Oui mais comprenez que pour les gens qui, comme monsieur Hulot, obéissent à leur sensibilité, la défense de la nature n’est pas une simple justification pour remettre en question le système économique, elle est une cause en soi. Bref, ce n’est peut-être pas lui qui est naïf ou malhonnête mais vous qui faites inconsciemment les choses à l’envers en vous servant des moyens pour justifier la fin.
Vous tenez à tout pris à faire d’Hulot soit un hypocrite soit un benêt, mais il me semble que l’on peut être un défenseur de l’environnement tout ce qu’il y a de plus sincère et avisé sans forcément trouver raisonnable de se lancer dans des expérimentations économiques hasardeuses. Oui, manifestement Hulot n’est pas un idéologue, c’est un homme de cœur qui croit peut-être naïvement ou peut-être à bon escient à la possibilité pour nous de changer, d’adapter nos comportements à la préservation de l’environnement.
A l’inverse, les tenants de l’écologie politique voient en lui un naïf qui ne réalise pas que c’est le système économique tout entier qu’il faut repenser. Mais imaginez un peu qu’il n’existe pour nous aucune autre alternative viable à l’économie de marché. Ce n’est pas parce que cela est déplaisant qu’il ne faut tenir aucun compte de cet éventualité n’est-ce pas ? Mais si tel est le cas, alors comme le communisme hier, l’écologie politique ne nous mènera qu’à la catastrophe.
Il n’est donc pas aussi déraisonnable que vous semblez le croire de ne pas vouloir s’engager dans une écologie politique et de préférer s’en tenir à une simple défense de la nature. Car il faut reconnaître que les théories économiques des écologistes constituent des expérimentations économiques hasardeuses.
Comme le disait Eva Joly elle-même, les écologistes qu’elle représente ne se veulent pas les défenseurs des arbres et des animaux, mais les tenants d’une idéologie politique qui a pour origine la protection de l’environnement. Un homme comme monsieur Hulot a parcouru le monde, a vu de ses yeux et touché de ses doigts les dégâts que nous causons à la nature. Et c’est donc en homme bouleversé qu’il se présente à nous afin, comme il l’explique, d’attirer notre attention et nous inviter à changer nos comportements. Eva Joly, quant à elle, est une idéologue qui défend avec froideur un projet politique économique et social global censé nous permettre de vivre dans le respect de la nature comme jadis le libéralisme et le communisme étaient censés nous apporter le bonheur.
Eva Joly séduit les partisans de l’écologie politique qui sont persuadés que l’on ne sauvera le monde qu’en le repensant de A à Z et Hulot séduit quant à lui les gens qui détestent la corrida, qui vomissent les meurtriers des ours ou des loups et vivent comme un crime contre l’humanité l’ouverture de la chasse.
Vous parlez, Olivier, de « chantres éclairés de la décroissance ». Je ne vois pas ce qu’il y aurait d’éclairé à se faire le chantre d’une telle absurdité !
Cela vous paraît illogique que l’on puisse avoir l’ambition de progresser indéfiniment dans les limites d’un monde fini. Pourtant n’est-ce pas ce que la vie a toujours fait depuis des milliards d’années qu’elle existe sur Terre ? La vie a su se renouveler pour progresser sans que limites physiques et énergétiques de notre petite planète ne viennent jamais contrarier son essor. La vie s’est-elle jamais fixé pour but de décroître pour mieux assurer sa persistance ? NON au contraire, elle n’a jamais rien su faire d’autre que de s’étendre, croître et conquérir. Et chaque fois que la vie fut contrainte à la décroissance, ce ne fut jamais que pour mieux repartir en avant.
Alors en quoi serait-il judicieux pour nous de nous prendre à rêver d’un monde statique où nous pourrions nous affranchir de suivre ce grand mouvement vers la complexité qui, de l’aube de la vie jusqu’à aujourd’hui a toujours été le lot de cette planète ? QUI SOMMES-NOUS du reste, pour prétendre remettre en question la logique d’un mouvement qui nous a fait naître ?
Il n’y a rien de déraisonnable à croire que l’on peut faire progresser notre économie à l’infini dans les limites de ce monde fini. La décroissance est une dangereuse absurdité. Le temps ne s’écoule que dans un seul sens et le monde n’évolue QUE vers la complexité.
Cette fuite en avant vers la complexité, c’est la stratégie que la vie à mise au point pour vaincre l’inévitable dégradation de l’énergie. Nous n’avons pas la possibilité de nous soustraire à cette obligation.
Il faut apprendre à nous renouveler, il faut constamment réinventer notre croissance, mais nous n’avons pas le choix, il faut qu’elle dure.
Non je ne pense pas qu’Hulot soit naïf, je crois simplement que c’est un homme qui suit sa sensibilité et ne sait pas comme d’autres éteindre son cœur pour ne plus entendre que la froide raison du dessein à accomplir. Les choix d’Hulot sont guidés par l’émotion et c’est ce qui fait son succès d’ailleurs. Car ses électeurs sont plus sensibles au langage du cœur qu’à celui de l’esprit.