture entre les différentes communautés sera totale, et devenue impossible à colmater.


                      • Surya Surya 26 août 18:57

                        La mise en page (retours à la ligne, etc) n’est pas prise en compte dans la version mobile du site, je le dis dès fois que ça intéresse l’équipe d’Agoravox de le savoir.


                      • foufouille foufouille 26 août 19:13

                        @Surya

                        je réponds souvent aux racistes anti blanc comme microf ou omar du tac au tac en mode connerie.

                        sinon irl autant de cons chez les blancs et les autres pour les invalides.

                        ben c’est leur truc de ne pas vouloir profiter du musée gratuit pour tous le week end ou des parcs, etc.

                        y a pas de ghetto vu que tu peux bouger.

                        je vais souvent la journée à reynerie avec son lac très crados, mirail ou bellefontaine et c’est pas la zone.

                        le racisme existe si tu veut imposer ton pantalon avec le trou du cul à l’air, ta prière 5 fois par jour, ta bouffe, ton nikab donc normal pour le boulot.

                        comme si j’avais imposer ma tenue de hardos trash en 90.


                      • Surya Surya 26 août 20:04

                        @foufouille
                        Je comprends très bien ce que tu dis, foufouille, mais le problème du racisme n’est pas une photo instantanée, genre polaroid, montrant la situation à un instant donné. Il faut voir ça dans la durée, les dégâts que ça provoque sur le long, voire très long terme.
                        .
                        Après, le racisme anti blanc existe, je le sais, je ne le nie aucunement, peut-être même est-il en augmentation, mais peut-être n’est-il aussi que le retour du bâton, le « je te renvoie l’ascenseur ».
                        Imagine deux secondes un immigré qui subit du racisme et du rejet chaque jour dans le pays « qui l’a si bien accueilli bla bla bla », ben au bout d’un moment, il va en avoir ras le bol et se mettra à détester en retour les gens qui ont fait de sa vie une misère (on ne vit qu’une fois, faut pas l’oublier, et faire de la vie d’une personne un enfer, en tout cas rendre quelqu’un malheureux, c’est dégueulasse).
                        C’est clair que ça va pas arranger le problème, mais il n’en demeure pas moins que là, pour le coup, si tu veux voir le polaroid, ben c’est ça qu’il te montre désormais.
                        .
                        D’autres trouvent du réconfort dans la religion, ça les aide, on peut approuver ou désapprouver ce « retour en force » de la religion en France (visiblement pas la bonne aux yeux de certains, qui parlent alors d’islamisation de la France), mais s’il y a des personnes que leur foi aide au quotidien à surmonter leurs difficultés, à supporter les regards de travers, tant mieux, du moment bien sûr que ça ne devienne pas une pratique radicale. Certains tombent dans ce piège, d’autres non. 
                        .
                        Bien sûr que tu peux sortir des cités, bien sûr que tu peux aller te balader ailleurs, mais si on t’envoie des regards haineux chaque fois que tu mets le nez dehors, alors c’est très dur à supporter à la longue (l’accumulation de petites gouttes, aussi petites soient-elles, finit par créer un véritable lac, je l’ai dit dans mon précédent com), et au bout du compte certains préfèrent rester dans leur quartier. D’autres vont réagir en sortant, par exemple pour aller au cinéma à Paris, ou se balader au forum des Halles, mais seulement à plusieurs, pour se sentir mieux, plus forts. On appelle cela les « bandes » (il y a même désormais des bandes de filles). Maintenant observe la réaction de certaines personnes si tu vois arriver un groupe de six ou sept jeunes blacks ou beurs des banlieues au forum des halles par exemple. D’autres réagiront encore différemment. 
                        .
                        Un jour où nous sommes venus à Paris quelques jours en hiver, il faisait super froid. J’ai acheté, et mis sur ma tête une sorte de châle fin, et l’ai noué un peu comme font les baboushkas russes, mais je pouvais passer pour une femme musulmane voilée. Nous sommes rentrés dans un restau pour manger un truc, et nous nous sommes assis juste à côté d’une table occupée par un couple « de souche », comme on aime dire sur Avox, à l’apparence très bourgeoise. Je te dis pas les regards qu’ils m’ont lancés !! J’étais estomaquée. J’ai alors réellement compris ce que les femmes voilées devaient subir au quotidien.
                        J’ai enlevé mon châle après m’être assise, cela a eu l’air de les surprendre... et de les rassurer. 
                        Nous n’avons jamais été servis. Les serveurs nous ont totalement ignorés. C’était flagrant qu’ils le faisaient exprès. Au bout d’une heure et demie à attendre qu’on vienne nous voir, on en a eu marre, on s’est levés et on est partis.
                        A part le châle que j’avais sur la tête quand je suis entrée, qui me faisait ressembler à une femme musulmane voilée, je ne vois pas quelle raison pour expliquer ce refus de nous servir, d’autant plus que je n’avais jamais été traitée comme ça auparavant. Et puis le regard haineux du couple ne pouvait laisser aucun doute, de toute façon.
                        .
                        Le problème est devenu très profond, il me semble. C’est pour ça que je dis que, franchement, je sais vraiment pas ce qui pourra le traiter efficacement.


                      • Pierre Régnier Pierre Régnier 27 août 09:18

                        @Surya

                        Comme vous dites le problème est devenu très profond et, comme foufouille, vous semblez vouloir vraiment qu’il soit traité efficacement. Pour cela vous devez prendre conscience d’une grosse erreur d’appréciation contenue dans votre commentaire précédent.

                        Le mot « islamophobie » existe bien mais il est l’objet, en France, d’une monstrueuse tricherie. On l’utilise pour exprimer de la « musulmanophobie », de la haine des musulmans. Or, cette haine n’est pas forcément liée à la mise en évidence de la dangerosité, bien réelle, de l’islam, laquelle conduit, dans le pire des cas, aux massacres de Charlie Hebdo, du Bataclan et de bien d’autres depuis.

                        Le négationnisme cultivé, face à cette réalité, fait partie des obstacles à l’indispensable combat contre le racisme et la xénophobie, également bien réels comme vous le dites aussi.


                      • foufouille foufouille 27 août 09:30

                        @Surya

                        le loyer de mon studio vaut un f3/f4 hlm .........

                        les blancs ne sont pas tous riches, en campagne c’est 2 bus par jour, le mirail 20mn et 7 pour le métro.

                        paris, je ne connais pas mais il n’y a aucun regard bizarre ici et pas mal de sdf en centre ville. des nikab dans les beaux quartiers.

                        les vieux vêtements de pauvres ne sont pas non plus accepté dans les restos ***. certains sont réservés et sur réservation uniquement. une fois, on a été aussi refusé dans un resto.

                        le seul racisme qui existe est qu’ils en ont jamais assez. ( le lac n’est pas devenu sale tout seul depuis des années )


                      • S.B. S.B. 27 août 09:47

                        @Surya

                        « Personne ne tient compte du rejet que certains subissent, ou plus exactement personne ne veut l’admettre »

                        Je crois que vous avez tort. N’avez-vous jamais entendu parler de SOS racisme et de son omniprésence médiatique à une certaine époque. Partout, et tout le temps, dans les médias, on nous a expliqué à quel point les Français étaient racistes et à quel point les immigrés étaient rejetés, relégués, « parqués », ghettoïsés.
                        C’était et c’est encore en grande partie le discours dominant, le seul discours explicatif sur l’origine des problèmes, et donc ce que vous dites ne correspond absolument pas à la réalité.
                        Je pense que de moins en moins de gens adhèrent à ce discours car ils comprennent ou sentent qu’il est incomplet, qu’il y a d’autres racines aux problèmes anciens et enkystés que nous avons, racines auxquelles il faut remonter. D’ailleurs, ce sont des problèmes passionnants à comprendre, sauf que maintenant, ils prennent des aspects tragiques en France, et ailleurs aussi. 

                        Si vous vous intéressez à l’histoire des banlieues et de l’habitat social, vous pouvez lire le livre de Michel Aubouin. Quelque chose m’a frappée dans ce livre : l’auteur raconte (il y était) comment, dès le regroupement familial dans les années 70, des adolescents marocains nouvellement arrivés en banlieue en France avec leur mère pour rejoindre leur père, sont immédiatement entrés en conflit avec les filles et les profs femmes de leur établissement scolaire, se sont immédiatement montré violents avec elles, d’une violence particulière, dégradante. Pourquoi ? Il ne s’agissait pas de chômage (leurs pères travaillaient), ni de relégation et de non-mixité sociale ou ethnique (les banlieues et les collèges-lycées étaient largement mixtes à ce moment-là), ni de rejet massif de la population présente, puisque ces adolescents venaient juste d’arriver. Ils avaient simplement, et logiquement, importé leur culture, et la violence, leur violence, est venue du choc de leur culture avec une autre, libérale et individualiste, où les relations entre les hommes et les femmes, la place réelle et symbolique des femmes dans la société, n’étaient pas du tout les mêmes. C’est là où les pouvoirs publics auraient dû dire clairement « stop » et mettre certaines choses au clair avec eux et leurs parents et ne l’ont pas fait, laissant la population se dépatouiller comme elle pouvait. Ces ados ont suscité le rejet par leur comportement plus que par la couleur de leur peau ou leur origine (même si comportement et origine sont liés, sur le plan culturel, sans vouloir essentialiser mais des faits sont là). Vous pouvez appeler ce rejet « racisme », pour moi ce n’en est pas et ce rejet est logique et légitime.

                        Vous êtes dans ce que Hugues Lagrange appelle le déni des cultures. Si un racisme, au vrai sens du terme, et un rejet systémique peuvent être (et ils ont dû être dans un certain nombre de cas) la racine du mal, ils ne sont pas la seule. C’est plus compliqué. Un enfant peut simplement se sentir rejeté, sans l’être, parce qu’il voit bien (un enfant voit tout) qu’il y a un énorme choc, d’énormes différences de fond, entre ses parents, comment ils vivent, ce qu’ils pensent et disent, et comment on vit dans la société où il se trouve avec eux. 
                        « Pourquoi certains se replient sur eux mêmes et pas d’autres ? »
                        Tout dépend des parents en réalité. De leur capacité et/ou de leur envie de faire partie de cette société dans laquelle ils arrivent, avec sa culture et ses codes qui sont pour partie différents des leurs à l’origine, leur envie de voir leurs enfants s’y adapter pour y vivre le mieux possible, malgré les obstacles et le racisme. En fait, je suis convaincue que ce sont des ressorts psychologiques et affectifs profonds bien plus qu’économiques qui déterminent le repli sur soi ou l’ouverture à l’autre. Des enfants d’immigrés maghrébins très pauvres ont réussi et sont devenus médecins ou avocats. C’est la capacité des parents à encaisser le choc culturel qu’ils vivent dans le pays d’accueil, à le vivre sans qu’il ne provoque une sorte de dislocation mentale, qui détermine l’avenir des enfants. Plus la culture d’origine est éloignée ou contraire à la culture d’accueil, plus le choc est grand et l’adaptation difficile, donc plus le risque d’échec est grand, donc plus le rejet de la population « de souche » (? la souche, c’est le cœur plus que l’origine) grandit en parallèle. Prenez un cercle et caressez-le, il deviendra vicieux, disait je ne sais plus qui. Dans cette dimension culturelle, la symbolique de la femme (désolée, j’y reviens), est centrale. On en revient au déni des cultures d’Hugues Lagrange, et à la faute grave des pouvoirs publics de l’avoir pratiqué et de le pratiquer encore.

                        Pour revenir à votre anecdote sur vous voilée dans un resto parisien et les regards hostiles que vous avez reçus...ben oui, on est en droit d’avoir ce genre de regard quand on sait ça, ou que des femmes dans certains pays risquent carrément la prison si elles enlèvent ce truc sur leur tête, ou que des petites filles de 3 ans sont voilées en France, ce qui est un pur scandale de sexualiser ainsi le corps (et l’âme surtout) d’une petite fille, à mettre au même niveau que les concours de Mini Miss aux US. Eh oui, ne vous déplaise, il y a une certaine résistance au voile en France, à ce qu’il signifie vraiment quand on veut nous faire croire que c’est juste un petit bout de tissu anodin (tu parles...), mais pas qu’en France, dans la société québécoise aussi par exemple, et même...même dans les pays musulmans (Dieu est grand, finalement).

                        Je vais arrêter cette discussion car je n’ai plus trop le temps de m’y consacrer, et que le sujet est tellement complexe (et mondial en plus) qu’il ne se traite pas à coups de commentaires sur un forum, même si c’est plutôt agréable de discuter avec quelqu’un qui semble ouvert aux arguments des autres (j’essaie de l’être aussi). Mais il y a certains sujets sur lesquels les gens irrémédiablement ne seront pas d’accord, c’est la vie.


                      • Pierre Régnier Pierre Régnier 27 août 10:57

                        @S.B.

                        Oui ce sujet est tellement complexe (et mondial en plus) qu’il ne se traite pas à coups de commentaires.

                        Mais la qualité et l’importance de votre commentaire, ainsi que les deux auteurs auxquels vous faites référence, me fait penser que vous devriez proposer un article sur ce sujet à Agoravox.


                      • Jean 27 août 11:01

                        @foufouille
                        tu as encore déménagé ?


                      • Surya Surya 27 août 15:07

                        « restos *** »

                        🙂

                        Alors là Foufouille tu me fais bien marrer. Ce n’est pas parce qu’il y avait un couple très bourgeois que c’était un restau 3 *, c’était correct, mais pas chic du tout.

                        En plus si je comprends bien, si tu as été refusé, c’est parce que t’avais pas réservé et qu’il aurait fallu. Donc t’es quand même sacrément de mauvaise foi parce que tu sais très bien que ça n’a rien à voir avec ce qui nous est arrivé. 😉


                      • Surya Surya 27 août 15:18

                        @S.B.
                        Merci pour avoir pris le temps de cette longue réponse.
                        .
                        Ce n’est pas parce qu’on est contre le voile islamique qu’on doit se croire autorisé à regarder avec haine les femmes qui le portent.
                        .
                        Si on croit que les femmes sont forcées de le porter, que ce n’est pas leur choix, que leur entourage les force, alors la société devrait les plaindre au lieu de leur lancer des regards haineux. Les gens devraient leur lancer des regards compatissants, pas haineux.
                        Le regard haineux prouve que la personne qui le lance pense que la femme est une extrémiste, et que le voile est son choix personnel.
                        Et si c’est son choix personnel, donc personne ne l’a forcée à le porter. Donc où est le sexisme ? Le machisme ?


                      • foufouille foufouille 27 août 15:25

                        @Surya

                        le resto n’avait aucune étoile et la terrasse était vide de chez vide donc réservation bidon. les personnes à l’intérieur avaient un costard par contre.

                        en plus, un émir qui va au resto avec sa femme qui porte un voile, je doute qu’il soit refuser.

                        sinon des histoires de resto pas sympa, il y en a pas mal sur internet.


                      • Surya Surya 28 août 09:15

                        @foufouille
                        .
                        Personne ne va dire, à l’entrée d’un restau : « sortez, on n’accepte pas les Musulmans. » Il est évident que c’est fait de façon totalement hypocrite. 
                        Le restau où on est allés, et où j’ai conclu qu’ils m’avaient prise pour une Musulmane voilée, durant l’heure et demie où on a attendu, ils ont servi tous les gens, je dis bien tous, arrivés après nous. Les serveurs passaient devant notre table, et quand on disait « s’il vous plait » pour attirer leur attention, ils détournaient la tête très brusquement et continuaient de marcher avec la tête tournée à l’opposé de notre table, mais de façon totalement exagérée, comme dans un sketche comique, je sais pas si tu vois ce que j’essaye d’expliquer. C’est clair qu’ils le faisaient exprès et avaient décidé de ne pas nous servir. Par pitié foufouille, ne me sors pas une raison fouareuse pour essayer de me prouver par a+b que ça n’avait rien à voir avec mon châle  smiley
                        .
                        Si, au lieu de me regarder bizarrement mais me laisser entrer, on m’avait dit à l’entrée « on ne sert pas les Musulmans » ou bien « on ne sert pas les Musulmanes voilées » jamais je n’aurais répondu « ah mais monsieur je ne suis pas musulmane, c’est juste un châle parce qu’il fait froid », ce qui aurait été un manque total de solidarité avec les Musulmanes, j’aurais répondu « ah bon, très bien, au revoir dans ce cas. » Puis je serais allée chez les flics pour signaler cet acte de discrimination. Avec le risque qu’on me dise : « mais pourquoi vous voulez porter plainte, qu’est-ce que vous en avez à f... puisque vous n’êtes pas musulmane ! » Le racisme (terme générique que j’emploie pour tout de façon incorrecte mais ça va plus vite) sournois se cache dans ce genre de petites phrases...
                        .
                        Maintenant, concernant ton émir, là il s’agit d’un autre sujet : le fait que les gens sont traités mieux pour l’unique raison qu’ils ont de l’argent (ou sont célèbres, mais ça va avec). Je suis entièrement d’accord avec toi sur le fait que c’est anormal. Mais autre (et vaste) sujet...
                        De toute façon, c’est clair que l’émir ne va pas aller autre part que dans un restau hyper huppé, après avoir demandé à son secrétaire de téléphoner pour réserver, lequel secrétaire annoncera la venue de l’Emir et son épouse, et ils seront reçus comme des princes et princesses par le personnel. Sauf que je te parie qu’il y aura bien un ou deux clients dans la salle pour être incommodés (de façon très chic et bien élevée, bien sûr...) par la présence de la femme voilée et penser un truc du genre : « on peut vraiment être tranquille nulle part ! Ces gens là sont vraiment partout ! »
                        .
                        Comment le sais-tu que dans ta ville les femmes voilées ne sont pas regardées de travers ? A moins que tu sois assis en permanence à la terrasse d’un café pour observer la rue...


                      • foufouille foufouille 28 août 10:50

                        @Surya

                        c’est arrivé que des restos refusent de servir des musulmans et ils l’ont dit, il suffit d’insister vu qu’un « raciste » se lache vite.

                        c’est pareil pour certains magasins, LIDL, qui refusent les mendiants sur leur parking privé.

                        le voile n’a aucune importance si tu es riche et aucun resto huppé n’accepte de clients racistes, sans émir il suffit de se pointer avec des fringues de bourgeois et des bijoux en or.

                        j’ai croisé quelques cons raciste mais comme ils sont aussi haineux envers les invalides, ça se voit vite. des voilées, il y en a dans tous les quartiers et même quelques nikab dans le métro mais presque tout le temps il y a des gens de couleurs ( pas forcément étrangers ) par contre c’est la place réservé aux poussettes et handicapés.

                        le centre ville est bourgeois donc le fric est le plus important. je ne vais pas non plus dans les quartiers pas accessible.

                        j’ai vu plus de regards bizarres dans les quartiers avec beaucoup de musulmans car je suis le seul blanc pratiquement.

                        chez moi, faut dire merci au revoir quand tu descends du bus ........


                      • Surya Surya 29 août 12:40

                        @foufouille

                        « vu qu’un « raciste » se lache vite » la vitesse avec laquelle il se lache est inversement proportionnelle à son niveau d’hypocrisie...

                        « sans émir il suffit de se pointer avec des fringues de bourgeois et des bijoux en or. » ou alors s’appeler Jane Birkin et avoir le droit de porter des jeans parce que t’es célèbre.

                        « chez moi, faut dire merci au revoir quand tu descends du bus » et c’est une très bonne chose. Ce serait bien si c’était partout pareil. A Paris j’aime bien dire bonjour aux chauffeurs de bus, ça m’est arrivé de dire merci au revoir si par exemple ils nous ont donné des renseignements, mais là bas c’est très rare quand les gens le font. Je peux pas te dire pour chez moi car ici tu peux rien faire si t’as pas de voiture. J’ai donc dû passer mon permis et acheter une voiture. Cela dit, je lui dis toujours merci et au revoir quand elle me ramène à la maison...  smiley

                        Bon week end à toutes et tous.



                        • thierryanne 25 août 08:08

                          Il est consternant de n’analyser le sujet de l’immigration qu’à travers les conséquences sans jamais se référer aux causes. Ainsi, on agit sans intelligence en réduisant le débat à une prise de partie stérile mais utile à ceux que ces déplacements de sans-dents arrangent ; par le pillage des ressources dans le pays d’exil, par les troubles sociaux dans les pays d’arrivée. Troubles qui jamais ne menacent les quartiers de Neuilly !


                          • L'apostilleur L’apostilleur 25 août 10:52

                            « La France ne peut accueillir toute la misère du monde... »

                            Qui peut dire le contraire ? Le taire est une hypocrisie. La charité est une nécessité qu’aucun pays n’a jamais su organiser autrement que ponctuellement.

                            « ..les rectificatifs de Michel Rocard n’ont pas été très convaincants »

                            On peut le comprendre, comment renier une évidence ?

                            Les silences sur ce sujet évitent les déconvenues électorales. Ceux qui s’y frottent sombrent dans les platitudes irresponsables.

                            La feuille de route reste à écrire.


                            • zygzornifle zygzornifle 25 août 12:52

                              Tous héritiers de Michel Rocard

                              Rien vu arriver sur mon compte, je suis toujours a découvert ….

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