« y a t’il eu des normes anti sismiques appliquées à ces vieilles centrales »
Il n’existe pas une norme appliquée pour les vieilles centrale et une norme appliquée pour les plus jeunes.
Il existe qu’une seule norme, qui a le mérite d’évoluer compte-tenue des connaissances du moment.
Mais il ne faut pas prendre la norme comme un but en soi : une norme n’est qu’un repére, une base, une référence. Il faut voir l’analyse d’un risque comme un tout, avec ce qu’il a de bon comme ce qu’il a de mauvais, c’est pour cela que l’ASN demande certaines évolutions à EDF, non pas du fait que la norme n’est pas de mise, mais parceque l’analyse de risque, dans son ensemble, va bien au-delà...et c’est plus du domaine sociétale de prime abord que du coté technique.
« juste une dernière question si vous le voulez bien : y a t’il eu des normes anti sismiques appliquées à ces vieilles centrales et si oui, leur application permet elle de pallier à des tremblements de terre de grande amplitude ? »
Je ne connais pas précisément ces domaines sur les risques sismiques, inondations, donc je ne vais répondre qu’avec mes connaissances et d’une façon plus large.
Il existe des normes para-sismique dans le nucléaire comme il en existe dans toutes les activités qui peuvent être soumises à ce type de risque (idem innodations).
Mais au-delà de çà, ce n’est pas tant l’existence d’une norme qui importe, mais comment on évalue (et ré-évalue) cette norme et comment on la considère comme fiable et acceptable pour notre société ? : le fameux domaine d’expertise.
Le débat sur Fessenheim est un débat d’expert sur des finesses de précision de telle ou tel domaine. Si vous prenez un ingénieur, il n’aura pas le même regard du risque qu’un préfet qui aura un autre regard pour assurer sa responsabilité et protéger une population.
Le risque étant défini comme étant le produit d’un danger par une probabilité d’occurrence, la norme n’en sera que le reflet d’un risque majoré d’une marge de sécurité. Là on touche plus aux sciences humaines (sans tout le côté mystique de la chose) qu’aux sciences physiques ou mathématiques de tel ou tel domaine d’application : où-dois-je fixer la marge de sécurité ? Est-ce qu’un européen a plus ou moins de modération qu’un africain ou un asiatique pour définir cette marge ?
La vie est risque en soi : où et comment l’individu (isolé ou collectif) fixe-t-il sa propre marge de sécurité au quotidien ?
« ce qui n’empêche pas pour autant de se poser des questions sur les normes de sécurité et l’entretien de ces centrales. »
Votre question est intéressante, et hormis toutes les polémiques du pour ou du contre, du risque ou du pas risque, de la déformation que cela suscite dans les médias, etc... cela soulève les questions d’ordre plus générale :
- pourquoi le sujet des risques nucléaires suscite tant la peur face à d’autres risques ?
Hormis les questions techniques des causes ou des conséquences d’un risque :
- comment le public s’accapare cette notion de risque ?
- qu’est-ce qui fait douter, et qu’est-ce qui rassure ?
- que deviendrai le risque sans garde-fous comme les normes, la réglementation, sans des techniciens, sans des hommes et des femmes qui y sont confrontés tous les jours, etc... ?
- comment les responsables s’accaparent, gèrent et traitent le sujet du risque ?
Sans être partisan et sans faire de politique ou d’acharnement, ces questions me semblent judicieuses à se poser.