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Accueil du site > Actualités > Technologies > Marché du travail du « numérique » : la grande esbroufe ?
#95 des Tendances

Marché du travail du « numérique » : la grande esbroufe ?

Jean-Charles Colombot (consultant indépendant en économie du travail)

La « numérisation » des sociétés contemporaines s’accompagne évidemment d’une prolifération des discours et des informations consacrés à ce sujet, qui comportent nécessairement des approximations, mais charrient aussi une idéologie de renforcement et de persuasion, en particulier à travers le ressassement. Au diapason de la puissance de leur empreinte sectorielle, les entreprises et recruteurs spécialisés n’ont pas beaucoup d’efforts à faire pour convaincre de leurs besoins, malgré les inquiétudes nées des transformations que ces entreprises contribuent à provoquer et qui suscitent l’intervention des législateurs. Elles en font pourtant beaucoup, avec un maximum d’anglicismes pour impressionner : « la data, la data, la data... » blablabla...

En plus d’une « révolution digitale » qui n’en finirait plus d’être à ses débuts, elles sont aussi portées par des considérations géopolitiques et des enjeux civilisationnels, liées au spectre de transformations encore plus radicales si un pays ou une union de pays était dominé par des entreprises étrangères. C’est légitimement devenu une priorité de la Commission européenne, mais qui passerait par l’irruption de méga-entreprises comme aux Etats-unis et en Chine (« GAFA européen »...), avec des syllogismes pour en déduire des politiques.

On ne traite toutefois dans cet article que du marché du travail des personnels disposant de compétences pour travailler dans des activités ou des fonctions « numériques ». Vis à vis de discours souvent manipulateurs et venteux, qui fleurent le 20ème siècle, il s’agit d’apporter des « data » chiffrées, sous de multiples angles d’analyse et d’opposer une intelligence critique à l’« intelligence artificielle ». Les économistes aiment citer l’un des leurs, Robert Solow, qui déclarait en 1987 : « Vous pouvez voir l'ère informatique partout, sauf dans les statistiques de la productivité ». Il n’y a pas que dans les statistiques de la productivité.

 

SOMMAIRE

 

I. La FOLIE du « NUMERIQUE »

1.1. CHAMPIONS des CAUSES SOCIALES...des JEUNES

1.2. CHAMPIONS des STATISTIQUES en TROMPE-l’OEIL

1.3. CHAMPIONS du « NARRATIF » qui EMBELLIT la VAGUE

1.4. Des ETUDES PREDICTIVES PRISES au PIED du CHIFFRE

II. La NEGATION de l’OFFRE de TRAVAIL

2.1. Le NOMBRE de CHOMEURS en PROGRESSION CONSTANTE depuis 2008

2.2. MAIS QUE FAITES-VOUS ENCORE LA ?

2.3. Des FORMATIONS PLETHORIQUES

2.4. Un MARCHE d’OFFRES de COMPETENCES DIVERSIFIE qui INCLUT les PRESTATAIRES de SERVICES

III. Le PARADIS des « INTELLIGENCES ARTIFICIELLES »

3.1. CONCOURS d’OBESITE entre la CHINE et les ETATS-UNIS

3.2. CONCOURS de MAIGREUR pour les EMBAUCHES en FRANCE

3.3. La REVOLUTION ETERNELLE...de la MERCATIQUE

IV. Une PENURIE de « MEILLEURS » et « SUPER-PROFILS »

BIBLIOGRAPHIE

 

I. La FOLIE du « NUMERIQUE »

 

1.1. CHAMPIONS des CAUSES SOCIALES...des JEUNES

 

Une vision naïve et même pavlovienne, largement propagée, fait du « numérique » un secteur susceptible d’absorber les excédents de main-d’oeuvre disponible, jusqu’à intégrer les « jeunes décrocheurs » (ayant quitté un cursus de l'enseignement secondaire sans obtenir le diplôme finalisant cette formation) [MT-FN] (#cmt), en conférant ainsi une image « sociale » aux représentants de ce secteur. 65 % des apprenants de la « grande école du numérique » étaient ainsi préalablement ni en emploi, ni en formation, en 2017 [EN-CC]. Avec ce paradoxe que les chômeurs du secteur n’ont pas droit à de telles formations puisqu’ils sont censés être qualifiés.

Or, ce secteur est le plus ségrégatif de toute l’économie, surtout vis à vis du critère de l’âge (hormis le sport, l’armée...pour des raisons physiques objectives), et réclame plutôt des ingénieurs de haut niveau, dont le défaut s’expliquerait notamment par leurs préférences pour des pays étrangers plus attractifs, comme les Etats-unis et même la Chine, paradis de la reconnaissance faciale, il est vrai.

La démagogie des représentants du « numérique » s’explique aussi par leur volonté d’enrôlement dans le « système (des services numériques) », aussi comme consommateurs.

 

Plus généralement, « Le Numérique » joue un rôle crucial dans la symbolique du « déversement », soit le transfert d’emplois « obsolètes » vers des activités nouvelles. Un peu comme si un gros cube appelé « Le Numérique » en poussait un autre et se chargeait d’un poids équivalent au fur et à mesure que l’autre se vide, sachant que « Le Numérique » doit supprimer des emplois en masse dans d’autres secteurs [SA-NE]. Un document sous-jacent au présent article présente les évolutions d’autres marchés du travail en relation avec les aides sociales (voir aussi « Aides sociales et « revenu universel » : plaidoyer pour le réalisme »).

 

(#cmt) Les « 80 000 offres d’emplois non pourvues » cité dans cette présentation fait partie de ces chiffres qui ne devraient jamais sortir des dîners en ville pour entrer dans le débat public. On explique pourquoi dans « 1..4. Des études prédictives prises au pied du chiffre » ci-dessous.

 

1.2. CHAMPIONS des STATISTIQUES en TROMPE-l’OEIL

MOUVEMENTS sur le MARCHE de l’EMPLOI des CADRES de l’INFORMATIQUE
  Activités informatiques et télécommunications Fonction « Informatique » (tous secteurs)
[AP-CI19] Recrutements + Promotions - Sorties -> Créations postes  
2016 47590        
2017 50470 4770 41830 13410 48200
2018 55980 5320 44110 17190  

Il faut reconnaître qu’avec 48 200 recrutements de cadres, la fonction « Informatique » était encore en tête en 2017, devançant de 5000 les fonctions « Commercial, marketing » ou « Etudes-recherche & développement ».

Sous un autre angle, le secteur des « Activités informatiques et télécommunications » en recrutait 50 470, les prévisions de début d’année se situant entre 51 330 et 53 640.

Mais seuls 2 % des recrutements concernaient des cadres de plus de vingt ans d’expérience [NDR : probablement des commerciaux, AP-PE18].

 

En complément du tableau précédent, une autre étude antérieure de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) indiquait que les créations nettes d’emplois cadres n’étaient que de 14 390 pour 46 640 recrutements en 2016 [AP-CI17]. Mais elles stagnaient encore à 3600 en 2013 [AP-CI14]. Il est douteux que l’on ait formé plus de 10 000 nouveaux « numériciens » en 3 ans en plus du flux de 2013. C’est donc qu’il y avait bien plus de personnels disponibles que les embauches de 2013 dès cette année-là, et même avant.

 

Une étude pour l’Observatoire paritaire des métiers de l’informatique, de l’ingénierie, des études et du conseil (OPIIEC), dont les membres sont les fédérations patronales et les organisations de salariés du secteur, a estimé les créations nettes d’emplois à 6090 en 2017, à la fois pour les entreprises de services numériques (ESN) et les sociétés d’ingénierie et de conseil en technologies (ICT), dont seulement 40 % des activités relevaient du numérique en 2016 [OKD-EN].

Qu’elle en prévît 90 500 entre 2017 et 2027 était donc très spéculatif, sachant qu’elle s’appuyait sur cent-trente entretiens dont cent auprès d’entreprises du secteur et d’organismes de formation, qui ont tout intérêt à voir l’avenir en rose. Tout en évoquant des « métiers potentiellement en déclin », elle ne prenait pas suffisamment en compte les gains de productivité galopants dans ces activités, le codage évoluant par exemple vers moins de tarabiscotage et plus d’automatisation.

Elle imaginait qu’environ un cinquième des recrutements (bruts) auraient lieu dans les « métiers historiques ». Mais plus de la moitié des autres segments cités relevaient en fait aussi de « métiers historiques » : « sûreté et sécurisation de systèmes », « certification et traçabilité », « gestion et exploitation des informations », « cloud entreprise », « digitalisation des processus », « adaptation de l’entreprise », « planification de grands projets », « services B2B, B2C ». Or, ils correspondaient à plus du tiers des recrutements prévus (87 000 / 232 000). Précisons aussi que de tels recrutements ne correspondent pas nécessairement à des ingénieurs.

 

Sur un périmètre restreint, les offres d’emploi de l’informatique confiées à l’APEC ont attiré le moins de postulants au premier trimestre 2018, mais 17 candidatures en moyenne [AP-4/18] ne permet pas de caractériser un état de pénurie, surtout si les offres elles-mêmes sont publiées en excès (voir « 1..4. Des études prédictives prises au pied du chiffre »).

D’ailleurs, la base de données « Skills for jobs » de l’OCDE révélait en 2017 que parmi 30 pays-membres, la France était en 21ème position dans le classement des « Pénurie de main-d’œuvre dans les métiers de l’informatique », mais n’était surtout suivie que de petits pays d’Europe de l’Est et du Sud, hormis l’Afrique du Sud, et connaissait donc le moins de pénurie dans ce domaine parmi les pays de taille moyenne ou grande [FS-RE].

 

1.3. CHAMPIONS du « NARRATIF » qui EMBELLIT la VAGUE

 

Les employeurs sont légitimés par la dissémination massive du « numérique » depuis plusieurs décennies, avec sa dimension magique pour résoudre tous les problèmes humains et d’autres. On vit cependant probablement la stabilisation de la seconde phase des services grand-public, notamment liée aux applications mobiles et aux recommandations ciblées. Dans les contextes commerciaux, ces dernières relevaient d’ailleurs autrefois des systèmes informatiques de prévision des ventes et de marketing direct (aujourd’hui de l’« intelligence artificielle », qui couvre à peu près tout et n’importe quoi). Avec le ciblage croissant de l’information, il est même possible que l’usage des services éditoriaux (sites web…) s’effondre.

Les nombreuses fusions et rachats d’entreprises dans le secteur numérique, dont certains à très haute valeur symbolique et avec substitution à des activités internes, devraient aussi alerter les économistes sur la maturité du secteur. Il en résulte des bulles de valorisation de projets originaux devenus rares, dans un contexte néanmoins très différent de celui du début des années 2000.

 

Les (très) petites organisations (entreprises, communes...) constituent éventuellement un relais de croissance provisoire pour des services mutualisés plus étendus, gérés sur les infrastructures de prestataires (« cloud »…), tandis que la plupart des organisations sont en phase de rationalisation de leurs actifs informatiques [WI-SG] en les transférant sur les « clouds » des entreprises états-uniennes (#eic), ce qui diminue considérablement le besoin d’informaticiens.

Les ventes de ces fournisseurs ont d’ailleurs connu une petite alerte au tournant de l’année 2019, traduisant encore la relative maturité du secteur [BB-CS], au moins dans les pays avancés, avec un phénomène de concentration.

L’économiste David Autor a même relevé, d’après les données de la Banque fédérale de Saint-Louis, une décroissance marquée du poids dans le PIB des Etats-unis des investissements privés dans les équipements et logiciels de traitement de l’information à partir de 2000, ce qui était lié à l’éclatement de la « bulle Internet », mais jusqu’en 2014, dernière année d’observation [EA-MJ].

Une étude de l’Université d’Aix-Marseille a aussi constaté la décroissance du ratio de capital en technologies de l’information et de la communication (TIC) par rapport au PIB de 2000 à 2014 aux Etats-unis et au Canada, et une moindre croissance en zone euro par rapport à la période 1988-2000 [FU-TI]. La chute de la contribution de l’intensité capitalistique en TIC à la croissance de la productivité horaire du travail sur la période 2004-2015 était encore plus marquée dans toutes les zones développées (#mtn), bien que cela soulève aussi des questions de mesure.

 

Une étude de France-stratégie prouve d’ailleurs que, loin d’être en retard, comme le proclament les gourous du « numérique », « L’investissement en logiciels, en particulier, constitue une singularité française, au point d’expliquer à lui seul une large part du taux élevé d’investissement des entreprises de notre pays. » [FS-IF]. « Le taux d’investissement en logiciels et bases de données [du secteur manufacturier] de la France a toujours été plus élevé que celui des autres pays européens : il est passé de 5,3 % en 1995 à 5,7 % [de la valeur ajoutée] en 2016 en France, alors qu’il est passé de 0,5 % en 1995 à 1,1 % en 2015 en Allemagne. » (avec toutefois des réserves portant sur les modes de comptabilisation). Mais il surplombait aussi celui des Etats-unis selon le tableau pour 2013.

L’étude précitée de l’Université d’Aix-Marseille révèle aussi un ratio de capital en technologies de l’information et de la communication (matériels informatiques, logiciels…) par rapport au PIB de plus de 10 % en France en 2015, soit en 5ème position (juste derrière les Etats-unis) parmi 20 pays européens et anglo-saxons. Les ratios de l’Allemagne et du Royaume-uni étaient inférieurs d’un tiers, mais la proportion de ménages équipés d’au moins un ordinateur à domicile y était supérieure [FU-TI].

Toutefois, il est vrai que le modèle français en matière de « numérique » est un modèle d’utilisateurs et d’installateurs de technologies produites aux Etats-unis. Ce modèle fait d’ailleurs encore les beaux jours des anciennes sociétés de services en ingénierie informatique (SSII), comme Cap Gemini, Atos...

 

De manière générale, il faut donc se garder d’une double déduction simpliste selon laquelle les besoins en compétences seraient à l’échelle du développement du « numérique » parce que ce thème est entré dans la vie quotidienne des gens. C’est un peu comme si on avait envisagé que tous les actifs travaillent dans le secteur de l’électricité à l’aube du 20ème siècle, en admettant toutefois une plus grande facilité d’appropriation individuelle des techniques du « numérique ».

Mais les employeurs du numérique, dotés du monopole de la parole, sont passés maîtres dans l’art du « narratif » (et les techniques dites d’ « évangélisation ») pour déplorer les pénuries de compétences, n’hésitant d’ailleurs pas à recourir à des enquêtes biaisées pour faire valoir leur point de vue et justifier leurs actions dans ce domaine ou même à imputer des résultats financiers stagnants à ces soi-disant « pénuries ».

Les politiciens, des économistes et une partie des journalistes, souvent non spécialisés, entretiennent le mythe, les premiers et seconds car cela leur permet de dessiner un futur désirable en suivant des courants porteurs (consommation massive, innovations…) (#rpn), les derniers par manque de déontologie, à moins que les médias soient naturellement au service des entreprises qui les financent. Mais les uns et les autres aussi par incompréhension des évolutions technologiques qui les met à la merci des lobbies du secteur. Cela devient même pathétique quand des journalistes tentent de convaincre des dirigeants d’entreprises qu’ils ont du mal à recruter, au dam de ceux qui doivent s’en défendre.

 

(#eic) Le Président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) envisage toutefois une évolution des infrastructures plus favorable à la concurrence : « la promesse initiale du Web, dont la logique décentralisée était censée empêcher qu’un acteur ne s’accapare le pouvoir, s’est avérée un leurre...Toute l’architecture décentralisée du Net met l’intelligence aux extrémités des réseaux, les terminaux vont donc prendre progressivement le pouvoir. Par conséquent, la gouvernance et la régulation de ces terminaux est une question prioritaire. » [AE-SS].

(#mtn) Ces économistes invoquent pourtant encore la diffusion des technologies numériques comme un vecteur de croissance pour les années à venir, mais ils en méconnaissent la vitesse d’adoption. Voir par exemple [MIT-SP] pour les appareils mobiles. Concernant les applications mobiles, il faudrait des mesures de leur couverture des marchés ou même de leurs perspectives commerciales ou encore de leur durabilité, mais ces mesures sont aléatoires. Des vagues de technologies disruptives sont aussi attendues, comme la voiture autonome, mais on ne perçoit pas de nouvelles activités susceptibles d’employer les humains à la hauteur des destructions d’emplois induites par ces technologies. Ces mêmes économistes récusent les prélèvements sur la valeur produite par les systèmes automatisés. Dès lors, d’où pourrait venir la croissance, même en cas de gratuité des biens et services produits, sinon de la consommation des « élites mondialisées » dans le cadre d’un univers fuitant légèrement plutôt que « ruisselant » ?

(#rpn) Cela peut même aller jusqu’à se faire recruter par des géants du secteur dont les valeurs sont pourtant à l’opposé de celle du secteur public, soit une quasi-forme de corruption [TT-CF].

 

1.4. Des ETUDES PREDICTIVES PRISES au PIED du CHIFFRE

 

Quant aux organismes d’études, leurs estimations des besoins sont des plus fantaisistes, ce qui montre que des idéologies et des « fake news » peuvent se répandre aussi là où on prétend faire œuvre d’objectivité, en publiant des données redondantes, mais fallacieuses. Ils manquent souvent de connaissances « métier » et s’appuient sur des hypothèses trop générales, mais semblent en particulier esquiver les phénomènes de concentration et de rotation accélérée, qui sont amplifiés dans ce secteur, et surtout la concurrence entre firmes. L’analyse d’un marché du travail est indissociable de celle de l’intensité de la concurrence du secteur correspondant et du taux de mortalité des entreprises. « ...lorsque plusieurs entreprises sont mises en concurrence pour une même mission lors d’appels d’offres, toutes diffusent des offres d’emploi qui concernent la même mission, mais in fine, seule une entreprise sera retenue. De plus, ces entreprises diffusent en continu des offres dans l’objectif de constituer un vivier de candidats, sans nécessairement avoir un poste à pourvoir à l’instant T. » [AP-MI, voir aussi AP-PS]. Or, certains appels d’offres peuvent solliciter des dizaines, voire plus d’une centaine de candidats (entreprises).

De surcroît, hormis pour certains postes, comme la maîtrise d’ouvrage, les transferts de personnels des donneurs d’ordres vers les prestataires ont été mis en place dans le secteur « numérique » à une échelle inédite par rapport à d’autres secteurs à travers l’externalisation ou infogérance depuis des décennies, avant l’apparition des services « cloud ». Si une entreprise internalise ou ré-internalise des services informatiques, des prestataires perdent des contrats et ont moins besoin de main d’oeuvre.

 

Seuls les organismes d’études évoquent toutefois l’évolution de l’offre de travail, restaurant une image plus conforme d’un marché, mais de manière très réductrice, alors qu’elle est foisonnante.

C’était néanmoins un des aspects les plus spécieux, mais non dénié par ses auteurs, de l’étude d’empirica à l’échelle européenne. Elle reconnaissait cependant que le nombre de diplômés en technologies de l’information n’avait pas baissé en France, à la première place devant le Royaume-uni à cet égard, mais elle n’en comptait que 20 000 en 2012 [EM-ES].

De surcroît, dans ce domaine, il est hasardeux sur le plan méthodologique de :

* s’appuyer sur les offres d’emploi publiées sur des sites web pour estimer les pénuries, ce qui n’a d’ailleurs pu être fait que dans cinq pays (voir « II. La négation de l’offre de travail »)

* prolonger les tendances passées pour estimer les effectifs et la demande potentielle de travail (entre 2014 et 2020, donc déjà en partie vérifiables), bien que le modèle intègre beaucoup de paramètres [voir aussi OE-NE2]

Cette étude mêlait aussi des catégories professionnelles hétérogènes. Pour l’année de référence (2014), la France paraissait ainsi mal dotée en « techniciens des technologies de l’information » (« Core ICT practitioners – associate/technician level »), 97 000, notamment par rapport à l’Italie (256 000), au Royaume-uni (192 000), à l’Espagne (161 000) et à l’Allemagne (153 000). Cette catégorie représentait 17 % de l’ensemble des travailleurs du secteur des technologies de l’information de l’UE-28, mais la moitié étaient dédiés au support-utilisateur, dont on peut supposer qu’une partie exercent en centre d’appels...éventuellement délocalisés.

En fait, la France forme en masse des codeurs, représentés dans la catégorie « ingénieurs des technologies de l’information » (« Core ICT practitioners – professional level »), où, sans reprendre des chiffres caducs, elle se classait derrière le Royaume-uni et l’Allemagne.

 

C’est de l’étude d’empirica qu’est extrait le chiffre de « 80 000 postes » non pourvus en France en 2020, volontiers brandi, même par la Ministre du travail (#cmt). empirica a d’ailleurs admis qu’une première étude de 2013 avait surestimé l’excédent de demande de travail de 27 % pour l’UE-28 en 2015 [EM-ES]. Ce chiffre de « 80 000 » a été transmis à travers le second tome d’« Automatisation, numérisation et emploi » du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) [OE-NE2], qui exposait d’ailleurs les limites de l’étude d’empirica.

Malheureusement, dans le second tome de son analyse, le COE faisait ensuite la part belle aux études recourant aux déclarations d’employeurs et aux offres d’emploi vacantes pour produire d’autres estimations du futur marché du travail dans ce domaine.

 

Dans le premier tome, le COE faisait référence à d’autres études, dont l’une assez prudente du Syntec numérique (syndicat des entreprises du numérique) pour la période 2013-2018 [OE-NE1] et l’autre de France Stratégie et de la DARES publiée en 2015 [FT-MF]. Cette dernière pêchait notamment par sa généralité [voir aussi DA-MP] et la notion de « besoins de services numériques », qui est une sorte de poudre aux yeux, comme on l’a déjà évoqué.

Pôle-emploi a cependant eu accès à des données plus détaillées de cette même étude, qui révélaient que le nombre de créations nettes de postes d’ingénieurs de l’informatique et des télécommunications serait en baisse constante entre 1992 et 2022, de 131 000 dans la première décennie à 102 000 dans la seconde (données réelles) puis estimées à 90 000 seulement entre 2012 et 2022 [PE-SN].

 

II. La NEGATION de l’OFFRE de TRAVAIL

 

2.1. Le NOMBRE de CHOMEURS en PROGRESSION CONSTANTE depuis 2008

 

En fait, le nombre de chômeurs des « métiers des systèmes d’information et de télécommunications » n’a quasiment pas cessé d’augmenter depuis 2008, ce que seules quelques lettres d’information spécialisées semblent savoir [ZD-CI] :

* il y en a ainsi eu 1500 de plus sur un an en catégorie A portant le total à 39 400 en janvier 2018 (41 000 en octobre 2018)

* 2100 de plus dans les catégories A, B et C, soit 51 000 (51 600 en octobre 2018)

* Ils étaient même 88 240 en décembre 2015, en comptant les catégories D (stages, formation, maladie...) et E (contrats aidés...)

 

Un rapport plus perspicace que la moyenne a complété les raisons de soi-disant pénuries, dont la concurrence sur les appels d’offres décrite dans le sous-paragraphe précédent : « Ces spécificités, conjuguées au fait que les ESN [entreprises de services numériques] sont à l’origine d’une très large part des offres d’emploi, conditionnent le sentiment de pénurie et structurent fortement la carte d’identité de la candidate ou du candidat à l’embauche idéal : jeune, spécialisé.e et expérimenté.e. Elles expliquent aussi vraisemblablement le paradoxe de l’accroissement du chômage des informaticiens depuis la crise de 2008-2009. L’augmentation du chômage est particulièrement constante pour les demandeurs d’emploi de plus de 50 ans. » [IG-FN].

L’enjeu n’est donc pas de former des chômeurs aux emplois du numérique - comme s’en vantent les organisations professionnelles avec leur inclination habituelle à la manipulation – en renouvelant le cheptel et en gonflant les rangs des chômeurs, mais de former les chômeurs du secteur et de garder leur personnel. Tout le contraire des habitudes de ce secteur comme l’éditeur SAP en donne encore un lamentable exemple, bien que les préretraites ne coûtent qu’au système public [NI-SA].

 

2.2. MAIS QUE FAITES-VOUS ENCORE LA ?

 

Un rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) fait aussi état de discriminations virulentes : « Le cas du secteur des entreprises de l’informatique et particulièrement des entreprises de services du numérique (ESN) atteint un paroxysme en matière d’exclusion systémique des seniors. » [CE-ES, voir aussi BL-FW pour la Silicon Valley]. Il s’agit même d’un domaine professionnel ségrégationniste, ce qui est d’autant plus ennuyeux que « le numérique » irrigue toute l’économie, en procédant notamment à la substitution de très nombreuses activités. Et comme toujours en matière de discriminations assumées, de multiples arguments sont avancés, en particulier l’inadaptation aux innovations, alors qu’elles sont au contraire souvent facilitatrices. Les langages de codage les plus utilisés, même pour l’apprentissage des machines, ont d’ailleurs été créés il y a plus de 20 ans ou exploitent ces anciens langages.

 

Pour autant, la répartition des demandeurs d’emploi par tranche d’âge ne traduit pas ce phénomène. Ainsi, en décembre 2015, les « 50 ans et plus » ne représentaient-ils que 18,7 % des demandeurs d’emploi des métiers du numérique contre 23,2 % tous métiers confondus [PE-SN]. Mais cela peut s’expliquer par la croissance des effectifs du secteur depuis plusieurs décennies, seulement interrompue lors des crises (2002-2003, 2009-2010...), avec de nouvelles vagues de chômeurs plus jeunes, et par des sorties définitives de ces métiers après 40 ans.

D’ailleurs, la stagnation en catégorie A (sans aucune activité) est plus longue pour les « 50 ans et plus » dans les métiers du numérique que tous métiers confondus : 50 % y ayant passé au moins 12 mois sur les 15 derniers mois contre 42,6 %.

 

2.3. Des FORMATIONS PLETHORIQUES

 

Les formations sont aussi pléthoriques, englobant tous les métiers du « numérique » et jusque dans les plus petites villes de France au niveau de l’enseignement supérieur, s’ajoutant à l’enseignement généralisé du codage informatique dans les enseignements primaire et secondaire depuis la rentrée 2016 [BE-CO].

Le rapport IGAS-IGEN-CGE précité en donnait un panorama plaçant la France en tête dans l’Union européenne pour l’enseignement supérieur, ainsi conclu : « À considérer le seul champ de l’informatique...les différents flux d’alimentation des emplois...l’actuelle offre de formation supérieure (27 500 diplômés annuels dont 60 % environ entreraient sur le marché du travail et les futures promotions de la Grande école du numérique (la cible est d’environ 3 000 jeunes par an)...sont globalement suffisants pour répondre aux besoins d’emplois de la décennie à venir exprimés dans le scénario médian, de l’ordre de 19 000 emplois annuels (créations de postes et remplacement des départs en retraite). » [IG-FN].

Comme on l’a vu ci-dessus, on a dû approcher ces 19 000 emplois annuels en 2016 pour la première fois depuis des années (en l’absence de données précises sur les départs en retraite par rapport aux autres types de sorties : licenciements...). Mais ce rapport sous-estimait considérablement la ruée institutionnelle vers le salut par le numérique puisque ce ne sont pas 3000, mais 12 000 diplômés qui devraient être formés par la « Grande école du numérique » en 2019, auxquels s’ajoutent les « 10 000 formations aux métiers du numérique » dans le cadre du programme du ministère du travail lancé en avril 2018 [LM-DI, MT-FN].

 

Encore ne s’agit-il là que de la formation initiale ou « réinitialisée », qui néglige d’ailleurs les multiples cours privés qui ne font pas partie des 700 établissements, membres de la « Grande école du numérique », les cours en ligne, mais aussi, au sein même de l’enseignement public, la dissémination des cours traitant du « numérique », qui n’apparaissent pas explicitement dans les intitulés des formations (filières de gestion...), et de toute façon les innombrables autodidactes.

En fait, seulement environ les deux tiers des étudiants de la « Grande école du numérique » avaient connu des « sorties professionnelles positives » à l’issue de leur formation en 2017, en comptant évidemment les sorties inconnues. Pourtant, les taux d’admission aux formations sont très bas, avec un extrême de moins de 2 % à l’Ecole 42 en 2013 [IG-FN], qui devrait d’ailleurs aussi être considérée comme un prestataire informatique pour le secteur public et les entreprises, éventuellement à titre gracieux [42-MA] (#a42). On oublie en effet de dire dans le « numérique » que des filières de formation assurent un filtrage drastique, qui réduit dans une certaine mesure l’embouteillage. Mais on comptera néanmoins des millions de développeurs informatiques en France dans quelques années, qui ne pourront certainement pas en faire un métier. De tels taux de sélection bien réels pondèrent aussi les discours d’écoles plus militantes prétendant accepter « tout le monde » jusqu’à des réfugiés, alors qu’elles sont censées former les mêmes profils.

 

Quant à la formation continue au « numérique », le rapport IGAS-IGEN-CGE constatait qu’elle est mal connue [IG-FN]. Mais sur les sites dédiés, les offres de formation se comptent par centaines à l’échelle de chaque grande région [IF-DM]. Une plate-forme de formation au numérique comme Openclassroom comptait ainsi plus de 500 000 inscrits à ses formations en septembre 2018 [CL-PE].

 

(#a42) Notons toutefois que l’Ecole 42 a mis fin à la discrimination par l’âge en mars 2019 [42-AE].

 

2.4. Un MARCHE d’OFFRES de COMPETENCES DIVERSIFIE qui INCLUT les PRESTATAIRES de SERVICES

 

Deux autres aspects liés ne sont jamais pris en compte, en relation avec le fonctionnement des marchés des projets et prestations « numériques ».

On estime que 9 « startups » sur 10 échouent (qui pour une part peuvent éprouver des difficultés réelles de recrutement). Un sondage réalisé aux Etats-unis qui n’a pas pour autant de valeur absolue a relevé comme troisième cause « Pas la bonne équipe » (citée dans 23 % des cas), bien que le défaut de compétences techniques ne soit pas explicitement mesuré [CB-SF]. Mais en France aussi, d’innombrables projets voient le jour qui ne rencontrent pas de marché ou dont le financement s’épuise et qui doivent être abandonnés. Il y a d’ailleurs tellement de projets, parfois folkloriques, qu’il faut être très maladroit pour ne pas trouver de « talents », au moins si l’on a dépassé le stade de la petite entreprise.

Selon le baromètre d’Exaegis, les défaillances des entreprises du secteur numérique, qui avaient baissé de près de 50 % en 2017 par rapport à l’année 2016, sont reparties à la hausse en 2018 [EX-DN]. Comme les pratiques des SSII (voir « 1..4. Des études prédictives prises au pied du chiffre »), cela libère donc des compétences techniques, en particulier salariés ou indépendants, dont une partie seulement peuvent être repérés par un passage éventuel par Pôle-emploi.

 

De façon générale, les indépendants connaissent par définition des fins de missions, même si leur nombre est difficile à évaluer, peut-être près d’un million dans « le numérique » en 2019 [LE-FN], dont 200 000 développeurs en 2016 [BH-CI]. L’INSEE n’en recensait toutefois que 47 000 dans les catégories « télécommunications », « programmation, conseil et autres activités informatiques » et « services d’information » en 2011 [IN-EI]. Si le chiffre de 200 000 était confirmé, cela correspondrait à plus d’un tiers des professionnels de l’informatique occupés en 2012 [IG-FN].

Que ce statut soit toujours un choix, permettant de faire grimper les prix, est exagéré. Mais l’évaluation de l’offre et de la demande de travail sur le marché des services informatiques ne peut faire abstraction de ce volant de main d’oeuvre, qui manque peut-être de visibilité, malgré plusieurs plate-formes dédiées à leur mise en relation avec des entreprises.

 

Or, un flou bien plus épais recouvre l’évaluation quantitative des centaines de milliers, sinon millions, de collaborateurs qui travaillent sur des projets « numériques » depuis des décennies dans les organisations [voir aussi EM-ES], en bénéficiant aussi de formations internes…Une partie des « chefs de projets » n’ont d’ailleurs parfois aucune compétence préalable, mais sont néanmoins préférés à des candidats externes qualifiés. En plus des programmes d’intrapreneuriat et des appels à projets internes propres aux moyennes et grandes organisations, certaines petites entreprises organisent même des formations au code pour leurs employés. On a même pu entendre le directeur général (DG) d’une grande banque se vanter d’apprendre le code informatique, ce qui paraît cependant plutôt relever de la communication pour afficher sa modernité et du snobisme que d’une réelle utilité pour diriger une banque. Comme si le DG d’un constructeur automobile voulait pouvoir fabriquer lui-même des batteries électriques (un autre « pétrole du 21ème siècle »).

 

On oublie aussi souvent qu’une bonne part des ressources humaines se trouvent à l’étranger dans un secteur qui bat des records de délocalisations. Selon un modèle prédateur, le groupe Cap Gemini, présenté comme la plus grande ESN française, réalisait 21 % de son chiffre d’affaires (CA) en France, mais n’y avait que moins de 13 % de ses effectifs au 31/12/17, par rapport à un CA de 8 % en Asie-Pacifique, mais 53 % de ses effectifs (surtout en Inde) sur près de 200 000 [CaG-RA]. De surcroît, son capital n’était détenu qu’à hauteur de 20,4 % par des investisseurs institutionnels français contre 63,2 % internationaux.

Pour des raisons de coût de main d’oeuvre, aucune tendance au rapatriement des activités confiées à des filiales ou prestataires étrangers ne se dessine, quelle que soit l’offre de travail en France. L’État français est même à la pointe du cynisme à cet égard, sa « Mission French tech » n’ayant apparemment d’autre but que d’organiser l’immigration qualifiée [LE-KB].

 

Dans ce contexte, indépendamment de la création de pénuries par les exigences, si les entreprises de services numériques, startups, donneurs d’ordres…, trouvent à tout instant les compétences dont elles ont besoin, cela correspond à un marché très déséquilibré en leur faveur, avec des offreurs toujours disponibles, donc « chômeurs », sauf miracle de la science économique néo-classique. Rarement la notion d’ « armée de réserve » n’aura trouvé une illustration aussi aboutie.

D’ailleurs, comment la multitude des applications qui ont été développées ces dernières années auraient-elles pu voir le jour si une offre de travail correspondante n’avait pas été très rapidement mobilisable ???

 

III. Le PARADIS des « INTELLIGENCES ARTIFICIELLES »

 

3.1. CONCOURS d’OBESITE entre la CHINE et les ETATS-UNIS

 

Même dans le domaine « hyper hype » de l’ « intelligence artificielle » (IA) (#hia), des outils de plus en plus conviviaux et centralisés sur d’innombrables « plate-formes » permettent la prise en main facile et des réutilisations multiples par les développeurs, qui s’y initient en grand nombre, et même directe par les utilisateurs, dégonflant d’éventuelles pénuries [GA-SA, MIT-PL].

On peut toutefois regretter que ces plate-formes ne soient pas françaises, dans un contexte de compétition forcenée entre la Chine et les Etats-unis, mais ces pays sont d’autant plus à l’aise pour généraliser les applications d’ « intelligence artificielle » que même les Etats-unis accordent moins d’importance que l’Europe aux droits humains. De toute façon les chercheurs français travaillent pour les opérateurs états-uniens les plus puissants et même le gouvernement français veut coopérer avec la Chine dans ce domaine [LE-IA]. Espérons que cela ne concernera ni la surveillance des citoyens, ni la cybersécurité, mais on observe de toute façon que les donneurs de leçons du monde économique s’effacent quand il s’agir de commercer avec la dictature chinoise. Drôle de guerre ! Les gourous de l’ « intelligence artificielle » en France ne cessent de brandir la menace constituée par les annonces d’investissements chinois dans ce domaine, mais ils ne décrivent jamais les projets correspondants dans un pays qui est aussi connu pour surinvestir sans compter [CR-KC].

Il faut aussi prendre conscience que les technologies, qui ont permis à des entreprises états-uniennes de se développer de manière aussi massive, ont été mises en œuvre au cours des années 2000, et même pour certaines, avant la fin des années 1990, en particulier pour l’exploitation de très grands entrepôts de données, donc avant la fin de la précédente décennie, où ces technologies sont devenues librement accessibles. Elles sont donc aujourd’hui rentabilisées par le « cloud ».

 

Il y a néanmoins déjà des plate-formes françaises et l’une d’entre elles confirme justement ces modes de fonctionnement qui balaient les craintes de pénuries de personnel : « Snips, un spécialiste français des algorithmes, fait ses armes sur le marché des entreprises avant de se présenter à un public le plus large possible. « 14.000 développeurs tiers ont déjà créé 25.000 services sur notre plate-forme, cela fait de nous le troisième plus gros écosystème derrière Amazon et Google » » [LE-NE]. Et les « géants du numérique » n’implanteraient pas des laboratoires en France si on y manquait de ressources humaines [JN-IA].

Du côté des entreprises utilisatrices, une étude d’avril 2018 auprès de 300 entreprises françaises de plus de 250 employés révélait que 36 % d’entre elles avaient déjà mis en place des « solutions d’IA ». Seules 5 % n’y consacraient aucun budget [TA-IA].

 

(#hia) Il est possible que cette vogue corresponde à un besoin de retrouver de la magie dans des sociétés hyper-rationalisées, justement en partie à cause de ces technologies.

 

3.2. CONCOURS de MAIGREUR pour les EMBAUCHES en FRANCE

 

Malgré la prolifération de programmes d’IA dans de multiples applications, le nombre d’embauches spécifiques semble dérisoire aujourd’hui, de l’ordre d’une poignée de « data scientists » au sein de plusieurs entreprises du CAC40, qui mènent pourtant des projets importants dans ce domaine.

L’APEC en apporte aussi la démonstration, malgré le recensement de près de 2400 offres en « intelligence artificielle » en 2017 par rapport à 1127 en 2016. En fait, il s’agit de développeurs informatiques, d’analystes de données et de statisticiens, d’ingénieurs en traitement du signal…, métiers déjà anciens, mais plutôt de profils cumulant certaines de ces disciplines, conformément au phénomène de concentration déjà évoqué, ayant évidemment appris de nouvelles techniques (« algorithmes d’optimisation »…) et sortant surtout d’écoles prestigieuses. Sans pour autant de garantie de trouver rapidement un poste correspondant. C’est d’ailleurs pourquoi 56 % des entreprises recherchaient des cadres confirmés dans ce domaine en 2016, ce qui serait délirant si le domaine était complètement neuf.

L’APEC notait fort justement que « Des difficultés de recrutement tiennent également au fait que, d’une part, un certain effet de mode attire des candidats qui n’ont pas les compétences escomptées ; d’autre part, les besoins des recruteurs peuvent être mal définis ou trop exigeants. » [AP-IA]. On peut préciser que l’effet de mode affecte aussi les recruteurs et la formulation des offres, rendues plus attractives si les « mots-clés de la hype » y figurent. On entend même des employeurs avouer un afflux de candidatures pour des postes de « data scientists » et déclarer que les besoins dataient plutôt d’il y a deux ans. Mais qui est alors responsable des excédents de main d’oeuvre quand ils apparaissent ?

 

Les relevés de salaires confirment un marché sans relief. Dans le « Guide des Salaires 2019 » du cabinet de recrutement Robert Half (donc une partie prenante), tel que résumé par la presse, les fameux « data analyst/data scientist » (50 K€ bruts par an) - en admettant toutefois qu’il s’agit en fait de deux métiers différents, les premiers étant traditionnellement formés en école de commerce, mais que toutes les organisations sont censées s’arracher - n’étaient-ils classés qu’après les « web designers » (50 K€ par an) et les « responsables web marketing » (53 K€ par an). Pourtant, ces derniers ne manquaient pas sur le marché et la demande des entreprises à leur endroit s’est tassée [LE-DS]. En fait, les articles font surtout référence aux cadres supérieurs, bien que certaines entreprises aient désormais des doutes sur l’utilité des fameux « chief digital officers » qui leur ont révélé qu’elles faisaient du « digital » sans le savoir.

 

3.3. La REVOLUTION ETERNELLE...de la MERCATIQUE

 

Il y a d’ailleurs tellement de jeunes entreprises sur certains créneaux qu’une consolidation est probable à brève échéance, mais ce n’est pas en France que l’on verra appliquer des techniques d’analyse prédictive à ce genre de phénomène, hormis peut-être par les investisseurs.

En effet, les discours donnent l’impression d’un éternel recommencement, d’une éternelle « révolution digitale », sur l’air de la mobilisation générale, d’ailleurs très stimulée par les prévisions économiques mirobolantes de cabinets de futurologie états-uniens ou internationaux (#ace).

En simplifiant, on confond les causes (le flux du progrès technique et ses ramifications) avec les conséquences qui peuvent être gigantesques. Le pire est que les promoteurs de cette super-élite voudraient faire croire que l’ « intelligence artificielle » va créer beaucoup d’emplois. A cette aune, l’objectif de « multiplier par trois le nombre de personnes formées en IA, à horizon 3 ans. » [CV-IA] ignore aussi l’offre de formation déjà très importante avec 35 diplômes de niveau master proposés aux...étrangers en France [MP-MD].

 

(#ace) Cette hyperbolie empêche au contraire les analyses critiques de manière générale.

 

IV. Une PENURIE de « MEILLEURS » et « SUPER-PROFILS »

 

De manière générale vis à vis du « numérique », il ne faut pas creuser beaucoup les articles sur le sujet pour constater qu’il s’agit surtout de recruter « les meilleurs », « les plus brillants éléments », « des profils plus experts »…, maîtrisant toujours plus de compétences, selon une conception manipulatrice et tordue de la notion de pénurie, hormis peut-être dans de rares spécialités, comme les « systèmes et réseaux ». Même dans la cybersécurité, la déception des recruteurs vient surtout de recevoir des candidatures d’informaticiens rodés à la sécurité puisque c’est impératif dans tous les systèmes informatiques plutôt que de diplômés d’écoles scientifiques spécialisés dans ce domaine avec les fameux « cinq ans d’expérience », pas plus.

 

Malgré des procédures de sélection drastiques, atteignant des sommets de bureaucratie technologique, bien qu’instantanée, simplement pour accéder à des formations parrainées par des petites et moyennes entreprises, jamais la contradiction, et même la tartufferie, ne sont relevées, sauf dans quelques articles qui commencent à mettre les choses au point [LE-PN]. Il s’agit pourtant d’un monument de la vacuité de la communication et du discours publics. Les organisations recherchent en fait des profils à la fois très uniformes et exceptionnels à travers des appellations variées (voir aussi [LE-NT]). Un sens élémentaire de la logique discursive manque cruellement dans les déclarations publiques ressassées comme une logorrhée sur le marché du travail des métiers du « numérique ». Les rapports sont même truffés d’incohérences, par exemple le rapport annuel de l’APEC, citant l’exemple d’une PME auvergnate, spécialisée dans les « chaînes de blocs » (une technologie extrêmement répandue à l’époque), qui a accueilli 210 candidats dans des « job sessions » pour une quinzaine de postes fin 2017, et n’hésitant pas à verser dans le délire récurrent quelques lignes plus loin : « Ces approches innovantes séduisent, mais face à la vague des difficultés de recrutement attendue pour l’horizon 2030, de tels dispositifs ne suffiront probablement pas à anticiper les pénuries de compétences, qui vont s’accentuer, ni à attirer des profils de plus en plus disputés. » [AP-TM].

Inversement, on n’entend jamais ceux dont les candidatures sont refusées.

 

BIBLIOGRAPHIE

 

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15 réactions à cet article    


  • V_Parlier V_Parlier 13 septembre 21:39

    Voilà l’article que j’attendais tant et que je trouve si injustement mal noté ! Vous avez patiemment et exhaustivement énuméré tous les aspects de ce grand bidonnage techno-béat pour ignares et journalistes (les deuw se confondant, j’avoue). C’est très bien documenté.

    L’aspect délocalisation de la R&D (aujourd’hui dès l’avance de phase !) n’est pas à négliger non plus. Pour les gros projets dans les multinationales on ne développe pratiquement plus en « high cost country » come ils disent. Même pour faire tous ces trucs « hype » : l’I.A, la voiture autonome etc... En France, quand les sites de R&D sont encore maintenus ils deviennent des centres de gestion des ressources délocalisées.


    • titi 14 septembre 02:09

      @V_Parlier

      La R&D c’est quoi ? C’est de l’argent dépensé en pariant sur un retour sur investissement hypothétique.
      Peut être que ce sera gagnant... peut être pas... Quelqu’un qui finance de la R&D c’est quelqu’un qui prend un risque de ne jamais récupérer sa mise. Comme au poker...

      Sauf qu’en France, il y a toujours un parasite à la table de jeux, un joueur qui ne peut pas perdre, qui ne mise rien mais empoche une partie des mises.
      Qui a envie de jouer à une table où le jeux est biaisé ? Ce passager clandestin c’est l’ursaaf


    • V_Parlier V_Parlier 14 septembre 12:02

      @titi
      Une millième occasion de constater que la France (mais pas la seule en Europe) n’a jamais voulu assumer ses choix politiques : Cette chimère mélant à la fois l’Etat providence, le libre-échange et la « start-up nation »(*) a réussi à tromper beaucoup trop longtemps. Il est temps de faire le choix que tous repoussent depuis 30 ans, voire plus. Le « social-libéral » n’a aucun avenir mais le pire est que la plupart des gens veulent continuer d’y croire.

      (*) Cette expression étant le relooking moderne (qui sonne plus libéral) d’autres expressions plus ambigues mais qui défendent toujours cette idée de fond : Faire rêver l’entrepreneur monsieur-tout-le-monde et l’acheteur de nouveautés pas chères en lui vendant simplement le projet : pouvoir au multinationales.


    • V_Parlier V_Parlier 14 septembre 12:06

      @titi
      Un lien qui penche vers un sujet proche : https://www.agoravox.tv/actualites/economie/article/startup-nation-l-arnaque-du-siecle-82911 . J’ajouterai aussi que quand je parle d’un choix, je n’impose pas une variante ou l’autre tant que l’ensemble est cohérent. (C.à.d. que « on rase gratis » n’y a pas sa place).


    • Colombot 13 septembre 22:14

      Merci beaucoup de votre soutien. J’ai en effet peu développé l’aspect des délocalisations, sauf à travers l’inventeur du « rightshore », comme ils disaient (Cap Gemini), et cela mériterait un autre article, mais je ne pourrais pas m’y consacrer en ce moment. Je me permets de vous y encourager si vous en avez la possibilité.


      • V_Parlier V_Parlier 14 septembre 12:17

        @Colombot
        J’avais très brièvement abordé ce problème ici, mais sans aller chercher autant de fait précis : https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-delocalisations-la-chine-et-le-184603 .


      • titi 14 septembre 02:03

        Les emplois du numérique sont du vent ?

        et alors ?

        A la fin des années 90 il y a eu « le bug de l’an 2000 »... une vaste fumisterie.

        Mais qui a permis à tous les Bac+ qui avait croisé une souris de devenir ingénieur.

        Mauvais ingénieurs, mais qu’est ce que ça peut faire ?

        Tant qu’il y a des investissements qui paient leur salaire.


        • HClAtom HClAtom 14 septembre 09:46

          Merci pour cet article.

          Votre comparaison de l’émergence du digital avec l’émergence de l’électricité est très pertinente : ce n’est pas chez EDF que les emplois ont été créés, mais dans les entreprises qui se servaient de l’électricité.

          L’informatique est destinée à faire mieux et plus vite que l’humain sur certaines tâches. Par conséquent pour ces tâche l’informatique remplace l’homme, et fait dès lors monter le chômage. Au moins dans un premier temps.

          Mais il faut rester optimiste car le bénéfice réalisé avec l’automatisation peut être réinvesti dans le métier, et ainsi créer des emplois non informatiques, mais qui n’auraient pas pu exister sans elle. Par exemple l’automatisation du contrôle aérien n’a occupé que peu d’informaticiens, mais il a permis de multiplier les vols et donc d’embaucher plus de pilotes et de stewarts (au détriment du climat hélas).

          Pour ce qui est du codage informatique, il est souvent présenté comme l’image d’Épinal de ce que fait « l’informaticien ». C’était vrai au XXème siècle, mais cela tend de plus en plus à devenir faux. Aujourd’hui les bibliothèques de programmation sont très évoluées et consistent souvent à utiliser des modules déjà tout programmés. Par exemple avec Angular un seul codeur est nécessaire à développer une application qui en réclamait 10 au XXème siècle. Aujourd’hui dans une équipe projet les graphistes, communicants, « products owners » métier, encadrants, etc. sont aussi nombreux que les codeurs, voire plus. 

          En matière de codage on arrivera vite à la création de logiciels sur de simples clics de souris, de drag and drop de modules, à l’instar de ce que propose l’appli en ligne du MIT « App Inventor ». Il y aura alors besoin d’encore moins de codeurs qu’aujourd’hui. En revanche je ne doute pas que cela facilitera l’émergence d’activités, et d’emplois, autres que celui de codeur.

          Je reste donc un poil plus optimiste que vous.


          • pemile pemile 14 septembre 10:06

            @HClAtom "En matière de codage on arrivera vite à la création de logiciels sur de simples clics de souris, de drag and drop de modules, à l’instar de ce que propose l’appli en ligne du MIT « App Inventor ». Il y aura alors besoin d’encore moins de codeurs qu’aujourd’hui. "

            Non, ce genres d’outils ne peut générer que de très simples petites applications. (première approche pédagogique pour des enfants ?)

            Et deviennent des usines à gaz obèse dès qu’ils veulent se complexifier.


          • V_Parlier V_Parlier 14 septembre 12:13

            @pemile
            Voire pire que ça : Si l’application développée devient tout de même évoluée, elle n’est absolument pas maitrisée par son « développeur » et il est incapable d’identifier la cause des bugs inexplicables (Bugs dans les bibliothèques ? Incompatibilités de bibiolthèques non clairement identifiées et documentées ? Mise à jour de bibiothèques cassant la compatibilité ? Incompréhension de ce qui se passe « derrière » ? Couches basses ou même hardware ?). Et comme c’est devenu justement un « cliqueur de souris » il sera incapable d’aller fouiller « derrière », au delà des quequqes lignes qu’il a lui-même écrites. On est en plein dedans et ça commence à se faire même dans l’embarqué, au point que ça va devenir dangereux.


          • HClAtom HClAtom 14 septembre 17:38

            @pemile, « Non, ce genres d’outils ne peut générer que de très simples petites applications »
            Oui, vous avez raison ... pour l’instant, mais qu’en sera-t-il dans 10 ou 20 ans ? 


          • Colombot 14 septembre 22:42

            @HClAtom

            Je profite de cette réponse particulière pour remercier tous les auteurs de commentaires, tous très intéressants, de mon article.

            La première problématique que vous soulevez porte sur les emplois induits et peut être vue à deux niveaux. Le premier, général, comporte plusieurs angles d’analyse, même si on peut contester l’amalgame : destruction créatrice de type schumpétérien, déversement de type sauvyen, gains pour les acheteurs liés à la productivité etc...Mc Kinsey était passé maître dans le calcul « optimiste » de tels emplois, en éludant en particulier les emplois détruits.

            En l’occurrence, on cherche à nous vendre que le « numérique » est LE « déversoir ». C’est le second niveau. Il me semble que nous sommes d’accord pour le contester, notamment en raison de la productivité du secteur. Néanmoins, il y a bien eu ces dernières années une résurgence de la pratique du codage, notamment avec le logiciel libre. Mais d’une part, les systèmes de formation et les personnels ont largement répondu et d’autre part, je suis d’accord avec vous pour y voir un phénomène transitoire.


          • the clone the clone 14 septembre 10:13

            Le jour ou il n’y aura plus de jus pour différentes raisons et ça finira bien par arriver on va bien rigoler de voire tous ces zombies hanter les rues de nos citées avec leurs mains pendantes comme des branches mortes ....


            • Raymond75 14 septembre 11:43

              Merci pour cet article très intéressant, et qui met bien en évidence la supercherie des ’emplois non pourvus dans le numérique’.

              Il y a déjà plus de vingt ans que l’on ne programme plus dans les entreprises, mais que l’on utilise soit des générateurs d’applications, soit que l’on paramètre des progiciel ’métier’ ; de plus par définition le ’modèle objet’ est basé sur la réutilisation de modules qui traitent chacun d’une fonction de base très spécifique.

              Les métiers de l’avenir dans ce domaine concerne plus des gens très compétents dans un domaine professionnel donné, avec une bonne culture informatique pour être chef(fe) de projet, et destinés à encadrer une équipe chargée de la mise en service d’un progiciel paramétrable. Si externalisation il y a, l’entreprise perd toute maitrise de ses équipements de gestion ...

              Encore faut il citer une des principales causes de ’développement’ : l’obsolescence programmée des matériels et logiciels, et le rachat de telle entreprise par une autre pour la faire disparaitre, ce qui oblige au bout de quelques années à tout refaire sans nécessité fonctionnelle.

              Lorsque je rencontrais des jeunes informaticiens, qui se présentaient tous comme ’spécialistes’ de tel ou tel micro domaine, je leur répondait que, comme en médecine, avant d’être spécialiste, il faut être un bon généraliste, pour être adaptable car les fondamentaux eux ne changent pas (que sont devenus les spécialistes des réseaux Novell par exemple, qui ont disparu du jour au lendemain, s’ils n’avaient pas au préalable un bonne culture générale ? ).

              Enfin il serait bon que dans la formation des futurs informaticiens, des modules de droit et de philosophie soient imposés, afin qu’ils ne développent pas ’à l’insu de leur plein gré’ des applications qui portent atteinte aux droits hulains §


              • pemile pemile 14 septembre 12:53

                @Raymond75 "de plus par définition le ’modèle objet’ est basé sur la réutilisation de modules qui traitent chacun d’une fonction de base très spécifique."

                C’est plus que ça, c’est réunir données et traitements, cela permet d’avoir un contrôle d’accès aux données qui garanti un état valide.

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