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Accueil du site > Actualités > Société > Vers l’infantilisation et l’américanisation de la société (...)

Vers l’infantilisation et l’américanisation de la société française

Labourage et pâturage ne sont plus depuis longtemps les deux mamelles de la France. Elles sont aujourd’hui devenues Psychologie et Judiciaire. A chaque semaine sa nouvelle loi ou son nouveau règlement en réponse à chaque dernier fait divers. A chaque nouvel incident, sa horde de psychologues s’abattant tel un vol de criquets pèlerins sur les « victimes » aux frais de l’Etat et des collectivités locales. Autour de nous, ce n’est que procès, plainte, récrimination et victimisation. Tout devient judiciaire, on ne sait plus se parler et répondre par le bon sens ou le courage aux petits inconvénients de la vie. La plainte est l’avenir de l’homme aurait dit Aragon en rimant sur notre triste époque. Et ce qui n’est pas judiciarisé est psychiatrisé dans le mauvais sens du terme.

Il n’est pas un jour où l’on lise dans la presse ou sur Internet, où l’on voit à la télévision ou que l’on entende à la radio que la désormais célèbre « cellule psychologique d’urgence » a sévi. Passager du car qui s’est renversé, familles et voisins du petit loubard heurté par un voiture de police, enfants, parents et personnel de la crèche où l’enseignante s’est pendue, de la piscine où le gérant a pris un coup de couteau, tous y on droit sans discrimination.
 
Jadis, ceux qui supportaient mal les vicissitudes de l’existence, les mauvais coups et les traumatismes soit faisaient avec tant bien que mal, soit s’engageaient dans la voie volontaire et payante de la psychanalyse ou de la psychothérapie.
 
Maintenant, il n’est même plus nécessaire de demander, le psychologue et sa cellule de crise arrive quasiment avant les flics et les pompiers sur les lieux du drame. Etre pris en charge psychologiquement devrait être une démarche individuelle et réfléchie. Or que voyons nous le plus souvent, des individus à qui certes il est arrivé quelque chose de fâcheux, mais le plus souvent de simples témoins qui s’en remettraient d’eux même la plupart du temps. Ils vont subir les poncifs et les lieux communs de soit disant professionnels du malheur pour les aider à supporter le choc. Et puis, comme les pouvoirs publics du plus haut de l’Etat au maire de la plus petite commune ne veulent pas passer pour des irresponsables et se montrer compatissants et ne pas être impliqués, on envoie l’équipe de psychologues qui le plus souvent ne fera qu’un séance collective tout près de la carcasse du bus, de la chapelle ardente ou de la cage d’escalier du HLM qui a pris feu. Résultat nul au niveau du soutien, car seul une écoute prolongée et structurée peut être efficace pour des personnes psychologiquement fragiles. Et puis, quand un autocar rempli de Slovènes se rendant Portugal s’écrase dans un fossé à trois heures du matin du côté de Sauveterre en Guyenne, on peut se demander où le maire va trouver à cette heure une équipe de soutien psychologique maîtrisant la langue des occupants du véhicule accidenté.
 
De plus, ce soutien est gratuit, même s’il coûte à l’Etat. Les « victimes » ne faisant pas de démarche volontaire et ne déboursant pas le moindre euro, l’impact psychologique est différent de celui créé par la relation avec un thérapeute que l’on a choisi et que l’on rémunère, quelque soit sa formation. Il y a fort à craindre que l’assistance tous azimuts, dispensée larga manu, peut avoir plus d’effets secondaires que prévu. D’abord la fixation de la scène traumatisante à force d’en avoir parlé. L’oubli est aussi utile à la reconstruction se soi après un traumatisme. Ensuite peut se greffer l’idée que « si l’on s’intéresse à moi, c’est qu’il y a eu faute ». Cela débouche rapidement sur la revendication et dans certains cas sur une pathologie revendicative appelée sinistrose, avec des effets encore pire que quelques possibles mauvais rêves post traumatiques.
 
A croire que les pouvoirs publics veulent venir en aide à la profession des psychologues qui pourtant est loin d’être sinistrée. Déjà les entreprises y ont recours tant au niveau du recrutement que de la gestion des ressources humaines. Mais là au moins, c’est le patronat qui paie, pas le contribuable. Et puis, le service rendu aux victimes, aux témoins de drames n’en est peut être pas véritablement un. Il y a aussi des risques de fixation du traumatisme subit indirectement quand on vient vous expliquez que vous venez d’en subir un et que vous risquez d’en souffrir toute votre vie si vous ne vous exprimez pas en vidant votre sac devant un professionnel.
 
Le recours au tout psychologique a pour corollaire l’inflation du tout judiciaire. En effet, lorsque l’on vous a fait comprendre que vous êtes quelqu’un digne d’intérêt parce que votre voisin a été tué à coups de hache, ou que votre car ne se serait pas retrouvé dans le fossé si la compagnie de transport avait suivi toutes les procédures de sécurité, que le maire du patelin aurait du faire établir des ronds-points à grand frais dans sa commune et qu’à cause de ces irresponsables vous allez souffrir psychologiquement pendant des années parce que votre voisin de siège s’est cassé la clavicule dans l’accident, alors il vous vient rapidement le désir revendicatif et l’espoir de toucher quelque chose au titre du préjudice moral.
Souvent, après avoir été requinqué par le psychologue, le témoin, le rescapé, bref celui ou celle qui n’a pas souffert grand-chose est mûr pour devenir plaignant. Un plaignant qui va au tribunal stimulé par une démarche bipolaire. D’abord, le désir vindicatif et punitif le motive, mais le versant mercantile de la plainte n’est pas à négliger, même s’il se drape dans les oripeaux de la juste revendication.
 
La société française entière a été gangrenée par un recours au légal, au pénal pour un oui ou pour un non. La victime expiatoire a été remplacée par le coupable expiatoire qui permet à la fois de toucher des indemnités sonnantes et trébuchantes, mais aussi de considérer la justice comme l’émonctoire de la peur. Il y a aussi de nos jours, du Millénarisme dans le recours au juridique ainsi que du sacré. Le citoyen a une peur irraisonnée de Fin du Monde, d’Apocalypse et de Jugement dernier. L’environnement, de potentiellement dangereux, devient ressenti comme obligatoirement hostile. Manger un fruit, un bonbon, une salade ou un kebab, c’est s’exposer aux pesticides, aux cancérigènes et aux germes et de ce fait rechercher un bouc émissaire à dénoncer avant même le premier incident. Aller dans un parking toute seule, c’est prendre le risque d’un viol. Envoyer ses enfants en car scolaire, c’est la très forte probabilité de l’accident « qui aurait pu être évité » ou alors de tomber sur un chauffeur pédophile. Les exemples se ressemblent tous dans leur essence. La peur règne en maître, elle est érigée en dogme et débitée ad libitum durant les journaux télévisés. Le citoyen pense qu’il peut, qu’il doit se protéger de l’adversité en portant plainte, espérant ainsi une juste compensation. Cette forme d’exorcisme place l’action judiciaire au niveau du sacré, si ce n’est du magique et du sacrifice propriatoire. Le recours au psychologue le renforce dans cette dérive.
 
Les inconvénients de la vie ordinaire n’ont cependant pas tous le tragique d’un drame atridien. Les prud’hommes, le civil et le pénal sont utiles, mais pas à tout bout de champ. Il existe des licenciements abusifs évidents, certains inconscients peuvent laisser déambuler une meute de bergers allemands sans surveillance devant une école maternelle. Le viol, l’attaque à main armée et le meurtre, fût il petit et entre amis doivent avoir une réponse pénale avec sanction et réparation matérielle, c’est évident.
 
Mais en plus de la démarche individuelle, il se développe une stratégie collective de la plainte. Les associations de consommateurs et de victimes se comportent de plus en plus en associations de malfaisants, si ce n’est de malfaiteurs. Ces groupes se portent partie civile, le plus souvent non pour faire éclater la vérité et faire châtier le coupable, mais pour faire condamner un responsable avant tout solvable. Il est remarquable de constater que les « lampistes » ne paient quasiment jamais, même quand ils sont véritablement impliqués dans une affaire pouvant déboucher sur des dommages et intérêts. Les associations savent que les subalternes ne sont pas solvables et sont souvent défendus bec et ongles par les syndicats. Il est nettement plus rentable de se retourner contre l’Etat, une compagnie aérienne, une grosse entreprise, un médecin, un maire ou un architecte si on espère une forte indemnisation. Ce comportement participe à l’inflation judiciaire et à la pénalisation, mais aussi à l’inflation tout court, car les coupables potentiels sont obligés de se couvrir en s’assurant et en créant des provisions pour frais de justice.
 
Par contre, le « Respect pour Farid ! » scandé aux alentours d’une cité après le décès d’un délinquant est beaucoup plus significatif d’un désir revendicatif incantatoire, d’une recherche de reconnaissance, voire d’une forme de victimisation. A l’inverse, il ne s’agit pas de l’influence de la télévision sur le citoyen, mais de l’imprégnation des médias et de la classe politique par un cri venu du peuple. Le mot respect étant ensuite récupéré avec démagogie à des fins électorales par les politiciens de tous bords.
 
De nos jours, le milieu judiciaire lui permet d’exprimer sa citoyenneté. Le Français rejoint le thème aphorique, « Je plaide donc je suis ! ». Plaider reviendrait à une démarche identitaire individuelle.
 
L’accent mis sur le lien ressenti par le plaideur entre la sanction et le dédommagement. Le « quelqu’un doit payer » est devenu le leitmotiv du plaignant. On a gloussé sur le fameux « responsable mais pas coupable ». Personnellement, je ne vois pas le mal dans cette réplique, peut-être du bon sens. En terme trivial, on pourrait dire : « Si je ne peux obtenir les cinq mois ferme minimum requis contre le coupable, je veux au moins un gros paquet de fric ! Les deux ensembles, ça ne serait pas plus mal ! » Cette dérive explique en parti pourquoi de nombreux maires de petites communes hésitent à se représenter, craignant de se retrouver au pilori et leur compte en banque vidé à la suite de la chute d’un arbre sur une poussette par jour de grand vent.
 
L’ « américanisation » des comportements de la société française est de plus en plus visible dans le domaine médical. Les plaintes sont de plus en plus fréquentes et le médecin n’est plus le notable respecté de jadis mais une volaille à plumer. Les vrais canailles médicales, cependant passent encore entre les gouttes car bien organisées. Mais les malchanceux, responsables de fautes professionnelles, condamnables mais compréhensibles sont de plus en plus attaqués. On n’a cependant pas atteint en France le niveau américain avec ses avocats véreux attendant les patients à la sortie de la clinique avec un formulaire pré rempli. La première conséquence de cette dérive procédurière se retrouve dans les tarifs des assurances des professionnels de santé et de ce fait dans le déficit de la sécurité sociale.
 
La solution passerait donc par une éducation juridique du citoyen. Beaucoup de français n’ont qu’une idée très vague de la différence entre une infraction, un délit et un crime. Peu savent ce qui relève du civil, du pénal ou des assises. Cet enseignement devrait être acquis à l’école, mais on lui préfère les activités d’éveil. On est mal parti quand on regarde la télévision ou bien quand on lit la presse populaire qui a érigé le fait divers en fait historique. La pire catégorie de ces nouveaux Fouquier-Tinville veut pénaliser tout ce qui est potentiellement agressif même au niveau subjectif. Tirer un colvert hors saison, stationner sur une place de handicapé, ne pas indiquer un colorant sur un emballage, ne sont que des infractions bénignes ne méritant qu’une simple amende quelquefois amnistiable. Mais, ces adulateurs dévoyés du droit voudraient les voir pénalisées et sanctionnées, regrettant le temps des galères et du bagne pour le vol d’un pain.
 
La France s’américanise au niveau de ses comportements : recours au religieux, au psychologique, au pénal, au règlement en permanence. De nombreuses plaintes qui finalement entravent l’application de la justice, la recherche de coupables et de responsables à tout prix paralyse les institutions. Les Français s’orientent vers cette dérive américaine qui les rend de plus en plus processifs et intolérants et de moins en moins résistants à l’adversité.
 
Peut-être en arriverons nous un jour à un pays de geignards et de procéduriers, totalement incapables de réagir aux moindres vicissitudes et inconvénients de la vie quotidienne.
 

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87 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 12 août 2009 13:41

    c’est la faute à Sarko 1er , avec un Roy atlantiste , ça nous pendait au nez ! lol !


    • LeGus LeGus 12 août 2009 13:53

      Plutôt un avocat-roi.


    • LE CHAT LE CHAT 12 août 2009 14:04

      un avocat marron , il va nous foutre dans la merde !


    • Georges Yang 12 août 2009 17:37

      Renève, toujours aussi atrabiliaire.
      Vous oubliez que je parle aussi des maires de petites communes qui en ont marre d’être considérés comme responsables pour le moindre incident.


    • curieux curieux 16 août 2009 16:21

      Malheureusement, ce n’est pas que la France, c’est leur Europe, soi-disant faîte pour contre-carrer le marché américain qui est victime de celà. Dans les capitales et ailleurs, on ne voit plus que des QUICK, Mac-Do, Kebab, resto chinois, thaïlandais, japonais, indiens, etc...
      Difficile de manger avec la couleur locale


    • appoline appoline 16 août 2009 21:01

      @ Philippe Renève,

      J’approuve votre commentaire. Les médecins ont fait leur propre tort, à force de couvrir les conneries de leurs confrères, ils ont tout gagné. Car si aujourd’hui, j’admets que les procéduriers ont la vie belle, il ne faut pas oublier que les médecins sont tellement imbus d’eux-mêmes et de leur savoir qu’’à aucun moment ils ne se remettent en question. Seulement les temps deviennent durs, leur aura s’est ternie, leur crédibilité de plus en plus remise en question et ça, ils l’acceptent difficilement.


    • jako jako 12 août 2009 13:52

      Merci de montrer toutes ces dérives qui sont ou serront contre-productives 


      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 12 août 2009 14:28

         Bonjour Georges,

        Article puissant et qui sonne comme un plaidoyer réussi.

        « Etre pris en charge psychologiquement devrait être une démarche individuelle et réfléchie. » Pour cela, il faudrait être encore capable de réfléchir, ce qui n’est plus à la portée de tout le monde. On imite beaucoup plus par panurgisme et fanatisme qu’on écoute sa propre conscience.

        " On est mal parti quand on regarde la télévision ou bien quand on lit la presse populaire qui a érigé le fait divers en fait historique. " J’ai moi même fait l’erreur, ne supportant plus les discours ou texte des lang de bois déversant leurs soupe à l’ail quotidienne, de ne plus m’intéresser qu’aux faits divers, et particulièrement ceux qui frappaient près de chez moi. je sautais les dix premières pages des journaux pour ne lire que les faits divers qui d’ailleurs révèlent quand même le taux de gravité qui sévit chez monsieur et madame tout le monde.

        par contre, fuyant le coca depuis toujours, je n’ai en fait jamais porté plainte, si ce n’est deux fois sans suites puisque sur mon lieu de vacances. De retour de la Réunion, j’ai reçu une convocation auprès de mon avocat nommé d’office, à Saint Denis, à qui j’ai écrit de la métropole sans aucune réponse...

        Mon rêve, c’est qu’il se passe quelque chose sous ma fenêtre pour pouvoir passer à la télé et peut-être en plus pleurer que je suis traumatisé pour trouver assistance et même rétribution par dommages et intérêts ou pension à vie. Mais malheureusement, je suis pas assez matisé...Dommages pour moi.

        Bien à vous. L.S. 


        • Lisa SION 2 Lisa SION 2 12 août 2009 14:38

          Ceci dit, observez comme l’internet, qui permet de vendre une maison en 24h ou de trouver des millions de joueurs pour un nouveau jeu ou le rekop en ligne, ne tient pas ses promesses dans certains cas. On peut parfois trouver des internautes qui révèlent des faits très graves, viols, fraudes, harcèlements, et auxquels personne ne répond.

          Dans tous les cas, même si c’est sans suite, et même si l’on ne le publie jamais, il est fort utile d’écrire afin de vider l’abcès, de vider son sac, de se soulager. Partager avec une machine, certes, mais fidèle et qui ne ment pas, écrire ses causes de plaintes, c’est se vider l’esprit, c’est salutaire et bénéfique.


        • appoline appoline 16 août 2009 21:14

          @ Lisa,

          Il faut quand même signaler que n’importe quelle brêle peut s’improviser psychologue et que parmi ces derniers, il y végète une faune à peine recommandable alors, quant à leur confier des personnes en détresse psychologique, c’est une grave erreur.

          Je me rappelle qu’il a peu, lors de l’oral d’entrée en IFSI, deux psy ont quand même sélectionné deux psychotiques et un pervers condamné par les tribunaux, compte tenu du peu d’élèves dans cette école, ça laisse songeur.

          J’ai assisté à quelques conférences aussi, bon sang il y a du déchet parmi ceux qui bombent le torse en affichant leur plaque sur leur devanture, beaucoup sont à côté de la plaque et aiment s’écouter parler, ce serait un moindre mal, s’ils n’étaient pas impliqués dans de nombreux procès. Tous les juges ne sont pas dupes, j’ai assisté à la colère d’un juge de cours d’assises qui a viré une psy en lui affirmant qu’elle ne remettrait certainement les pieds dans son tribunal. Outreau a marqué les mémoires. La justice est une chose trop importante pour laisser l’interprétation de ces gens ternir cette dernière.


        • Georges Yang 17 août 2009 10:56

          Outreau, un gosse dessine une musaraigne avec une grosse queue, le psychologue déclare qu’il s’agit d’une preuve irréfutable d’abus sexuel. Résultat, le fils Legrand reste 20 mois au trou !
          Et ce genre de parasites devrait assiter les témoins de chaque accidents !
          En dehors de psychologues confirmés et compétents , la profession est gangrénée par des farfelus et des escrocs.
          On en retrouve parmiles médecins, mais les études au moins sont standardisées.


        • Krokodilo Krokodilo 12 août 2009 14:32
          Très intéressant, et tout à fait d’accord au sujet des cellules psychologiques – forcément d’urgence – envoyées systématiquement. Les politiques veulent montrer qu’ils font quelque chose, qu’ils ont les choses en main, selon la célèbre formule « Si les choses nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs », du moins pour l’après-accident. 
          A ma connaissance, il n’a jamais été prouvé que la prise en charge psy précoce et systématique (sauf refus individuel) des victimes de catastrophes, et maintenant des témoins, diminuait le nombre ou l’intensité des syndromes de stress post-traumatique, des complications ultérieures, ce qui est tout de même le but recherché... 
          Mais quel professionnel oserait aller contre ce qui apparaît comme une aide et une compassion immédiate et bienvenue de la part de l’Etat ? Il faudrait mener une véritable étude clinique, disposer de données sur tous ceux qui ont été pris en charge, à condition qu’on ait suivi leur dossier, etc. c’est un énorme travail qui n’enthousiaste pas forcément les psychiatres débutants ou confirmés, une telle étude pouvant être perçue comme une attaque contre les pratiques des confrères psycho et psychiatres... 

          Pour le reste, certes la France est conue pour son grand nombre de lois, dont certaines n’ont même jamais eu leurs décrets d’application, mais c’est « compensé » par le fait que nos dirigeants donnent l’exemple en ne les appliquant pas ou peu ! 
          Marchés truqués, élections truquées, condamnation ridicule à une courte inéligibilité suivie d’une réélection par des citoyens admiratifs des comportements claniques, CV bidonné par une ministre, et aujourd’hui dans le Canard, comment les députés et sénateurs transgressent le décret de 1981 sur le retour des oeuvres d’art aux musées qui les avaient prêtées aux administrations. 
          En fait, tous les Français qui respectent relativement les lois mériteraient la légion d’honneur, tandis qu’une partie de ceux qui l’ont reçue mériteraient de la rendre ! Mais je ne cite aucun nom, le jounalisme citoyen n’a pas les moyens de me payer un avocat.
           Prière de se référer au Canard enchaîné, de l’acheter pour le soutenir, aujorud’hui par exemple la saga où l’on voit un haut fonctionnaire ayant organisé la privatisation de la bourse française, sa fusion avec les USA et son prochain transfert à Londres, le tout avec l’aval aveugle ou complice de politiques de tout bord... Je crois d’ailleurs qu’ils en avaient déjà parlé, à l’exception de cette récente décision du transfert de l’informatique à Londres. 
          Il n’est pas dit si ce milliardaire pantoufleur (haut fonctionaire passé dans le privé dans d’excellentes conditions) est titulaire de la légion d’honneur distinguant les Français méritants ayant bien servi leur pays, je gage que oui...

          Mais revenons à la judiciarisation : d’accord avec vous pour éviter à la société française l’américanisation dans ses aspects les plus absurdes, mais la sociét est complexe, et nous avons besoin de lois, et surtout qu’elle soient respectées : huile frelatées en provenance d’Ukraine (sans que l’UE lance d’enquête), complément alimentaires farcis de métaux lourds par une entreprise chinoise, distribués quand même par les grossistes de l’alimentaire, condamnations récentes très modestes 

          Le gouvernementr actuel est justement en train de démantibuler pas mal de services de contrôle des fraudes, et ce n’est pas forcément une bonne chose, car la nature humaine est malheureusement encline à se foutre du bien public, comme en témoignent diverses affaires d’usage vétérinaire d’antibiotiques interdits, parfois avec la complicité de vétérinaires, des réactions molles du Conseil de l’ordre, des condamnations douces et peu empressées, etc. 

          Quant la morale, l’éthique et l’appel à la bonne volonté ne suffisent pas – ce qui est pratiquement toujours le cas... – qu’a-t-on inventé d’autre que les lois ? Histoire de prendre un peu le contre-pied de votre plaidoyer, je dirais que notre problème n’est pas l’excès de lois, mais leur non-application !

          Et les accidents du travail ? Moins de contraintes, moins de lois et d’obligations, plus d’accidents...

          Par ailleurs, nos dirigeants ne sont pas sytématiquement idiots ou partisans des complications inutiles ! La médiation civile a été développée afin de réduire la judiciarisation et pallier l’encombrement des tribunaux. Elle existe par exemple pour les litiges médicaux, pour de petits conflits civils, etc. 


          • Georges Yang 12 août 2009 14:53

            En effet, rien ne prouve que le soutien psychologique standard soit bénéfique. Des psychologues, minoritaires car crachant dans la soupe, considèrent que « moins on remue la merde » plus on a de chance de s’en sortir.


          • Annie 12 août 2009 14:41


            Heureusement que l’on n’est plus à l’époque où les « victimes » d’obusite étaient fusillées. 


            • Georges Yang 12 août 2009 14:59

              Malgré vos excès, je suis d’accord sur un point, il n’y a pas que les USA pour tomber dans la dérive, loi et psy. Malgré une toute autre approche, La France n’a pas non plus atteint le degré procédurier de l’Egypte mais les raisons sont comparables bien qu’hypertrophiées. Du Caire à la plus petite ville, l’Egyptien est un plaideur farouche. Le tribunal est le seul et dernier lieu où il peut se faire entendre du fait du peu de crédibilité en l’Etat ; c’est même le seul lieu où l’échange est possible, l’administration ayant failli. La justice y est certes corrompue, mais surtout pour les grosses affaires. Pour le tout venant, le plaideur s’y retrouve et n’hésite pas à y avoir recours. Le but du procès y est bien sûr la compensation matérielle comme partout, mais aussi le désir de reconnaissance, d’avoir le sentiment d’exister. Le citoyen égyptien pense que le politique au sens grec du terme d’implication dans la cité a failli et qu’il ne peut se retrouver qu’au tribunal. Seul le milieu judiciaire lui permet d’exprimer sa citoyenneté. Le Français ainsi oscille entre une vision télévisuelle des séries américaines et les soap opéras égyptiens. Seule la partition de la musique juridique est différente, car française.


            • Rounga Ainsi parlait Roungalashinga 12 août 2009 15:52

              un parti-pris antiaméricaniste primaire qui s’efforce de fermer les yeux sur les véritables dangers que rencontre la culture française : sa disparition au profit des cultures importées par les immigrés qui vivent sur son sol, et qui ne sont manifestement pas américains en majorité, bien qu’ils en utilisent souvent la culture hip-hop pour s’exprimer.
              La France ne se dirige nullement vers une société à l’américaine, où tous ou presque sont fiers d’être de leur pays, mais vers une république musulmane où l’appartenance ethnique et religieuse prime sur le sentiment national.


              C’est drôle mais je fais exactement l’analyse inverse : le plus grand danger qui guette la France est l’américanisation de la culture. Toutes les saloperies de ce pays, parfois formidable, que sont les Etats-Unis, arrivent chez nous avec un temps de latence d’environ dix ans et pourrissent le paysage. Même si les dérives que vous identifiez, liées à l’islamisation d’une frange de la société d’une part et d’autre part à la repentance française (colonisation, esclavage, occupation...), sont réelles, je ne vois pas en quoi elles peuvent être jugées plus menaçantes que la ketchupisation de la France.
              Regardez donc : la mutation de la politique française ne se fait pas sur le modèle islamique. Le bipartisme, la politique spectacle, la transparence, le politiquement correct, le jogging présidentiel, ça ne vient pas du Coran !
              Regardez nos murs : les messages publicitaires en anglais ou utilisant des anglicismes se multiplient à un tel point qu’il y a plus d’anglais sur nos murs actuellement que d’allemand sous l’Occupation !
              Vers quel modèle de société nous dirigeons-nous après l’affaiblissement de l’assimilation républicaine, sinon vers un modèle communautariste à l’anglo-saxonne, dont est inspiré le modèle américain ?
              Les français se sont-ils mis à manger hallal ou bien ont-ils adopté la malbouffe MacDonald’s, Pizza Hut, etc ?
              Les racailles sont-elles abreuvées de hip hop et de films américains, ou bien des paroles de Mohamed ? Selon vous des deux, mais moi je pense que celui qui trouve la foi et pratique l’Islam adopte une pratique plus probe et abandonne la délinquance. Les délinquants qui se disent musulmans ne le sont que par la culture, et parmi leurs comparses se trouvent aussi des blancs non musulmans.
              Le libéralisme sauvage, la privatisation des services publics, de l’enseignement, le travail du dimanche, de quel pays tout cela est-il issu ?
              Pour un film de pays arabo-musulman, combien de films hollywoodiens sortent en France ? Et pour combien de films français ?

              L’américanisation de la France est donc déjà bien entamée.

              Ainsi parlait Roungalashinga.


            • Georges Yang 12 août 2009 16:01

              Les séries américaines ne sortent pas du néant, même si elles déforment la réalité et sont à la limite du simplisme. Elles veulent montrer en grossissant le trait, ce qu’est le système judiciaire américain. La France n’a pas encore atteint ce niveau de procédure pour des raisons multiples. D’abord notre pays possède un vieux fond catholique culturel. Aux Etats-Unis, les gens qui font l’opinion viennent des milieux protestants évangélistes et juifs. Les évangélistes pensent que s’ils ont raison, Dieu doit être obligatoirement de leur côté. S’ils plaident sans malice, ils doivent gagner, être reconnus comme victimes et de ce fait, être indemnisés au juste prix du préjudice. Le versant juif de la société américaine désire ardemment trouver une réponse aux questions les plus improbables, celles que les autres ne se posent jamais. C’est avant tout pour eux un exercice de style tel que l’on pouvait le retrouver dans une école talmudique de Pologne orientale au temps du Yentl d’ Isaac Bashevis Singer. La France, pays majoritairement illettrée jusqu’à l’époque de Jules Ferry ne s’est posée que tardivement ce genre de problématique. Le recours au juridique est donc un phénomène relativement nouveau pour nous. Notre pays n’a pas encore totalement intégré le système américain, loin s’en faut, même s’il glisse sur cette pente. Le plaideur américain est aussi un « gambler », c’est-à-dire un joueur de casino ou un spéculateur en bourse. Porter plainte est une opportunité de gagner gros, il faut donc s’en donner les moyens. Il n’y a pas encore en France d’interaction, voir de complicité flagrante entre les « lawyers » et les lobbies.


            • Rounga Ainsi parlait Roungalashinga 12 août 2009 16:05

              Les gros mots bipés et les flous qui cachent de plus en plus de choses ne sont pas là pour éviter de choquer les musulmans, mais bien pour se conformer à un certain puritanisme yankee.

              Ainsi parlait Roungalashinga.


            • Rounga Ainsi parlait Roungalashinga 12 août 2009 16:09

              Mis à part Takeshi, nos jeux télévisés, et la télé-réalité viennent-ils en majorité des USA ou bien d’Egypte ou d’Iran ?

              Ainsi parlait Roungalashinga.


            • Georges Yang 12 août 2009 16:10

              L’américanisation par le biais des séries télé est pour quelque chose dans le mimétisme, certes, mais cela dépasse largement les « Objection, votre Honneur ! » prononcés avec l’accent de la Courneuve qui ressortent plus du mimétisme que d’une véritable imprégnation du système judiciaire américain. Quant au bip, cela vient des USA, même quand il chantait dans les prisons, Johnny Cash était bipé.


            • katalizeur 12 août 2009 16:22

              @ georges miloud

              salam alikoum tout le monde, que la paix soit avec vous.......

              http://www.agoravox.tv/article.php3?id_article=23379


              Au moment ou vous écrivez cet article, pour de nombreux sdf américains la France est en voie de clochardisation......
              Cocasse.


            • Krokodilo Krokodilo 12 août 2009 17:10

              George Hussein, 

              « La France ne se dirige nullement vers une société à l’américaine, où tous ou presque sont fiers d’être de leur pays, mais vers une république musulmane où l’appartenance ethnique et religieuse prime sur le sentiment national. »

              Les USA sont au contraire un exemple extrême de communautarisme, certaines entreprises n’engagent que leurs compatriotes sinophones (par commodité linguistique), certains hispaniques comprennent à peine l’anglais et s’en portent très bien (radios et autres services dans leur langue), et de nombreuses communautés vivent chacune à sa façon. 
              La seul chose mal vue est de se déclarer athée, curieux point commun avec les théocraties... ou de ne pas être suffisamment sociable.

            • toug toug 12 août 2009 18:38

              Faut te faire soigner ... Je suis sur que t’attend avec impatience le retour du messie pour aller casser la gueule au bougnoules toi...


            • toug toug 12 août 2009 18:39

              Je parlais bien sur à george hussein le raciste malade.


            • katalizeur 12 août 2009 20:06

              @ toug

              mon cousin georges, est un raciste , mais pas un malade..il a une strategie a defendre ; trouver suffisament d’idiots utiles pour les lancer contre les muslims...

              il est incapable de casser la gueule a un bougnouliste alors ,a longueur de post il fustige l’islam....apres avoir detruit les cathos (que nous aidons,et encourageons a retourner a leurs eglises) donc apres la destruction des cathos ,lui et sa click se heutent au mur muslim..sur lequel ils se casseront les machoires.....

              lui a la limite il fait son boulot, je ne lui fais aucun reproche, se qui me fait tordre de rire, c’est tous les aboyeurs qu’il arrive a recruter, des simplets , des zombis prets a se sacrifier pour une cause qui ne les conserne en rien.......

               Machiavel postule que le determinant principlae du prince est la conquete du pouvoir
              ( ils se sont servis des muslims comme d’un hochet pour occuper les indigenes de se pays, pendant qu’ils denigraient les muslims, les sionards ont pris le pouvoir)
              le second determinant est la conservation du pouvoir, maintenant que le prince sion y est parvenu, il faut s’y maintenir, et peu importe les moyens......excitons les zombis, marionettes de service......esclave dans leur propre pays, de nouveaux palestiniens de France......rien de bien grave se ne sont que des goy......


            • Jean-paul 13 août 2009 02:05

              Les series americaines en France ,c’est le probleme des medias francais .
              Aux USA plus de 1000 chaines ,il y a le choix .,dont les series anglaises ( pas besoin de traduire ).
              En France, secret story et les experts ,Ca veut tout dire !


            • Bernard Dugué Bernard Dugué 12 août 2009 14:59

              « Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d’oublier, ou, pour m’ exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d’une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c’est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l’exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d’oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s’écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d’Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l’oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d’obscurité. Un homme qui voudrait sentir d’une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l’animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est possible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l’exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m’ expliquer sur ce sujet d’une façon plus simple encore, il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l’être vivant et finit par l’anéantir, qu’il s’agisse d’un homme, d’un peuple ou d’une civilisation. » (Nietzsche, Considérations inactuelles, II, 1874)

              (et bravo pour ce billet !)


              • Georges Yang 12 août 2009 15:14

                Prenons deux exemples qui sans éclairer le débat vous remettrons, je l’espère les pendules à l’heure et vous dérideront un peu. On ne peut avoir en permanence recours à la justice.

                1. D’abord, votre voisin vocalise du Bizet en s’accompagnant à la viole de gambe de façon itérative et sonore. Cela vous gêne fort. Premièrement, vous essayez de l’amadouer. Parlez lui de votre vieux père qui geint sous morphine et sous la couette à cause de son cancer du pancréas. Si ça ne suffit pas, dites que vous avez du mal à vous concentrer sur votre traduction des Caprices de Marianne en bulgare. S’il n’en a cure, passez à l’étape suivante.

                Faites venir un orchestre serbe, accompagné d’un cochon vivant et qui jouera des cuivres sur le palier du dit voisin à quatre heures du matin. Quand les musiciens partiront, ils laisseront les déjections du suidé sur le paillasson du ténor ainsi que quelques mégots de cigares froids. Si malgré tout cela, vous n’arrivez pas à le ramener à résipiscence, cassez lui la gueule avec modération ! Dans ce cas, il est évident que pied-de-biche, barre à mine, haltère ou marteau n’ont pas droit de cité. Il faut savoir raison garder et éviter tout dérapage. Quelques pichenettes et une série de gifles appliquées du plat de la main doivent avoir raison de l’amateur de bel canto.

                 2. Second exemple. Votre voisin laisse pousser des forsythias le long de la haie mitoyenne et leurs branches dépassent outrageusement. Le mieux serait de s’en foutre. Le forsythia ce n’est pas désagréable ! Mais si vous voulez montrer que vous existez, suggérer à votre voisin de planter des abricotiers ou bien des pruniers. Vous pourrez récoltez les fruits qui dépassent en toute légalité et si votre arrière-grand-père est encore vivant et possède une licence de bouilleur de cru d’avant 1954, vous pourrez en plus distiller.

                Si vous êtes vraiment gêné par les branchages, coupez les sans autre forme de procès. S’il le voisin blatère, lancez quelques cannettes vides de Kro, de Coca ou de Stella Artois, d’abord en 33cl, si besoin en demi-litres. Evitez les jus de litchi ou de mangues importés de Malaisie, le métal en est un peu dur et pourrait se montrer vulnérant. Si vous n’avez pas le mauvais goût de lester les récipients avec du plomb ou de la mitraille, vous ne risquez pas de blesser quiconque. Au cas où le propriétaire des arbres vous renvoie les projectiles, vous avez l’opportunité de reconstituer Guadalcanal ou la bataille des Ardennes selon la saison du jet dans le Meudon pavillonnaire. Ce n’est pas donné à tout le monde.

                Si enfin ça s’envenime, calmez le jeu. Soyez patient. Attendez les vacances et profitez d’une absence pour vous introduire dans le jardin d’en face et coupez les racines des arbres. En recouvrant de terre, on n’y verra que du feu et les arbres crèveront doucement. Regardez tout de même où vous mettez les pieds avant de sautez, le voisin ayant pu déposer des pièges à loup. Sauf, s’il a fait la guerre de Bosnie, il y a peu de chance qu’il ait enterré des mines antipersonnelles. 



                • Krokodilo Krokodilo 12 août 2009 17:02

                  On m’a raconté qu’en Suisse, c’est tout le contraire : il est d’usage et tout à fait bien accepté de passer par la police comme médiateur d’un problème de voisinage ! 


                  Cher monsieur, il nous a été raconté que votre chien, qui aime tant montrer ses belles dents pointues, pouvait à l’occasion intimider quelques passants et inquiéter les enfants. Pourriez-vous à l’avenir le munir d’une muselière et d’une laisse dans la rue ? Nous serions désolés d’être obligés de vous imposer une amende et de mettre votre fidèle ami dans un centre de rééducation animalière.

                • ZEN ZEN 13 août 2009 09:09

                  Trés drôle, Georges !
                  Mais sans en arriver à ces extrêmités, j’ai un problème avec un mien voisin qui pousse un peu trop avec son accordéon, et les airs de musette, ça va bien un moment..Marcel Azola n’est pas mon compositeur préféré
                  Que faire docteur ?Le Lexomil ne suffit plus...
                  J’ai bien essayé de rivaliser avec mon piano, mais ça ne fait pas le poids, et il a l’air d’aimer Chopin, même tard dans la nuit...


                • appoline appoline 18 août 2009 18:23


                  @ Zen,

                  Essayez de vous trouver un CD des Tambours du Bronx, vous y mettez quelques décibels savamment dosés, une paire de boules quiès pour vous-même et roule ma poule.

                  Je pense qu’une petite remise en question s’impose, le piano se suffisant pas, hélas je préconise de lui décoller la pulpe du fond, avec les Tambours du Bronx, le message devrait passer. A vous d’oser.


                • Le péripate Le péripate 12 août 2009 15:23

                  A première vue, des choses très justes sont dites.

                  Pourtant deux faits semblent parfaitement mêlées de manière à priori incompréhensible : l’intervention dans tous les aspects de la vie de l’État Nounou, et la judiciarisation des conflits.

                  Si le premier fait semble bien devoir être nommé infantilisation, j’ai du mal à voir en quoi il est « américanisation ». Sauf à considérer que ce qui est modernité soit nécessairement américain. Pourquoi pas libéral....lol, j’ai déjà vu cette imposture utilisée ailleurs.

                  De plus un argument m’a fait sursauter : la judiciarisation impliquerait un coût pour la Sécurité Sociale. Si ce fait est strictement exact en ce qui concerne le coût de la Santé aux US (fait bien sûr toujours négligé par les contempteurs des US), j’aimerai bien connaitre par quel mécanisme les couts des procès imputés au professionnels de la santé en France pèsent sur la Sécu.....

                  Au bilan, quelques faits exacts mêlés dans un fatras sans logique, un pur amalgame.


                  • Le péripate Le péripate 12 août 2009 21:57

                    « qui pousse » n’est pas une réponse à la question « par quel mécanisme ? ». C’est de manière autoritaire que sont fixées les tarifications SS. Si ça se trame dans l’ombre des cabinets, que ça soit dit.
                    Le principe de précaution, l’État/nounou,etc... il faut être tordu pour voir du libéralisme ou de l’américanisation là dedans.

                    Quant à la judiciarisation, oui, c’est effectivement libéral que de régler les conflits par appel à un arbitre, plutôt que de balancer ses canettes de bière par dessus la haie, comme le suggère l’auteur (au abonné absent sur les questions gênantes). Sauf que cet arbitre pourrait être tout à fait être un « civil », un privé, en ce qui concerne nombre de petits conflits. Il n’est pas forcément besoin de mobiliser la lourde et couteuse justice d’État pour tous et n’importe quoi.

                    Mais avec un public bien dressé, la piqure de rappel par un ou deux slogans est efficace : américanisation, libéralisation, sauvage, et les zombies se lèvent et marchent.

                    On finit par avoir quelques compréhensions pour les mensonges des politiques : voir les déclarations de Georges Frêche.
                    Sauf que je ne suis pas d’accord.


                  • Le péripate Le péripate 13 août 2009 07:46

                    Que les électeurs sont des cons. Et c’est les conneries que je n’aime pas, ainsi que les cons.


                  • ZEN ZEN 13 août 2009 09:11

                    Péripate
                    Attention à ce que vous dites !
                    Les électeurs sont des cons
                    Or , vous êtes un électeur
                    Donc...


                  • Le péripate Le péripate 16 août 2009 22:12

                    Bon. Pas de réponse. C’était donc n’importe quoi.


                  • Tony Pirard 12 août 2009 15:37

                    Inconvénients ou non,la réalité c´est que tout ce que fait la sociéte française est regardant les Américans.C´est comme un grande « mirroir ».


                    • Yannick Harrel Yannick Harrel 12 août 2009 15:44

                      Bonjour,

                      Très intéressant article qui rejoint certaines de mes réflexions sur le sujet.

                      Je m’inquiète depuis plusieurs années devant cette vague d’hygiénisme qui submerge la société. Au risque à terme de tous nous y noyer.

                      Cette fragilisation psychologique n’est-elle pas le résultat d’une habitude à vivre dans une société qui se veut aseptisée, ayant oublié que le monde n’est pas neutre et que le tragique est consubstantiel de l’existence humaine ?

                      En outre je m’inquiète aussi de l’autre versant du problème qui est cette judiciarisation de la société avec une volonté quasi-acharnée à trouver un coupable, y compris lors de la survenance de catastrophes naturelles.

                      Cordialement


                      • Tommy Tommy 12 août 2009 16:00

                        Un bon article sur le pouvoir populiste preque de la peur.


                        • fooogooo 12 août 2009 16:05

                          Si cet article est interressant, il porte, à mon sens, un regard biaisé sur la justice américaine.

                          La justice US a aussi des points positifs et important pour les citoyens ... Les class action par exemple ... en France, on encombre les tribunaux avec des affaires similaires ... et encore, peu de gens ont le courage d’aller au tribunal seul ( bien que souvent, des associations aident dans les démarches ).


                          • Fergus fergus 12 août 2009 16:09

                            Bonjour, Georges.

                            D’accord avec vous pour souligner l’inflation grotesque des cellules de soutien psychologique qui fleurissent un peu partout, y compris dans des lieux et à des heures inattendues, dans le seul but de redorer l’image des donneurs d’ordre politiques.

                            Pas complètement d’accord en revanche pour ce qui est de la judiciarisation à l’américaine. Certes, les travers qui se sont développés outre-Atlantique gagnent du terrain chez nous, encouragés par les libéraux, mais pas autant qu’on le prétend généralement. La judiciarisation est loin d’être galopante et se trouve, pour l’essentiel, circonscrite à des milieux aisés.

                            Au risque de ma planter totalement, je ne crois d’ailleurs pas que cette judiciarisation parviendra à atteindre chez nous (ni même à approcher) les sommets que l’on contate aux Etats-Unis. Souvenons-nous que l’on nous promettait déjà une société du fast-food il y a... un quart de siècle. Une société qui n’a vu que très partiellement le jour. Sans doute en ira-t-il de même avec la judiciarisation.


                            • Georges Yang 12 août 2009 16:16

                              Les USA n’ont pas l’apanage de la judiciarisation (mon commentaire sur L’Egypte), certes, mais la France s’y met de plus en plus. Mais nous ne sommes pas américains, alors cela sera plus long et peut-être moins excessif. Lire mon commentaire sur la relation à l’écrit des cathos face au protestantisme et judaisme.


                            • barbouse, KECK Mickaël barbouse 12 août 2009 16:31

                              bonjour,

                              je suis d’accord avec vous dés le titre, la corrélation entre le « psychologisme » imposé et l’infantilisme, cette forme de dénie d’être capable de surmonter des épreuves éprouvantes plus rapidement seul et normalement entouré par un retour à sa banalité quotidienne qu’inciter a remuer mentalement les plaies, a les re conscientiser, a les mettre en exergue, afin d’attendre benoitement une réponse qui de toute façon ne change rien aux faits quand l’irrémédiable est franchi.

                              mais ce qu’il me manque dans votre article, c’est la place du « psychologisme » dans le milieu carcéral et notamment « les experts » dont les rapports sont censés fournir des éléments fiables pour la prise de décision d’un juge, que ce soit pour la condamnation comme pour la remise en liberté ;

                              il faut savoir que lorsqu’un de ces « expert » offre une avis favorable a un futur récidiviste, il n’est ni désavoué, ni licencié, ni remis en question, ni rien, même si les faits contredisent clairement sont rapport et la pertinence de son analyse, de ces méthodes, etc... ce n’est pas grave...

                              une pirouette réthorique, un petit peu de « c’est une science encore jeune », et autres excuses dont la France a le secret, pendant que l’avis et l’opinion des gardien de prison par exemple, eux qui côtoient quotidiennement l’incarcéré, est tout simplement rendu inaudible, voir méprisé.

                              amicalement, barbouse.


                              • appoline appoline 18 août 2009 18:39

                                @ Barbouze,

                                Dans pratiquement tous les jobs, il y a sanction quand il y a erreur ou faute. Il est important de faire un gros ménage parmi ces charlatans, qui ne valent pas mieux que des diseurs de bonne aventure.
                                Comme je le disais plus haut, dans les instituts infirmiers, cette vermine est particulièrement pernicieuse, sur de futurs professionnels de la santé, ça fait un sacré dégât. Beaucoup s’attifent du titre de psychologues cliniciens, ils ne doutent de rien.


                              • Georges Yang 12 août 2009 16:35

                                Dernier exemple. Votre fils se fait racketter à l’école. En premier lieu, la prévention. Evitez de lui acheter des marques qui attisent la convoitise, on peut vivre sans Nike, sans Chevignon et même sans street wear ! Eduquez votre fils à redresser la tête, à ne pas regardez ses chaussures quand plus fort que lui le menace ou veut l’intimider. Les petits voyous étant lâches, ils en attaqueront un autre. Admettons que cela ne suffise pas. Venez à la sortie de l’école avec un beau-frère, secouez les ados rançonneurs par le col un par un jusqu’à ce que les pièces de monnaie leur tombent des poches. Inutile de dire que la riposte doit être proportionnée, donc là non plus, pas question de pied-de-biche ou de poing américain. Si enfin les parents des délinquants interviennent, temporisez, menacer de recourir à la justice. N’appelez la police et ne portez plainte que lorsque les adultes et leur progéniture brandissent des haches et des fourchettes à rôti. S’ils commencent à argumenter avec un canon scié ou un lance-roquette, vous avez perdu, mais cette situation est heureusement statistiquement rare, surtout avec le dernier outil.

                                 Après les sévices sur mineur, la première décision du juge pour enfants a été une main levée !

                                 


                                • katalizeur 12 août 2009 16:50

                                  @ l’auteur

                                  excellent comme d’ hab...

                                  «  »« Eduquez votre fils à redresser la tête, à ne pas regardez ses chaussures quand plus fort que lui le menace ou veut l’intimider. »«  »

                                  voila un conseil plein de bon sens....qui s’adresse aux ados bien sur mais aussi a un grand nombre d’adulte.....


                                • Krokodilo Krokodilo 12 août 2009 17:05

                                  Personnellement, c’est dès la grande maternelle que j’ai appris à ma fille quelques attitudes et gestes propres à intilmider les garçons agressifs, les futurs cas sociaux qui ne savent pas verbaliser et s’expriment par la menace...


                                • Jean-paul 12 août 2009 19:24

                                  @ Georges Yang

                                  Beaucoup plus simple la solution .faites comme les Americains : l’uniforme a l’ecole .


                                • simplementflo 12 août 2009 16:44

                                  Article intéressant. J’ai aussi pas mal d’interrogations sur cette dérive qui s’inscrit de plus en plus dans notre société occidentale : cette infantilisation comme vous le dites si bien. Ce qui semble partir d’une bonne intention : légiférer pour réduire les risques et judiciariser dans le cas de préjudice, est en train de tourner à l’excès.
                                  Il me semble que les gens se sentent de plus en plus dépendants de la société, contents de déléguer leur responsabilité à un système qui à la place érige des normes et des réglementations. Pris dans un engrenage où ils demandent de plus en plus à une entité qu’ils voudraient maternante et sécurisante, qui en vient à légiférer sur tout et n’importe quoi en se substituant à ce qui relevait auparavant du simple bon sens, ils n’acceptent plus le mondre risque, quelqu’en soit le coût. Or le risque n’est pas réduisible à zéro, la mort et la maladie existent, l’accident survient, parce que qouique la société mette en place, elle ne peut s’affranchir de la nature (y compris la nature humaine !!).
                                  Au final, on voit s’installer le règne de la médiocrité, de « c’est pas ma faute » à « y’a qu’à faire une loi », une société hygiéniste et liberticide, avec en corollaire une frénésie consummériste pour pallier à la paresse.


                                  • simplementflo 12 août 2009 16:57

                                    Réductible, pas réduisible. Pardon


                                  • appoline appoline 18 août 2009 18:54

                                    @ Simplement Flo,

                                    Déresponsabiliser les gens est une action voulue par les gouvernements successifs. La justice a fait aussi son propre tort en acceptant de juger des affaires de chats écrasés, la porte s’est ouverte et beaucoup s’engouffre par la brèche.

                                    Je me souviens du reportage où le blaireau attaquait la Seita parce qu’il était poitrinaire jusqu’à l’os, pleurant devant la caméra le paquet de clopes à la main. Il aurait fallu que le juge le vire du tribunal et avec de l’élan. Il y a tant d’autres exemples aussi ridicules que celui là que ça devient lamentable de voir une justice saturée d’affaires autrement plus importante à juger perdre son temps pour ces affaires qui relèvent de la responsabilité de chacun.


                                  • Le péripate Le péripate 12 août 2009 16:58

                                    Je me permets d’insister : pourriez vous sourcer cette affirmation de votre plume, ou, au moins, expliciter par quel mécanisme l’assurance souscrite à titre privée par un professionnel de la santé se retrouve dans le budget de la Sécu  : La première conséquence de cette dérive procédurière se retrouve dans les tarifs des assurances des professionnels de santé et de ce fait dans le déficit de la sécurité sociale.

                                    Merci d’avance

                                     

                                    • tonton17 12 août 2009 17:34

                                      Merci pour cet article !
                                      chaque année on forme des milliers de psy et d’avocats : il faut leur trouver du travail !
                                      il faudrait plûtot former des ingénieurs ou des techniciens qui serviraient à quelquechose !
                                      c’est la différence entre un ventilareur et une éolienne : le ventilateur produit du vent à partir d’énergie et l’éolienne de l’énergie à partir du vent !!!!!!


                                      • Annie 12 août 2009 18:26

                                        Devant un tel consensus, je suis obligée de préciser ma pensée. Il est possible de condamner la judiciarisation de la société sans pour cela vouloir minimiser l’impact d’événements traumatiques. La psychologie est un sujet sur lequel chacun a son opinion. Personne ne se risquerait à conseiller à un cancéreux de prendre de la giroflée pour se soigner. Par contre, il est tout à fait séant pour n’importe de juger que les victimes de traumatismes psychologiques sont des moules qui ont oublié de passer par le stade incontournable de l’oubli pour guérir. Je suis sure que des gens comme Primo Levi ou Bettleheim apprécieraient s’ils étaient encore de ce monde. On ne peut pas préjuger de l’impact d’un traumatisme psychologique, ni des capacités d’adaptation et de récupération des gens, surtout dans des situations extrêmes. 
                                        Je faisais allusion à l’obusite, parce qu’il me semble en lisant tous ces commentaires que les mentalités n’ont pas tellement évolué, et que si l’on ne fusille plus aujourd’hui les gens qui souffrent de troubles psychologiques, du moins en les minimisant on les extermine par le mépris.


                                        • Krokodilo Krokodilo 12 août 2009 20:35

                                          Annie, il ne s’agit pas de critiquer une profession ou deux (psychologues et psychiatres), mais de signaler que cette pratique (cellules d’urgence) n’a pas été évaluée. Or, il est tout à fait possible de vérifier si les gens qui sont passés par ce « débriefing » ont eu moins souvent recours dans les années suivantes à des psychologues ou des psychiatres, voire à leur médecin généraliste, comparativement aux victimes qui n’auraient pas bénéficié de ces entretiens.


                                        • Annie 12 août 2009 21:37

                                          Krokodilo,
                                          je ne défends aucune profession, seulement des gens qui peut-être auraient eu moins de difficultés à demander de l’aide s’ils n’avaient pas eu l’impression d’être inadéquats en le faisant. Les hôpitaux sont remplis de gens souffrant de stress post traumatique. Il ne s’agit pas seulement de vétérans de guerre, mais de gens dont l’expérience dépasse notre entendement. Est-ce si difficile à comprendre ?
                                          Je suis parfaitement d’accord pour condamner cette propension à demander réparation, mais pas au dépens de ceux qui légitimement pourraient le faire mais ne le font pas justement à cause de leur traumatisme. 
                                          Là je m’adresse à George qui me répondra, peut-être ou pas. La raison pour laquelle je suis en colère contre George est qu’il se trouvait en avril 94 au même endroit que moi d’après ses témoignages. Et je ne comprends pas comment il peut nier, minimiser ou relativiser des souffrances psychologiques, que ce soient celles des expatriés ou des « indigènes ». Elles sont toutes aussi valides les unes que les autres, mais il ne s’agit pas d’un concours, et il n’y a que des perdants.


                                        • tvargentine.com lerma 12 août 2009 19:10

                                          Franchement,comment pouvez vous écrire :

                                          « 
                                          La société française entière a été gangrenée par un recours au légal, au pénal pour un oui ou pour un non »

                                          Expliquez nous la « société africaine » puisque vous connaissez si bien ce continent ou l’injustice sociale est pratiquée tout les jours et ou la gangrene n’existe pas puisque vous ne l’a voyez pas

                                          je lis sur wiki : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nairobi

                                          « 42% de la population du pays vit en-dessous du seuil de pauvreté et 23% de la population vit avec moins de 1 dollar US par jour. »

                                          Vous faites quoi vous déjà ??? entre Paris et Nairobi ???? et depuis 1976 ????

                                          Vous faites parti des profiteurs et moralisateurs et vos « conseils » gardez les pour votre conscience de curé bobo

                                          PS : Il faut esperer que vous n’avez pas accorder d’arrêt de travail en France à des gens qui n’en ont pas besoin durant vos « séjours » en France,pays « gangréné »

                                          http://www.tvargentine.com/






                                          • Georges Yang 14 août 2009 10:49

                                            Toujours aussi délicat , Lerma !


                                          • bluebeer bluebeer 12 août 2009 22:02

                                            Bonjour, merci pour l’article que je trouve intéressant, et qui rejoint à bien des égards mes propres irritations.

                                            Je veux seulement réagir et commenter la partie « psy », que je trouve caricaturale.

                                            Je suis psychologue. Je bosse depuis 10 ans dans des services d’urgence et de réa, entre autres. Ma formation de départ est plutôt dans le domaine des neurosciences, de la neuropsychologie (la relation cerveau/comportement ou cerveau/cognition, si vous préférez). En fait, je travaille encore pour le service de neurologie, mais c’est un domaine très différent de celui que vous évoquez.

                                            Mon boulot dans les services soins intensifs et urgences est variable. Il s’agit le plus souvent de gérer le stress des patients et de leurs familles. Il y a toutes sortes de situations et toutes sortes de techniques, ce serait long à expliquer. Disons que je sers souvent d’interface entre le monde médical et le monde « civil ».

                                            J’ai bien entendu souvent eu affaire à des gens victimes de traumatismes, d’agressions, de deuils, de catastrophes. Très souvent en individuel, rarement en groupe. Mon intervention est requise par le personnel médical (médecins, infirmiers, paramédicaux), parfois par les patients ou par les familles.

                                            Le boulot de psychologue est complexe. La psychologie en tant que domaine d’étude et de réflexion regroupe une multitude de disciplines souvent parallèles et indépendantes les unes des autres. Certaines disciplines obéissent à des protocoles de recherche rigoureusement scientifiques, avec mise à l’épreuve d’hypothèses dans un cadre expérimental strict (par exemple, les sciences cognitives, les neurosciences du comportement, les travaux sur l’apprentissage, sur la psychologie sociale...). D’autres domaines, souvent plus cliniques, sont disons, plus spéculatifs (par exemple, nombre de méthodes thérapeutiques, parmi lesquelles des démarches très intéressantes comme les thérapies brèves). Certains courants sont carrément farfelus et ne possèdent aucune légitimité scientifique (comme la psychanalyse ; cf http://www.pseudo-medecines.org/articles.php?lng=fr&pg=26, par exemple). La perception du travail psychologique est malheureusement très souvent associée à ce dernier segment de la profession, et donc, dénigrée. Tout le monde est psychologue chez lui, donc nous, les hommes de métier, sommes très souvent critiqués, pour le meilleur et pour le pire.

                                            Il n’y a pas de consensus sur les méthodes et les objectifs de prise en charge de stress traumatique (le stress dit « post-traumatique » survient en principe plus tard, à retardement). Mon sentiment est qu’il y a beaucoup d’empirisme en la matière, nonobstant la mobilisation systématiques de « spécialistes » sur les lieux de tragédies. Je ne parlez donc ici qu’en mon nom.

                                            Le but de mes interventions à l’hôpital n’est ni la suppression d’un fait, ni son embellissement. Disons qu’il s’agit d’offrir à une personne une opportunité d’aborder une réalité a priori choquante et inacceptable, « indigeste » et « incompréhensible » (accident, agression) dans un cadre « sécurisé », avec un interlocuteur attentif et averti. Mon but est de permettre à la personne d’affronter cette réalité, ou du moins son souvenir. De ne pas s’en cacher. Ce qui pourrit la vie de quelqu’un, c’est de consacrer beaucoup d’énergie à ne pas penser à quelque chose, par peur panique. Beaucoup plus que l’inverse, qui existe aussi, mais qui est moins grave. L’évitement, c’est la fuite. Et la fuite, c’est l’angoisse. On peut vivre avec, c’est juste moins confortable.

                                            Intervenir, c’est tenter de remettre quelques pendules à l’heure, donner du sens, des sens, permettre un choix. Par petites touches, par suggestions. C’est semer le doute dans le malheur, la honte, la culpabilité. C’est semer des petites graines pour plus tard.

                                            Toute personne « sinistrée » n’est pas prête d’emblée à ce genre de travail. Ma première tâche est d’établir un lien de confiance. En même temps, je m’efforce d’évaluer la réceptivité, l’état de stress du patient. Toujours, je laisse venir. Souvent, je préfère parler avec les proches, eux même en demande de conseils. Je m’efforce de leur décrire les mécanismes en jeu en termes simples, de leur suggérer des attitudes à tenir, de proposer plusieurs possibilités. Très peu de directivité, beaucoup de remarques a priori anodines. J’essaye de créer des conditions où le thème du traumatisme reste malléable, où il ne se fige pas d’emblée dans une forme menaçante, culpabilisante. Toujours du sur-mesure, jamais de la confection de série. Le but est de coller autant que possible au discours, aux valeurs, aux croyances des gens, pour les tirer vers des zones plus dégagées. Il ne s’agit pas de leur fourguer un prêchi-prêcha passe partout, de série, mais de leur ouvrir des portes. Souvent, ne pas comprendre, comprendre de travers, en touts cas ne pas adhérer d’emblée aux lieux communs, est la meilleure manière de procéder, de les aider à se positionner à titre personnel. Candeur et spontanéité sont les deux mamelles d’une bonne relation de départ. Il y a des variantes, mais ça serait long à détailler.

                                            Est-ce que ça marche, est-ce que les gens se sentent mieux ? Je n’ai pas de statistiques, mais j’ai souvent eu des mercis, parfois longtemps après, au hasard des rencontres. Parfois dans des cas où j’avais l’impression de m’être magistralement planté. Et puis finalement, non, ça allait.

                                            Est-ce que je me plante ? Oui, bien sûr. Mais comme je reçois rarement des lettres d’insulte, c’est plus difficile à estimer. Il faut vraiment de la maladresse pour empirer les choses, mais ça a du arriver une fois ou l’autre, des mots malheureux au mauvais moment. C’est un métier de funambule. Des fois aussi, je me fais coiffer par des collègues ou par une technicienne de surface. Le secret des interventions, c’est que les personnes prennent ce dont elles ont besoin là où elles le trouvent, quand elles le trouvent.

                                            Est-ce qu’il y a des gens résistants à la démarche ? Oui, parfois, des irréductibles. Est-ce que ça me frustre ? Non, pas vraiment ; je suis payé à la journée, pas à la pièce. Parfois un peu quand même, fierté professionnelle oblige. Mais des fois, ça devient une private joke, un sujet de plaisanterie entre le psy et sa proie évanescente.

                                            Est-ce qu’on s’améliore avec le temps ? Oui et non. On gagne en acuité et trucs du métier, on perd en spontanéité. On finit par trouver banal ce qui pour l’autre est tragique, et c’est plutôt un handicap. Mais je respecte toujours mes patients, des gens ordinaires dans des circonstances extraordinaires. Si ce n’était plus le cas, je ferais autre chose.

                                            Est-ce que c’est indispensable ? Pour certaines personnes, ça l’est. Ca leur permet d’avancer, de se mettre en mouvement, de choisir une direction, d’agir plutôt que de subir. Elles auraient perdu beaucoup plus de temps autrement. Certaines personnes ne se relèvent jamais de certains traumatismes. J’ai vu des vieillards pleurer des événements de leur enfance, soixante ans plus tard.

                                            Est-ce que c’est infaillible ? Non, la médecine non plus, l’ingénieurie spatiale non plus. Pas de complexe.

                                            Est-ce que ça aide le personnel soignant ? Souvent, la souffrance psychologique est difficile à traiter, elle déconcerte. C’est difficile d’écouter attentivement quelqu’un qui souffre et de lire entre les lignes. Mes collègues sont parfois soulagés de savoir que c’est un autre qui s’y colle.

                                            Une benzodiazépine ne ferait-elle pas l’affaire ? Honte sur vous. En plus, il y a parfois des effets paradoxaux. Ou secondaires.

                                            Faut il envoyer les psys en première ligne en hélico ? Non. Il y a un temps pour tout.

                                            Faut-il attendre que le patient demande ? Non, c’est bien de tendre une perche. C’est bien aussi de ne pas insister quand on refuse. Il y a un temps pour tout.

                                            Comment choisir son psy ? Par le bouche à oreille, ou avec un pendule au dessus de l’annuaire.

                                            Les autorités ont-elles tort de vouloir bien faire ? Dit comme ça, non. Se dédouanent-elles à bon marché ? Il faut leur demander.

                                            Ont-elles tort de faire confiance aux psys ? Hum. Ca dépend.

                                            Voilà. Désolé d’avoir été si long.




                                            • Le péripate Le péripate 12 août 2009 22:09

                                              Non, très intéressant.


                                              • Antoine 12 août 2009 22:40

                                                Vous découvrez l’amérique on dirait ! Nous sommes ce qu’ils sont quelques mois ou années auparavant. Les US sont un pays de chicane où tout est prétexte pour plaider et extorquer de l’argent à la parite adverse.par exemple regardez déjà ici les prudhommes : vous virez un(e) salarié(e) qui va aussi sec vous réclamer du pognon pour harcèlement au prétexte que vous l’avez engueulé(e) pour ses bêtises ( qui n’en étaient pas bien entendu) ou que vous lui avez offert un café !


                                                • Jean-paul 13 août 2009 01:56

                                                  @ Antoine
                                                  On voit bien que vous ne connaissez pas les lois francaises et le parcours administratif pour virer un(e) employe .


                                                • Antoine 13 août 2009 22:24

                                                  Manque de chance mon cher Jean Paul, je suis juriste et connais mieux que la moyenne le droit du travail ! Il se trouve que c’est mon expérience du domaine qui parle, alors...


                                                • Paul Cosquer 13 août 2009 00:24

                                                  Le tout légal ? Croyez-moi, chacun préfère passer par le légal plutôt que par le médico-légal...


                                                  • dom y loulou dom 13 août 2009 01:20

                                                    ignoble et comique à souhait

                                                    c’est où le formulaire pré-rempli pour divorcer de la machine de guerre ?


                                                    • frédéric lyon 13 août 2009 01:37

                                                      Si j’ai bien compris, les médecins sont parfois trainés devant les Tribunaux par des français dont notre auteur pense qu’ils sont inspirés par l’Amérique et tout ceci serait un signe de l’infantilisation de la population française.


                                                      Tout ceci n’a ni queue ni tête.

                                                      En revanche, il existe des gens qui ont besoin de se trouver un bouc-émissaire, qu’ils rendront responsables de tous leurs petits soucis. Ce qui est un comportement paraitemement infantile, ils le savent très bien au fond d’eux-mêmes, c’est pourquoi ils éprouvent aussitôt le besoin de projeter cet infantilisme personnel sur la société toute entière.

                                                      Ensuite, ils pondent parfois des articles sur Agoravox qu’ils intitulent :

                                                      Vers « l’infantilisation » et « l’américanisation » de la société française.

                                                      Rien que ça ! 

                                                       

                                                      • ALEXANDER 13 août 2009 02:51

                                                        Un article pas très utile globalement, pas si mal fichu et rédigé, mais qui manque terriblement d’idées originales et, faut-il le dire, d’un réexamen sérieux de ce dossier. Où sont les chiffres, les avis de médecins, les exemples concrets ?

                                                        Tout reste en surface et en généralisations.


                                                        • Aspiral Aspiral 13 août 2009 07:33

                                                          Il serait peut-être temps de passer du diagnostic, qui se multiplie dans tous les secteurs de la vie dite post-moderne, le meilleur des mondes au traitement : tous victimes, pas de coupable qui se reconnaisse !
                                                          C’est la pensée collective qui est malade ; on a confondu mythe scientifique et véritable science en focalisant sur les « causes » sans plus chercher ni respecter les lois de la nature humaine.


                                                          • JL JL 13 août 2009 08:20

                                                            @ Georges Yang et péripate :

                                                            Pour ma part, j’approuve cet article.

                                                            Péripate dit : « deux faits semblent parfaitement mêlées de manière à priori incompréhensible : l’intervention dans tous les aspects de la vie de l’État Nounou, et la judiciarisation des conflits. Si le premier fait semble bien devoir être nommé infantilisation, j’ai du mal à voir en quoi il est « américanisation ».

                                                            Si je peux me permettre (de répondre à la place de l’auteur), cette »américanisation" est le revers de la médaille libérale. Et péripate a raison. Mais ce qu’il deint d’ignorer c’est que l’intervention de ce qu’il appelle Etat nounou n’est en rien de l’interevntion en faveur des citoyens. Et là il montre qu’il n’a pas (bien ?) lu l’article. Cette interventionnisme n’est que de l’esbroufe médiatique. Rien n’a changé depuis que George Madison a déclaré que le rôle de l’Etat c’est de protéger la minorité riche : il le fait en cédant aux lobbies.

                                                            Si l’équivalent politique de Le libéralisme c’est l’Etat totalitaire (Chomsky), si le fascisme devrait être appelé corporatisme puisqu’il s’agit en fait de l’intégration des pouvoirs de l’Etat et des pouvoirs du marché (Mussolini), et je vous fais grâce de la déclaration ad’hoc de Mme Delmas marty au sujet du TCE,

                                                            Alors le libéralisme c’est le fascisme oligarchique. Non, ce n’est pas un oxymore : les oligarques sont des fascistes pour la raison que nécéssité fait loi.simple


                                                            • JL JL 13 août 2009 08:27

                                                              Retour : c’est sidérant de confronter la déclaration de Mme M.-D. Marty au sujet du TCE et celle plus générale de Mussolini au sujet du fascisme :

                                                              Mme Delmas-Marty : ‘la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne est le premier instrument international de protection des droits de l’homme qui renonce à la distinction binaire entre d’une part les droits civils et politiques et d’autre part les droits économiques, sociaux et culturels’


                                                            • rouldug 13 août 2009 09:57

                                                              L’avocat répond au médecin. Je ne pense pas que le judiciaire soit une réponse systématique que vous prétendez. Bien sûr, vous trouverez toujours quelques confrères ou consoeurs excitées près à « chier » une montagne pour faire du scandale et grapiller quelques euros pour en découdre avec des cibles de choix (les médecins en font partie il est vrai), mais je pense que les gens de justice sérieux n’ont pas d’énergie à dépenser là-dedans parce qu’il y a des cas plus graves de délinquance, de faillite, de licenciement, de divorce, d’expulsion qui hantent les tribunaux. Là où vous voyez juste à mon sens, c’est cette « psychologication infantilisante » systématique déployés devant les médias par les hommes politiques et les hauts fonctionnaires qui veulent être politiquement en cour. Et il y a surtout cette manie de légiférer n’importe comment de manière inutile, alors que nous disposons d’un arsenal juridique très important et qui tombe quasiment en désuétude dès sa promulgation. Il serait intéressant la proportion des « nouvelles lois » promulgués et qui sont pratiqués trois ans après par les tribunaux. La proportion est à tout casser de 5% de lois « utiles » par rapport à la masse des lois promulgués. Et là où cela devient parfaitement scandaleux, c’est quand on examine le prix que cela coûte. Quand vous mobiliser le gouvernement, le conseil d’Etat, la haute administratiion, l’Assemblée Nationale et le Sénat, voire le Conseil Constitutionnel, puis retour au Conseil d’Etat et à l’administration pour pondre un texte de loi « inutile » et ses décrets d’application derrière, le coût financier devient aberrant. Tout ça pour qu’un politicien puisse « frimer » devant les médias puis ses électeurs. Là est la véritable escroquerie du politique. 


                                                              • Georges Yang 13 août 2009 10:46

                                                                Quelques réponses

                                                                 

                                                                @ Annie

                                                                Il faut faire la différence entre ceux qui en France ont été témoins de petits incidents (accident, incendie, bagarre…) et qui s’en tirent physiquement sans encombre et les massacres collectifs en Afrique.

                                                                Rwanda, Sierra Leone, Congo entre autres.

                                                                Certaines véritables victimes ont sombré dans la folie, le renferment sur soi, mais l’immense majorité, la vie a repris le dessus. Tant de gens m’ont raconté des tueries, des pillages, des razzias sans donner l’impression d’être définitivement perturbé.

                                                                Par contre, de nombreux humanitaires, qui n’avaient rien vu, car arrivés « après la bataille avaient l’air plus traumatisés que les victimes.

                                                                Si dans quelques cas le recours à une assistance psychologique, faite par des gens formés localement s’exprimant dans la langue des victimes s’avère utile, le plus souvent il s’agit d’une gesticulation humanitaire ethnocentrée sans grand intérêt.

                                                                 

                                                                @ Bluebeer

                                                                Je ne nie pas l’utilité des psychologues, mais dans des cas ciblés, pas systématiquement pour n’importe quel événement. Et comme vous le dites, s’il existe des équipes psychologiques cohérentes en milieu hospitalier (pas toujours, mais souvent) il y a par contre toute une armada de farfelus, d’escrocs et de sectaires ans le milieu psy dont on peut douter de la formation et de l’utilité. Et puis cela dépend de la personnalité de chacun, certains sont plus sensibles, d’autres peuvent aller se faire une choucroute après un massacre.

                                                                Pensez au deuil, il est normal de souffrir psychologiquement après la perte d’un fils ou d’une épouse, mais le deuil pathologique s’installe quand il dure trop longtemps et trop intensément. Cette catégorie a besoin de soutien, les autres doivent se faire à leur chagrin et s’en remettre, les assister systématiquement serait à la fois inutile et hors de prix.

                                                                Et puis ressasser la même histoire en boucle devant police, famille, psy ou assistante sociale n’est pas forcement le meilleur moyen de se rétablir, mais de glisser dans la sinistrose et la revendication procédurière pathologique.

                                                                De la psychologie, certes, mais à dose raisonnable.

                                                                 

                                                                @ A Rouldug

                                                                Même type de réponse qu’à Bluebeer. Ce n’est pas la profession d’avocat que je mets en cause, quoique, vous le dites vous-même, certains commencent à se comporter en procédurier à l’américain, pour des motifs futiles ; Il n’y a pas encore de rabatteurs à la sortie des hostos en France, mais cela peut arriver ,. Par contre tout à fait d’accord sur le fait d’à quoi bon légiférer si les décrets d’application n’arrivent pas ou très tard. Et puis, l’évolution du code pénal et civil ne devrait pas se faire au rythme des faits divers mais après réflexion, évaluation.

                                                                 

                                                                @ A la place d’infantilisation, j’aurais pu aussi écrire déresponsabilisation.



                                                                • brieli67 13 août 2009 13:41

                                                                  par un exemple historique proche
                                                                  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_1985_num_6_1_1236

                                                                  il n’est de mémoire que réinventée


                                                                  • Annie 13 août 2009 15:59

                                                                    @George,
                                                                    Merci de votre réponse. Mon argument s’est un peu perdu dans le vif du débat, mais mon allusion au Rwanda était que beaucoup de gens ont été traumatisés par les événements qui s’y sont passés mais que pour des raisons culturelles ou au nom du fameux esprit plutôt macho qui s’exprime ici, à savoir qu’un vrai homme (parce que sans vouloir généraliser ce sont plus souvent les hommes qui ont tendance à réagir ainsi) doit pouvoir surmonter ce genre d’épreuves ou pouvoir oublier etc., ont refusé le soutien psychologique qui leur était proposé et souffrent toujours de séquelles, flashback, dépression etc. Admettre un traumatisme est considéré trop souvent comme un signe de faiblesse, et c’était contre cette sigmatisation que je m’élevais, parce qu’elle est contre productive.
                                                                    Les cellules de crise me paraissent une réponse inadéquate avec des effets pernicieux, mais il s’agit d’un autre débat.


                                                                    • bluebeer bluebeer 13 août 2009 16:41

                                                                      Ouaiiiis, un débat ! 

                                                                      Ma première intervention était pour parler du contenu de l’intervention psychologique en situation de crise. Comme celle-ci est rarement décrite, elle est souvent décriée.

                                                                      Maintenant, pour préciser le fond de ma pensée sur l’ensemble de l’article.

                                                                      L’aide psychologique aux victimes est un progrès. Offrir une aide systématiquement est un progrès aussi. Imposer une aide est un non-sens. En état de choc, beaucoup de personnes se replient automatiquement sur elles-mêmes, et ne réclament aucune aide parce qu’elles veulent se détourner autant que possible de « l’agression ». Elles peuvent se chronifier dans cette attitude, cultiver l’évitement et le déni, et donc s’amputer d’une partie de leur potentiel de vie, d’existence. Tenter de circonvenir ce mécanisme est un progrès. Renforcer la résilience est un progrès. Mais pour cela il faut d’abord admettre les faits. Ensuite, il faut se positionner par rapports à ces faits et y choisir son rôle. Ressasser, gémir, se plaindre n’est jamais le but.

                                                                      Une politique d’intervention systématique a évidemment des inconvénients. Comme celui de soumettre la victime au dictat d’un mieux-être factice. L’intervention psychologique rassure d’abord l’entourage de la victime, plutôt que la victime elle-même. Quand j’entends que « les victimes ont été vues par les psychologues de la cellule de crise », je n’en tire strictement aucune conclusion, si ce n’est : autres temps, autres mœurs. Le boulot des psys n’est ni facile, ni inutile. Simplement il ne convient pas à n’importe qui n’importe quand.

                                                                       

                                                                      Je ne crois pas que tenir compte de la souffrance psychologique s’inscrive dans une logique de victimisation ou de déresponsabilisation. Je ne connais pas un seul confrère qui considère œuvrer dans ce sens. Au contraire, l’idée est d’aider les gens à faire leurs choix et à ne pas rester victimes.

                                                                      Maintenant en ce qui concerne l’américanisation d’une société qui devient de plus en plus procédurière et revendicatrice.

                                                                      Les Etats-Unis sont effectivement bien comme ça. C’est mon avocat américain qui me le disait dans le décours d’un accident subi là-bas, quand j’y travaillais.

                                                                      Les américains jouent virtuellement tous au même jeu : réussir, s’affirmer. On sait que quelqu’un a réussi quand il a accumulé beaucoup d’argent. C’est un peu con mais assez simple et objectif. Peu importe les moyens. Presser l’assurance comme un citron fait partie des stratégies acceptables. La vie américaine est une compétition ouverte où tous les coups sont permis. Deux grandes vertus : self assertiveness and self reliance. On s’affirme et on s’assume. Pour les américains, obtenir quelque chose par la plainte est le contraire d’être dorloté et déresponsabilisé. On a obtenu réparation parce qu’on ne s’est pas laissé faire. C’est comme ça qu’ils le vivent, ça ne les choque pas. Comme les salaires pharamineux ou les dégraissages d’entreprise ne les choquent pas. C’est normal, tout le monde essaye de faire de l’argent. Tout le monde essaye de réussir. Tout le monde essaye de s’affirmer. Tout le monde essaye d’exister. If you cannot stand the heat, leave the kitchen.

                                                                      Il y a déresponsabilisation quand on cherche systématiquement à rejeter la faute sur autrui. Dans ce sens, la démarche américaine de chercher la proie qui va cracher au bassinet peut être perçue comme une dérive vers la déresponsabilisation de notre point de vue européen. Mais dans leur imaginaire, c’est tout le contraire. Il est hors de question de se laisser faire. On m’a abîmé, j’ai de la valeur, ils ne le payeront jamais assez.

                                                                      Le raisonnement et l’articulation de l’article me paraissent donc infondés. En revanche, je souscris pleinement à la critique d’une utilisation hygiéniste et normatrice des psychologues (et non de la psychologie), ainsi qu’au glissement progressif des valeurs et idéaux historiques des nations européennes vers une placide société de consommation où chacun roule pour soi et strictement pour soi, détournant l’esprit des lois dans ce sens.

                                                                      Pour ceux que ça intéresse, essayez de vous procurer le film Etat Second (Fearless), de Peter Weir. Ça parle un peu de tout ça, avec brio.

                                                                      Pour conclure, j’ai retiré très peu de compensation monétaire de cet accident américain, n’ayant finalement pas su m’intégrer à ce point.


                                                                      • Georges Yang 13 août 2009 18:46

                                                                        Je ne désire pas prolonger un débat sans fin, cependant je pense que vous confondez l’état de choc qui est médicalement un collapsus, une baisse de tension et une inadéquation physique à un stress ou un trauma et la stupeur, l’hébétude après un trauma psychologique.
                                                                        Et puis, dévirilisez la société dès l’enfance en apprenant à « mieux souffrir » est aussi un moyen de faire un peuple de moutons qui vote dans le bon sens , qui croit au sécuritaire et qui ne veut plus supporter la moindre nuisance.


                                                                      • bluebeer bluebeer 13 août 2009 20:24

                                                                        Bonsoir.

                                                                        Mon dernier post sur le sujet parce qu’après ça va vraiment tourner au dialogue de sourd.

                                                                        Non je ne confond pas. Je ne faisais pas référence à ces états de choc « médicaux » dans la mesure où je n’y suis pas ou très peu confronté. Quand quelqu’un est déconnecté, la meilleure chose à faire est d’attendre qu’il se reconnecte. Qui plus est, je me méfie des « syndromes » médicaux décrivant des états psychologiques complexes, tout comme je me méfie de la plupart des définitions du DSM ; par expérience, elles sont réductrices et n’influencent guère la prise en charge. Mon point principal est : aborder la souffrance psychologique concomitante à un traumatisme réel, physique, émotionnel, somatique, n’est pas en soi déresponsabilisant. J’ai vu un paquet de pseudo John McLane se sentir mieux après une séance, et être plus proche d’eux même en pleurant qu’en roulant des mécaniques pour la galerie. Mais je n’ai pas pris la précaution de les filmer, donc il faut me croire sur parole. Ou ne pas me croire.

                                                                        Maintenant le vrai débat. « Déviriliser » est un terme étrange. Une femme peut-elle assumer un traumatisme sans trahir sa nature profonde ? Peut-elle obtenir la rédemption citoyenne que procure l’épreuve dûment surmontée dans le sang, la sueur et les larmes viriles, elle qui en est naturellement dépourvue ? J’imagine que vous voulez simplement dire qu’en incitant ses membres à se plaindre et à chercher l’arbitrage de la justice dans leurs contentieux, réels ou imaginaires, la société en fait au bout du compte des timorés, des pleutres et des moutonniers inaptes à assumer les épreuves de la vie et la démocratie dont ils ont hérité.

                                                                        Je ne suis (suivre) pas ce raisonnement non plus. Si on veut une société de citoyens responsables et concernés, il faut que ceux-ci s’y sentent impliqués, qu’ils aient le sentiment que leur action influence leur sort et celui de leur entourage. On se bat bien pour des gens que l’on connaît et dont on se sent solidaire. On se bat mal pour des inconnus et des concepts. On adhère à un projet ou à un groupe si on s’y sent respecté. Malgré tous leurs défauts, les américains estiment souvent que leur société est juste dans le sens où elle leur offre une chance véritable de réussir. Donc ils y adhèrent.

                                                                        Et puis en termes de « fuck the law, do it yourself », les grands exemples nous viennent aussi des Etats-Unis : Charles Bronson dans le « Justicier dans la ville » et Clint Eastwood dans tous les Dirty Harry. Voilà des réponses viriles et assumées aux aléas de l’existence. Et des citoyens comme on les aime.

                                                                        Bon, bonsoir. Bon article quand même, l’un dans l’autre, qui a suscité de l’intérêt.


                                                                        • Georges Yang 14 août 2009 10:47

                                                                          Merci pour l’intérêt que vous avez porté à mon article. Vos interventions sont pondérées et donc n’entrent pas dans une polémique stérile.


                                                                        • grainedananar grainedananar 15 août 2009 16:22

                                                                          Excellent article que je mets en lien sur mon site
                                                                          http://grainedananar.over-blog.com
                                                                          Oui, tout à fait d’accord avec vos analyses, mais en même temps, quoi de plus intéressant pour les assurances que de jouer sur les peurs les plus profondes de tout être humain ? Une stratégie politique vieille comme elle (Machiavel suggérait à son Prince de s’assurer longévité de pouvoir grâce à la manipulation des peurs et des fantasmes humains) et dorénavant commerciale et médiatique...


                                                                          • Georges Yang 16 août 2009 12:31

                                                                            Justement, je prépare un article sur les assurances et leur rôle dans la frilosité de la société actuelle.


                                                                          • Tony Pirard 16 août 2009 16:43

                                                                            Par plus que nient le Français faisent presque tout en regardant le « mirroir » des Américains.Sinon,voyons...Arts,politique et y compris Hollywood.. ! Le festival de Cannes serait un cópie exact.


                                                                            • franc 16 août 2009 17:42

                                                                              Article utile et salutaire -------------------------------------ce qu’il faut condamner surtout c’est l’appel à l’appareil judiciaire pour des motifs bas et mesquins comme l’appât de l’argent exclusivement par tous les moyens y compris malhonnêtes en des faux témoignages ou mensonges ou un avantage sur un positionnement social ou moral indu ou encore la volonté de nuire à autrui


                                                                              • paul muadhib 16 août 2009 20:24

                                                                                ah illusion de croire que les humains sont différents ,absolument pas..si çà se trouve, !!
                                                                                 en commun tous les humains ont peur ,de demain ,de la mort ,de ne pas a voir a manger etc..., ont des désirs , sexuels, d’argent de pouvoir même juste dans leur maison, désirs d’absolu dans la religion ,etc...en plus nous avons tous en commun cette souffrance psychologique que nous essayons de fuir en permanence , ce sentiment de frustration permanente, de courir après du vent...nous sommes si semblables, avec mon opinions contre le reste du monde...


                                                                                • Didier FERET Didier FERET 17 août 2009 08:54

                                                                                  J’écrivais à peu près la même chose, bien avant le règne Sarkozy. A l’époque « il » s’appelait Mitterrand.

                                                                                  Voyez vous-même : http://feret-gazette.blogspot.com/2007/02/nous-vivons-dans-un-totalitarisme.html

                                                                                  Didier FERET


                                                                                  • arturh 17 août 2009 09:40

                                                                                    Tiens, un article où on se plaint que la Justice devienne un pouvoir séparé des autres pouvoirs.

                                                                                    Une américanisation de la société ? Oui, si on tient compte que l’Amérique a permis, grâce à la victoire des troupes commandées selon les principes de la Constitution Américaine entre 1939 et 1989, les progrès de l’aspiration à la Démocratie dans le monde...

                                                                                    Mais en réalité, il s’agit de la démocratisation de la société, sous l’influence de la Constitution Américaine, la seule a séparer véritablement Pouvoirs Exécutif, Législatif et Judiciaire...

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