Non, je n’ai pas vécu un accouchement traumatisant. J’ai vécu un accouchement traumatisant, deux accouchements « de rêve » (mêmesi l’un d’eux a débouché sur une hémorragie qui a failli m’être fatale,et que le bébé né de l’autre est mort en bas âge)et une « tragédie parturiesque » dont nous sommes mon fils et moi sortis vivants par miracle. Vous avez vu « Mary » de Ferrera ? Ben... c’est un peu ça, mis à part que j’étais déjà à l’hôpital quand l’horreur (ben oui, c’était une horreur) s’est déclenchée. Je n’en dis pas plus,sinon qu’il faut pouvoir intervenir vite (et dans mon ca, ça a été dans les 5 minutes, sinon je serais morte).
Je n’ai jamais dit qu’il fallait médicaliser et « médicamenter » à outrance. Juste qu’il ne fallait pas rejeter les médicaments par principe. Pas qu’il fallait les administrer à des parturientes qui n’en avaient pas besoin (et, s’il vous plaît, cessez de « deviner » ce que je pense. Dans un domaine aussi sensible, ce sera déjà un grand pas en avent.). J’ai souffert cinq jours ( ben oui, cinq jours) pour mettre mon aînée au monde. Je ne sais pas ce qu’elle a souffert, elle. J’ai vécu les accouchements de ma tante (en 1966 et 1970) assistée par une sage-femme, à domicile. Le deuxième a failli se solder par la mort du bébé. Failli. La vieille sage-femme était douée. Mais ce que je peux dire, c’est que si ma tante n’avait pas eu belle-mère et servantes pour l’aider à tenir sa maison et dorloter ses gamins, elle ne s’en serait pas sortie. L’hôpital sert aussià ça.
Et que « les femmes oublient » que l’accouchement est douloureux quand il se fait « naturellement » ? Mais quoi ? Croyez-vous que moi, ou les femmes de mon entourage qui avons eu un accouchement douloureux ne l’avons pas « oublié » une fois bébé dans les bras ? J’ai hurlé au cours de mon deuxième accouchement « je n’en aurai jamais d’autre » . Et alors Ma tante a tant souffert lors de son second accouchement naturel... qu’elle n’en a jamais eu d’autre. Et tout ça ne prouve rien. Rien du tout. Le souvenir de la douleur et celui du bonheur sont dissociés.
Et « mes » filles sont adultes. Elles feront ce qu’elles voudront (ma « fille de coeur » ayant déjà un petit garçon, né dans la « piscine » de la maternité). Elles « savent » c"’est tout.
Je sais que je suis parfois brutale dans ma façon de m’exprimer et que comme c’est un sujet qui me tient à coeur je suis parfois plus cinglante qu’il n’est permis.
Je reconnais aussi que mon expérience est pour beaucoup dans mon attitude. Comme celle des parents ayant eu une mauvaise expérience à l’hôpital d’ailleurs. Je ne prétends pas que l’hôpital est une solution miracle qui permet des accouchements merveilleux. Je parle de la proximité d’un bloc opératoire et d’une unité de néonatalogie, de rien de plus. Pas de faire accoucher toutes les femmes à la chaîne dans des CHU en suivant des protocoles rigides. Une petite structure dans le cadre d’une clinique de province peut parfaitement être adaptée. Qu’on l’appelle Maison de Naissance au lieu de Maternité, ma foi... Que tout y soit conçu pour le bien-être et la sécurité des parturientes et de leur bébé, c’est la moindre des choses. Que cette maternité soit un lieu non seulement d’accouchement, mais de préparation à l’accouchement me semble également une nécessité. Je vais reprendre mon cas personnel (s’cusez moi...) : mes grossesses ont été suivies par une gynécologue-obstétricienne, échographies comprises. Elle pratiquait dans une clinique où j’ai, comme toutes ses patientes, suivi des cours de préparation à l’accouchement, et des séances de gymnastique prénatale. J’ai rencontré avant mes accouchements les sage-femmes, les anesthésistes et le pédiatre. Pendant le travail, je n’ai jamais été seule. Il me semble que cela est nécessaire pour établir un climat de confiance entre la parturiente et l’équipe médicale. Et ce n’est pas incompatible avec une « sécurité médicale optimale ».
Dans les témoignages français que j’ai lus suite à votre article, je n’ai pas trouvé cette « complicité » (oserai-je dire) entre l’équipe médicale et la parturiente. On a l’impression que celle-ci passe d’une main à l’autre sans qu’il y ait concertation (ni même suivi le cas de Bof est assez révélateur un obstétricien ne laisse pas sans surveillance une femme qui doit accoucher dans les 3H. 3H, c’est peu pour un accouchement). Et il y a surtout « anonymat ». Je peux concevoir que ce soit désagréable. J’avoue d’ailleurs que j’ai toujours trouvé absurde la politique consistant à fermer les maternités dites de proximité, à la fois plus humaines et... plus proches (faire 40km en voiture, en plein travail, ce n’est pas une sinécure).
Maintenant, de là à rejeter systématiquement toute médicalisation des grossesses dites à bas risques, non, non et non. La péridurale, les médicaments, l’ocytocine, ce ne sont pas nécessairement des ennemis à rejeter. Les touchers vaginaux non plus. L’accouchement « à la maison » ou en structure non-médicalisée peut très bien très bien se passer... ou pas. Parce qu’il reste une épreuve très délicate et pour la mère et pour l’enfant, pas un moment de rêve « naturel ». De plus, si j’ose dire, accoucher n’est pas une compétition sportive, un défi que l’on se lance à soi-même. Il n’y a aucune honte à se faire aider. Subir une césarienne ne signifie pas que l’on est une « incapable ». Etre « dépossédé » de ce moment, qu’est-ce que ça signifie ? Cette souffrance est-elle indispensable à l’accomplissement d’une femme « en tant que femme » ? J’avoue que j’achoppe là dessus.