Je suis d’accord lorsque vous dites que ce qui va etre déterminant, c’est la capacité de chacun à modifier son comportement sans en attendre de récompense gratifiante à court terme.
Cela paraît difficile dans un monde rongé par la compétition ou chacun ne fait que rechercher les actions pouvant lui attirer le plus d’admiration possible de la part de ses amis et parents.
En particulier, lorsque les parents ont été conditionnés par un monde productiviste où la consommation de viande est vue comme une conquête sociale sur laquelle il n’est pas question de revenir, nous risquons avec eux un fossé d’incompréhension, voir un conflit.
Nous risquons les moqueries de nos collègues de travail, une certaine froideur de la part de nos amis... Alors que les mêmes applaudissent et se pament d’admiration lorsque nous affichons une consommation d’énergie déraisonnable (voyage en Taïlande, barbecue avec une énorme pièce de boeuf, grosse voiture,...).
Mais est-ce que être moral, ce n’est pas justement accomplir des actions qui ne nous valent pas nécessairement d’admiration de la part de nos voisins ? D’accomplir seulement ces actions parce que nous avons la conviction qu’elles sont utiles et justes ?
A ce propos, tacler comme vous le faites l’auteur de l’article relève un peu de la compétition intellectuelle. Vous n’exercez pas ainsi une bonne influence sur lui, parce que vous blessez son orgueil et stimulez sa jalousie.
Je crois que ses intentions sont bonnes, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit. Il n’est pas nécessaire que les bonnes idées soient toujours défendues par les gens les plus brillants. je pense surtout qu’elle ne doivent pas être un prétexte à compétition et à jalousie intellectuelle. Il faut les encourager, quitte simplement à les nuancer un peu.
Vous avez raison de dire que je me suis éloignée un peu du sujet.
La question que vous soulevez est l’impact psychologique d’une représentation de la violence.
Il est évident que si la violence est très peu représentée dans l’Antiquité, c’est parce qu’elle est contagieuse. Voir la violence est de nature à déclencher la violence. Les anciens en étaient absolument convaincus.
Or, dès lors que la violence n’est pas canalisée vers un ennemi ou un « monstre », elle est susceptible de détruire le groupe entier par contagion, vengeance et vendetta (voir simplement ce qu’il se passe en Irak).
Les anciens étaient donc extrêment prudents dans la représentation de la violence, qui devait se produire lors de cérémonies religieuses très encadrées (sacrifices humains, animal, jeux du cirque...).
Lorsqu’elle est mise en image, c’est pour être totalement justifiée, afin que jamais l’image ne déclenche de sentiment d’injustice ou de désir de vengeance. le groupe doit rester unanime dans la violence.
Ainsi le pauvre Polyphème tué par Ulysse et ses compagnons n’est-il plus un pauvre berger borgne qui a refusé de laisser les grecs piller sa bergerie, mais un horrible cyclope anthropophage.
La Bible hébraïque rompt avec ce tabou en présentant la violence de façon beaucoup plus crue et peu idéalisée. Lorsque Moise et les lévites font massacrer un homme sur dix par tribus après l’épisode du veau d’or, le lecteur peut rester sceptique sur la justification d’une telle tuerie. Elle n’est ni justifiée ni idéalisée par le texte.
A l’origine, le meurtre de Caïn n’est pas voilé. La Bible ne fait pas d’Abel un horrible cyclope, mais Dieu demande à Caïn « qu’as-tu fait de ton frère ? ».
Avec la croix, la violence est totalement dévoilée et totalement condamnée. Elle est dénoncée comme s’exerçant de façon arbitraire jusque sur les plus innocents.
C’est ce message terrible que rappelle chaque crucfix et qui « travaille » en profondeur notre perception de la violence.
Le cinéma moderne reste fortement archaïque et sacrificiel dans le sens où le film passe deux heures à nous convaincre de la culpabilité de la victime qui est tuée à la fin. Ainsi, ce n’est pas une pauvre paysanne que les sept nains de Walt Disney précipitent d’une falaise, mais une abominable sorcière...
Pourtant, cette justification marche de moins en moins bien, parce que nous doutons toujours de la culpabilité des victimes. C’est pourquoi les films d’horreur fabrique des monstres plus terrifiants, sadiques et monstrueux les uns que les autres, afin que le public ne puisse recommencer à respirer qu’avec la mort du « méchant ».
Le cinéma plus évolué et intellectuel essaye au contraire de nous faire réfléchir sur la culpabilité.
Ainsi quand le petit Kirikou demande à sa mère « Pourquoi Karaba est-elle méchante ? » sa mère lui répond « il n’y a pas qu’elle qui soit méchante... »
J’imagine que le nucléaire n’est pas totalement sans risque (la circulation automobile non plus) mais je préfère me prendre un jour un nuage radioactif plutôt que de voir des millions d’Africains mourir de soif à cause du réchauffement climatique.
Les débats publics me semblent tout à fait nécessaires pour que les gens s’informent et s’intéressent un peu plus aux décisions importantes dans ce pays. J’espère seulement qu’ils ne penseront pas qu’à leur intérêt personnel mais aussi à celui de la planète entière.
Mais cela aussi, c’est en discutant avec les autres que l’on y vient, je pense...
Permettez-moi de faire une disgression pour réagir à l’une des expression de l’auteur de l’article.
La stigmatisation systématique du christiannisme comme « idéologie dominante » me paraît également avoir quelque chose d’assez sacrificiel.
Le christiannisme était à l’origine une religion de provinciaux (les galiléens) puis d’esclaves et de femmes.
Lorsqu’il est devenu incontournable parce qu’il empêchait les religions sacrificielles de fonctionner correctement, il a bien évidemment été repris dans les discours des « dominants » d’abord impériaux, puis féodaux et enfin bourgeois.
Le christiannisme a proposé la séparation du religieux et du politique (rendre à César...) mais cela allait fondamentalement à l’encontre de l’essence du politique, qui est fondamentalement religieuse et sacrificielle (il vaut mieux qu’un seul homme meurt...).
C’est pourquoi il a fallu tant de siècles pour parvenir à cette séparation qui paraissait initialement utopique.
L’Eglise elle-même a entravé cette séparation (ce qui prouve qu’elle ne lit pas assez les Evangiles) parce qu’elle est un groupe et que comme tout groupe elle ne finit par ne plus viser que le but de sa propre pérennité et de l’accroissement de son pouvoir. Mais cela est vrai pour n’importe quel groupe ou institution, aussi généreux soit-il dans son principe.
Le christiannisme n’est souvent qu’un maquillage dans les discours « dominants » qui ne sont pas pressés d’en appliquer les presciptions morales (donne toute ta fortune aux pauvres et suis-moi...).
Comment analysez-vous le fait que ce soit à partir du christiannisme que l’on ait pu représenter la violence dans l’art, alors qu’elle était auparavant tabou, idéalisée (victoire de Samothrace) ou transfigurée (maques africains) ?
Faites-vous la différence entre l’appêtit de voir le juste châtiment de coupables par le public (films policier, etc) et le fait de représenter la violence en insistant sur la tristesse et la douleur (piéta, crucifixion) ?