Vous faites court... À mon tour : donc vous êtes pour le censurer ? Mais pourquoi vouloir censurer l’inutile et l’obsolète ? Laissez tomber, et ça suffira.
De la critique à la censure, il y a une marge... et c’est de censure dont il s’agit ici. Et puis, depuis Marchais et Le Pen (même Tapie a joué ce jeu-là avec succès), on sait bien que la dénonciation sur les plateaux de la partialité des journalistes a toujours fait recette auprès du bon peuple quand, au lieu de solliciter sa réflexion, on l’habitue à s’amuser des joutes et des jeux du cirque.
C’est juste et le trait est tiré sur cette période. De surcroît tous les communistes n’ont pas tardé aussi longtemps pour dénoncer les crimes soviétiques. La question est au fond, et c’est une question théorique, de savoir si un communisme non stalinien est possible. Il y a à cette question de multiples réponses positives, par exemple celle du communisme des Ordinovistes italiens dans les années 20 qui ont rencontré l’hostilité des staliniens au point que peut-être Gramsci leur dut de finir sa vie dans les geôles de Mussolini. Mais ces questions sont trop lourdes pour être débattues ici. Je demande seulement qu’on leur accorde le droit d’exister dans le débat public.
Vous posez une très bonne question. Vous pouvez d’abord remarquer que le monde a connu récemment un certain nombre de révolutions non violentes ou peu violentes. Je ne pense pas aux révolutions arabes, si ce n’est à la révolution de Jasmin, mais à certaines de celles qui ont suivi la chute du mur, à la chute du mur elle-même, à la révolution Orange, etc. Une révolution est donc possible sans effusion de sang. Révolution veut dire « retournement complet », et non je ne sais quelle destruction d’une partie de l’humanité par l’autre. Par ailleurs, il va de soi que « Communistes » est un parti qui attend activement d’être rejoint par l’Histoire. Cette jonction ne se produira peut-être jamais. Mais il est possible aussi que les peuples finissent par comprendre qu’ils sont sous le joug d’un totalitarisme libéral (un oxymore si vous voulez, mais non pas une contradiction) qui demande lui aussi à être radicalement mis à bas. Les prémices d’un tel mouvement ont peut-être déjà commencé à se manifester aux USA à travers un phénomène qui inquiète les milieux capitalistes : à savoir que la reprise économique ne s’accompagne pas d’une reprise de la consommation ; comme si à travers la crise les Américains commençaient à se dégoûter du consumérisme. Pourquoi la révolution dans les ex-satellites de l’URSS s’est-elle en général déroulée en douceur ? Parce qu’il était devenu clair pour la plus grande majorité comme au fond pour la minorité que l’Histoire était consommée. Voyez l’histoire de l’effondrement du mur. La vraie révolution, disait Kant, se produit d’abord dans la manière de penser. Toute autre qui ne commencerait pas par là ne pourrait que reproduire les anciens préjugés bientôt suivis de leur cortège de servitudes et de misères.