Confucius disait que pour qu’un échange soit fructueux, la première chose était de vérifier que les mots avaient le même sens pour tous. Il est manifeste que le mot parler dans l’article de Philippakos ne correspond pas à son sens courant, à celui que comprend d’emblée tout francophone. Bien sûr, l’auteur explique qu’il ne s’agit pas d’un anglais parfait. N’empêche que dire « 1,5 milliards d’individus sont capables de parler anglais » est rendre impossible une discussion réelle, qui impliquerait une entente sur la signification des mots. Le mot parler induit le lecteur en erreur, comme l’article du Herald Tribune qui en est la source.
Pour Philippe Viallon, professeur de communication à l’université de Genève, le jeune moyen, au terme de ses études, ne fait que baragouiner l’anglais. Baragouiner n’est tout de même pas synonyme de parler ! Dans la revue russe Filolingvija du 18 novembre dernier, le Prof. moscovite Gennadyj Shilo rappelait que de nombreuses recherches ont établi que 94 à 96% des personnes censées parler une langue étrangère ne la possèdent pas en fait et ne peuvent l’utiliser « qu’à un niveau primitif ». J’ai eu récemment l’occasion de parler de communication avec des jeunes qui ont participé à de grands rassemblements de jeunesse, notamment à l’occasion des « pèlerinages » organisés par Taizé, qui réunissent des centaines de milliers de jeunes de toute l’Europe. Ils m’ont tous confirmé que le niveau général en langue était très bas, et que souvent, on parlait « avec les mains et les pieds ». Quand j’ai demandé s’ils pouvaient discuter de politique ou de leur conception du monde, ils m’ont répondu que non. Ils ne communiquent qu’au niveau des petits détails matériels de la vie courante.
Employer le mot parler pour désigner ce mode de communication est un abus de langage. Claude Hagège définit « savoir une langue » en disant : « c’est être capable de saisir des jeux de mots débités sur un ton très rapide par des usagers natifs, et la parler sans être identifié comme un étranger. » Inclure le globish dans « savoir parler l’anglais » est tout aussi inadmissible. Quand on voit sur le site de cette langue que creativity est traduit par freshness, on se demande s’il peut y avoir réellement intercompréhension avec un « anglais » de ce niveau.
Il est triste de voir à quel point il est facile de tromper le monde. La grande majorité des gens ne lisent que les titres et ne leur consacrent qu’une seconde, juste assez pour qu’ils impriment leur marque dans le cerveau, comme le font les affiches publicitaires qu’on ne regarde pas vraiment, mais qui font vendre. Comme personne n’a l’idée de vraiment réfléchir, et encore moins de se documenter, la population se fait une idée, qui va faire son chemin et orienter les décisions politiques. C’est antidémocratique.
Philippakos, ne croyez-vous pas que vous devriez récrire un article remettant les choses au point, pour qu’Agoravox devienne un vrai média citoyen, et pas un agent des pensées à la mode ou des matracages d’idées toutes faites, répercutées sans discernement ?