L’article met le doigt sur un problème qui est très profond et qui concerne la création en général : que conserve-t-on et qu’abandonne-t-on ? Il est évident qu’on ne peut pas tout conserver mais que dans beaucoup de pays au passé prestigieux la tendance est de garder tout ce qui tombe sous la main, sans distinction. C’est la position la plus frileuse, la plus sage diront certains, mais la plus irréaliste aussi. Garder un tableau, un monument, un ouvrage, quel qu’il soit, implique un coût qui est loin d’être négligeable. D’autre part, le monde de la consommation étant ce qu’il est, la production d’objet (y compris d’oeuvres d’art) est telle que nos sociétés seront bientôt submergées par les objets qu’elles devront conserver. Le nombre d’objets à restaurer augmentera de façon exponentielle et il est peu probable que les budgets consacrés à la culture croissent dans les mêmes proportions.
Cette mode de la conservation est assez récente pour les sociétés. On pourrait y déceler un manque de confiance vis-à-vis des valeurs actuelles qui entraîne une survalorisation des valeurs du passé. Elle vient toutefois contrebalancer les gâchis des siècles précédents qui ont vu la majorité des patrimoines s’évaporer au fil des guerres, des invasions et des pillages. Est-ce une raison pour tenter, dans un effort aussi désespéré que dérisoire, de tout conserver ? Difficile de choisir, difficile de présager de l’avenir. Qui aurait pensé il y a un siècle qu’on sauverait un des pavillons Baltard en le classant monument historique ? Dans cette optique, il faudra songer à sauver les usines nucléaires, les barres d’HLM, les barrages hydroélectriques, etc, etc... et je ne parle que pour l’architecture. Il est évident, et même si cela doit faire grincer les dents, qu’un choix est à faire si l’on ne veut pas avoir à gérer des champs de ruines qui auront eu comme principale qualité le simple fait d’avoir existé.
La raison doit nous empêcher d’accumuler les souvenirs qu’on ne pourra pas entretenir. Et même si tous les critères de jugements sont suspects, il faut savoir assumer ses choix (esthétiques, fonctionnels) qui seront ceux de notre époque et qui en valent bien d’autres.