Je prends avec retard connaissance de votre commentaire. J’avais rédigé un longue réponse, mais je pense qu’elle n’aurait pas servi ma démonstration. Je ne reprends donc qu’un court extrait de votre commentaire.
La grève ne doit pas être un droit dévoyé pour exercer un chantage sur la population. C’est très malsain. La grève doit être employée pour inciter les dirigeants à négocier.
Il est exact que la grève ne doit pas "prendre les populations en otage." C’est avant tout un moyen de signifier au "patron" que quelque chose n’est pas juste. Néanmoins, quand les dirigeants (patrons ou Etat) n’ont aucune envier de négocier, malgré les textes législatifs qui les y obligent, d’autres formes d’actions sont inévitables.
Laissez-moi donc vous rappeler que certaines catégories professionnelles n’ont aucun moyen de se faire entendre : ce sont d’abord les travailleurs autonomes (artisans, commerçants, agriculteurs, marins-pêcheurs...) et les salariés de l’Etat.
Avez-vous jamais remarqué avec quelle facilité les pouvoirs publics cèdent lorsque les agriculteurs ou les marins-pêcheurs bloquent les perceptions, les péages, les stations-services, les ports ? Oseriez-vous prétendre que ces travailleurs n’exercent aucun chantage sur les populations ? Il n’y a pas très longtemps, les marins-pêcheurs ont bloqué les raffineries de Donges, si bien que, dans mon département, qui n’est pas maritime, il n’y avait plus de fuel... Pour se faire entendre, n’ont-ils pas "gêné" les populations. Le chantage, ne vous en déplaise, est le seul moyen de pression pour ces gens. C’est même actuellement l’apanage du gouvernement, qui ne fonctionne que sur ce mode.
Mais, pour les fonctionnaires, quels moyens d’action ? Personnellement, je n’en connais plus qu’un seul : ne plus faire grève et priver ainsi l’Etat de 30 à 40 millions d’euros par jour de grève (en moyenne.)
Le gouvernement doit assurer la continuité du service public, ce qui n’implique pas forcément une mobilisation des agents du service public. Le droit de grève n’est donc pas remis en cause.
Vous avez raison : l’Etat doit assurer la continuité du service public. Donc les fonctionnaires n’ont pas le droit de grève. Retournez le problème dans tous les sens, cela ne changera rien : quelle utilité, pour les fonctionnaires de faire grève si celle-ci est cassée par des intervenants extérieurs ? Ne seriez-vous pas quelque peu thatcheriste ? Car, pour les fonctionnaires, le seul moyen de revendiquer, c’est de cesser le travail. Si vous avez de meilleures solutions à proposer (qui ne soient pas illégales) je suis preneur. Evitez néanmoins des propositions telles que le refus de correction des copies d’examens, le refus d’assurer les cours tout en étant présents : ce ne seront que les élèves qui seront pénalisés. Et en général, les enseignants s’y refusent.
Les gendarmes sont logés, blanchis par l’Etat. Ce n’est pas le cas des autres catégories de fonctionnaires.
Le jour où les enseignants ou cheminots auront droit au même respect, à la même rémunération, leur droit de grève pourra éventuellement être remis en cause. Pour l’instant...
Pour la démission, beaucoup de fonctionnaires de l’Education nationale n’y seraient pas opposés (44%). Le problème est qu’il faut se reconvertir, c’est-à-dire apprendre un autre métier.
Mais, ne pleurez pas : la mort du service public est programmée, aussi bien dans l’enseignement que dans le domaine de la santé. Vous pourrez sortir alors vos mouchoirs...ou aller dans un officine de cours privés qui emploie 80% d’étudiants sans expérience pédagogique. Après tout, que le service public disparaisse. Bon débarras !
L’alibi de la défense des droits de l’usager a fait long feu devant la crispation corporatiste.
J’ai mes enfants dans l’Education nationale : votre voeu va être exaucé. Ils ne font plus jamais grève, tout simplement parce que c’est perdre une journée de salaire pour rien.
La bonne manière de défendre les droits des usagers serait que les fonctionnaires n’oublient pas leur mission : travailler pour les citoyens. En échange, ils sont payés, protégés et bénéficient d’une invraisemblable floppée de primes et réductions en tout genre, sans compter les accès grandement facilités aux emprunts ou à la location...
Vous pourriez donner des références pour "l’invraisemblable flopée de primes, réductions en tout genre" et les "accès grandement facilités aux emprunts ou à la location" ?
Au fond, vous ne faites que colporter des ragots que vous n’avez jamais vérifiés : ce ne sont pas des arguments.
Mais si vous refusez les obligations du service public, souffrez que les citoyens vous refusent ses "compensations" et vous demandent de vous mettre au même régime qu’eux : travail réel et performant, formation continue, mobilité, licenciement, rendement, etc.
Je suis retraité et ne suis donc "plus concerné". Cependant, l’auteur, dans son article a, sans les nommer, clairement désigné les "profs".
Ils n’ont pas d’obligations autres que celles d’assurer leurs fonctions. Et ils n’ont pour toute compensation que le mépris de la société. Le salaire n’est même pas attractif, compte tenu des responsabilités dont on les charge.
Quant à parler d’un "travail performant", vous oubliez que les enseignants ne travaillent pas sur des matériaux solides, mais sur des humains.
La formation continue est pour eux une "obligation naturelle". La mobilité, ils y goûtent dès leur entrée en fonction : trouvez-vous normal qu’un enseignant soit, pendant des années, séparé de son épouse à plus de 500 km ?
Le licenciement ? Pourquoi pas, si l’état peut les assurer contre cet aléa, ce qui n’est malheureusement pas le cas.
Rendement ? Vous voyez un enseignant payé au rendement ? Est-il d’ailleurs capable d’en assurer un quelconque ?
Enfin, dernière remarque : si les fonctionnaires étaient des nantis, pourquoi n’avez-vous pas intégré une administration ?
Finalement, vous jugez de choses que vous ne connaissez qu’à peine : il n’y a aucune "compensation" dans l’enseignement (je vous rappelle que les profs sont, depuis l’ordonnance de 1959, payé 10 mois par an.)