Certes, l’analyse de Todd est excellente. Et j’y souscris.
Sauf que Todd ne va pas au bout de certaines de ses conclusions ni n’aborde certains aspects au risque de révéler quelques contradictions ou des solutions qui l’effrayent.
Par exemple :
1/
Le fait est qu’aujourd’hui les moyens de communications et de télécommunications permettent à qui à une certaine fortune ou/et un certain savoir de passer les frontières avec une facilité déconcertante même pour un adolescent.
Pour y investir son argent, échapper (travail, etc.) à des réglements, ..., pour des raisons légitimes ou illégitimes, bonnes ou moins bonnes.
Soit on met un terme à cette liberté, soit on souscrit à une vision mondiale (cf Attali). Dans les deux cas, c’est l’horreur.
2/
Todd est favorable au protectionnisme européen. Sauf que cette préférence européenne (sur les biens et marchandises) appelle une autre préférence (sur les individus).
Todd craint, par la faute de Sarkozy, la mise en place d’une République non démocratique ou d’une République ethnique.
Mais en fait, ce n’est pas Sarkozy le problème. C’est pire que ça.
Et d’ailleurs si Sarkozy était le problème, hé bien le problème ne serait pas compliqué à résoudre.
S’agit-il pour l’Europe d’accueillir des prisonniers (qui demeureront détenus en Europe) ou des prisonniers libérés plus exactement devenus libres au moment même où ils quitteront Guantanamo ?
Dans les deux cas, le procédé me semble curieux (et à dire vrai, je dirais que les Etats-Unis nous prennent pour des cons ), hormis s’agissant de tel prisonnier qui, devenu libre, refuserait tant de retourner dans son pays d’origine que de s’installer aux Etats-Unis.
Le problème colombien et des Farc est quand même d’une autre nature.
La nouvelle administration veut fermer Guantanamo. Soit. Et elle veut envoyer les prisonniers (tous ou certains, je ne sais) dans des centres de détention (sous administration américaine ou non, là non plus je ne sais pas) en Europe.
Je ne comprends pas le raisonnement d’Obama. Est-ce parce les prisonniers en restant sur le sol américain (mais hors Guantanamo qui bénéficie d’un régime spécial) devraient être détenus (donc éventuellement bénéficier de mesures de libération) suivant la loi américaine commune ?
Cette histoire est quand même tordue.
Obama souhaite que l’Europe maintienne des prisonniers en détention suivant la seule volonté d’une administration américaine qui, compte tenu des lois américaines, ne pourrait pas continuer à détenir ces mêmes prisonniers sur son propre sol.
Je n’ai pas dit que les Etats-Unis et Bush en particulier étaient exempts de reproches. De surcroît, je ne suis pas américanolâtre et le rêve américain me laisse de marbre.
Je dis qu’il faut prendre le problème dans le bon sens si on veut qu’il y ait résolution.
Que je sache, par exemple proclamer du matin au soir que Bush est un con fini, ça n’a pas fait progresser (ou alors si peu) l’Europe politique (diplomatique, militaire, etc.).
Les Chinois, eux, ne balancent pas leurs chaussures sur le président américain du moment... ils les fabriquent pour le marché américain.
La symbolique a quelques limites... Quant au "grand pas pour l’humanité", c’est à pisser de rire.
J’ai le sentiment qu’on valorise le geste de ce journaliste comme en son temps celui de Kroutchev à l’Onu en 60.
Certes le symbole est fort mais il ne saurait masquer une vérité cruelle : le nombre d’individus préférant conserver leurs chaussures aux pieds et quitter, hier les pays du bloc soviétique, aujourd’hui ceux du monde arabe pour des destinations plus accueillantes.
Le geste n’est pas dérisoire, il trompe son monde.
Plus que sur la tronche du président américain, c’est sur celles des dirigeants arabes que ce journaliste devraient lancer ses chaussures. Evidemment, ça devient plus risqué, l’Irak n’étant la Suède par exemple.
Même constat ailleurs. Quand les Etats-Unis s’autorisent à intervenir (militairement, politiquement) dans les Balkans, le problème n’est pas les Etats-Unis mais l’UE, ses dirigeants (et aussi les peuples).
A se tromper - sciemment ou non - de cible, on s’interdit de s’attaquer à la racine même du problème et d’espérer résoudre celui-ci dans les meilleurs délais.