« Au fait : permettez moi d’émettre des doutes sur le fait que vous puissiez apprécier simultanément la techno et Steeve Reich car il s’agit précisément de deux musique totalement antinomiques dans l’esprit : autant la musique de Steeve Reich est fondée sur des répétitions qui se décalent insensiblement et progressivement jusqu’à passer d’une figure A à une figure B, autant la techno répète bêtement et use d’artifices sonores pour essayer d’animer l’ennui qu’elle finissent par dégager et camoufler le fait qu’elle ne font que se répéter à l’identique. »
Vous ne cherchez même plus la petite bête, là, mais carrément un acarien microscopique... Quand bien même vous auriez raison sur ces différences de structure, je ne vois pas en quoi cela m’empêcherait d’apprécier à la fois Steve Reich (qui a été influencé par la techno, que vous le vouliez ou non) ET la techno (qui a été influencée par Steve Reich, ce que vous admettrez sans doute plus facilement). Non, vraiment, Léon, vous n’y êtes pas, là. Cette vision stratifiée et hierarchisée de la musique s’appuyant sur je ne sais quel concept générationnel ou qualitatif fumeux, vous égare littéralement. Et vous prive en plus de tout un pan de la culture musicale de ces vingt dernières années très intéressantes en terme de plaisir pur et de sens esthétique.
Bon, je vous laisse, je m’en vais écouter un disque appartenant à la « sous-culture d’analphabètes » (expression que vous ne devriez pas être spécialement fier d’utiliser, très cher).
Devant une aussi ténébreuse affaire, le doute est permis, effectivement. Mais les circonstances étranges de cette disparition ne doivent pas affoler l’imagination et cautionner la mise au point de thèses délirantes à base de je ne sais quel attentat ou je ne sais quelle conspiration. LE CHAT ironisait tout à l’heure sur une attaque d’OVNI. Hélas, il y a fort à parier que, très bientôt, des gens vous nous expliquer très sérieusement que la cause extraterrestre est à l’origine de ce drame...
@ Léon : « Si vous aimez et le rap et Frank Zappa, c’est que vous n’avez rien compris à rien »
Celui qui ne comprend rien à rien vous invite tout de suite à écouter le morceau numéro 7 de Broadway The Hard Way, l’un des derniers albums de Zappa, sorti à la fin des années 80. Ce morceau rap (car ç’en est un) vous fera comprendre tout de suite que le grand Frank s’intéressait de très près au hip hop et qu’il aurait continué à l’intégrer régulièrement dans ses productions musicales (ainsi que l’électronique, d’ailleurs, tout aussi valabe à ses yeux) si sa carrière s’était poursuivie après 1993. Surtout, ce morceau vous fera comprendre que les barrières étanches que vous placez entre les genres musicaux, entre ceux que vous jugez complexes et riches et ceux qui sont simples et pauvres, entre ce qui est de l’ordre de la culture et ce qui est de la nature (franchement, vous n’avez pas vous-même éclater de rire en ramenant cette discussion musicale à cet antagonisme philosophique ?), bref, que ces barrières sont dépassées, éculées, à coté de la plaque, parce que s’appuyant sur des considérations réduites, stéréotypées et, finalement, fausses.
Vous avez toutefois raison sur un point : j’apprécie à la fois Baudelaire et l’art urbain du tag, que je mets sur un même pied d’égalité. Dans les deux cas, il s’agit d’esthétisme, de création, de culture. Disqualifier le second au profit du premier apparaît, là encore, comme un réflexe conditionné archaïque.